Eleonora Giovio (35), qui a suivi pendant six ans (2006 à 2012) le Real Madrid pour le compte d'El Pais a écrit le livre El efecto Mourinho : tierra quemada (L'effet Mourinho : terre brûlée). La journaliste italienne y décrit le climat de terreur qui régnait au Real à l'ère Mourinho. "Après l'incident avec Tito Vilanova (lors d'un clasico, Mourinho avait enfoncé son doigt dans l'oeil de celui qui était alors adjoint à Barcelone), ceux du Real ont dit que le banc de Barcelone n'avait cessé de les provoquer pendant tout le match.

Par la suite, j'ai discuté avec quelqu'un qui était sur le banc du Real et qui m'a dit : "C'est tout à fait faux mais la machine est en route et on ne l'arrêtera plus. Plus personne n'ose rien dire." Après coup, lorsque j'appelais des employés du club, ils me rappelaient toujours d'un téléphone fixe car ils craignaient que leurs GSM ne soient contrôlés. Un jour, à quelques heures du clasico, Marca a publié la composition de l'équipe du Real. Mourinho était furieux. Il a fait contrôler les GSM de tous ses joueurs pour savoir qui avait lâché l'information. Par là même, quelques jeunes joueurs n'osaient même plus parler aux journalistes. "La presse n'était pas épargnée. "Certains collègues m'ont dit qu'ils avaient reçu des menaces par téléphone", dit Eleonora Giovio. "Du style : Fais attention car si tu continues, il pourrait arriver quelque chose à tes enfants. Moi, je n'ai jamais eu peur, mais c'était une période très fatigante. Un jour, avant un match de Ligue des Champions, Mourinho avait envoyé son adjoint, Aitor Karanka, en conférence de presse parce que lui n'avait pas envie de venir. Plusieurs journalistes quittèrent la salle en signe de protestation. Seuls deux sont restés.

Lors de la conférence de presse suivante, Mourinho répondit à plusieurs questions : Je ne te parle pas car tu n'as pas voulu écouter Karanka. Bref, ces trois années avec The Special One étaient aberrantes. Avant chaque conférence de presse, on se demandait auquel d'entre nous il allait s'en prendre, à propos de quel sujet il allait polémiquer et qui aurait le droit de poser une question. Après trois ans, nous en avions tous marre. Et il a fait tout ce cinéma pour ne gagner qu'un titre et une coupe."

Le 1er juillet 2013, lors de la première conférence de presse de Carlo Ancelotti, tout le monde poussa un ouf de soulagement. "Nous avons enfin retrouvé un type normal devant nous, un gars qui a le sens de l'humour, qui répond aux questions et qui respecte tout le monde. Avec lui, il n'y a pas de secret, on peut parler de football sans arrière-pensée et sans peser ses mots. Ancelotti était, pour moi, le successeur idéal à Mourinho. Avec lui, c'est : what you see is what you get. C'est chouette !"

"Un mensonge pour séduire la presse" José Mourinho est un manipulateur hors pair. Le passage suivant, extrait de Prepárense para perder, le livre du journaliste Diego Torres, démontre clairement combien The Special One avait mis la presse espagnole dans sa poche.

Le vendredi avant le match face à l'Atlético (le 19 mars 2011, ndlr), Mourinho avait rassemblé les joueurs dans la salle de réunion de Valdebebas. Comme souvent lorsqu'il ne parlait pas que de football, il parlait de lui-même. Après avoir causé des heures de retransmission des matches (selon lui, le Real était systématiquement désavantagé au profit de Barcelone en raison des droits de télévision, ndlr), il tint, selon ses adjoints, à peu près le discours suivant : "Je vais être honnête avec vous. Le débat sur le calendrier, c'est moi qui l'ai inventé. Ce n'est pas vrai. C'est un mensonge que j'ai trouvé pour séduire la presse. Pourquoi ? Avoir deux ou trois jours de congé entre les matches, ça change quoi ? Entre nous : c'est pareil."

Dans la salle, personne ne broncha mais on entendit souffler. Puis il poursuivit : "Restons calmes car l'année prochaine, Florentino (Perez, le président du Real, ndlr) va dénoncer le contrat qui le lie à Mediapro (l'opérateur de télévision, ndlr) et signer avec un autre opérateur. Et là, c'est moi qui ferai le calendrier. Mais en attendant, je vais en salle de presse et je vais encore répéter que nous sommes désavantagés par le calendrier."

PAR STEVE VAN HERPE, ENVOYÉ SPÉCIAL À MADRID

Eleonora Giovio (35), qui a suivi pendant six ans (2006 à 2012) le Real Madrid pour le compte d'El Pais a écrit le livre El efecto Mourinho : tierra quemada (L'effet Mourinho : terre brûlée). La journaliste italienne y décrit le climat de terreur qui régnait au Real à l'ère Mourinho. "Après l'incident avec Tito Vilanova (lors d'un clasico, Mourinho avait enfoncé son doigt dans l'oeil de celui qui était alors adjoint à Barcelone), ceux du Real ont dit que le banc de Barcelone n'avait cessé de les provoquer pendant tout le match. Par la suite, j'ai discuté avec quelqu'un qui était sur le banc du Real et qui m'a dit : "C'est tout à fait faux mais la machine est en route et on ne l'arrêtera plus. Plus personne n'ose rien dire." Après coup, lorsque j'appelais des employés du club, ils me rappelaient toujours d'un téléphone fixe car ils craignaient que leurs GSM ne soient contrôlés. Un jour, à quelques heures du clasico, Marca a publié la composition de l'équipe du Real. Mourinho était furieux. Il a fait contrôler les GSM de tous ses joueurs pour savoir qui avait lâché l'information. Par là même, quelques jeunes joueurs n'osaient même plus parler aux journalistes. "La presse n'était pas épargnée. "Certains collègues m'ont dit qu'ils avaient reçu des menaces par téléphone", dit Eleonora Giovio. "Du style : Fais attention car si tu continues, il pourrait arriver quelque chose à tes enfants. Moi, je n'ai jamais eu peur, mais c'était une période très fatigante. Un jour, avant un match de Ligue des Champions, Mourinho avait envoyé son adjoint, Aitor Karanka, en conférence de presse parce que lui n'avait pas envie de venir. Plusieurs journalistes quittèrent la salle en signe de protestation. Seuls deux sont restés. Lors de la conférence de presse suivante, Mourinho répondit à plusieurs questions : Je ne te parle pas car tu n'as pas voulu écouter Karanka. Bref, ces trois années avec The Special One étaient aberrantes. Avant chaque conférence de presse, on se demandait auquel d'entre nous il allait s'en prendre, à propos de quel sujet il allait polémiquer et qui aurait le droit de poser une question. Après trois ans, nous en avions tous marre. Et il a fait tout ce cinéma pour ne gagner qu'un titre et une coupe." Le 1er juillet 2013, lors de la première conférence de presse de Carlo Ancelotti, tout le monde poussa un ouf de soulagement. "Nous avons enfin retrouvé un type normal devant nous, un gars qui a le sens de l'humour, qui répond aux questions et qui respecte tout le monde. Avec lui, il n'y a pas de secret, on peut parler de football sans arrière-pensée et sans peser ses mots. Ancelotti était, pour moi, le successeur idéal à Mourinho. Avec lui, c'est : what you see is what you get. C'est chouette !" "Un mensonge pour séduire la presse" José Mourinho est un manipulateur hors pair. Le passage suivant, extrait de Prepárense para perder, le livre du journaliste Diego Torres, démontre clairement combien The Special One avait mis la presse espagnole dans sa poche. Le vendredi avant le match face à l'Atlético (le 19 mars 2011, ndlr), Mourinho avait rassemblé les joueurs dans la salle de réunion de Valdebebas. Comme souvent lorsqu'il ne parlait pas que de football, il parlait de lui-même. Après avoir causé des heures de retransmission des matches (selon lui, le Real était systématiquement désavantagé au profit de Barcelone en raison des droits de télévision, ndlr), il tint, selon ses adjoints, à peu près le discours suivant : "Je vais être honnête avec vous. Le débat sur le calendrier, c'est moi qui l'ai inventé. Ce n'est pas vrai. C'est un mensonge que j'ai trouvé pour séduire la presse. Pourquoi ? Avoir deux ou trois jours de congé entre les matches, ça change quoi ? Entre nous : c'est pareil." Dans la salle, personne ne broncha mais on entendit souffler. Puis il poursuivit : "Restons calmes car l'année prochaine, Florentino (Perez, le président du Real, ndlr) va dénoncer le contrat qui le lie à Mediapro (l'opérateur de télévision, ndlr) et signer avec un autre opérateur. Et là, c'est moi qui ferai le calendrier. Mais en attendant, je vais en salle de presse et je vais encore répéter que nous sommes désavantagés par le calendrier." PAR STEVE VAN HERPE, ENVOYÉ SPÉCIAL À MADRID