PAR ALEXANDRE PEDRO, WILLIAM PEREIRA ET JAVIER PRIETO SANTOS / © SO FOOT

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Tout commence pourtant plutôt bien. Cristiano naît dans une famille de "foot". Le père, Dinis, est à la fois jardinier et dirigeant/homme à tout faire d'Andorinha, club amateur de Madère pour lequel vibre toute la famille, dont la maman, Maria Dolorès, cuisinière de profession. Les premiers crochets du petit seront évidemment pour Andorinha. Des dribbles souvent vains : les hirondelles d'Andorinha se font régulièrement plumer. Cristiano a du mal à encaisser. Il préfère même déserter. "Je me souviens de cette fois où j'ai décidé de ne pas jouer un match parce que je savais d'avance que nous allions perdre et que le score serait probablement de 15-0", raconte le joueur.
Son père doit alors le tirer de sa chambre et lui expliquer qu'un Aveiro ne renonce jamais. Le gamin retient la leçon. "Nous nous sommes encore fait battre, évidemment, mais l'enthousiasme de mon père m'avait contaminé." De ses années dans le club de son père, Cristiano a cultivé une haine féroce de la défaite. Une haine toute lacrymale. Né aux yeux du monde avec ses larmes d'enfant inconsolable après la défaite contre la Grèce en finale de l'Euro portugais en 2004, Ronaldo a toujours beaucoup pleuré.

L'un de ses entraîneurs au Nacional, Pedro Telhinhas, garde un souvenir encore assez frais des crises du gamin : "Il ne savait déjà pas perdre. C'est quelque chose qu'il ne supportait pas, que ce soit en match ou à l'entraînement. Quand il perdait, il pleurait." Il avait à peine 10 ans quand le club le céda au Nacional pour 500 euros et des équipements usagés.

Cristiano est un ouvrier ambitieux. Ambitieux, parce qu'il vise haut, ouvrier parce qu'il ne jure que par le travail. Il est un véritable stakhanoviste. Mais au service de sa propre promotion. Du Sporting au Real en passant par Manchester, les anecdotes racontent toujours la même histoire : celle d'un garçon qui arrive tôt, repart tard et ramène du travail à la maison. Débarqué la même semaine que le Portugais à ManU en 2003, le Français David Bellion a très vite cerné le personnage : "Le respect, il l'a obtenu grâce au travail qu'il fournissait. On le voyait venir en avance et faire beaucoup de gym, de la muscu. Et après l'entraînement, il passait une heure tout seul sur le terrain, à inventer des dribbles."

Un bosseur invétéré

"C'est le plus gros bosseur avec qui j'ai travaillé", enfonce Mike Clegg, responsable du programme de musculation de United entre 2000 et 2011." Sa vie est dédiée au football. Il avait recruté un chef pour s'assurer de bien manger tout le temps. Il avait aussi demandé une maison avec piscine. Pas pour s'y amuser, hein. Chaque jour, il arrivait en avance à l'entraînement. Il commençait par une séance de renforcement, puis une séance d'activation musculaire, avant l'entraînement.
Après l'entraînement, il revenait dans la salle, pour travailler encore ses cuisses. Ensuite, il rentrait chez lui, mangeait, faisait une sieste, puis il nageait. Pour récupérer et se développer. Tout ça pendant cinq ans. Il paraît qu'il faut 10 000 heures de pratique pour être très bon dans une discipline, que ce soit la peinture, le piano ou le football. Cristiano a largement dépassé ce total. A Manchester United, personne ne s'entraînait aussi bien que lui."

Cristiano Ronaldo est, quelque part, l'exact opposé de Leo Messi. Quand l'Argentin préfère le match à l'entraînement, confiant dans ses dons reçus à la naissance, son rival a dédié son existence à maximaliser et améliorer un capital de départ pourtant pas insignifiant. C'est la thèse de Jorge Valdano, argentin mais ancien directeur sportif du Real Madrid.

"Messi, c'est un talent supérieur. Mais si on parle de valeurs, Cristiano, qui ne doit pas autant de choses à son papa et à sa maman, est un monument au football, au perfectionnisme, c'est un exemple sur deux jambes. Il ne doit rien à personne. Il a quitté son foyer très tôt, ensuite il s'est fabriqué tout seul."
Valdano met le doigt sur l'épisode fondateur dans le roman d'apprentissage qu'est la vie de Ronaldo : l'exode pour Lisbonne. Un préadolescent de 12 ans parti vivre à deux heures d'avion sur un continent inconnu pour lui. "Transféré" contre l'épurement d'une dette de 22 000 euros entre le Nacional et le Sporting, il découvre le mépris des Lisboètes pour tout ce qui vient de Madère. Même si, pour que le cordon soit moins difficile à couper, sa mère s'installe par périodes dans un appartement du centre de Lisbonne.

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Ronaldo est aujourd'hui un peu plus heureux au Real Madrid. Mais il lui reste encore le caillou Messi dans sa chaussure. Plus que la domination de l'Argentin, Ronaldo souffre de vivre dans sa comparaison permanente. "On nous compare tout le temps, c'est fatigant. On ne compare pas une Ferrari avec une Porsche car ce n'est pas du tout le même moteur." Sauf que dans le fond, il est persuadé de posséder une cylindrée supérieure à son rival. Il ne le dira jamais, mais Messi l'insupporte et lui pourrit l'existence.

Lors d'un déplacement à Chypre avec sa sélection, les supporters locaux l'accueillent à l'aéroport aux cris de "Messi ! Messi !". Et comme toujours quand son orgueil est touché, il dégoupille : "Ceux qui chantent ça sont anormaux".

Une sortie qui n'étonne pas son premier formateur au Sporting, Aurélio Pereira. "Cristiano Ronaldo prend beaucoup de plaisir à être aimé par les autres. A l'inverse, ça le rend triste qu'on ne l'aime pas". Alors, il a décidé de leur répondre et de reconquérir cette couronne à ce roi fainéant qui n'a même pas la décence de faire semblant d'en jouir.

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Retrouvez l'intégralité du portrait de Ronaldo dans votre Sport/Foot Magazine depuis mercredi en librairie.

DATE ET LIEU DE NAISSANCE:

5 février 1985, Funchal (Portugal), 1,86m, 83 kg

CARRIÈRE & PALMARÈS

2002-2003 Sporting Lisbonne (Por) titre en supercoupe

2003-2004 Manchester United (Eng) FA Cup

2004-2005 Manchester United (Eng) -

2005-2006 Manchester United (Eng) League Cup

2006-2007 Manchester United (Eng) Titre et Community Shield

2007-2008 Manchester United (Eng) Titre, CL, Community Shield et Coupe du monde des clubs 2008-2009 Manchester United (Eng) Titre et League Cup

2009-2010 Real Madrid (Spa) -

2010-2011 Real Madrid (Spa) Coupe

2011-2012 Real Madrid (Spa) Titre et supercoupe

2012-2013 Real Madrid (Spa) -

BALLON D'OR EN 2008

ÉQUIPE NATIONALE: 109 selections, 47 buts

PAR ALEXANDRE PEDRO, WILLIAM PEREIRA ET JAVIER PRIETO SANTOS / © SO FOOT[...] Tout commence pourtant plutôt bien. Cristiano naît dans une famille de "foot". Le père, Dinis, est à la fois jardinier et dirigeant/homme à tout faire d'Andorinha, club amateur de Madère pour lequel vibre toute la famille, dont la maman, Maria Dolorès, cuisinière de profession. Les premiers crochets du petit seront évidemment pour Andorinha. Des dribbles souvent vains : les hirondelles d'Andorinha se font régulièrement plumer. Cristiano a du mal à encaisser. Il préfère même déserter. "Je me souviens de cette fois où j'ai décidé de ne pas jouer un match parce que je savais d'avance que nous allions perdre et que le score serait probablement de 15-0", raconte le joueur. Son père doit alors le tirer de sa chambre et lui expliquer qu'un Aveiro ne renonce jamais. Le gamin retient la leçon. "Nous nous sommes encore fait battre, évidemment, mais l'enthousiasme de mon père m'avait contaminé." De ses années dans le club de son père, Cristiano a cultivé une haine féroce de la défaite. Une haine toute lacrymale. Né aux yeux du monde avec ses larmes d'enfant inconsolable après la défaite contre la Grèce en finale de l'Euro portugais en 2004, Ronaldo a toujours beaucoup pleuré. L'un de ses entraîneurs au Nacional, Pedro Telhinhas, garde un souvenir encore assez frais des crises du gamin : "Il ne savait déjà pas perdre. C'est quelque chose qu'il ne supportait pas, que ce soit en match ou à l'entraînement. Quand il perdait, il pleurait." Il avait à peine 10 ans quand le club le céda au Nacional pour 500 euros et des équipements usagés. Cristiano est un ouvrier ambitieux. Ambitieux, parce qu'il vise haut, ouvrier parce qu'il ne jure que par le travail. Il est un véritable stakhanoviste. Mais au service de sa propre promotion. Du Sporting au Real en passant par Manchester, les anecdotes racontent toujours la même histoire : celle d'un garçon qui arrive tôt, repart tard et ramène du travail à la maison. Débarqué la même semaine que le Portugais à ManU en 2003, le Français David Bellion a très vite cerné le personnage : "Le respect, il l'a obtenu grâce au travail qu'il fournissait. On le voyait venir en avance et faire beaucoup de gym, de la muscu. Et après l'entraînement, il passait une heure tout seul sur le terrain, à inventer des dribbles." Un bosseur invétéré "C'est le plus gros bosseur avec qui j'ai travaillé", enfonce Mike Clegg, responsable du programme de musculation de United entre 2000 et 2011." Sa vie est dédiée au football. Il avait recruté un chef pour s'assurer de bien manger tout le temps. Il avait aussi demandé une maison avec piscine. Pas pour s'y amuser, hein. Chaque jour, il arrivait en avance à l'entraînement. Il commençait par une séance de renforcement, puis une séance d'activation musculaire, avant l'entraînement. Après l'entraînement, il revenait dans la salle, pour travailler encore ses cuisses. Ensuite, il rentrait chez lui, mangeait, faisait une sieste, puis il nageait. Pour récupérer et se développer. Tout ça pendant cinq ans. Il paraît qu'il faut 10 000 heures de pratique pour être très bon dans une discipline, que ce soit la peinture, le piano ou le football. Cristiano a largement dépassé ce total. A Manchester United, personne ne s'entraînait aussi bien que lui." Cristiano Ronaldo est, quelque part, l'exact opposé de Leo Messi. Quand l'Argentin préfère le match à l'entraînement, confiant dans ses dons reçus à la naissance, son rival a dédié son existence à maximaliser et améliorer un capital de départ pourtant pas insignifiant. C'est la thèse de Jorge Valdano, argentin mais ancien directeur sportif du Real Madrid. "Messi, c'est un talent supérieur. Mais si on parle de valeurs, Cristiano, qui ne doit pas autant de choses à son papa et à sa maman, est un monument au football, au perfectionnisme, c'est un exemple sur deux jambes. Il ne doit rien à personne. Il a quitté son foyer très tôt, ensuite il s'est fabriqué tout seul." Valdano met le doigt sur l'épisode fondateur dans le roman d'apprentissage qu'est la vie de Ronaldo : l'exode pour Lisbonne. Un préadolescent de 12 ans parti vivre à deux heures d'avion sur un continent inconnu pour lui. "Transféré" contre l'épurement d'une dette de 22 000 euros entre le Nacional et le Sporting, il découvre le mépris des Lisboètes pour tout ce qui vient de Madère. Même si, pour que le cordon soit moins difficile à couper, sa mère s'installe par périodes dans un appartement du centre de Lisbonne. [...] Ronaldo est aujourd'hui un peu plus heureux au Real Madrid. Mais il lui reste encore le caillou Messi dans sa chaussure. Plus que la domination de l'Argentin, Ronaldo souffre de vivre dans sa comparaison permanente. "On nous compare tout le temps, c'est fatigant. On ne compare pas une Ferrari avec une Porsche car ce n'est pas du tout le même moteur." Sauf que dans le fond, il est persuadé de posséder une cylindrée supérieure à son rival. Il ne le dira jamais, mais Messi l'insupporte et lui pourrit l'existence. Lors d'un déplacement à Chypre avec sa sélection, les supporters locaux l'accueillent à l'aéroport aux cris de "Messi ! Messi !". Et comme toujours quand son orgueil est touché, il dégoupille : "Ceux qui chantent ça sont anormaux". Une sortie qui n'étonne pas son premier formateur au Sporting, Aurélio Pereira. "Cristiano Ronaldo prend beaucoup de plaisir à être aimé par les autres. A l'inverse, ça le rend triste qu'on ne l'aime pas". Alors, il a décidé de leur répondre et de reconquérir cette couronne à ce roi fainéant qui n'a même pas la décence de faire semblant d'en jouir. 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