"On veut tuer le football espagnol." En décembre dernier, le président du Real Madrid, Florentino Perez, s'était indigné de l'ouverture d'une enquête par la Commission européenne. Selon celle-ci, sept clubs espagnols - le Real Madrid, le FC Barcelone, l'Athletic Bilbao, Valence, Osasuna, Elche et Hércules - auraient reçu illégalement de l'aide des autorités.

"Prétendre que l'Etat les a aidés, ça ne rime à rien", dit Miguel Cardenal, secrétaire d'Etat aux sports, piqué au vif. José Manuel Garcia-Margallo estime pour sa part qu'il faut défendre ces clubs parce qu'ils représentent le "produit Espagne". En d'autres termes : au lieu de s'attaquer au problème, les politiciens les plus influents d'Espagne pratiquent la politique de l'autruche. C'est comme cela depuis des années et c'est cette attitude qui a poussé le football espagnol au bord du gouffre. La dette totale des clubs espagnols de première et deuxième division est estimée à 3,3 milliards d'euros.

Comment a-t-on pu laisser aller les choses aussi loin ?

Jusqu'à ce que la crise économique éclate, en 2008, la gestion de la plupart des clubs pouvait se résumer en deux mots : mauvaise et présomptueuse. La liste du nombre de présidents ayant eu affaire à la justice ou au fisc au cours des 20 dernières années est hallucinante. L'hebdomadaire La Marea n'a eu aucun mal à en dénombrer onze.

Et puis, il y eut ceux qui étaient passés maîtres dans l'art de dépenser l'argent qu'ils n'avaient pas. Les joueurs se voyaient proposer des contrats mirobolants, les clubs supposant qu'ils se qualifieraient pour les poules aux oeufs d'or de la Ligue des Champions ou qu'ils se maintiendraient en D1 et toucheraient ainsi les droits de télévision. En attendant, ils empruntaient de l'argent aux villes afin de pouvoir payer les salaires exorbitants et négligeaient de payer leurs impôts ou la sécurité sociale.

Le fisc sur la balle

Les autorités fermaient souvent les yeux car aucun politicien ne voulait avoir la faillite du club sur la conscience. Plus grave : dans les loges des clubs, de sombres accords étaient parfois pris entre politiciens et dirigeants de clubs. L'exemple le plus connu, puisqu'il fait à présent l'objet d'une enquête de la Commission européenne, est celui de l'arrangement conclu en 2000 entre la ville de Madrid et le Real et qui prévoyait que 80 % du centre d'entraînement de Valdebebas ne serait désormais plus considéré comme domaine récréatif mais comme terrain à bâtir.
Cette opération aurait permis au Real d'empocher environ 500 millions d'euros et de transférer des stars comme David Beckham. La Commission européenne estime que le club a ainsi été avantagé de façon illicite, ce que conteste fermement le président Florentino Perez, déjà en poste à l'époque.

Depuis que la crise de 2008 a frappé de nombreuses familles espagnoles, l'attitude des politiciens envers les clubs de football qui reçoivent sans aucun contrôle des millions de "subsides étatiques" a quelque peu changé. Comme le dit Ignacio Blanco, du parti de gauche Izquierda Unida : "Nous n'avons rien contre le football à condition qu'il ne soit pas financé par l'argent des citoyens. Tant que les besoins primaires ne seront pas comblés, plus un euro n'ira au football."

Le fisc aussi a changé son fusil d'épaule. Il n'hésite plus à s'en prendre aux vedettes. A commencer par Lionel Messi, obligé de rembourser cinq millions d'euros parce que des magouilles avaient été commises dans le calcul du montant de ses droits d'image. Selon le journal La Vanguardia, Iker Casillas aurait également été contraint de rembourser deux millions d'euros d'impôts. Dans son cas, il ne s'agirait pas de fraude mais de redressement. C'est pourquoi les médias en ont moins parlé. Toujours selon le même journal, l'inspection des impôts s'intéresserait à présent aux revenus de David Villa et Xabi Alonso. Les joueurs espagnols se sont longtemps crus intouchables mais des bombes sont en train d'éclater un peu partout.

Revenons-en aux clubs et à leur dette colossale. Ceux dont la situation semble désespérée peuvent toujours faire appel à la Ley Concursal. Cela leur évite la faillite mais ils sont alors dirigés par des avocats et/ou des inspecteurs des impôts désignés par un juge. Ces "hommes en noir", comme on les appelle péjorativement, ne savent bien souvent pas ce qu'est un hors-jeu mais ils savent s'y prendre pour assainir les finances. Même si cela leur prendra sans doute entre dix et vingt ans...

Viva la cantera

La première chose que font ces gens qui dirigent souvent les clubs depuis de luxueux bureaux de la capitale, c'est de diminuer fortement la masse salariale. C'est ainsi que lorsque le Rayo Vallecano fit appel à la Ley Concursal, en 2011, son capitaine, José Maria Movilla faillit s'étrangler : son salaire annuel était passé de 900.000 à 325.000 euros. Aujourd'hui, près de la moitié des clubs de D1 et de D2 espagnole ont fait appel à la Ley Concursal afin d'apurer leurs dettes. Les plus récents sont Malaga, le Real Saragosse, Rayo Vallecano, Valladolid, le Betis Séville et le Deportivo La Corogne.

Malgré tous ces problèmes financiers, les clubs espagnols continuent à engranger d'excellents résultats sur la scène européenne. Depuis que la crise a éclaté, en 2008, le FC Séville est le quatrième club du pays à se retrouver en finale de l'Europa League. L'Atlético Madrid l'a emporté en 2010 et en 2012 (face à l'Athletic Bilbao).

Idem en Ligue des Champions : quatre finales, dont deux victoires (FC Barcelone). C'est mieux que l'Allemagne, dont les clubs se sont aussi retrouvés quatre fois en finale mais n'ont gagné qu'une fois (le Bayern, l'an dernier). Et cela alors que, financièrement, les clubs de Bundesliga se portent pour le mieux.

Comment expliquer ce succès sportif ?

Il suffit, pour le comprendre, de voir comment fonctionne le FC Barcelone. Tant à l'époque de Pep Guardiola qu'à celle de Tito Vilanova, l'équipe titulaire se composait parfois uniquement de jeunes joueurs issus de la cantera, le centre de formation. Habitués à jouer ensemble depuis leur plus jeune âge, ils maîtrisaient également le système de jeu, ce qui leur permettait de proposer un excellent football. Plusieurs clubs espagnols se sont alors inspirés du modèle.

"Ce qu'on fait très bien dans ce pays - et pas seulement à Barcelone - depuis quelques années, c'est miser sur les jeunes et former les entraîneurs", dit Diego Torres, journaliste à El Pais. "Nos entraîneurs de jeunes voient très rapidement si un joueur a du talent ou pas. En Angleterre et en France, il n'y a pas si longtemps, c'était différent : on pensait qu'un joueur devait avant tout être grand, costaud et beau. Si Jean Fernandez ne lui avait pas fait confiance au FC Metz, Franck Ribéry jouerait toujours en D2 française."

Dans un club comme l'Atlético aussi, les jeunes ont joué un grand rôle. En demi-finale face à Chelsea, ils étaient trois dans l'équipe titulaire : Gabi, Koke et Mario Suarez. C'est énorme. Je veux dire que quand on peut sortir des gars comme Xavi et Iniesta, il suffit de construire l'équipe autour d'eux. Le FC Séville, lui, a dû vendre ses meilleurs jeunes pour payer ses dettes. Songez à Jesus Navas, parti à Manchester City pour 20 millions d'euros."

Comme l'église et la pédophilie

Pour sortir la tête de l'eau, Valence, demi-finaliste de l'Europa League et un des clubs espagnols qui compte le plus grand nombre de supporters, a également dû se défaire de quelques joueurs qu'il avait formés. Après la Coupe du monde 2010, David Silva est parti à Manchester City pour 33 millions d'euros et en 2012, Swansea City a déboursé 7 millions d'euros pour Pablo Hernandez.

Des footballeurs non formés au club comme Juan Mata et Roberto Soldado ont également été vendus pour respectivement 24 millions (à Chelsea) et 26 millions (à Tottenham). Malgré cela, le club est actuellement aux mains de la banque Bankia, à qui il doit encore 310 millions d'euros après avoir emprunté de l'argent pour la construction du stade Mestalla. Celle-ci a débuté en 2007 mais aujourd'hui, les travaux sont à l'arrêt. On attend l'arrivée d'un acheteur, sans quoi le club risque de disparaître.

Le nombre de joueurs espagnols partis chercher fortune ailleurs depuis que la crise a éclaté est impressionnant. Jamais on n'en a vu autant à l'étranger. C'est une conséquence directe du malaise financier des clubs, obligés de vendre leurs meilleurs joueurs et ne pouvant plus payer les salaires. On en a eu un exemple frappant au début de l'année lorsque le Racing Santander, qui évolue désormais en D3, devait affronter la Real Sociedad à domicile en quarts de finale retour de la Coupe du Roi. Au coup d'envoi, les joueurs locaux restèrent de marbre : ils n'étaient plus payés depuis cinq mois et entendaient ainsi protester. L'arbitre arrêta la partie et Santander, qui s'était incliné 3-1 à l'aller, fut éliminé. Mais les images firent le tour du monde.

Des joueurs qui ne reçoivent pas leur salaire à temps sont également plus facilement corruptibles. Jusqu'en 2011, arranger le résultat d'un match n'était pas encore punissable en Espagne, ce qui explique que plusieurs plaintes furent classées sans suite. Depuis qu'une législation existe, la justice s'est mise à enquêter sur neuf matches - quatre de D1 et cinq de D2 - de la saison 2012/2013. Des clubs comme Saragosse, La Corogne, Levante, Hércules et Santander seraient impliqués.

Javier Tebas, président de la ligue professionnelle, prend la lutte contre la corruption très au sérieux. "L'UEFA et la FIFA disent que seul un pour cent des matches est concerné mais je trouve ça suffisamment grave pour qu'on s'y intéresse, d'autant que ça a des conséquences sur le classement. Nous devons d'abord reconnaître que le problème existe. C'est comme l'Eglise avec la pédophilie. Pour prendre les bons remèdes, il faut d'abord accepter qu'on est malade. La corruption doit être dénoncée aux autorités, à la police, à la justice... Au moindre doute, il faut enquêter."

Contrôle des recettes et des dépenses

La ligue professionnelle ne s'attaque cependant pas qu'aux conséquences mais aussi aux causes. Elle tente ainsi de contrôler davantage les recettes et les dépenses des clubs ou de mieux répartir les droits de télévision. En Espagne, en effet, ce n'est pas elle qui négocie avec les chaînes mais bien les clubs. Cela entraîne donc une inégalité importante. Pour la saison 2012/2013, le Real Madrid et Barcelone ont ainsi touché chacun 188 millions d'euros de droits tandis que l'Atlético Madrid devait se contenter de 52 millions d'euros et le Rayo Vallecano de 18 millions d'euros.
Dans la plupart des autres championnats, et notamment en Belgique, ces droits sont négociés collectivement par la ligue professionnelle. Tebas est conscient du problème. "Nous discutons avec le Real et le Barça, ils se rendent compte qu'ils doivent reconsidérer la chose." Reste à voir si les deux grands clubs abandonneront ainsi leur privilège, d'autant que la ligue professionnelle espagnole n'est pas connue pour son efficacité.
Bref, des éclaircies s'annoncent au loin mais on n'est pas encore au bout du tunnel. Malgré cela, des clubs espagnols vont remporter à la fois la Ligue des Champions et l'Europa League cette saison. Ils sauront au moins à quoi consacrer la prime.

Steve Van Herpe

"On veut tuer le football espagnol." En décembre dernier, le président du Real Madrid, Florentino Perez, s'était indigné de l'ouverture d'une enquête par la Commission européenne. Selon celle-ci, sept clubs espagnols - le Real Madrid, le FC Barcelone, l'Athletic Bilbao, Valence, Osasuna, Elche et Hércules - auraient reçu illégalement de l'aide des autorités. "Prétendre que l'Etat les a aidés, ça ne rime à rien", dit Miguel Cardenal, secrétaire d'Etat aux sports, piqué au vif. José Manuel Garcia-Margallo estime pour sa part qu'il faut défendre ces clubs parce qu'ils représentent le "produit Espagne". En d'autres termes : au lieu de s'attaquer au problème, les politiciens les plus influents d'Espagne pratiquent la politique de l'autruche. C'est comme cela depuis des années et c'est cette attitude qui a poussé le football espagnol au bord du gouffre. La dette totale des clubs espagnols de première et deuxième division est estimée à 3,3 milliards d'euros.Comment a-t-on pu laisser aller les choses aussi loin ? Jusqu'à ce que la crise économique éclate, en 2008, la gestion de la plupart des clubs pouvait se résumer en deux mots : mauvaise et présomptueuse. La liste du nombre de présidents ayant eu affaire à la justice ou au fisc au cours des 20 dernières années est hallucinante. L'hebdomadaire La Marea n'a eu aucun mal à en dénombrer onze.Et puis, il y eut ceux qui étaient passés maîtres dans l'art de dépenser l'argent qu'ils n'avaient pas. Les joueurs se voyaient proposer des contrats mirobolants, les clubs supposant qu'ils se qualifieraient pour les poules aux oeufs d'or de la Ligue des Champions ou qu'ils se maintiendraient en D1 et toucheraient ainsi les droits de télévision. En attendant, ils empruntaient de l'argent aux villes afin de pouvoir payer les salaires exorbitants et négligeaient de payer leurs impôts ou la sécurité sociale. Le fisc sur la balle Les autorités fermaient souvent les yeux car aucun politicien ne voulait avoir la faillite du club sur la conscience. Plus grave : dans les loges des clubs, de sombres accords étaient parfois pris entre politiciens et dirigeants de clubs. L'exemple le plus connu, puisqu'il fait à présent l'objet d'une enquête de la Commission européenne, est celui de l'arrangement conclu en 2000 entre la ville de Madrid et le Real et qui prévoyait que 80 % du centre d'entraînement de Valdebebas ne serait désormais plus considéré comme domaine récréatif mais comme terrain à bâtir. Cette opération aurait permis au Real d'empocher environ 500 millions d'euros et de transférer des stars comme David Beckham. La Commission européenne estime que le club a ainsi été avantagé de façon illicite, ce que conteste fermement le président Florentino Perez, déjà en poste à l'époque. Depuis que la crise de 2008 a frappé de nombreuses familles espagnoles, l'attitude des politiciens envers les clubs de football qui reçoivent sans aucun contrôle des millions de "subsides étatiques" a quelque peu changé. Comme le dit Ignacio Blanco, du parti de gauche Izquierda Unida : "Nous n'avons rien contre le football à condition qu'il ne soit pas financé par l'argent des citoyens. Tant que les besoins primaires ne seront pas comblés, plus un euro n'ira au football." Le fisc aussi a changé son fusil d'épaule. Il n'hésite plus à s'en prendre aux vedettes. A commencer par Lionel Messi, obligé de rembourser cinq millions d'euros parce que des magouilles avaient été commises dans le calcul du montant de ses droits d'image. Selon le journal La Vanguardia, Iker Casillas aurait également été contraint de rembourser deux millions d'euros d'impôts. Dans son cas, il ne s'agirait pas de fraude mais de redressement. C'est pourquoi les médias en ont moins parlé. Toujours selon le même journal, l'inspection des impôts s'intéresserait à présent aux revenus de David Villa et Xabi Alonso. Les joueurs espagnols se sont longtemps crus intouchables mais des bombes sont en train d'éclater un peu partout. Revenons-en aux clubs et à leur dette colossale. Ceux dont la situation semble désespérée peuvent toujours faire appel à la Ley Concursal. Cela leur évite la faillite mais ils sont alors dirigés par des avocats et/ou des inspecteurs des impôts désignés par un juge. Ces "hommes en noir", comme on les appelle péjorativement, ne savent bien souvent pas ce qu'est un hors-jeu mais ils savent s'y prendre pour assainir les finances. Même si cela leur prendra sans doute entre dix et vingt ans... Viva la cantera La première chose que font ces gens qui dirigent souvent les clubs depuis de luxueux bureaux de la capitale, c'est de diminuer fortement la masse salariale. C'est ainsi que lorsque le Rayo Vallecano fit appel à la Ley Concursal, en 2011, son capitaine, José Maria Movilla faillit s'étrangler : son salaire annuel était passé de 900.000 à 325.000 euros. Aujourd'hui, près de la moitié des clubs de D1 et de D2 espagnole ont fait appel à la Ley Concursal afin d'apurer leurs dettes. Les plus récents sont Malaga, le Real Saragosse, Rayo Vallecano, Valladolid, le Betis Séville et le Deportivo La Corogne. Malgré tous ces problèmes financiers, les clubs espagnols continuent à engranger d'excellents résultats sur la scène européenne. Depuis que la crise a éclaté, en 2008, le FC Séville est le quatrième club du pays à se retrouver en finale de l'Europa League. L'Atlético Madrid l'a emporté en 2010 et en 2012 (face à l'Athletic Bilbao). Idem en Ligue des Champions : quatre finales, dont deux victoires (FC Barcelone). C'est mieux que l'Allemagne, dont les clubs se sont aussi retrouvés quatre fois en finale mais n'ont gagné qu'une fois (le Bayern, l'an dernier). Et cela alors que, financièrement, les clubs de Bundesliga se portent pour le mieux. Comment expliquer ce succès sportif ? Il suffit, pour le comprendre, de voir comment fonctionne le FC Barcelone. Tant à l'époque de Pep Guardiola qu'à celle de Tito Vilanova, l'équipe titulaire se composait parfois uniquement de jeunes joueurs issus de la cantera, le centre de formation. Habitués à jouer ensemble depuis leur plus jeune âge, ils maîtrisaient également le système de jeu, ce qui leur permettait de proposer un excellent football. Plusieurs clubs espagnols se sont alors inspirés du modèle. "Ce qu'on fait très bien dans ce pays - et pas seulement à Barcelone - depuis quelques années, c'est miser sur les jeunes et former les entraîneurs", dit Diego Torres, journaliste à El Pais. "Nos entraîneurs de jeunes voient très rapidement si un joueur a du talent ou pas. En Angleterre et en France, il n'y a pas si longtemps, c'était différent : on pensait qu'un joueur devait avant tout être grand, costaud et beau. Si Jean Fernandez ne lui avait pas fait confiance au FC Metz, Franck Ribéry jouerait toujours en D2 française." Dans un club comme l'Atlético aussi, les jeunes ont joué un grand rôle. En demi-finale face à Chelsea, ils étaient trois dans l'équipe titulaire : Gabi, Koke et Mario Suarez. C'est énorme. Je veux dire que quand on peut sortir des gars comme Xavi et Iniesta, il suffit de construire l'équipe autour d'eux. Le FC Séville, lui, a dû vendre ses meilleurs jeunes pour payer ses dettes. Songez à Jesus Navas, parti à Manchester City pour 20 millions d'euros." Comme l'église et la pédophilie Pour sortir la tête de l'eau, Valence, demi-finaliste de l'Europa League et un des clubs espagnols qui compte le plus grand nombre de supporters, a également dû se défaire de quelques joueurs qu'il avait formés. Après la Coupe du monde 2010, David Silva est parti à Manchester City pour 33 millions d'euros et en 2012, Swansea City a déboursé 7 millions d'euros pour Pablo Hernandez. Des footballeurs non formés au club comme Juan Mata et Roberto Soldado ont également été vendus pour respectivement 24 millions (à Chelsea) et 26 millions (à Tottenham). Malgré cela, le club est actuellement aux mains de la banque Bankia, à qui il doit encore 310 millions d'euros après avoir emprunté de l'argent pour la construction du stade Mestalla. Celle-ci a débuté en 2007 mais aujourd'hui, les travaux sont à l'arrêt. On attend l'arrivée d'un acheteur, sans quoi le club risque de disparaître. Le nombre de joueurs espagnols partis chercher fortune ailleurs depuis que la crise a éclaté est impressionnant. Jamais on n'en a vu autant à l'étranger. C'est une conséquence directe du malaise financier des clubs, obligés de vendre leurs meilleurs joueurs et ne pouvant plus payer les salaires. On en a eu un exemple frappant au début de l'année lorsque le Racing Santander, qui évolue désormais en D3, devait affronter la Real Sociedad à domicile en quarts de finale retour de la Coupe du Roi. Au coup d'envoi, les joueurs locaux restèrent de marbre : ils n'étaient plus payés depuis cinq mois et entendaient ainsi protester. L'arbitre arrêta la partie et Santander, qui s'était incliné 3-1 à l'aller, fut éliminé. Mais les images firent le tour du monde. Des joueurs qui ne reçoivent pas leur salaire à temps sont également plus facilement corruptibles. Jusqu'en 2011, arranger le résultat d'un match n'était pas encore punissable en Espagne, ce qui explique que plusieurs plaintes furent classées sans suite. Depuis qu'une législation existe, la justice s'est mise à enquêter sur neuf matches - quatre de D1 et cinq de D2 - de la saison 2012/2013. Des clubs comme Saragosse, La Corogne, Levante, Hércules et Santander seraient impliqués. Javier Tebas, président de la ligue professionnelle, prend la lutte contre la corruption très au sérieux. "L'UEFA et la FIFA disent que seul un pour cent des matches est concerné mais je trouve ça suffisamment grave pour qu'on s'y intéresse, d'autant que ça a des conséquences sur le classement. Nous devons d'abord reconnaître que le problème existe. C'est comme l'Eglise avec la pédophilie. Pour prendre les bons remèdes, il faut d'abord accepter qu'on est malade. La corruption doit être dénoncée aux autorités, à la police, à la justice... Au moindre doute, il faut enquêter." Contrôle des recettes et des dépenses La ligue professionnelle ne s'attaque cependant pas qu'aux conséquences mais aussi aux causes. Elle tente ainsi de contrôler davantage les recettes et les dépenses des clubs ou de mieux répartir les droits de télévision. En Espagne, en effet, ce n'est pas elle qui négocie avec les chaînes mais bien les clubs. Cela entraîne donc une inégalité importante. Pour la saison 2012/2013, le Real Madrid et Barcelone ont ainsi touché chacun 188 millions d'euros de droits tandis que l'Atlético Madrid devait se contenter de 52 millions d'euros et le Rayo Vallecano de 18 millions d'euros. Dans la plupart des autres championnats, et notamment en Belgique, ces droits sont négociés collectivement par la ligue professionnelle. Tebas est conscient du problème. "Nous discutons avec le Real et le Barça, ils se rendent compte qu'ils doivent reconsidérer la chose." Reste à voir si les deux grands clubs abandonneront ainsi leur privilège, d'autant que la ligue professionnelle espagnole n'est pas connue pour son efficacité. Bref, des éclaircies s'annoncent au loin mais on n'est pas encore au bout du tunnel. Malgré cela, des clubs espagnols vont remporter à la fois la Ligue des Champions et l'Europa League cette saison. Ils sauront au moins à quoi consacrer la prime. Steve Van Herpe