"Ca a été une surprise incroyable, on n'en est pas revenus même s'il nous l'avait promis. Encore une fois, il a montré sa force", a raconté dimanche le milieu de terrain de Bologne Andrea Poli après un match nul 1-1 sur la pelouse du Hellas Vérone.

Quelques heures plus tôt, il avait vu Mihajlovic arriver à l'hôtel pour y diriger la réunion d'avant-match. Le Serbe a ensuite rejoint le stade séparément, en voiture et un masque sur la bouche, qu'il ne portait plus au bord du terrain, où il était moins exposé aux microbes.

Casquette sur la tête, corps et visage amaigris, pansement sur le cou et bracelet hospitalier au poignet, Mihajlovic a ensuite vécu le match presque comme d'habitude, revenant simplement s'asseoir un peu plus souvent qu'à l'accoutumée.

Puis il a quitté le stade à deux minutes de la fin de la partie pour rejoindre directement l'hôpital, sa présence dans les vestiaires ayant été interdite par les médecins, compte tenu de ses défenses immunitaires affaiblies après un cycle lourd de chimiothérapie.

'Exemplaire'

Car depuis près d'un mois et demi, Mihajlovic est hospitalisé à Bologne pour soigner une leucémie, diagnostiquée début juillet.

Depuis, à distance, il n'a jamais cessé d'être l'entraîneur de son équipe. Les séances étaient filmées et lui les suivait en direct, intervenant par téléphone. Des sessions Skype étaient ensuite organisées pour des débriefings individuels ou de groupe.

Mais le voir au bord du terrain pour le premier match de la saison, personne ne l'attendait. "Pendant la semaine, il nous avait dit qu'il n'était pas encore à 100%. On ne pensait pas le voir aussi vite. Il a ce caractère qui te pousse à ne jamais renoncer", a ainsi raconté le jeune ailier Ricardo Orsolini.

L'hématologue Michele Cavo, qui soigne le Serbe à l'hôpital Sant'Orsola de Bologne, a expliqué que Mihajlovic avait été "un patient exemplaire, qui a toujours fait ce qu'on lui a dit et conseillé".

"Vendredi, il y a eu de nouveaux signes d'amélioration", a-t-il ajouté pour expliquer son feu vert à la présence de son patient au Stade Bentegodi.

Depuis, le courage de Mihajlovic a été relevé par tous en Italie, de son épouse Arianna -"les guerriers, on les reconnait de loin"-, au maire de Bologne Virginio Merola, qui a parlé d'"images qui donnent confiance pour l'avenir", en passant par le chanteur Gianni Morandi, qui a salué "un homme courageux et fort".

Derby

Il faut dire que Mihajlovic (50 ans) est une figure du football en Italie, qu'il n'a presque jamais quittée depuis qu'il est arrivé en 1992 à l'AS Rome. Défenseur dur et complet, il a été champion avec la Lazio et l'Inter Milan, a gagné trois Coupes d'Italie et a aussi remporté la C2 avec la Lazio.

Doté d'une frappe extraordinaire, il a aussi été un des meilleurs tireurs de coups francs de tous les temps. Sa carrière de technicien, débutée déjà à Bologne, s'est elle aussi faite presque exclusivement en Italie, de la Fiorentina au Torino en passant par la Sampdoria Gênes.

Son combat contre la maladie n'est pas encore gagné, mais c'est "dans un état de santé général satisfaisant", selon ses médecins, que Mihajlovic a pu quitter l'hôpital mercredi après un premier cycle de thérapie.

Il pourrait donc être à nouveau sur le banc vendredi, pour le premier match de Bologne à domicile, le derby face à la Spal.

"On peut penser que ce qui s'est passé dimanche pourrait ne pas rester un moment isolé. Mais il y aura aussi des moments où il faudra suivre de nouveaux cycles de thérapie et où cela sera impossible", a prévenu le Dr. Cavo.