Un pays sans buteur

La première chose qui interpelle quand on dresse le tableau de l'Italie est le nombre de buts marqués. Seulement dix sur les huit derniers matches. Et cela inclut une victoire 5-0 contre la Lituanie... En retirant ce résultat, le bilan depuis le sacre européen de juillet est de cinq réalisations en sept duels. Et les autres adversaires ne sont pas forcément des cadors : Irlande du Nord, Bulgarie, Suisse et depuis hier la Macédoine du Nord. Le meilleur buteur de cette série de matches est... l'arrière droit Giovanni Di Lorenzo, l'homme qui avait éprouvé les pires difficultés du monde à contenir Jérémy Doku lors du quart de finale du championnat d'Europe.
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La première chose qui interpelle quand on dresse le tableau de l'Italie est le nombre de buts marqués. Seulement dix sur les huit derniers matches. Et cela inclut une victoire 5-0 contre la Lituanie... En retirant ce résultat, le bilan depuis le sacre européen de juillet est de cinq réalisations en sept duels. Et les autres adversaires ne sont pas forcément des cadors : Irlande du Nord, Bulgarie, Suisse et depuis hier la Macédoine du Nord. Le meilleur buteur de cette série de matches est... l'arrière droit Giovanni Di Lorenzo, l'homme qui avait éprouvé les pires difficultés du monde à contenir Jérémy Doku lors du quart de finale du championnat d'Europe.Dans la division des numéros 9 de l'équipe, seul le jeune Giacomo Raspadori a marqué depuis le titre européen à Wembley. Pour retrouver trace de roses plantées par Ciro Immobile et Andrea Belotti qui le devancent dans la hiérarchie, il faut même remonter au deuxième match de l'Euro ou avant. Paradoxal, alors que le premier cité devrait à nouveau terminer capocannoniere de Serie A à la fin de la saison. En 30 matches sous les couleurs de la Lazio, Immobile a secoué les filets à 21 reprises. Contre la Macédoine du Nord, on a enregistré...35 tirs italiens, mais seulement cinq d'entre eux étaient cadrés. Qui marquera les buts de l'Italie ? Tous les espoirs reposeront désormais sur les épaules des jeunes talents de la Nazionale Raspadori et Gianluca Scamacca . Ce dernier qui évolue à Sassuolo, tout comme Domenico Berardi, semble prêt à rejoindre une écurie italienne plus forte cet été. Mais sont-ils réellement les sauveurs attendus par toute une nation ?Posez-vous la question suivante : pourriez-vous énumérer le onze de départ de l'Italie qui est entré sur le terrain contre la Macédoine du Nord ? Vous pourriez probablement citer Gianluigi Donnarumma, Jorginho et Marco Vereatti, mais qui d'autre ? C'est peut-être bie le problème de cette équipe italienne. Elle manque de joueurs de haut niveau. L'Italie n'a pas de Cristiano Ronaldo, Lionel Messi, Romelu Lukaku, Kevin De Bruyne, Harry Kane, Kylian Mbappé, Robert Lewandowski ... L'Italie doit donc s'appuyer sur le collectif. Il n'y a rien de mal à cela et c'est peut-être même mieux que de seulement compter sur les éclairs de génie des vedettes. Mais il faut que le collectif réponde alors présent à chaque rencontre. Cela a fonctionné pour les Azzurri jusqu'à la finale du championnat d'Europe. Depuis lors, la belle cohésion semble avoir disparu. Dans ces moments difficiles, il faut des joueurs qui se surpassent et tirent l'équipe vers le haut. L'Italie n'en a pas.Si vous vous appuyez sur le collectif, tous les acteurs clés doivent être présents à tout moment. Dès que l'on retire quelques rouages du système, celui-ci s'effondre. Contre la Macédoine du Nord, par exemple, la défense a été composée d'urgence avec Emerson, Alessandro Bastoni, Gianluca Mancini et Alessandro Florenzi. Aucun de ces quatre joueurs n'était titulaire lors de l'Euro. Giorgio Chiellini et Leonardo Bonucci, les deux leaders absolus de cette Squadra et de cette défense se ont blessés récemment. Dans des moments cruciaux comme ceux d'hier, vous avez besoin de tous vos hommes importants. On en a eu la triste illustration.Mais les problèmes transalpins n'étaient pas que défensifs mais aussi offensifs. Et ces derniers portaient un nom : Federico Chiesa . L'ailier avait épaté son monde en juillet dernier et semble l'un des rares italiens capables d'évoluer au tout haut niveau mondial. Lors de la phase à élimination directe de l'Euro, c'est lui qui a porté les Italiens à la victoire finale grâce à des coups d'éclat de grande classe. "Abbi fede in Fede" était devenu la croyance partout en Italie. Ayez foi en Federico, cela en disait long sur l'importance du fils d'Enrico dans le titre européen. Et s'il est absent, pour citer Bob Peeters, vous savez qu'il va être difficile à remplacer.Dans tout ce négativisme, on en oublierait presque que l'Italie avait établi un record mondial après le Championnat d'Europe. Elle était restée invaincue pendant 37 matches. Entre le 10 octobre 2018 et le 7 octobre 2021, elle n'avait pas perdu un seul match avant ce revers en demi-finale de la Ligue des Nations contre l'Espagne, une équipe qu'elle avait pourtant dominé au même stade d'une compétition lors de l'Euro. Ce match était peut-être aussi symbolique. Les Italiens n'ont plus eu la même réussite que dans les matches à élimination directe de l'Euro. Souvenez-vous du match contre l'Autriche en 1/8e de finale. Marko Arnautovic inscrit le 0-1 en prolongation, mais le but a été refusé à cause d'un hors-jeu millimétrique. Dans les prolongations, l'Italie a pris le dessus sur ses voisins du nord, notamment grâce à Chiesa. Trois des quatre matches à élimination directe ont été remportés après prolongations ou tirs au but. Ce n'est que contre la Belgique en 1/4 de finale que la Squadra l'a emporté pendant le temps réglementaire. Si vous gagnez ne serait-ce que deux fois aux tirs au but, c'est que vous avez Dame Chance de votre côté. Mais celle-ci n'a visiblement pas trouvé le chemin de Palerme pour le rendez-vous avec la Macédoine du Nord. Signe du destin, le but est tombé dans les arrêts de jeu. On peut difficilement faire plus symbolique. Mais l'élimination de l'Italie est-elle uniquement due à la qualité de son jeu et à la malchance, ou y a-t-il d'autres éléments pour expliquer ce fiasco ? L'Euro n'a-t-il été qu'une renaissance éphémère du football italien qui a fait oublier la profonde crise de la dernière décennie ? Non seulement de l'équipe nationale mais de l'ensemble du monde du football italien. La Serie A est incapable de rivaliser avec les autres grandes compétitions depuis de nombreuses années. Seule la Juventus a pu prétendre pendant cette période au droit de soulever la Coupe aux grandes oreilles puisqu'elle a atteint la finale à deux reprises. La dernière victoire dans la plus prestigieuse des compétitions européennes remonte à 2010 avec l'Inter Milan de José Mourinho. Cette année encore, les clubs de la Botte sont encore à la rue sur les compétitions continentes. Il ne reste plus que l'AS Roma active en Conference League, la compétition la moins intéressante. Ce n'est pas là qu'on s'attend à voir les clubs italiens briller.Alors que les plus grands noms affluaient autrefois dans la Botte, ce n'est plus le cas depuis longtemps. À l'exception de Romelu Lukaku et de Cristiano Ronaldo, la plupart des grands joueurs ont boudé la Serie A. Elle est presque devenue une compétition de passage qui sert de tremplin pour des championnats plus importants comme la Liga ou la Premier League. Et ce déclin se poursuit également avec l'équipe nationale. Par exemple, saviez-vous que la dernière fois que l'Italie a joué un match à élimination directe lors d'une Coupe du monde remonte à... 2006 ? Elle a ensuite remporté la finale contre la France aux tirs au but. Depuis, elle est sortie deux fois en phase de groupe et n'a pas participé en 2018. Comme à la fin de cette année au Qatar. La résurrection est attendue pour le championnat d'Europe de 2024. Mais attention aux mirages. Wembley a montré qu'il fallait parfois se méfier des apparences.