Le frisson italien. Les courses de Breel Embolo. Mon amour inconditionnel pour Romelu Lukaku. L'intelligence de Kalvin Williams. Le premier but de l'histoire de la Macédoine du Nord en grande compétition internationale. L'incroyable match entre les Pays-Bas et l'Ukraine. Voilà, en vrac, les thématiques que j'aurais pu aborder dans ces colonnes si j'en avais eu envie. Sauf que l'honnêteté intellectuelle m'oblige à avouer qu'en dépit de l'excitation suscitée par ce début d'EURO, je n'ai ni la tête à parler tactique ni la plume festive. Alors, je vais vous conter une tranche de vie qui, par chance, mais aussi grâce à la réactivité de quelques héros, certains connus, d'autres anonymes, en est restée une.
...

Le frisson italien. Les courses de Breel Embolo. Mon amour inconditionnel pour Romelu Lukaku. L'intelligence de Kalvin Williams. Le premier but de l'histoire de la Macédoine du Nord en grande compétition internationale. L'incroyable match entre les Pays-Bas et l'Ukraine. Voilà, en vrac, les thématiques que j'aurais pu aborder dans ces colonnes si j'en avais eu envie. Sauf que l'honnêteté intellectuelle m'oblige à avouer qu'en dépit de l'excitation suscitée par ce début d'EURO, je n'ai ni la tête à parler tactique ni la plume festive. Alors, je vais vous conter une tranche de vie qui, par chance, mais aussi grâce à la réactivité de quelques héros, certains connus, d'autres anonymes, en est restée une. Dans un des innombrables couloirs des bureaux de la RTBF, à Reyers, se trouve une salle qui a le charme d'un hôpital un samedi aux alentours de 1h37 du matin, mais à qui la chaleur humaine donne les airs agréables du salon d'une famille nombreuse. C'est ici, assis dans des petits fauteuils rouges dans lesquels nous ne restons jamais longtemps - on ne dirait pas, mais ça bosse - qu'on assiste à toutes les rencontres de l'EURO. C'est ici que sont bâties les palettes des consultants. C'est ici que les éditeurs et les monteurs travaillent - plus que moi. C'est ici que Benjamin Deceuninck teste ses blagues sur nous. Enfin, c'est ici que les maquilleuses s'occupent de nous juste avant que l'on prenne l'antenne. Il est 18h40, soit cinq minutes avant la reprise du plateau de mi-temps et c'est l'heure de ce perpétuel ballet qu'est le retour en plateau. À peine mon micro rallumé, je me pose à ma place, dos au public et aux enfants présents ce jour-là que je connaissais bien, puis je regarde l'écran pour ne rien louper de la fin des 45 premières minutes de ce Danemark-Finlande. Quand Christian Eriksen s'écroule, mon cerveau de gosse, onze ans très exactement, se rappelle avoir assisté en direct à la mort tragique de l'international camerounais Marc-Vivien Foé à l'occasion d'une rencontre de Coupe des confédérations en 2003 face à la Colombie. La suite, ce sont les plus longues minutes de ma vie professionnelle. À écouter le professionnalisme de Hervé Gilbert, d'abord. Puis à essayer de dire des phrases contenant plus de trois mots à l'antenne, quand la seule chose que je sais à ce moment est que je suis quelqu'un de profondément émotif. De toute façon, il n'y avait strictement rien à dire. Pas plus qu'à filmer, d'ailleurs. Si l'image de la meute danoise entourant son meilleur joueur est une ode à la dignité, j'ai vu, de mes yeux d'adulte, des choses que je n'avais pas envie de voir. Pas parce que je refuse de croire qu'elles existent. Ça je le sais. Juste parce que je n'aime pas le voyeurisme, encore moins quand il est teinté de morbidité. Alors oui, j'aurais pu vous parler de Jorginho. Vous faire des vannes sur les jambes de Shaqiri. Écrire une page entière sur l'injustice de la blessure de Timothy Castagne ou sur l'affreuse coupe de cheveux de Jordan Pickford. J'aurais pu parler du premier but finlandais en grande compétition, des crochets d' Eljif Elmas ou du match de Georgino Wijnaldum. Mais je préfère vous écrire que j'ai déjà mon joueur de l'EURO. Il s'appelle Simon Kjaer et si certains voient en lui le capitaine parfait, je vois surtout un putain d'être humain et un vrai ami. Un homme capable de lire la situation comme Eriksen lit le jeu, de mettre son coéquipier dans la position idoine et de l'empêcher d'avaler sa langue. Je vois un garçon exemplaire capable d'aller, dans la foulée, s'occuper de la femme de son coéquipier dont on ne sait pas, à l'instant T, s'il s'en sortira. Enfin, je vois un patron, qui est retourné sur le terrain avant de le quitter à la 63e minute parce que c'était trop. Une personne forte, ce n'est pas une personne insensible, sans émotion. Une personne forte, ce n'est pas une machine. Une personne forte, c'est ce Simon Kjaer. Patron d'une sacrée équipe: ce Danemark 2021. Une sélection dont j'aurais voulu vous parler autrement avant le match face aux Diables rouges, car elle a d'autres arguments à faire valoir que des arguments humains, mais après tout, on a tous compris que ceux-ci étaient les plus importants.