C'était une nuit historique pour la Major League Soccer (MLS). Non seulement le duel entre Charlotte FC et LA Galaxy, qui s'est soldé par une victoire (0-1) de l'ancien club de David Beckham et Zlatan Ibrahimovic, a été le match de football le plus suivi de l'histoire de l'US Soccer League, mais il s'agit également de la deuxième meilleure assistance au monde pour un match de football masculin en 2022. Seule la finale de la Carabao Cup entre Chelsea et Liverpool à Wembley a attiré plus de fans de football jusqu'à présent. De plus, le Charlotte FC n'existe que depuis décembre 2019 et a joué son tout premier match à domicile ce 6 mars. Dans le football féminin, le nombre de spectateurs est même encore plus élevé en cette année puisque le record a été battu la semaine dernière à l'occasion d'un Clasico qui se déroulait à l'occasion des quarts de finale de Ligue des Champions.

Le fait qu'il y ait désormais près de 75 000 spectateurs présents à un match de MLS n'est pas une surprise pour Robin Leijdekkers, journaliste du site néerlandais Sport America. "Il y a de plus en plus d'argent investi dans la ligue", explique-t-il. La croissance de la MLS a surtout coïncidé avec l'arrivée du joueur de football anglais David Beckham en 2007. Il a été le premier grand nom du football mondial, encore dans ses bonnes années, à rejoindre le championnat nord-américain. Depuis lors, presque chaque année, un grand joueur débarque en MLS. "Ces dernières années, par exemple, Zlatan Ibrahimovic et Steven Gerrard (LA Galaxy), Frank Lampard, David Villa et Andrea Pirlo (New York City FC) et Wayne Rooney (DC United) venir en Amérique", rappelle Robin Leijdekkers. Cet été, c'est un champion d'Europe italien qui viendra poser ses valises du côté de Toronto: Lorenzo Insigne.

Fini la Ligue des pré-retraités

La majorité des grands joueurs qui se sont offerts une expérience aux Etats-Unis étaient à l'automne de leur carrière. La ligue traînait donc une réputation de "championnat pour pré-retraités". Mais ces dernières années, la MLS commence à se défaire de cette image peu reluisantes. Les grands talents argentins Thiago Almada (20 ans, Atlanta United), Alan Velasco (19 ans, FC Dallas) et David Ayala (19 ans, Portland Timbers) ont tous rejoint la compétition nord-américaine en janvier dernier. L'arrivée de Thiago Almada est particulièrement spéciale, car il était également pisté par de grosses cylindrées européennes comme Manchester City, FC Barcelone et l'Inter Milan.

"Thiago Almada était dans l'intérêt de Man City, du FC Barcelone et de l'Inter Milan, mais a choisi la MLS"

"Il y a de plus en plus de joueurs qui, en tant que jeunes talents ou dans la fleur de l'âge, décident de rejoindre la MLS. C'est parce que vous pouvez gagner plus en tant que joueur aujourd'hui qu'il y a quelques années et que les clubs peuvent mieux rivaliser avec les clubs européens en termes de salaires", explique Leijdekkers. Avant certains joueurs européens issus de championnats plus modestes comme notre Pro League s'offraient aussi un petit plaisir en rejoignant la compétition nord-américaine. Laurent Ciman, qui est aussi parti pour des raisons familiales avec une fille autiste, est devenu une légende à Montréal et un joueur apprécié à Los Angeles FC. Jelle Van Damme a laissé de bons souvenirs dans l'autre club de la ville californienne, le Galaxy. Maxime Chanot (ancien de Courtrai) et Frédéric Brillant (ex-Ostende) ont mis le cap vers la Big Apple où ils sont devenus des valeurs sûres tout en cotoyant des stars du calibre de Pirlo, Lampard et Villa . Le second a même terminé sa carrière à DC United en évoluant notamment avec Rooney.

Valentin Castellanos est un jeune argentin qui a tenté sa chance aux Etats-Unis plutôt que de rejoindre directement une Europe qui lui fait désormais les yeux doux., iStock
Valentin Castellanos est un jeune argentin qui a tenté sa chance aux Etats-Unis plutôt que de rejoindre directement une Europe qui lui fait désormais les yeux doux. © iStock

"En outre, les joueurs s'influencent mutuellement. Thiago Almada, Alan Velasco et David Ayala ont été inspirés par le parcours de leur compatriote de de 22 ans Valentin Castellanos du New York City FC", poursuit le journaliste sportif néerlandais. Castellanos est devenu le meilleur buteur de la MLS l'année dernière et suscite l'intérêt de grands clubs européens. Anderlecht fut notamment sur ces traces la saison passée avant d'être refroidi par son prix. Les Mauves comme pas mal d'équipes européennes tiennent aussi à l'oeil les talents qui se développent dans la compétition nord-américaine. Andy Najar avait rejoint cette compétition en provenance de DC United et Michael Murillo, véritable réussite à bon prix, a débarqué des RedBulls de New York. Mais l'inverse est vrai aussi. La MLS et le club de Toronto avaient fait plier Genk en 2019 en convainquant le métronome espagnol Alejandro Pozuelo de rejoindre le Canada alors que la saison belge battait encore son plein.

En outre, les États-Unis et le Canada sont des pays où il fait bon vivre. Il y a des villes branchées, une nature magnifique et la vie est luxueuse. Cela contribuera certainement au choix d'un joueur de haut niveau. Le dernier en date est donc Lorenzo Insigne et les recruteurs de MLS possèdent leur technique pour désormais attirer d'autres grands noms encore performants de l'autre côté de l'Amérique. "Je me suis rendu sur Transfermarkt et j'ai regardé du côté de la sélection italienne les joueurs qui pouvaient bientôt se rapprocher de la fin de leur contrat", expliquait Bill Manning, président de Toronto lorsqu'il a dû évoquer l'arrivée d'Insigne. "Insigne faisait parti de ces joueurs. J'ai alors écrit une liste de joueurs de classe mondiale susceptible de nous rejoindre, et Lorenzo était en tête de cette liste".

Cette stratégie l'a poussé aussi à viser Andrea Belotti de Torino comme autre acquisition. L'international italien n'a pas encore décidé quelle voie il allait donner à sa carrière. Mais dans un marché européen où les gros salaires ont tendance à diminuer et où plusieurs grands noms en légère perte de vitesse peuvent rapidement se retrouver libres, l'Amérique pourrait devenir une porte de sortie à la mode dans les prochaines années, surtout depuis l'effondrement de la bulle chinoise.

En 2021, New York City a remporté la MLS pour la première fois dans son histoire. Sur les dix dernières années, il y a eu huit champions différents, ce qui rend la compétition imprévisible., iStock
En 2021, New York City a remporté la MLS pour la première fois dans son histoire. Sur les dix dernières années, il y a eu huit champions différents, ce qui rend la compétition imprévisible. © iStock

Un format de compétition unique

La Major League Soccer possède un format de compétition unique au monde. C'est une ligue dans laquelle l'égalité des chances est garantie. Par exemple, tous les clubs ont le même budget salarial et ils sont autorisés à avoir trois joueurs qui gagnent plus que le salaire maximum fixé pour un joueur. La compétition se divise aussi entre phase classique avec deux conférences, ouest et est, comme en NBA. Les premières équipes se retrouvent ensuite dans des Play-offs à élimination directe comme c'est aussi le cas dans le championnat de basket-ball.

"C'est pour cette raison que la MLS a un champion différent presque chaque saison. Le vainqueur de la ligue est celui qui survit à une phase d'élimination directe, comme on le voit aux championnats du monde. Tout est possible dans la MLS. Cela la rend beaucoup moins ennuyeuse qu'un championnat où un club peut être champion cinq matches avant la fin. Ici, une équipe peut dominer quasi toute la saison et se faire surprendre.", détaille Leijdekkers qui doute cependant du fait que la MLS puisse devenir à l'avenir plus importante que les ligues anglaise, espagnole, allemande, italienne et française.

"En termes de popularité et d'argent, la MLS peut désormais être considérée comme le numéro six ou sept. Le championnat va continuer à se développer, mais je ne m'attends pas à ce qu'il devienne plus populaire que les plus grands championnats européens. L'Europe est et restera le berceau du football", conclut le journaliste sportif néerlandais.

C'était une nuit historique pour la Major League Soccer (MLS). Non seulement le duel entre Charlotte FC et LA Galaxy, qui s'est soldé par une victoire (0-1) de l'ancien club de David Beckham et Zlatan Ibrahimovic, a été le match de football le plus suivi de l'histoire de l'US Soccer League, mais il s'agit également de la deuxième meilleure assistance au monde pour un match de football masculin en 2022. Seule la finale de la Carabao Cup entre Chelsea et Liverpool à Wembley a attiré plus de fans de football jusqu'à présent. De plus, le Charlotte FC n'existe que depuis décembre 2019 et a joué son tout premier match à domicile ce 6 mars. Dans le football féminin, le nombre de spectateurs est même encore plus élevé en cette année puisque le record a été battu la semaine dernière à l'occasion d'un Clasico qui se déroulait à l'occasion des quarts de finale de Ligue des Champions.Le fait qu'il y ait désormais près de 75 000 spectateurs présents à un match de MLS n'est pas une surprise pour Robin Leijdekkers, journaliste du site néerlandais Sport America. "Il y a de plus en plus d'argent investi dans la ligue", explique-t-il. La croissance de la MLS a surtout coïncidé avec l'arrivée du joueur de football anglais David Beckham en 2007. Il a été le premier grand nom du football mondial, encore dans ses bonnes années, à rejoindre le championnat nord-américain. Depuis lors, presque chaque année, un grand joueur débarque en MLS. "Ces dernières années, par exemple, Zlatan Ibrahimovic et Steven Gerrard (LA Galaxy), Frank Lampard, David Villa et Andrea Pirlo (New York City FC) et Wayne Rooney (DC United) venir en Amérique", rappelle Robin Leijdekkers. Cet été, c'est un champion d'Europe italien qui viendra poser ses valises du côté de Toronto: Lorenzo Insigne. La majorité des grands joueurs qui se sont offerts une expérience aux Etats-Unis étaient à l'automne de leur carrière. La ligue traînait donc une réputation de "championnat pour pré-retraités". Mais ces dernières années, la MLS commence à se défaire de cette image peu reluisantes. Les grands talents argentins Thiago Almada (20 ans, Atlanta United), Alan Velasco (19 ans, FC Dallas) et David Ayala (19 ans, Portland Timbers) ont tous rejoint la compétition nord-américaine en janvier dernier. L'arrivée de Thiago Almada est particulièrement spéciale, car il était également pisté par de grosses cylindrées européennes comme Manchester City, FC Barcelone et l'Inter Milan."Il y a de plus en plus de joueurs qui, en tant que jeunes talents ou dans la fleur de l'âge, décident de rejoindre la MLS. C'est parce que vous pouvez gagner plus en tant que joueur aujourd'hui qu'il y a quelques années et que les clubs peuvent mieux rivaliser avec les clubs européens en termes de salaires", explique Leijdekkers. Avant certains joueurs européens issus de championnats plus modestes comme notre Pro League s'offraient aussi un petit plaisir en rejoignant la compétition nord-américaine. Laurent Ciman, qui est aussi parti pour des raisons familiales avec une fille autiste, est devenu une légende à Montréal et un joueur apprécié à Los Angeles FC. Jelle Van Damme a laissé de bons souvenirs dans l'autre club de la ville californienne, le Galaxy. Maxime Chanot (ancien de Courtrai) et Frédéric Brillant (ex-Ostende) ont mis le cap vers la Big Apple où ils sont devenus des valeurs sûres tout en cotoyant des stars du calibre de Pirlo, Lampard et Villa . Le second a même terminé sa carrière à DC United en évoluant notamment avec Rooney. "En outre, les joueurs s'influencent mutuellement. Thiago Almada, Alan Velasco et David Ayala ont été inspirés par le parcours de leur compatriote de de 22 ans Valentin Castellanos du New York City FC", poursuit le journaliste sportif néerlandais. Castellanos est devenu le meilleur buteur de la MLS l'année dernière et suscite l'intérêt de grands clubs européens. Anderlecht fut notamment sur ces traces la saison passée avant d'être refroidi par son prix. Les Mauves comme pas mal d'équipes européennes tiennent aussi à l'oeil les talents qui se développent dans la compétition nord-américaine. Andy Najar avait rejoint cette compétition en provenance de DC United et Michael Murillo, véritable réussite à bon prix, a débarqué des RedBulls de New York. Mais l'inverse est vrai aussi. La MLS et le club de Toronto avaient fait plier Genk en 2019 en convainquant le métronome espagnol Alejandro Pozuelo de rejoindre le Canada alors que la saison belge battait encore son plein.En outre, les États-Unis et le Canada sont des pays où il fait bon vivre. Il y a des villes branchées, une nature magnifique et la vie est luxueuse. Cela contribuera certainement au choix d'un joueur de haut niveau. Le dernier en date est donc Lorenzo Insigne et les recruteurs de MLS possèdent leur technique pour désormais attirer d'autres grands noms encore performants de l'autre côté de l'Amérique. "Je me suis rendu sur Transfermarkt et j'ai regardé du côté de la sélection italienne les joueurs qui pouvaient bientôt se rapprocher de la fin de leur contrat", expliquait Bill Manning, président de Toronto lorsqu'il a dû évoquer l'arrivée d'Insigne. "Insigne faisait parti de ces joueurs. J'ai alors écrit une liste de joueurs de classe mondiale susceptible de nous rejoindre, et Lorenzo était en tête de cette liste".Cette stratégie l'a poussé aussi à viser Andrea Belotti de Torino comme autre acquisition. L'international italien n'a pas encore décidé quelle voie il allait donner à sa carrière. Mais dans un marché européen où les gros salaires ont tendance à diminuer et où plusieurs grands noms en légère perte de vitesse peuvent rapidement se retrouver libres, l'Amérique pourrait devenir une porte de sortie à la mode dans les prochaines années, surtout depuis l'effondrement de la bulle chinoise.La Major League Soccer possède un format de compétition unique au monde. C'est une ligue dans laquelle l'égalité des chances est garantie. Par exemple, tous les clubs ont le même budget salarial et ils sont autorisés à avoir trois joueurs qui gagnent plus que le salaire maximum fixé pour un joueur. La compétition se divise aussi entre phase classique avec deux conférences, ouest et est, comme en NBA. Les premières équipes se retrouvent ensuite dans des Play-offs à élimination directe comme c'est aussi le cas dans le championnat de basket-ball."C'est pour cette raison que la MLS a un champion différent presque chaque saison. Le vainqueur de la ligue est celui qui survit à une phase d'élimination directe, comme on le voit aux championnats du monde. Tout est possible dans la MLS. Cela la rend beaucoup moins ennuyeuse qu'un championnat où un club peut être champion cinq matches avant la fin. Ici, une équipe peut dominer quasi toute la saison et se faire surprendre.", détaille Leijdekkers qui doute cependant du fait que la MLS puisse devenir à l'avenir plus importante que les ligues anglaise, espagnole, allemande, italienne et française. "En termes de popularité et d'argent, la MLS peut désormais être considérée comme le numéro six ou sept. Le championnat va continuer à se développer, mais je ne m'attends pas à ce qu'il devienne plus populaire que les plus grands championnats européens. L'Europe est et restera le berceau du football", conclut le journaliste sportif néerlandais.