C'est d'une redoutable efficacité. Une technique imparable. Dès que l'on s'approche un peu trop près de lui, le même avertissement revient : " Je vais demander à Véronique si je peux vous parler. " L'équivalent d'un " non " en bonne et due forme. Depuis son plus jeune âge, la maman d'Adrien Rabiot fait le vide autour de son protégé et empêche qui que ce soit d'en approcher. Surtout les agents. Et aussi les journalistes.
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C'est d'une redoutable efficacité. Une technique imparable. Dès que l'on s'approche un peu trop près de lui, le même avertissement revient : " Je vais demander à Véronique si je peux vous parler. " L'équivalent d'un " non " en bonne et due forme. Depuis son plus jeune âge, la maman d'Adrien Rabiot fait le vide autour de son protégé et empêche qui que ce soit d'en approcher. Surtout les agents. Et aussi les journalistes. Une technique qui a du bon. Forcément. Les personnes mal intentionnées sont ainsi maintenues à distance et ça permet également à Adrien de ne penser qu'au ballon. Mais l'isolement a aussi ses défauts. La famille Rabiot, à force de chercher la discrétion, attise la curiosité. Aujourd'hui, le cas Adrien fait figure d'exception et suscite l'incompréhension. Pourtant, Adrien n'est pas un méchant garçon. Simplement précoce. À 13 ans, il fait le bonheur de son premier club, l'US Créteil Lusitanos et, lors d'un stage d'entrée à Clairefontaine, il se fait remarquer par des recruteurs de Manchester City. Séduits, ils n'ont plus qu'à convaincre Véronique. Pas tout à fait celle qu'elle est aujourd'hui, elle accepte et signe un contrat de six ans qui prévoit de faire signer pro Adrien le jour de ses 17 ans. Oui, mais tout ne se passe pas comme prévu. En Angleterre, on parle d'un problème d'adaptation. En France, et surtout dans le clan Rabiot, on parle d'un non-respect de certains accords. À l'époque, Véronique contacte même Jean-Michel Larqué en personne et lui envoie un réel appel au secours. " Mais ma discrétion m'a empêché de lui demander de quoi il retournait exactement ", glisse l'ancien Vert. Quoi qu'il en soit, Véronique rompt le contrat et fait le serment qu'à partir de ce jour, elle veillera toujours au grain concernant Adrien. Elle ne va plus rien laisser passer. Dans l'histoire de la culture occidentale, s'occuper de ses enfants a toujours été un boulot 'naturellement' dévolu à la mère. Mais dans le cas de la famille Rabiot, la présence maternelle a pris encore plus d'importance depuis ce jour de 2007 où Michel, le père, a été victime d'un AVC massif. Souffrant du syndrome de locked-in qui l'empêche de bouger autre chose que ses yeux et ses paupières, il est décédé en ce début d'année. Ayant gardé une bonne relation, bien que divorcés, les parents d'Adrien ont chacun endossé un rôle différent dans l'éducation et surtout le suivi de la carrière de leur fils. Alors que Michel a pu voir son gamin pour la première fois à l'oeuvre lors d'un match de U19 entre le PSG et Auxerre, Véronique a précédé les moindres pas du fiston dès qu'il a traversé la Manche pour tourner le dos à la perfide Albion. En rejoignant le PSG, Adrien fait alors d'une pierre deux coups : il retrouve un environnement qu'il connaît bien et surtout, il se rapproche de son père. " À l'époque, à travers les contacts que j'ai eus avec madame Rabiot, j'ai senti qu'il y avait une déstabilisation dans les rapports avec son fils ", témoigne Jean-Mimi. " Elle s'occupait de beaucoup de choses... à peu près de tout, en fait. Mais quand un enfant a 14 ans, c'est encore normal qu'une maman le fasse, donc ça ne m'avait pas choqué. " Quelques mois après le retour d'Adrien dans l'Hexagone, à Castelmaurou dans le Sud-Ouest, Yannick Stopyra reçoit un appel. C'est le centre de formation du PSG : " On a un joueur que l'on vient de faire signer mais qui va s'installer sur Pau. Il a un cursus un peu spécial. Il est passé par Clairefontaine mais n'a pas voulu intégrer le centre. Par contre, il est allé à Manchester et maintenant il revient en France. " Ça sent le bon plan pour l'ancien attaquant de l'Équipe de France, alors responsable d'un centre de préformation. " Un mec qui vient de Manchester, c'est toujours bon signe. Je leur ai répondu " ok ". " Puis Stopyra sort le grand jeu : il prend sa voiture et va accueillir Véronique, Adrien et le petit frère à la gare Matabiau de Toulouse. Transport, visite des installations, discussion. La famille est séduite. Adrien n'est pas très loin géographiquement de son papa et, en internat, il peut se concentrer pleinement sur le foot : " J'avais une crainte quand même : comment ça se passe quand un joueur qui vient de signer au PSG et qui arrive de Manchester City débarque dans un pôle espoir ? Comment les autres vont l'accueillir ? Mais en fait, il a été d'une discrétion terrible, et puis il a très vite fait l'unanimité. Tout le monde l'appréciait. " En centre de préformation, sa maman est présente. Mais comme toutes les autres mamans. Rien de bien inhabituel. Et, au bout d'un an, il est temps pour lui de remonter à Paris faire ses preuves. Véronique, malgré ses critères de sélection dignes des plus grands établissements parisiens, saura être reconnaissante envers ceux qui ont côtoyé son fils et l'ont aidé à devenir meilleur. Même quelques années plus tard : " Un jour j'ai reçu un coup de téléphone, c'était elle : 'Monsieur Stopyra ? Je voulais vous annoncer qu'il est arrivé une super nouvelle. Mon fils s'entraînait avec les U19, Carlo Ancelotti ( entraîneur du PSG entre 2011 et 2013, ndlr) l'a trouvé bon et il lui a demandé de s'entraîner avec les pros. Je vous tiens au courant de cette évolution.' " Ça m'a vraiment fait plaisir. Surtout que, pour moi, leur réussite est importante. Quelque temps plus tard, elle m'annonçait qu'il était retenu avec les pros et qu'il partait à l'hôtel. Elle m'a tenu longtemps au courant. " Voir son fils signer son premier contrat professionnel est un rêve éveillé pour toute maman de footeux, encore plus quand elle est présente au moment de son officialisation dans le bureau de Leonardo à l'été 2012. Le Brésilien reste jusqu'à ce jour le dirigeant parisien ayant eu la meilleure relation avec le clan Rabiot, au point que Véronique regrettera publiquement son départ du club par la suite. La nouvelle dame de fer du football français est peut-être encore novice dans ce monde, mais elle est fort bien au courant que les pieds de son rejeton sont faits d'or, et elle va le faire savoir. Trop peu aligné en équipe première à son goût, Véronique va monter au créneau en interpellant la direction plusieurs fois par an, notamment lors des périodes de transferts. Il ne faudra d'ailleurs pas attendre six mois pour qu'Adrien déménage en prêt à Toulouse, alors qu'il n'a que 17 ans. La suite, c'est un transfert avorté à l'AS Roma, des hauts et des bas dans le milieu de terrain parisien, le refus de sa sélection en Équipe de France pour le Mondial 2018 et cette récente mise à l'écart. De l'extérieur, Adrien Rabiot donne vraiment l'impression d'être un enfant pourri gâté... à moins que ça ne soit sa maman, finalement ? Depuis l'avènement d'Adrien dans le noyau A, elle a toujours obtenu ce qu'elle voulait de la direction et a même envoyé Mino Raiola, l'agent de Zlatan, dans les roses. Il faut dire qu'elle peut se baser sur le talent de son fils pour faire pencher la balance. Quoi qu'il en soit, cette situation professio-familiale n'est pas du goût de Jean-Michel Larqué. " Quand le jeune devient majeur et que la relation familiale devient professionnelle, tous les travers sont possibles et imaginables. Maintenant, Véronique Rabiot n'a plus le recul nécessaire pour mener à bien la carrière de son fils. Je pense que les sentiments se mêlent au professionnel, on en arrive donc à des crises de jalousie ou des caprices comme un gamin en a tous les trois mois. Et être en délicatesse avec son club tous les trimestres, ce n'est pas possible ! " Bien que Véronique soit souvent considérée comme l'agente d'Adrien, ce n'est pas exactement le cas. " Elle est souvent là dans les couloirs lors des entraînements, mais elle ne fait pas tout toute seule ", confie un agent proche du PSG. " Je ne dirais pas qu'elle délègue, mais ce sont des intermédiaires qui sont en contact avec différents clubs qui lui soumettent des propositions concrètes. Elle est également entourée par de nombreux avocats, rien que des personnes avisées autour de son fils. " Au final, c'est bien entendu Véronique qui a le dernier mot sur la carrière de son client, mais cette relation ne choque pas tout le monde. " Malgré ce que les gens peuvent dire par rapport à sa famille, Adrien est bien encadré ", affirme Sébastien Atlan, son ancien coéquipier au sein de la CFA du PSG. " Il a besoin de confiance et il la trouve plus auprès de sa mère - qui n'est intéressée que par lui - plutôt qu'auprès de personnes extérieures qui ne pensent qu'à l'argent. " Sept ans après ses débuts en pro, Adrien est toujours au PSG. Plus pour longtemps. Mais si son avenir se situe loin de la Ville Lumière, ça sera toujours avec ses boucles, son salaire et sa maman, prête à tout casser si on touche au fruit de ses entrailles...