Kris Bellon pénètre à moto sur le parking de Tubize. Il ôte son casque orange et salue chaleureusement ses collègues. Un café en main, il nous conduit vers un local sombre au premier étage. Il est décontracté, alors que ces derniers mois, en temps que VAR, il a souvent fait la une de manière négative.
...

Kris Bellon pénètre à moto sur le parking de Tubize. Il ôte son casque orange et salue chaleureusement ses collègues. Un café en main, il nous conduit vers un local sombre au premier étage. Il est décontracté, alors que ces derniers mois, en temps que VAR, il a souvent fait la une de manière négative. " Je ne suis pas d'un naturel stressé ", déclare Bellon. " Je suis toujours calme avant et pendant un match. Après, je m'énerve à cause de certaines phases. A ce moment, il vaut mieux ne pas me demander si j'aurais pu faire mieux. " Bellon est arbitre vidéo mais aussi manager du Referee Department de la fédération et responsable de l'arbitrage côté flamand. " Ce sont en fait deux emplois à temps plein mais je suis suffisamment soutenu. " Il affirme travailler jusqu'à 70 heures par semaine. " Mes enfants voient leurs parents travailler tout le temps. Ma femme a été directrice de la prison de Malines pendant des années. Il y a deux ans, elle est devenue directrice d'école. Nous nous voyons peu. Pourtant, nous sommes ensemble depuis 29 ans et nous sommes mariés depuis quatre ans. " Le VAR peut intervenir durant les matches du Mondial. Il paraît que certains arbitres vidéo n'ont pu acquérir un brin d'expérience que durant cinq matches, au préalable. " C'est beaucoup trop peu ", juge Bellon. " La Belgique est nettement plus avancée mais n'est pas un nom. Je reste positif quand même car le soutien qualificatif des arbitres vidéo sera énorme au Mondial. Si le système est un échec en Russie, ça aura un impact sur notre fonctionnement. Je crains que la FIFA ne mettre alors le projet au frigo. Je le regretterais amèrement. " Bellon a découvert le système en 2013, via des collègues néerlandais. Quatre ans plus tard, la fédération belge a décidé de tester cette technologie aussi. Yves Marchand, Tim Pots, Christophe Delacour et Bellon ont été les quatre arbitres vidéo de D1 la saison écoulée. Les premiers problèmes ont surgi en octobre 2017. Suite à des décisions contestées, Delacour et Marchand ont été écartés un moment. Alors que le VAR avait démontré son utilité au niveau international, beaucoup d'amateurs belges de football ont demandé sa suppression. " Nous avons commis des erreurs ", reconnaît Bellon. " Mais beaucoup de gens oublient qu'il s'agissait d'un projet-pilote. Nous n'avions personne pour nous expliquer ce qu'il fallait faire. Ça a été un apprentissage, avec des hauts et des bas. " La pression est énorme dans le minibus. Pire que sur le terrain, à en croire Bellon. " Nous n'avons pas le droit de commettre des erreurs, puisque nous pouvons repasser les images. L'équipe du bus se compose d'un arbitre vidéo et de deux assistants. Il est essentiel qu'ils se comprennent et qu'ils communiquent bien avec l'arbitre qui dirige le match. Il faut avoir le sentiment qu'on peut faire la guerre ensemble. Ce n'est pas évident car la confiance entre l'arbitre et le VAR n'est pas toujours immense. C'est pour ça que je suis partisan d'équipes fixes. " Pour améliorer les prestations, l'indemnité du VAR va passer de 80 à 350 euros par match mais les deux assistants devront toujours se contenter de 80 euros. " Ce n'est pas logique. Ils investissent autant de temps là-dedans que moi. La saison prochaine, des arbitres actifs prendront aussi place dans ce bus, de façon sporadique. Mais diriger un match sur le terrain rapporte 1.900 euros bruts. Il est donc normal que les juges préfèrent ce poste. " Les critiques ont été terribles. Pendant le match Club Bruges-Charleroi, des supporters ont brandi des pancartes " Le VAR, c'est la maffia ". " Je n'ai jamais fait l'objet de menaces physiques, même s'il s'en est fallu de peu après le match pour la montée entre le Cercle Bruges et le Beerschot Wilrijk. Les supporters ont envahi le parking presse où se trouvait notre bus. J'ai eu une intuition et nous avons pu partir à temps. Des supporters ont aussi téléphoné à mon frère pour lui demander si j'étais le VAR ce week-end là. Il n'a évidemment pas répondu. " Si les menaces sont restées limitées dans la vie quotidienne, ça n'a pas été le cas sur internet. " Je reçois régulièrement des messages haineux sur Facebook. Tout le monde peut voir ma page. Vous n'y trouverez pas de photo de moi dans le maillot d'une équipe. Sauf peut-être celui de Konyaspor car je porte parfois ce T-shirt quand je cours dans les bois. Mais ça n'est absolument pas dangereux en Belgique, à moins que je ne rencontre un membre du PKK ", sourit Bellon. Il a quand même été accusé de mauvaise foi. Après un match entre le Club Bruges et Anderlecht, on a appris qu'il jouait dans la même équipe que Gunther Van Handenhoven, le team manager d'Anderlecht. " Je joue depuis onze ans en vétérans à Londerzeel. Gunther s'est affilié il y a un an et demi. Avant même le début des play-offs, j'ai décidé de quitter l'équipe. Que dire ? Je ne peux pas gommer mon passé. " La Pro League a également fustigé le VAR après quelques décisions discutables durant Gand - Standard. Les arbitres vidéo n'ont pas pu réagir. Johan Verbist, le patron de l'arbitrage, s'en est chargé. Bellon : " Il aurait été préférable que nous puissions nous défendre nous-mêmes dans la presse. Les émissions Extra Time et La Tribune nous ont souvent critiqués. Nous pensions souvent : - Taisez-vous car ce que vous racontez n'est pas juste. Mais les supporters écoutent les analystes. Pour beaucoup, tout ce qu'ils disent est vrai. Je suis favorable à une communication ouverte. Nous sommes en train de mettre au point une plate-forme sur laquelle discuter toutes les phases délicates. Comme ça, les gens pourront aussi lire notre version des faits. Les spectateurs ne sont pas au courant non plus. Il faudrait qu'on montre sur écran ce que le VAR examine. Par contre, faire tout entendre au public, c'est aller trop loin. " Bref, la saison 2017-2018 n'a pas été la période la plus facile de la carrière de Kris Bellon mais il reste combatif. " Je suis un aventurier et j'aime aller au fond des choses. Dans toute carrière, il y a des moments difficiles. Si je devais donner un conseil aux jeunes, ce serait le suivant : cherchez un boulot dans lequel vous êtes bons et lancez-vous à fond. C'est le seul moyen d'arriver en haut de l'échelle. "