Au 16e siècle, les conquistadors espagnols étaient persuadés qu'il existait une cité regorgeant d'or au coeur de l'Amazonie : l'Eldorado. Pendant des siècles, des explorateurs ont tenté de trouver sa trace afin de s'enrichir comme jamais. Ils n'y sont jamais parvenus.

Durant la première décennie du troisième millénaire, l'eldorado des footballeurs belges n'était pas aussi lointain puisqu'il se situait aux Pays-Bas. Dans ces contrées familières, où le plancher des vaches se situe sous le niveau de la mer, le Belge avait la cote.

Ajax, PSV, AZ, Utrecht... Tous les clubs néerlandais - ou presque - avaient au moins un Belge dans leur noyau. Un joueur sur cinq est belge, à l'époque, en Eredivisie.

Les Diables Rouges, quand ils lorgnaient hors des frontières du Royaume, posaient naturellement leur regard chez nos voisins bataves. C'est que, pour progresser, partir aux Pays-Bas était peut-être la meilleure solution.

Bien de l'eau a coulé sous les ponts de la Meuse et de l'Escaut depuis cette époque. Les joueurs belges de talent ont tourné le dos à cette terre qui leur avait tant apporté, préférant traverser la Manche pour découvrir un nouvel Eldorado, plus brillant.

Des valeurs sûres à profusion en Eredivisie

À l'époque, on a l'impression que la compétition néerlandaise est le maximum que les joueurs belges puissent atteindre, à quelques exceptions près. Entre un transfert dans un club du top belge et un club néerlandais, beaucoup de joueurs ont préféré la voie néerlandaise.

Il faut dire que depuis le milieu des années 90, le championnat néerlandais est mieux coté que le nôtre et les Belges ont pu profiter de l'ouverture des frontières après l'arrêt Bosman pour y venir en masse.

En juin 2007, quand la Belgique s'incline 2-0 en Finlande et atteint son pire classement FIFA de l'histoire (71e), 5 titulaires seulement jouent à l'étranger, dont 4 aux Pays-Bas : ThomasVermaelen, Timmy Simons, Jan Vertonghen et Tom De Mul.

Sur le banc, Maarten Martens est lui aussi actif chez nos voisins. Et dans les semaines qui suivront ce match, Kevin Vandenbergh, lui, s'engagera avec Utrecht. 40 Belges sont présents aux Pays-Bas ces saisons-là (2006-07 et 2007-08), un nombre jamais atteint auparavant... et même par après.

Siebe Blondelle, actif à Eupen, a bien connu cette période, évoluant tour à tour à Vitesse Arnhem (2005-2007) et au VV Venlo (2007-2008). " Les jeunes Belges partaient aux Pays-Bas car ils y recevaient plus facilement leur chance ", avance-t-il. " La formation y était meilleure qu'en Belgique, notamment au niveau des relations clubs-écoles. C'était mieux organisé. "

Il reconnaît qu'en ce temps-là, les Pays-Bas avaient un championnat au top. " Le niveau était supérieur à celui de la Belgique. Quand j'ai signé à Arnhem, le club disputait régulièrement l'Europa League. "

Des chiffres revus subitement à la baisse

Quelques saisons plus tard, les choses étaient cependant déjà assez différentes. L'été 2013 marque une certaine rupture entre les Pays-Bas et les joueurs belges puisque les derniers grands talents de l'Eredivisie quittent le navire.

Dries Mertens troque le maillot du PSV contre celui du Napoli, Toby Alderweireld file à l'Atlético Madrid tandis que Nacer Chadli s'en va à Tottenham.

Si les Pays-Bas attirent encore pas mal de joueurs belges dans leurs divisions (17 en Eredivisie, 32 en Eerste Divisie), il ne s'agit plus d'internationaux ni même de joueurs du top. Difficile également de parler de seconds couteaux.

Les Belges qui évoluent désormais chez nos voisins sont des anonymes, certains n'ayant même jamais fait carrière en Belgique. En outre, ils sont loin d'être tous titulaires dans leur club.

En 10 ans, le nombre de Belges aux Pays-Bas a diminué de moitié et la dernière fois qu'on avait compté aussi peu de " noir-jaune-rouge " chez nos voisins, c'était lors de la saison 1998-1999 (16).

Pour la première fois depuis 1995, la Belgique n'est plus le pays étranger le plus représenté. Il faut dire qu'à l'époque, on ne comptait que... deux Belges : Luc Nilis et Giuseppe Canale.

Comment expliquer cela ? D'une part, le niveau du championnat n'est plus ce qu'il était. Il suffit pour s'en convaincre de regarder le classement UEFA. Alors que la Jupiler Pro League se place au 9e rang, l'Eredivisie est désormais 14e, derrière la Turquie, la Suisse, l'Autriche et la République Tchèque. En 2006, elle était encore 7e...

La D2 comme vitrine pour des Belges anonymes

La victoire récente de l'Ajax sur le Standard en tours préliminaires de la C1 est l'arbre qui cache la forêt quand on voit que Feyenoord a été sorti en Europa League par Trencin (Slovaquie), l'AZ par Kaïrat Almaty (Kazakhstan) et Vitesse Arnhem par le FC Bâle (Suisse).

D'autre part, les très bons joueurs belges sont devenus impayables pour les clubs néerlandais, à moins de miser sur les jeunes. À ce titre, Dante Rigo (19 ans) est arrivé au PSV à l'âge de 8 ans. Il est par ailleurs le seul joueur à évoluer dans une écurie du top-3 néerlandais mais n'est encore qu'un espoir comme la majorité des Belges d'Eredivisie.

Les joueurs confirmés se comptent sur les doigts d'une main : Stijn Wuytens (AZ) , Kevin Begois (FC Groningen) , Marco Ospitalieri (Fortuna Sittard) , Robbie Haemhouts (NAC Breda) et JasonBourdouxhe (FC Emmen).

Pendant des années, les footballeurs belges ont formé le contingent d'étrangers le mieux représenté en Eredivisie néerlandaise. Ce n'est plus le cas aujourd'hui., belgaimage
Pendant des années, les footballeurs belges ont formé le contingent d'étrangers le mieux représenté en Eredivisie néerlandaise. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. © belgaimage

Siebe Blondelle avance des explications supplémentaires. " Les jeunes sont plus calmes, plus tranquilles et préfèrent rester en Belgique pour percer. Je pense également que, comparé à avant, le style de jeu aux Pays-Bas correspond moins aux profils belges. "

Alors que l'Eredivisie n'attire plus vraiment le Belge, la Division 2, en revanche, en est remplie à ras bords. La Keuken Kampioen Divisie, c'est son nom commercial, compte 32 Belges dans ses rangs, le MVV (Maastricht) en ayant 7 à lui seul. Des joueurs très jeunes puisqu'une vingtaine ont 23 ans ou moins.

" C'est une division plus accessible ", juge Jean-Thomas Mayaka, agent de joueurs bien établi à ce niveau. " En D2, les clubs et les coachs laissent la possibilité aux joueurs de se montrer. Or, le plus important pour un jeune, c'est de jouer pour apprendre. Nacer Chadli et Dries Mertens avaient, jadis, emprunté cette voie. Ce n'est pas un hasard. "

Des clubs hollandais victimes de la puissance anglaise

Une philosophie qui trouve un écho particulier dans la présence des U21 de l'Ajax, d'Utrecht, de l'AZ et du PSV à ce niveau. La D2 néerlandaise est un véritable laboratoire pour le blé en herbe. " Un tremplin pour l'avenir. Ces paliers sont importants. Que serait devenu Nacer Chadli s'il n'avait pas rebondi au MVV ", glisse-t-il.

L'agent insiste, expliquant que les clubs sont plus patients avec leurs entraîneurs. " Le turn-over est plus important en Belgique où on n'hésite pas à virer un coach rapidement. Ceux-ci ont besoin de résultats, sont sous pression et moins enclins à lancer des jeunes contrairement à la D2 néerlandaise. Et, de nature, ils sont moins frileux dans cet exercice. " D'accord, mais y a-t-il d'autres raisons encore ? Sans conteste.

Si quelques joueurs belges avaient déjà tenté l'aventure britannique, jamais aucun n'avait signé dans un club du top. Quand Vincent Kompany rejoint Manchester City en août 2008, il ouvre une porte que bien d'autres après lui emprunteront, fermant par la même occasion celle de l'Eredivisie.

Ses performances attisent le regard des recruteurs qui se penchent un peu plus sur le talent belge. Les résultats des Diables aidant, nos compatriotes deviennent à la mode. Les standards financiers anglais étant plusieurs crans au-dessus de ceux de nos voisins néerlandais, les clubs bataves ne peuvent plus suivre. Et vu l'évolution des droits TV en Premier League, on peut se demander si le fossé n'est pas désormais impossible à combler.

" Je ne suis pas sûr de cela ", assure Mayaka. " Quand on voit le résultat de l'Ajax contre le Standard, cela montre que le niveau dans certains clubs est encore supérieur au foot belge. Des bons joueurs belges du championnat pourraient donc y aller. "

Siebe Blondelle est lui aussi d'avis que l'avenir pourrait voir émerger quelques promesses. " Si un jeune Belge évolue bien là-bas, rien n'est impossible. " Reste qu'on serait sur de l'exceptionnel, les autres championnats ayant pris une belle avance...

Julien Denoel

Les Belges de Eredivisie

Marco Ospitalieri (Fortuna Sittard)

Alessandro Ciranni (Fortuna Sittard)

Kevin Begois (Groningen)

Cyril Dessers (Utrecht)

Othman Boussaid (Utrecht)

Jinty Caenepeel (Excelsior)

Herve Matthys (Excelsior)

Siebe Horemans (Excelsior)

Olivier Rommens (NAC Breda)

Robbie Haemhouts (NAC Breda)

Lucas Schoofs (NAC Breda)

Arno Verschueren (NAC Breda)

Stijn Wuytens (AZ)

Dario Van den Buijs (Heracles)

Dante Rigo (PSV)

Jason Bourdouxhe (FC Emmen)

Jordy Croux (Willem II)

Au 16e siècle, les conquistadors espagnols étaient persuadés qu'il existait une cité regorgeant d'or au coeur de l'Amazonie : l'Eldorado. Pendant des siècles, des explorateurs ont tenté de trouver sa trace afin de s'enrichir comme jamais. Ils n'y sont jamais parvenus. Durant la première décennie du troisième millénaire, l'eldorado des footballeurs belges n'était pas aussi lointain puisqu'il se situait aux Pays-Bas. Dans ces contrées familières, où le plancher des vaches se situe sous le niveau de la mer, le Belge avait la cote. Ajax, PSV, AZ, Utrecht... Tous les clubs néerlandais - ou presque - avaient au moins un Belge dans leur noyau. Un joueur sur cinq est belge, à l'époque, en Eredivisie. Les Diables Rouges, quand ils lorgnaient hors des frontières du Royaume, posaient naturellement leur regard chez nos voisins bataves. C'est que, pour progresser, partir aux Pays-Bas était peut-être la meilleure solution. Bien de l'eau a coulé sous les ponts de la Meuse et de l'Escaut depuis cette époque. Les joueurs belges de talent ont tourné le dos à cette terre qui leur avait tant apporté, préférant traverser la Manche pour découvrir un nouvel Eldorado, plus brillant. À l'époque, on a l'impression que la compétition néerlandaise est le maximum que les joueurs belges puissent atteindre, à quelques exceptions près. Entre un transfert dans un club du top belge et un club néerlandais, beaucoup de joueurs ont préféré la voie néerlandaise. Il faut dire que depuis le milieu des années 90, le championnat néerlandais est mieux coté que le nôtre et les Belges ont pu profiter de l'ouverture des frontières après l'arrêt Bosman pour y venir en masse. En juin 2007, quand la Belgique s'incline 2-0 en Finlande et atteint son pire classement FIFA de l'histoire (71e), 5 titulaires seulement jouent à l'étranger, dont 4 aux Pays-Bas : ThomasVermaelen, Timmy Simons, Jan Vertonghen et Tom De Mul. Sur le banc, Maarten Martens est lui aussi actif chez nos voisins. Et dans les semaines qui suivront ce match, Kevin Vandenbergh, lui, s'engagera avec Utrecht. 40 Belges sont présents aux Pays-Bas ces saisons-là (2006-07 et 2007-08), un nombre jamais atteint auparavant... et même par après. Siebe Blondelle, actif à Eupen, a bien connu cette période, évoluant tour à tour à Vitesse Arnhem (2005-2007) et au VV Venlo (2007-2008). " Les jeunes Belges partaient aux Pays-Bas car ils y recevaient plus facilement leur chance ", avance-t-il. " La formation y était meilleure qu'en Belgique, notamment au niveau des relations clubs-écoles. C'était mieux organisé. " Il reconnaît qu'en ce temps-là, les Pays-Bas avaient un championnat au top. " Le niveau était supérieur à celui de la Belgique. Quand j'ai signé à Arnhem, le club disputait régulièrement l'Europa League. " Quelques saisons plus tard, les choses étaient cependant déjà assez différentes. L'été 2013 marque une certaine rupture entre les Pays-Bas et les joueurs belges puisque les derniers grands talents de l'Eredivisie quittent le navire. Dries Mertens troque le maillot du PSV contre celui du Napoli, Toby Alderweireld file à l'Atlético Madrid tandis que Nacer Chadli s'en va à Tottenham. Si les Pays-Bas attirent encore pas mal de joueurs belges dans leurs divisions (17 en Eredivisie, 32 en Eerste Divisie), il ne s'agit plus d'internationaux ni même de joueurs du top. Difficile également de parler de seconds couteaux. Les Belges qui évoluent désormais chez nos voisins sont des anonymes, certains n'ayant même jamais fait carrière en Belgique. En outre, ils sont loin d'être tous titulaires dans leur club. En 10 ans, le nombre de Belges aux Pays-Bas a diminué de moitié et la dernière fois qu'on avait compté aussi peu de " noir-jaune-rouge " chez nos voisins, c'était lors de la saison 1998-1999 (16). Pour la première fois depuis 1995, la Belgique n'est plus le pays étranger le plus représenté. Il faut dire qu'à l'époque, on ne comptait que... deux Belges : Luc Nilis et Giuseppe Canale. Comment expliquer cela ? D'une part, le niveau du championnat n'est plus ce qu'il était. Il suffit pour s'en convaincre de regarder le classement UEFA. Alors que la Jupiler Pro League se place au 9e rang, l'Eredivisie est désormais 14e, derrière la Turquie, la Suisse, l'Autriche et la République Tchèque. En 2006, elle était encore 7e... La victoire récente de l'Ajax sur le Standard en tours préliminaires de la C1 est l'arbre qui cache la forêt quand on voit que Feyenoord a été sorti en Europa League par Trencin (Slovaquie), l'AZ par Kaïrat Almaty (Kazakhstan) et Vitesse Arnhem par le FC Bâle (Suisse). D'autre part, les très bons joueurs belges sont devenus impayables pour les clubs néerlandais, à moins de miser sur les jeunes. À ce titre, Dante Rigo (19 ans) est arrivé au PSV à l'âge de 8 ans. Il est par ailleurs le seul joueur à évoluer dans une écurie du top-3 néerlandais mais n'est encore qu'un espoir comme la majorité des Belges d'Eredivisie. Les joueurs confirmés se comptent sur les doigts d'une main : Stijn Wuytens (AZ) , Kevin Begois (FC Groningen) , Marco Ospitalieri (Fortuna Sittard) , Robbie Haemhouts (NAC Breda) et JasonBourdouxhe (FC Emmen). Siebe Blondelle avance des explications supplémentaires. " Les jeunes sont plus calmes, plus tranquilles et préfèrent rester en Belgique pour percer. Je pense également que, comparé à avant, le style de jeu aux Pays-Bas correspond moins aux profils belges. " Alors que l'Eredivisie n'attire plus vraiment le Belge, la Division 2, en revanche, en est remplie à ras bords. La Keuken Kampioen Divisie, c'est son nom commercial, compte 32 Belges dans ses rangs, le MVV (Maastricht) en ayant 7 à lui seul. Des joueurs très jeunes puisqu'une vingtaine ont 23 ans ou moins. " C'est une division plus accessible ", juge Jean-Thomas Mayaka, agent de joueurs bien établi à ce niveau. " En D2, les clubs et les coachs laissent la possibilité aux joueurs de se montrer. Or, le plus important pour un jeune, c'est de jouer pour apprendre. Nacer Chadli et Dries Mertens avaient, jadis, emprunté cette voie. Ce n'est pas un hasard. " Une philosophie qui trouve un écho particulier dans la présence des U21 de l'Ajax, d'Utrecht, de l'AZ et du PSV à ce niveau. La D2 néerlandaise est un véritable laboratoire pour le blé en herbe. " Un tremplin pour l'avenir. Ces paliers sont importants. Que serait devenu Nacer Chadli s'il n'avait pas rebondi au MVV ", glisse-t-il. L'agent insiste, expliquant que les clubs sont plus patients avec leurs entraîneurs. " Le turn-over est plus important en Belgique où on n'hésite pas à virer un coach rapidement. Ceux-ci ont besoin de résultats, sont sous pression et moins enclins à lancer des jeunes contrairement à la D2 néerlandaise. Et, de nature, ils sont moins frileux dans cet exercice. " D'accord, mais y a-t-il d'autres raisons encore ? Sans conteste. Si quelques joueurs belges avaient déjà tenté l'aventure britannique, jamais aucun n'avait signé dans un club du top. Quand Vincent Kompany rejoint Manchester City en août 2008, il ouvre une porte que bien d'autres après lui emprunteront, fermant par la même occasion celle de l'Eredivisie. Ses performances attisent le regard des recruteurs qui se penchent un peu plus sur le talent belge. Les résultats des Diables aidant, nos compatriotes deviennent à la mode. Les standards financiers anglais étant plusieurs crans au-dessus de ceux de nos voisins néerlandais, les clubs bataves ne peuvent plus suivre. Et vu l'évolution des droits TV en Premier League, on peut se demander si le fossé n'est pas désormais impossible à combler. " Je ne suis pas sûr de cela ", assure Mayaka. " Quand on voit le résultat de l'Ajax contre le Standard, cela montre que le niveau dans certains clubs est encore supérieur au foot belge. Des bons joueurs belges du championnat pourraient donc y aller. " Siebe Blondelle est lui aussi d'avis que l'avenir pourrait voir émerger quelques promesses. " Si un jeune Belge évolue bien là-bas, rien n'est impossible. " Reste qu'on serait sur de l'exceptionnel, les autres championnats ayant pris une belle avance...Julien Denoel