Le football, c'est la guerre. Et quand deux pays qui s'affrontent sur le terrain sont également en conflit sur le plan diplomatique, ça fait les gros titres des journaux. Au printemps 1982, l'Argentine et la Grande-Bretagne s'étaient opposées dans la guerre des Malouines, sur la côte argentine.
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Le football, c'est la guerre. Et quand deux pays qui s'affrontent sur le terrain sont également en conflit sur le plan diplomatique, ça fait les gros titres des journaux. Au printemps 1982, l'Argentine et la Grande-Bretagne s'étaient opposées dans la guerre des Malouines, sur la côte argentine. Le Royaume-Uni l'avait emporté. Quatre ans plus tard, les deux pays se retrouvent en quarts de finale de la Coupe du monde. Il s'agit de leur premier match depuis ce conflit et les journaux gonflent l'événement. Mais cet après-midi-là, au Stade Aztèque de Mexico, il n'est pas question de guerre. Le public est pacifique, l'ambiance détendue, et les joueurs se sont chaleureusement serré la main en montant sur le terrain, certains se tapant même sur l'épaule. La guerre est finie. Seuls quelques défenseurs anglais se croient encore dans les tranchées. Ils savent que le danger viendra d'un petit Argentin, Diego Armando Maradona, et ils sont bien déterminés à le mettre sous l'éteignoir. Par tous les moyens. Terry Fenwick, surtout, utilise ses pieds, ses genoux, ses poings, ses coudes... Si le match avait eu lieu à l'heure actuelle, il aurait été exclu trois fois. En première mi-temps, il ne se passe pas grand-chose. Aucune des deux équipes ne trouve l'ouverture dans la défense adverse. Mais après cinq minutes en deuxième mi-temps, Maradona estime que son heure est venue. Son but inscrit de la main est devenu l'un des plus célèbres de l'histoire de la Coupe du Monde mais l'honnêteté commande de dire que la préparation de ce but est magnifique. Julio Olarticoechea donne le ballon au petit numéro 10 sur la gauche du rond central. Maradona passe un Anglais puis plonge entre deux autres. Arrivé à l'arc de cercle, il décale sur la droite vers Jorge Valdano, qui rate son contrôle. Steve Hodge dégage alors le ballon n'importe comment. Celui-ci revient en arrière vers le point de penalty où Maradona va au duel avec le gardien Peter Shilton. La lutte est inégale : Diego Maradona mesure1,65 m, Peter Shilton fait 20 cm de plus et peut utiliser ses mains. Mais l'Argentin saute très haut, Shilton touche le ballon du bras droit mais est trop court et le ballon file dans le but. Les Anglais protestent, mais pourquoi ? Ce jour-là, le commentateur de la BBC est l'éminent Barry Davies. Il se demande si Maradona est hors-jeu. Impossible, car le ballon vient de l'adversaire. La télévision diffuse la phase au ralenti mais la question demeure : pourquoi l'Aregentin aurait-il été hors-jeu ? Ce n'est qu'à ce moment-là que Davies se rend compte qu'il y a autre chose. En regardant bien les images, on voit que, pour sauter, Maradona s'aide des mains. Il donne un coup de tête mais c'est sa main gauche, à hauteur de son front, qui touche le cuir. Les joueurs l'ont vu, l'arbitre tunisien Ali Ben Nasser pas. Maradona, fou de joie, court vers la ligne de but en regardant deux fois derrière lui pour voir si l'arbitre ne revient pas sur sa décision. Il faut un temps fou pour que ses équipiers le rejoignent car eux aussi doutent de la validité du but. Mais c'est bel et bien 1-0. Croyant, Maradona confesse son péché en conférence de presse. Il dit que le but a été inscrit pour moitié par " la main de Dieu. " Plus tard, il affirmera qu'il a continué à fêter son but parce qu'il estimait qu'il s'agissait d'une revanche légitime après la guerre des Malouines. Mais à l'époque, la cocaïne faisait peut-être déjà effet. Cinq minutes après son but inscrit de la main, Maradona inscrit un autre but légendaire, peut-être même le plus beau de toute l'histoire de la Coupe du Monde. Cette fois, ce n'est pas la main de Dieu mais les pieds de Dieu. Maradona reçoit le ballon dans son camp, à la droite du rond central. Il pivote sur lui-même pour mettre deux hommes dans le vent. Il avance sur la droite, prend un homme de vitesse et en passe un deuxième en rentrant dans le jeu. Le ballon lui colle aux pieds. À l'entrée du rectangle, il laisse Fenwick sur place. Shilton sort de son petit rectangle tandis que Terry Butcher, l'arrière gauche, tente de l'accrocher. Mais Maradona passe entre les deux hommes et, en tombant, il pousse le ballon de l'intérieur du pied gauche dans le but vide. Pourtant toujours sous le choc du premier but, inscrit de façon irrégulière, Barry Davies se dit heureux de pouvoir commenter ce but : " You have to say that's magnificent. Pure football genius ! " Le match est joué. Les Anglais ne parviennent plus à réagir. À dix minutes de la fin, Gary Lineker réduit le score de la tête. Un but qui lui permet de devenir meilleur buteur de la Coupe du Monde. Maigre consolation... Par Peter Mangelschots