Est donc arrivé ce moment de l'année où le monde du football troque shorts et trainings contre costumes et mocassins, rarement de bon goût, mais comme vous le savez, celui-ci ne s'achète pas. La grande soirée déguisée a eu lieu dans le magnifique théâtre du Châtelet, dans le Ier arrondissement de Paris, où celui qui a été élu "le meilleur joueur du monde" par ses pairs a pu soulever, avec ses deux mains, les douze kilos du précieux bébé du football international: le Ballon d'Or.
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Est donc arrivé ce moment de l'année où le monde du football troque shorts et trainings contre costumes et mocassins, rarement de bon goût, mais comme vous le savez, celui-ci ne s'achète pas. La grande soirée déguisée a eu lieu dans le magnifique théâtre du Châtelet, dans le Ier arrondissement de Paris, où celui qui a été élu "le meilleur joueur du monde" par ses pairs a pu soulever, avec ses deux mains, les douze kilos du précieux bébé du football international: le Ballon d'Or. Chaque année, le bruit de fond est le même. Un intense brouhaha aux allures de campagne électorale où chacun prêche pour sa paroisse en conférence de presse, en interview ou sur ses réseaux sociaux. Le débat autour du futur lauréat donne du grain à moudre aux spécialistes et aux fans, même si depuis 2008, celui-ci ressemble plus à une élection présidentielle américaine où deux partis s'affrontent perpétuellement: les partisans de Cristiano Ronaldo et ceux de Lionel Messi. En effet, depuis cette date, seul Luka Modric, vainqueur de la Ligue des Champions avec le Real Madrid et finaliste du Mondial russe avec la Croatie a osé semer le trouble dans le règlement de compte historique entre le Portugais et l'Argentin. C'était en 2018 et avant lui, Andrés Iniesta (2010), Wesley Sneijder (2010) et Franck Ribéry (2013) auraient pu - ou dû, c'est selon - bouleverser l'intense tango entre les deux monstres. Si j'avoue volontiers ne pas être spécialement fan de cette récompense, et ne pas comprendre par exemple que certains jeunes joueurs privilégient aujourd'hui un Ballon d'Or à une victoire en Coupe du monde, je dois avouer que celui de cette année suscitait particulièrement ma curiosité. Il avait la possibilité d'incarner la récompense du "monde d'après". En effet, pour la première fois - pas vraiment, mais cette année fut la plus marquante - le football mondial a été libéré du joug de ceux qui, à eux deux et au moment où je vous écris, se partagent onze Ballons d'Or. Messi, avec le Barça puis le PSG, et Ronaldo, avec la Juventus puis Manchester, ont repris forme humaine après avoir banalisé l'exceptionnel pendant une éternité. Dans le même temps, des joueurs ont réalisé des choses incroyables. Ils s'appellent Robert Lewandowski, Karim Benzema ou Mo Salah et, chacun à leur manière, ils ont validé leur candidature de meilleur joueur du monde sur l'année. Malgré les efforts du trio que nous venons de citer, il est fort probable qu'au moment où vous ouvrirez votre Sport/Foot Magazine, en milieu de semaine, Lionel Messi ait ramassé son septième Ballon d'Or. Le premier pour un joueur évoluant en France depuis Jean-Pierre Papin en 1991 ( George Weah avait quitté le PSG pour Milan en 1995). Le cas échéant, je me devais de rendre un petit hommage à Robert Lewandowski. Dans ce monde de costumes et mocassins, le Polonais fait un peu tâche. Il n'est ni très populaire ni très bon communicant. Les sponsors aiment bien se saisir du Ballon d'Or et je suis prêt à parier que si vous ne faites pas très attention aux détails, vous ne saviez même pas que l'attaquant du Bayern Munich était sponsorisé par Nike. Il faut dire que sur la dernière décennie, Nike a eu pour égérie Cristiano Ronaldo, Neymar Jr, puis Kylian Mbappé, tous plus bankables que Lewa, en tous cas d'un point de vue marketing. Car sur le terrain, la machine bavaroise s'est déjà fait "voler" un Ballon d'Or l'an dernier. Il était, de loin, le meilleur joueur du monde en cette année perturbée par la pandémie mondiale et il n'avait pu être récompensé. En 2021, ses standards sont restés les mêmes, à savoir des standards qui n'en sont pour personne et pourtant, il pourrait payer son manque d'exposition. La faute à son personnage? La faute à son championnat? La faute à son palmarès, peut-être? C'est l'ambiguïté de cette récompense. Si on célèbre le joueur à avoir le plus contribué à des succès d'ampleur, Jorginho devrait être le lauréat. Il ne le sera pas pour des raisons que je comprends tout à fait. Toutefois, si on se base sur des réalisations footballistiques pures, Lewandowski aurait tous les droits de se pointer au théâtre du Châtelet en claquettes et chaussettes pour soulever le trophée, mais d'une seule main, vu sa musculature. Au moment où vous me lirez, si par miracle Robert a gagné, ça nous fera une bonne nouvelle: ses pairs voient clair et voient au-delà du statut. Dans le cas contraire, on fera semblant d'être surpris et Lewa, lui, continuera de marquer tous les week-ends. Il ne peut pas faire plus que ça.