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Le moment devait faire date. Plus tard, je me dirai que ce 21 novembre 2021 était une petite tranche de vie comme on s'en tartine rarement. Des instants qui font date pour vous, peuvent sembler futiles pour les autres, mais que vous ajouteriez à votre collection de souvenirs à ressortir uniquement à la retraite, assis dans un fauteuil club, les pieds pointés vers la cheminée comme des tournesols vers le soleil. Dans cette boîte imaginaire, j'ai soigneusement rangé le 23 juin 2021, jour de France-Portugal, que j'ai eu la chance de commenter avec Frank Peterkenne pour la RTBF. Animé par un côté "Après ça, on peut mourir tranquille", très enfantin et très Thierry Roland, évidemment, jamais à ce moment je n'aurais pu me douter que quelques mois plus tard, l'occasion de cocher une autre case de la catégorie "rêve de gosse" se présenterait à moi. Puis le moment est arrivé, comme la deuxième chope succède à la première : Eleven et ma Ligue 1 se marient et parmi leurs vingt enfants figure l'OM, un membre adoptif de ma famille. Forcément, le Thalys dans lequel je me suis installé ce vendredi 19 novembre aux alentours de 17 heures n'avait pas la même allure que d'habitude. Il précédait de deux jours un OL-OM que j'aurais la chance de co-commenter, quelque chose d'absolument impensable dans mon pays natal. J'étais heureux, impatient comme un gosse le 24 décembre au soir. Mais le Père Noël est resté coincé dans cette foutue cheminée. Cette chronique est l'occasion de dire que je suis désolé. Désolé comme quelqu'un qui s'excuse, tant j'ai pu dire à tous ceux qui me demandaient de dresser un bilan de l'état de la Ligue 1 en 2021-2022 à quel point l'arrivée de mon championnat domestique était une bonne nouvelle. Ce Lyon-Marseille devait en être la preuve ultime, il n'a duré que cinq minutes. Mais je suis aussi désolé dans le sens "consterné". Vous le savez certainement, ce n'est pas la première fois de la saison que de tels événements arrivent dans l'Hexagone - ni même ailleurs. Déjà à Nice, l'OM avait connu pareille situation. Et la tribune que l'on m'offre généreusement ici est trop courte pour évoquer les incidents de Lens-Lille ou quelques autres ayant jonché un début de saison de Ligue 1 footballistiquement impeccable. Ce dimanche soir, la France et son football ont été la risée du monde, de A à Z, tant les dirigeants et les instances ont été étonnamment capables de se mettre au niveau intellectuel du lanceur de bouteille, soit très proche du néant. Car le cirque dominical est allé bien au-delà du projectile reçu par Dimitri Payet. Il y a eu le numéro de trapèze en tribunes, où certains revendiquent un "acte isolé", mais ont continué à insulter le meneur de jeu de l'OM alors qu'il était au sol, en se disant qu'après tout, "une bouteille d'eau en plastique, ça ne fait pas si mal, c'est du cinéma". C'est vrai que c'était seulement une 33 cl. Puis il y a eu le clou du spectacle, avec comme acteurs principaux les dirigeants de la LFP, la Ligue Professionnelle de Football - qui ont mis plus d'une heure et demie à pondre un communiqué dans lequel ils se déchargeaient de leurs responsabilités - et évidemment Jean-Michel Aulas, qui a regretté que le match ait été arrêté puisque selon lui, comme Jean-Pierre Rivère, le président de Nice, avant lui, la sécurité des 22 acteurs était garantie. Au total, on a attendu 133 minutes pour que l'arbitre annule enfin la rencontre, avec en guise d'entracte un faux retour des joueurs, quand le speaker de l'OL a annoncé la reprise du match et que les onze Lyonnais sont réapparus pour un échauffement éphémère. Selon moi, le simple fait qu'on ait pu, du côté de la Ligue, du président de l'OL et même de certains joueurs de Lyon (Bruno Guimaraes), penser qu'il était possible de reprendre ce match prouve que le football français marche sur la tête. Alors oui, le moment a fait date et je m'en souviendrai, mais croyez-moi, cette tranche de vie avait un goût très amer. Lors cet OL-OM, la France et son football ont été la risée du monde, de A à Z.