"Est-ce que c'est parfait ? Non, mais ça aide. Aujourd'hui, la VAR, on a l'impression qu'elle est là depuis des années. C'est une preuve de son succès". Le président de la Fifa Gianni Infantino peut triompher, c'est lui qui a poussé à l'adoption de cette technologie et a forcé son entrée au Mondial-2018 en Russie, contre tous les scepticismes.

Pas parfait? Les passionnés s'en réjouiront, car l'introduction de la VAR n'est en effet pas près de vider les talk-shows de leur substance!

La Ligue des champions est passée tout près de son premier scandale estampillé "VAR" lors du choc entre l'Atlético Madrid et la Juventus Turin (2-0), en 8e de finale aller le 20 février.

A la 70e minute de jeu, l'attaquant madrilène Alvaro Morata ouvre le score de la tête après s'être défait du marquage de Giorgio Chiellini d'une légère poussette. La VAR intervient et l'arbitre annule le but pour une faute préalable, à la grande fureur des "Colchoneros".

En Italie, tout le monde a trouvé la décision justifiée.

- "Tout le monde veut la VAR" -

Autre incident "VAR": le but refusé à l'Ajax d'Amsterdam contre le Real Madrid. L'arbitre a estimé qu'un attaquant de l'Ajax, en position de hors-jeu, avait gêné le gardien du Real.

"J'ai reçu deux explications différentes du corps arbitral", s'est plaint l'entraîneur de l'Ajax Erik ten Hag. "L'un d'eux m'a dit que l'annulation du but était basée sur une position de hors-jeu qui n'était pas évidente à mes yeux, un autre parce qu'il y a eu une faute sur Courtois, qui n'est pas évidente sur les images de la télé".

Bref, "haro sur la VAR" a remplacé "haro sur l'arbitre". Rien de nouveau sous les projecteurs.

Et pourtant, la nouveauté s'est imposée à la vitesse de l'éclair. "Après le succès du Mondial et l'introduction dans de grands tournois, une chose est claire: tout le monde veut la VAR. Nous avons dans le monde 80 ligues professionnelles et tournois majeurs intéressés", constate Lukas Brud, le secrétaire de l'IFAB, l'organisme qui régit les lois du jeu.

- "Qui? Jésus-Christ?" -

Nous sommes en 2019, et toute l'Europe est conquise par la VAR... Toute? Non. Car un championnat peuplé d'irréductibles anglais résiste encore et toujours. La Premier League est la dernière compétition majeure à n'avoir pas adopté la vidéo, et Mauricio Pochettino, l'entraîneur de Tottenham, l'un des derniers rebelles, tire argument des interruptions de jeu pendant les matches de Ligue des champions: "Personne n'est heureux de regarder ces matches en Europe avec la VAR, personne, je vous le promets ! Cette situation où le football commence à ennuyer les supporters m'inquiète", dit-il, sans crainte d'aller contre le vent de l'Histoire.

La VAR triomphante pose cependant encore quelques défis à l'arbitrage: "Il est important que les entraîneurs, les joueurs et les fans comprennent clairement de quoi il s'agit, afin de ne pas créer de fausses attentes", concède Lukas Brud. "Sans la VAR on acceptait plutôt les erreurs de l'arbitre. Avec la VAR, on attend qu'il fasse un sans-faute".

La technologie passant pour infaillible, c'est en effet sur les arbitres, accusés de mal interpréter les images, que retombe la colère des vaincus.

"Et on met qui à la place des arbitres ? Jésus-Christ ?", s'est emporté Infantino récemment. "Ce sont des êtres humains. C'est extrêmement difficile d'arbitrer. La perfection n'est pas humaine. Il faut accepter l'erreur et reconnaître qu'il y a eu une amélioration avec la VAR. Ca va s'améliorer encore".

Infantino le visionnaire ne parle pas encore d'arbitrage par intelligence artificielle. Chaque progrès en son temps.