Il y a quelques semaines, un incident a opposé Robert Lewandowski à Kingsley Coman à l'entraînement du Bayern. Il s'est produit durant un petit démarquage destiné à travailler le jeu de position. Les deux joueurs se sont disputés puis en sont venus aux mains. Les défenseurs Niklas Süle et Jérôme Boateng se sont interposés et ont tenté de calmer les esprits, en vain.

Le transfert numéro un : Lucas Hernandez, BELGAIMAGE
Le transfert numéro un : Lucas Hernandez © BELGAIMAGE

D'autres joueurs sont venus à la rescousse. Bien que la rixe se soit produite durant un entraînement à huis-clos, la presse en a fait ses choux gras, avec moult détails. En fait, quoi qu'il se passe au Bayern, ça fuite toujours. Certains journaux, Bild en tête, ont quasi une ligne directe avec des membres du club.

On raconte aussi que Niko Kovac a voulu renvoyer Lewandowski et Coman au vestiaire ensuite mais s'est ravisé, à la surprise des joueurs. A l'origine de la bagarre, l'énervement croissant de Lewandowski. Il estime que Coman, le Français qui signe une excellente saison sur l'aile gauche, se perd trop en dribbles et ne lui délivre plus assez de passes utilisables.

Coman, lui, traite le Polonais d'égoïste qui veut marquer le plus de buts possible et ne s'occupe pas de ses coéquipiers. C'était donc le choc des egos. Niko Kovac a convoqué les deux trouble-fête et les a sommés de présenter des excuses. " On peut aussi appréhender les émotions exprimées à l'entraînement de manière positive ", a déclaré l'entraîneur. " Elles prouvent que nous vivons. "

Troisième garniture

Cette déclaration n'est pas un gage de fermeté mais elle est le reflet d'une saison durant laquelle Niko Kovac doit constamment refaire ses preuves. On dirait qu'il passe une année-test durant laquelle il est suivi à la loupe. En fait, le Croate était une solution de rechange, des entraîneurs prometteurs comme Thomas Tuchel et Julian Nagelsmann n'ayant montré aucun intérêt pour le club le plus compliqué d'Allemagne.

Kovac, lui, a saisi cette chance. Il a surmonté une crise en novembre grâce au soutien du président Uli Hoeness, qui avait déjà insisté pour l'engager. Malgré tout, Kovac a constamment dû justifier ses choix et de sa tactique face à la presse. Par exemple, pourquoi il pratique la rotation. Ou, après sa victoire 5-4 en coupe contre le FC Heidenheim, pensionnaire de deuxième Bundesliga, pourquoi le Bayern avait déjà encaissé plus de buts cette saison que les deux précédentes réunies.

Niko Kovac n'est pas de ceux qui fuient les questions délicates. Il explique alors que la défense est une question de discipline et de sens des responsabilités, qu'il faut être disposé à se replier, à combler les brèches et à entrer en duel. Pour ça, ajoute-il, il faut des footballeurs qui prennent l'équipe en mains, précisant qu'ils vont en chercher.

Le Bayern a besoin de renouveau. On entend ce refrain depuis des mois sur les rives de l'Isar et il a été repris avec plus d'insistance encore quand le Bayern a trébuché face à Liverpool en huitièmes de finale de la Ligue des Champions. L'arrière Mats Hummels s'est publiquement interrogé sur la tactique trop prudente de Kovac et même Uli Hoeness a froncé les sourcils.

Il a eu du mal à accepter la conclusion : le Bayern ne fait plus vraiment le poids sur la scène internationale. Le titre ne serait, à cet égard, qu'un prix de consolation et même un doublé ne pourrait pas camoufler complètement la déception du club. Mieux même : la coupe - elle serait la 19e de son histoire - devient un must.

Le 25 mai, le Bayern affronte le RB Leipzig en finale, à Berlin. La saison passée, il a été étonnamment vaincu au même stade de l'épreuve par l'Eintracht Francfort de Niko Kovac, qui avait, dans la foulée, rejoint l'Allianz Arena par la grande porte. Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts de l'Isar.

Jeu irrégulier

Il peut paraître étrange que le Bayern achève avec un sentiment d'amertume une saison qui lui peut encore lui permettre d'enlever deux trophées. Son jeu a été trop irrégulier en Bundesliga. Le Bayern possède toujours une bonne équipe mais elle ne joue pas toujours à son niveau. Il y a bien eu la démonstration 5-0 face au Borussia Dortmund mais quelques semaines plus tard, le Bayern a concédé un nul 1-1 dans un piètre derby contre le FC Nuremberg, avant-dernier du championnat. Souvent, l'équipe a manqué de concentration.

Ceci souligne la nécessité d'entamer une ère nouvelle. Il y a quelques mois, Uli Hoeness a déjà évoqué une vaste offensive qui allait effrayer les observateurs. Il a annoncé un investissement de plus de 200 millions. Toutefois, Karl-Heinz Rummenigge, le président du Conseil d'administration, voit les choses autrement.

Il a parlé de transferts sensés et de noyau restreint, pour éviter des problèmes économiques. Il oeuvre à l'expansion internationale du Bayern sans précipitation. Il se flatte de présenter un budget en hausse constante depuis vingt saisons et entend conserver cette ligne de conduite. Par une politique prudente. Le Bayern a accumulé un capital de 500 millions d'euros en observant cette gestion.

Jusqu'à présent, le Bayern a effectué deux transferts entrants. Il a engagé le Français Lucas Hernandez, propriété de l'Atlético Madrid, pour 80 millions. C'est un montant-record, qui coûte presque deux fois plus cher que le précédent transfert-record, celui d'un autre Français, Corentin Tolisso, issu de l'Olympique Lyon en 2017 pour 41,5 millions.

Hernandez vient d'être opéré au genou, ce qui a suscité des questions, mais le staff médical assure qu'il sera prêt au début de la saison. L'international est apte à évoluer à toutes les positions de la défense et de l'entrejeu. Le Bayern a également embauché un autre Français, le défenseur Benjamin Pavard, du VfB Stuttgart, pour 35 millions.

Leur arrivée va profondément modifier la défense, dont Mats Hummels et Jérôme Boateng ont été le coeur pendant des années mais qui sont libres de partir. C'est aussi lié à l'épanouissement de Niklas Süle, arrivé l'été 2017 d'Hoffenheim et devenu le patron de la défense. Il est la révélation de la saison, au même titre que Kingsley Coman.

Changements à la pelle

La liste du Bayern comporte d'autres grands noms. Comme Ilkay Gündogan, lé médian allemand de Manchester City, le Français Nicolas Pépé de Lille ou encore l'artiste marocain de l'Ajax, Hakim Ziyech. Ils doivent faire oublier Arjen Robben et Franck Ribéry, qui quittent le Bayern après respectivement dix et douze ans et bénéficieront d'un match d'adieu en 2020.

Le transfert numéro deux : Benjamin Pavard, BELGAIMAGE
Le transfert numéro deux : Benjamin Pavard © BELGAIMAGE

Il y a dix jours, Robben est entrée au jeu à quelques minutes de la fin du match contre Hanovre 96, après avoir passé cinq mois à l'infirmerie. Le Néerlandais souhaite poursuivre sa carrière et on le cite entre autres dans son ancien club, le FC Groningue. Franck Ribéry, lui, n'a pas la moindre idée de ce qu'il va devenir. Il a disputé 423 matches officiels pour le club bavarois, plus que n'importe quel autre étranger.

Le Colombien James Rodriguez, loué au Real, a également atteint sa date de péremption. Le Bayern n'est pas disposé à lever son option d'achat, qui s'élève à 42 millions. Niko Kovac n'a jamais fait confiance à Rodriguez. Renato Sanches, le Portugais de 21 ans arrivé l'été 2016 avec le statut de grand talent en devenir, n'a jamais éclos, même pas après avoir été prêté un an à Swansea City. Sanches a inscrit un seul but en 49 matches.

Le Bayern entre donc dans une ère nouvelle. Il a besoin de se renouveler mais aussi de rajeunir ses cadres. Il convoite Kai Kavertz, un grand talent du Bayer Leverkusen, mais le médian coûterait 65 millions. Fiete Arp, l'attaquant de 19 ans du HSV, peut décider lui-même s'il rejoint la Bavière cet été ou le suivant.

A terme, il va y avoir un autre changement majeur. Uli Hoeness a annoncé que son départ à la retraite ne tarderait plus. Il va rester au Bayern deux ou trois ans, peut-être moins. Le dirigeant reste vague à ce propos. Son mandat prend fin en 2022 mais il a déjà signalé que ça ne voulait rien dire.

De nombreux observateurs soupçonnent Hoeness de ne pas pouvoir lâcher le club, ce qu'il dément. Il estime même être l'exemple parfait de l'homme qui est capable de passer le flambeau à la génération suivante, comme il l'a fait dans son usine de saucisses en cédant le témoin à son fils Florian.

Au Bayern, son successeur est l'actuel directeur sportif Hasan Salihamidzic mais dans une autre fonction. Il va travailler avec l'ancien gardien Oliver Kahn, qui a intégré le Conseil d'administration en janvier et entrera officiellement en poste l'année prochaine. Tout cela va entraîner des remaniements importants, puisque Karl-Heinz Rummenigge prend sa retraite fin 2021.

Sur la carte du monde

Il ne faut pas sous-estimer l'importance qu'a eue Hoeness pour le Bayern. Il en est devenu manager le 1er mai 1979. Il a débarqué un carnet à la main et a mué le club en marque d'envergure mondiale, avec les moyens dont il disposait. La montée en puissance du Bayern durant ces 40 années est remarquable, comme le signale l'encadré.

Footballeur, Uli Hoeness était rapide et dynamique. Passé manager, il s'est révélé passionné et infatigable. De son bureau au deuxième étage du centre d'entraînement, Säbener Strasse, il a tout suivi avec attention, entraînements compris. Négociations avec les sponsors, transferts, obligations officielles, dîners ici et là, Hoeness n'a rien négligé.

Il a travaillé sept jours sur sept, enchaînant des journées de 14 heures, sans jamais se plaindre. Hoeness est doté d'une constitution robuste, d'un mental de fer et il récupère vite. Il a aisément surmonté la pire période de sa vie, une condamnation à trois ans de prison pour fraude fiscale. D'autres auraient été brisés par ce passage derrière les barreaux.

Pas Hoeness. Il a repris son travail avec une énergie intacte, a été réélu président, il a souvent pris des positions extrêmes, en sachant pertinemment qu'il divisait le milieu.

Même à 67 ans, Uli Hoeness ne parvient pas contenir sa colère quand il estime que le club est mal traité. Parfois, on lui souhaiterait plus d'impassibilité mais ce trait lui est étranger. Il est d'un naturel impulsif, même s'il estime s'être calmé au fil du temps. Diriger le Bayern vers une ère nouvelle est sans doute le plus grand défi de sa carrière. Il le fera avec passion. Le Bayern est l'oeuvre de sa vie et le restera à jamais.

Hoeness poursuit un objectif majeur : ramener le Bayern parmi l'élite européenne. Avec Niko Kovac ? Rien n'est moins sûr. La semaine dernière, selon les rumeurs, le Bayern convoitait Julen Lopetegui, l'entraîneur qui avait dû démissionner du poste de sélectionneur de la Roja avant la Coupe du monde, parce qu'il avait signé au Real, lequel l'a remercié après quelques mois.

Apparemment, il n'a pas le profil requis pour le Bayern, dont la direction ne manque pas de bagage footballistique, mais ce genre de rumeurs est inhérent au club, en émoi permanent. Le Bayern a toujours été un foyer de bruits, de rumeurs, de scandales. Et de jugements.

Comme celui récemment émis par sa figure de proue, Franz Beckenbauer, qui a traité le groupe trop gâté, après une pénible victoire 3-1 contre Hanovre. Mais on ne prend plus au sérieux les déclarations du Kaiser, âgé de 73 ans. Elles font plutôt partie du folklore.

Uli Hoeness, BELGAIMAGE
Uli Hoeness © BELGAIMAGE

40 ans sous Uli Hoeness

20 entraîneurs

ont pris place sur le banc du Bayern depuis le 1er mai 1979. C'est Ottmar Hitzfeld qui a dirigé le plus grand nombre de matches : 395.

57

titres durant l'ère Uli Hoeness, dont 23 championnats nationaux.

657,4 millions

de budget durant la saison 2017-2018. En 1979, le budget s'élevait à environ 6,5 millions d'euros.

Uli Hoeness le Bayern restera à jamais l'oeuvre de sa vie., BELGAIMAGE
Uli Hoeness le Bayern restera à jamais l'oeuvre de sa vie. © BELGAIMAGE

260 joueurs

se sont produits dans des matches officiels. Le gardien Oliver Kahn détient le record du plus grand nombre de matches disputés : 632.

290.000 membres

la saison passée. En 1979, le Bayern ne comptait que 6.616 membres.

Il y a quelques semaines, un incident a opposé Robert Lewandowski à Kingsley Coman à l'entraînement du Bayern. Il s'est produit durant un petit démarquage destiné à travailler le jeu de position. Les deux joueurs se sont disputés puis en sont venus aux mains. Les défenseurs Niklas Süle et Jérôme Boateng se sont interposés et ont tenté de calmer les esprits, en vain. D'autres joueurs sont venus à la rescousse. Bien que la rixe se soit produite durant un entraînement à huis-clos, la presse en a fait ses choux gras, avec moult détails. En fait, quoi qu'il se passe au Bayern, ça fuite toujours. Certains journaux, Bild en tête, ont quasi une ligne directe avec des membres du club. On raconte aussi que Niko Kovac a voulu renvoyer Lewandowski et Coman au vestiaire ensuite mais s'est ravisé, à la surprise des joueurs. A l'origine de la bagarre, l'énervement croissant de Lewandowski. Il estime que Coman, le Français qui signe une excellente saison sur l'aile gauche, se perd trop en dribbles et ne lui délivre plus assez de passes utilisables. Coman, lui, traite le Polonais d'égoïste qui veut marquer le plus de buts possible et ne s'occupe pas de ses coéquipiers. C'était donc le choc des egos. Niko Kovac a convoqué les deux trouble-fête et les a sommés de présenter des excuses. " On peut aussi appréhender les émotions exprimées à l'entraînement de manière positive ", a déclaré l'entraîneur. " Elles prouvent que nous vivons. " Cette déclaration n'est pas un gage de fermeté mais elle est le reflet d'une saison durant laquelle Niko Kovac doit constamment refaire ses preuves. On dirait qu'il passe une année-test durant laquelle il est suivi à la loupe. En fait, le Croate était une solution de rechange, des entraîneurs prometteurs comme Thomas Tuchel et Julian Nagelsmann n'ayant montré aucun intérêt pour le club le plus compliqué d'Allemagne. Kovac, lui, a saisi cette chance. Il a surmonté une crise en novembre grâce au soutien du président Uli Hoeness, qui avait déjà insisté pour l'engager. Malgré tout, Kovac a constamment dû justifier ses choix et de sa tactique face à la presse. Par exemple, pourquoi il pratique la rotation. Ou, après sa victoire 5-4 en coupe contre le FC Heidenheim, pensionnaire de deuxième Bundesliga, pourquoi le Bayern avait déjà encaissé plus de buts cette saison que les deux précédentes réunies. Niko Kovac n'est pas de ceux qui fuient les questions délicates. Il explique alors que la défense est une question de discipline et de sens des responsabilités, qu'il faut être disposé à se replier, à combler les brèches et à entrer en duel. Pour ça, ajoute-il, il faut des footballeurs qui prennent l'équipe en mains, précisant qu'ils vont en chercher. Le Bayern a besoin de renouveau. On entend ce refrain depuis des mois sur les rives de l'Isar et il a été repris avec plus d'insistance encore quand le Bayern a trébuché face à Liverpool en huitièmes de finale de la Ligue des Champions. L'arrière Mats Hummels s'est publiquement interrogé sur la tactique trop prudente de Kovac et même Uli Hoeness a froncé les sourcils. Il a eu du mal à accepter la conclusion : le Bayern ne fait plus vraiment le poids sur la scène internationale. Le titre ne serait, à cet égard, qu'un prix de consolation et même un doublé ne pourrait pas camoufler complètement la déception du club. Mieux même : la coupe - elle serait la 19e de son histoire - devient un must. Le 25 mai, le Bayern affronte le RB Leipzig en finale, à Berlin. La saison passée, il a été étonnamment vaincu au même stade de l'épreuve par l'Eintracht Francfort de Niko Kovac, qui avait, dans la foulée, rejoint l'Allianz Arena par la grande porte. Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts de l'Isar. Il peut paraître étrange que le Bayern achève avec un sentiment d'amertume une saison qui lui peut encore lui permettre d'enlever deux trophées. Son jeu a été trop irrégulier en Bundesliga. Le Bayern possède toujours une bonne équipe mais elle ne joue pas toujours à son niveau. Il y a bien eu la démonstration 5-0 face au Borussia Dortmund mais quelques semaines plus tard, le Bayern a concédé un nul 1-1 dans un piètre derby contre le FC Nuremberg, avant-dernier du championnat. Souvent, l'équipe a manqué de concentration. Ceci souligne la nécessité d'entamer une ère nouvelle. Il y a quelques mois, Uli Hoeness a déjà évoqué une vaste offensive qui allait effrayer les observateurs. Il a annoncé un investissement de plus de 200 millions. Toutefois, Karl-Heinz Rummenigge, le président du Conseil d'administration, voit les choses autrement. Il a parlé de transferts sensés et de noyau restreint, pour éviter des problèmes économiques. Il oeuvre à l'expansion internationale du Bayern sans précipitation. Il se flatte de présenter un budget en hausse constante depuis vingt saisons et entend conserver cette ligne de conduite. Par une politique prudente. Le Bayern a accumulé un capital de 500 millions d'euros en observant cette gestion. Jusqu'à présent, le Bayern a effectué deux transferts entrants. Il a engagé le Français Lucas Hernandez, propriété de l'Atlético Madrid, pour 80 millions. C'est un montant-record, qui coûte presque deux fois plus cher que le précédent transfert-record, celui d'un autre Français, Corentin Tolisso, issu de l'Olympique Lyon en 2017 pour 41,5 millions. Hernandez vient d'être opéré au genou, ce qui a suscité des questions, mais le staff médical assure qu'il sera prêt au début de la saison. L'international est apte à évoluer à toutes les positions de la défense et de l'entrejeu. Le Bayern a également embauché un autre Français, le défenseur Benjamin Pavard, du VfB Stuttgart, pour 35 millions. Leur arrivée va profondément modifier la défense, dont Mats Hummels et Jérôme Boateng ont été le coeur pendant des années mais qui sont libres de partir. C'est aussi lié à l'épanouissement de Niklas Süle, arrivé l'été 2017 d'Hoffenheim et devenu le patron de la défense. Il est la révélation de la saison, au même titre que Kingsley Coman. La liste du Bayern comporte d'autres grands noms. Comme Ilkay Gündogan, lé médian allemand de Manchester City, le Français Nicolas Pépé de Lille ou encore l'artiste marocain de l'Ajax, Hakim Ziyech. Ils doivent faire oublier Arjen Robben et Franck Ribéry, qui quittent le Bayern après respectivement dix et douze ans et bénéficieront d'un match d'adieu en 2020. Il y a dix jours, Robben est entrée au jeu à quelques minutes de la fin du match contre Hanovre 96, après avoir passé cinq mois à l'infirmerie. Le Néerlandais souhaite poursuivre sa carrière et on le cite entre autres dans son ancien club, le FC Groningue. Franck Ribéry, lui, n'a pas la moindre idée de ce qu'il va devenir. Il a disputé 423 matches officiels pour le club bavarois, plus que n'importe quel autre étranger. Le Colombien James Rodriguez, loué au Real, a également atteint sa date de péremption. Le Bayern n'est pas disposé à lever son option d'achat, qui s'élève à 42 millions. Niko Kovac n'a jamais fait confiance à Rodriguez. Renato Sanches, le Portugais de 21 ans arrivé l'été 2016 avec le statut de grand talent en devenir, n'a jamais éclos, même pas après avoir été prêté un an à Swansea City. Sanches a inscrit un seul but en 49 matches. Le Bayern entre donc dans une ère nouvelle. Il a besoin de se renouveler mais aussi de rajeunir ses cadres. Il convoite Kai Kavertz, un grand talent du Bayer Leverkusen, mais le médian coûterait 65 millions. Fiete Arp, l'attaquant de 19 ans du HSV, peut décider lui-même s'il rejoint la Bavière cet été ou le suivant. A terme, il va y avoir un autre changement majeur. Uli Hoeness a annoncé que son départ à la retraite ne tarderait plus. Il va rester au Bayern deux ou trois ans, peut-être moins. Le dirigeant reste vague à ce propos. Son mandat prend fin en 2022 mais il a déjà signalé que ça ne voulait rien dire. De nombreux observateurs soupçonnent Hoeness de ne pas pouvoir lâcher le club, ce qu'il dément. Il estime même être l'exemple parfait de l'homme qui est capable de passer le flambeau à la génération suivante, comme il l'a fait dans son usine de saucisses en cédant le témoin à son fils Florian. Au Bayern, son successeur est l'actuel directeur sportif Hasan Salihamidzic mais dans une autre fonction. Il va travailler avec l'ancien gardien Oliver Kahn, qui a intégré le Conseil d'administration en janvier et entrera officiellement en poste l'année prochaine. Tout cela va entraîner des remaniements importants, puisque Karl-Heinz Rummenigge prend sa retraite fin 2021. Il ne faut pas sous-estimer l'importance qu'a eue Hoeness pour le Bayern. Il en est devenu manager le 1er mai 1979. Il a débarqué un carnet à la main et a mué le club en marque d'envergure mondiale, avec les moyens dont il disposait. La montée en puissance du Bayern durant ces 40 années est remarquable, comme le signale l'encadré. Footballeur, Uli Hoeness était rapide et dynamique. Passé manager, il s'est révélé passionné et infatigable. De son bureau au deuxième étage du centre d'entraînement, Säbener Strasse, il a tout suivi avec attention, entraînements compris. Négociations avec les sponsors, transferts, obligations officielles, dîners ici et là, Hoeness n'a rien négligé. Il a travaillé sept jours sur sept, enchaînant des journées de 14 heures, sans jamais se plaindre. Hoeness est doté d'une constitution robuste, d'un mental de fer et il récupère vite. Il a aisément surmonté la pire période de sa vie, une condamnation à trois ans de prison pour fraude fiscale. D'autres auraient été brisés par ce passage derrière les barreaux. Pas Hoeness. Il a repris son travail avec une énergie intacte, a été réélu président, il a souvent pris des positions extrêmes, en sachant pertinemment qu'il divisait le milieu. Même à 67 ans, Uli Hoeness ne parvient pas contenir sa colère quand il estime que le club est mal traité. Parfois, on lui souhaiterait plus d'impassibilité mais ce trait lui est étranger. Il est d'un naturel impulsif, même s'il estime s'être calmé au fil du temps. Diriger le Bayern vers une ère nouvelle est sans doute le plus grand défi de sa carrière. Il le fera avec passion. Le Bayern est l'oeuvre de sa vie et le restera à jamais. Hoeness poursuit un objectif majeur : ramener le Bayern parmi l'élite européenne. Avec Niko Kovac ? Rien n'est moins sûr. La semaine dernière, selon les rumeurs, le Bayern convoitait Julen Lopetegui, l'entraîneur qui avait dû démissionner du poste de sélectionneur de la Roja avant la Coupe du monde, parce qu'il avait signé au Real, lequel l'a remercié après quelques mois. Apparemment, il n'a pas le profil requis pour le Bayern, dont la direction ne manque pas de bagage footballistique, mais ce genre de rumeurs est inhérent au club, en émoi permanent. Le Bayern a toujours été un foyer de bruits, de rumeurs, de scandales. Et de jugements. Comme celui récemment émis par sa figure de proue, Franz Beckenbauer, qui a traité le groupe trop gâté, après une pénible victoire 3-1 contre Hanovre. Mais on ne prend plus au sérieux les déclarations du Kaiser, âgé de 73 ans. Elles font plutôt partie du folklore.