On peut dire que Jess Thorup a vécu une saison agitée, avec pas moins de trois clubs différents passés sous son commandement. Après la fin des play-offs au Danemark, il s'est donc offert quelques jours de congé. Au moment de quitter Genk précipitamment pour le FC Copenhague, début novembre, le club de la capitale danoise occupait la neuvième place en championnat. Une compétition qu'il a finalement terminée à la troisième place, derrière Brøndby et le FC Midtjylland.
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On peut dire que Jess Thorup a vécu une saison agitée, avec pas moins de trois clubs différents passés sous son commandement. Après la fin des play-offs au Danemark, il s'est donc offert quelques jours de congé. Au moment de quitter Genk précipitamment pour le FC Copenhague, début novembre, le club de la capitale danoise occupait la neuvième place en championnat. Une compétition qu'il a finalement terminée à la troisième place, derrière Brøndby et le FC Midtjylland. Thorup suit l'EURO avec d'autant plus d'intérêt que huit joueurs qu'il a entraînés cette saison y participent: quatre Danois (trois joueurs du FC Copenhague plus Joakim Maehle, qu'il a eu sous ses ordres à Genk), le Finlandais Jere Uronen (Genk), le Slovaque Patrik Hrosovsky (Genk) ainsi que les Ukrainiens Roman Yaremchuk et Roman Bezus (La Gantoise). Félicitations! Avec trois joueurs, le FC Copenhague est le fournisseur principal de l'équipe nationale danoise. Ça vous rend fier? JESS THORUP: Il n'est pas évident que des joueurs de notre championnat soient repris pour une grande compétition. Notre attaquant Jonas Wind (23 ans) a livré une excellente saison et je m'attendais à ce qu'il soit sélectionné. Zanka est un bon défenseur, qui a souvent joué en équipe nationale, tandis que notre arrière gauche Nicolai Boilesen, qui a joué à l'Ajax, a su saisir sa chance. Je m'entends bien avec le sélectionneur, Kasper Hjulmand, nous avons beaucoup parlé. On dit beaucoup de bien de lui. Qu'a-t-il apporté à l'équipe nationale? THORUP: Il faut rendre à César ce qui lui appartient: c'est Morten Olsen ( ex-Cercle, RWDM et Anderlecht, ndlr) qui a jeté les bases de cette équipe nationale. Il a réformé les équipes d'âge et a fait en sorte que tout le monde joue selon les mêmes principes, ce qui a rendu la progression des joueurs plus facile. Le Norvégien Age Hareide était plus pragmatique, il visait davantage le résultat, tandis que Kasper accorde plus d'attention à ce que Morten a amené, notamment le placement. L'équipe nationale danoise a souvent fait parler d'elle. Que pensez-vous de cette génération? THORUP: C'est une très bonne équipe. Elle est composée d'internationaux expérimentés qui évoluent dans de grands clubs, qui jouent depuis longtemps ensemble et qui, au cours des deux ou trois dernières années, n'ont pratiquement jamais perdu. Il y a une véritable culture de la victoire. J'ai même entendu des joueurs dire que c'était la meilleure équipe avec laquelle ils avaient jamais joué. Jusqu'à l'accident d'Eriksen, je pensais qu'ils pouvaient aller loin. L'objectif de cette équipe devait être au moins les demi-finales. C'est aussi le cas de la Belgique. Pouvez-vous comparer les deux sélections? THORUP: Le Danemark a perdu deux fois contre la Belgique, mais il a beaucoup appris. Il a réussi à presser haut et à contrôler le match, ce qui a obligé les Diables rouges à défendre. Mais grâce à la qualité de ses joueurs offensifs, la Belgique a pu faire la différence en reconversion. Cette équipe du Danemark est très homogène, les joueurs évoluent ensemble depuis des années et se connaissent par coeur. Chacun connaît sa tâche et l'équipe est en confiance, car elle a remporté de nombreux matches au cours des dernières années. Que peut faire le Danemark sans Christian Eriksen? THORUP: Offensivement, c'était le joueur-clé qui lisait bien le jeu et dirigeait les trois attaquants. Mais on a toujours un gardien de classe, une défense très solide et un bon entrejeu. Vous aviez quitté le Danemark pour la Belgique il y a trois ans. Vous attendiez-vous, à l'époque, à retrouver Joakim Maehle dans la sélection pour le prochain grand tournoi? THORUP: Je ne suis pas surpris. Ça fait longtemps qu'on parle de Maehle au Danemark, depuis qu'il est parti à Genk et est devenu ce joueur de flanc typique que l'équipe nationale peut utiliser. Ce qu'il a fait à l'Atalanta, c'est formidable. Lorsque je suis arrivé à Genk, il voulait partir, mais le club ne lui a pas donné l'autorisation, car Marseille s'est manifesté trop tard. Mais pour ceux qui le voyaient jouer régulièrement, il ne faisait aucun doute qu'il était prêt pour l'étape suivante. Qu'est-ce qui le rend si fort? THORUP: Sa mentalité. Joakim veut progresser et donne le meilleur chaque jour. Il est fort physiquement, il a un gros volume de course, il sait centrer et délivrer des assists. Son passage à l'Atalanta lui a permis de travailler ses points faibles, notamment le jeu purement défensif. Ces dernières années, on se demandait s'il était assez fort défensivement pour un grand club. Il a donné la réponse au cours des derniers mois. Joakim est polyvalent. Il peut aussi jouer sur le flanc gauche, comme c'est souvent le cas en équipe nationale, ou comme ailier. Lorsque vous êtes arrivé à Copenhague, l'équipe occupait la neuvième place. Après les play-offs, vous avez terminé troisièmes. Êtes-vous satisfait? THORUP: Le FC Copenhague n'est satisfait que quand il est champion, mais la réalité, c'est que sur les quatre dernières saisons, il ne l'a été qu'une fois. On a été la meilleure équipe du printemps et des play-offs. S'il y avait eu deux ou trois journées de plus, on aurait été champions. On peut donc être contents de cette troisième place. Quel a été votre plus grand mérite cette saison au Danemark? THORUP: J'ai repris une équipe qui était malade mentalement. Je lui ai rendu confiance et je suis reparti de zéro. En cinq mois, on a changé de style de jeu, on a inscrit le plus grand nombre de buts et on a terminé très fort. Maintenant que la base est là, tout le monde attend beaucoup de la prochaine saison. À La Gantoise et à Genk aussi, vous aviez trouvé des joueurs talentueux, mais pas d'équipe. THORUP: Ce que j'ai vécu à Copenhague m'a fait repenser à mes débuts à Gand, où beaucoup de joueurs ne pensaient qu'à leur petite carrière plutôt qu'à ce qu'ils pouvaient faire pour le club ou l'équipe. Copenhague est de loin le plus grand club de Scandinavie, le mieux organisé aussi. En Belgique, tant La Gantoise que Genk étaient bien organisés également et je pouvais me consacrer à 100% à l'équipe. Quelles leçons avez-vous tirées de votre expérience en Belgique? THORUP: En Belgique, il y a plus d'intensité dans les matches. On y accorde aussi plus d'importance aux qualités individuelles, on joue davantage en un contre un. On met l'accent sur les duels, chaque joueur doit défendre sa parcelle de terrain, tandis qu'au Danemark, on réfléchit davantage à la façon dont on va s'y prendre pour mettre l'adversaire dans une situation d'infériorité ou à ce qu'on va faire s'il se retrouve en supériorité. Actuellement, le championnat de Belgique est plus fort que celui du Danemark et ça se voit aux résultats européens. La compétition belge a beaucoup progressé ces dernières années. Il y a dix ans, la plupart des entraîneurs danois s'inspiraient surtout de ce qu'il se passait aux Pays-Bas. Désormais, ils s'intéressent davantage à la Belgique et se demandent comment un si petit pays peut produire autant de très bons joueurs. C'est pourquoi, pour les jeunes Danois, la Pro League constitue un excellent tremplin. Il est plus difficile de sortir d'ici, même si désormais, on n'a plus deux mais cinq clubs capables de lutter pour le titre. Comme en Belgique, il y a davantage de grands clubs. Qu'est-ce la Belgique peut apporter au football danois? THORUP: Sa qualité dans le recrutement et plus d'intensité dans les matches. C'est cela qui permet aux clubs d'être plus compétitifs sur le plan européen. Vous avez été surpris par ce qu'il s'est passé dans vos anciens clubs après votre départ de Belgique? THORUP: Je suis content que Genk ait conservé le même état d'esprit. À Gand, lorsque j'ai été licencié, je croyais encore en la qualité des joueurs, j'étais convaincu qu'avec eux, le club pouvait viser beaucoup plus haut. Quand vous êtes arrivé à Genk, vous pensiez que le club pourrait jouer le titre? L'entraîneur actuel affirme qu'il se demande parfois si les joueurs sont conscients de leurs qualités. THORUP: Moi aussi. À mon arrivée, j'ai découvert un groupe très talentueux et très ambitieux, des joueurs qui montaient chaque jour sur le terrain avec l'ambition de progresser. Ce qu'il fallait, c'était trouver le système de jeu qui leur convienne, jeter des bases. Je ne suis donc pas surpris qu'au fil du temps, le groupe ait acquis une mentalité de gagneurs et soit convaincu qu'il ne peut plus rien lui arriver de fâcheux. Quel joueur de Genk a le plus évolué? THORUP: Paul Onuachu, avec qui j'ai travaillé pendant trois ans à Midtjylland. Il fallait qu'il franchisse une étape cette saison et il l'a fait en devenant le meilleur attaquant de Belgique. Je suis content de l'avoir vu progresser, pas seulement au niveau du nombre de buts inscrits, mais aussi dans sa manière de jouer. Paul avait toutes les qualités pour devenir le joueur qu'il est aujourd'hui, mais c'est souvent une question de mental. Il fallait également que les autres joueurs apprennent à le servir et à l'utiliser dans les seize mètres. Ce n'était donc pas seulement une question d'évolution personnelle, il fallait aussi voir si l'équipe ferait un pas vers lui. N'est-il pas trop gentil? THORUP: Paul est un brave type, ouvert aux autres. Au cours des deux dernières saisons, il a dû apprendre à devenir plus égoïste, à penser davantage à lui. Ça l'a rendu meilleur et il est prêt à franchir un pas. Je serais très surpris s'il n'était pas transféré dans un grand championnat dès cet été. Avec ce corps, je voudrais le voir en Premier League. Je pense qu'il peut faire encore mieux. Un des ses points forts, c'est qu'il progresse pas à pas. Quand vous l'avez vu à l'oeuvre pour la première fois, pensiez-vous honnêtement qu'il atteindrait un jour ce niveau? THORUP: Quand on a vu arriver ce grand échalas, on a eu des doutes. À chaque fois qu'il tentait quelque chose de nouveau, il échouait. Mais il recommençait jusqu'à ce que ça marche. Il ne semblait pas avoir les qualités techniques nécessaires pour le top niveau, mais à force de travail, il les a acquises. Kristian Thorstvedt a avoué qu'après le premier match amical, il s'est demandé si c'était vraiment lui le nouvel attaquant. THORUP: Certains se sont dit qu'il ne savait pas jouer au football. On peut toujours se focaliser sur ses lacunes, mais les vraies questions qu'on doit se poser, c'est: de quoi est-il capable? Que nous apporte-t-il? Comment l'utiliser au mieux? Demandez aux défenseurs de D1A: je ne crois pas qu'il y en ait beaucoup qui aiment aller au duel avec lui, car ça fait mal. Moi aussi, j'ai douté, mais quand je le vois maintenant, je me dis que sa façon de protéger le ballon est incroyable et ce qu'il en fait aussi. Quel a été votre rôle dans cette évolution? THORUP: À Midtjylland, on ne l'a pas épargné. Pratiquement chaque jour, on lui imposait une session supplémentaire: sauts, tirs au but, jeu de tête, protection du ballon... Était-il réceptif? THORUP: Paul est parfois fainéant, mais une fois sur le terrain, il se donne à 100% et il apprend vite. Le tout était donc de le motiver. Quels joueurs de Genk devraient progresser lors des prochaines saisons? THORUP: Si on tient compte de son gabarit, de sa vitesse et de son charisme, je suis sûr que Jhon Lucumí deviendra un jour un des meilleurs défenseurs d'Europe. Avez-vous quitté la Belgique avec des regrets? THORUP: Je ne suis pas du genre à m'attarder sur le passé. Mon seul regret, c'est d'être parti sans dire au revoir. Ce n'était pas possible alors que j'ai été très bien accueilli à Genk, un vrai club familial. J'ai pris du plaisir à Genk comme à La Gantoise et j'espère y retourner le plus rapidement possible pour dire au revoir.