Dans un football qui a appris à fermer les espaces autour de la surface, les dribbleurs sont devenus les rois de la jungle. Quoi de mieux qu'un slalom pour effacer un, voire deux adversaires, et ainsi déplacer les pions adverses ? Le mouvement crée des décalages, de l'espace et des occasions. Tout ce qu'il faut pour faire la différence. Pour survivre dans la zone la plus chaude du terrain, le coup de reins est presque indispensable. C'est là que les schémas disparaissent, dans ce lieu où la réflexion de l'entraîneur laisse une place majeure au talent des joueurs.

Kevin De Bruyne n'est pas un dribbleur. Lors de la dernière Coupe du monde, qui avait fait briller Eden Hazard, son slalomeur de compatriote (6,7 dribbles par match), le prodige de Drongen avait à peine évité ses adversaires tout au long du tournoi (0,8 dribble), ne finissant même pas parmi les cent meilleurs dribbleurs de l'été russe.

Sur les pelouses anglaises, les chiffres sont à peine plus flatteurs, s'élevant à 1,3 dribble par rencontre depuis le coup d'envoi de la saison. Des stats que seuls les finisseurs peuvent normalement se permettre dans les derniers mètres du terrain. Pour ces prédateurs instinctifs, un démarquage et une touche de balle suffisent souvent pour soulever les tribunes. Mais De Bruyne n'est pas non plus un numéro 9.

Dans son attirance magnétique vers le but adverse, exacerbée lors de ses prouesses à Wolfsburg où il évoluait dans un registre de deuxième attaquant avec la liberté de graviter autour de Bas Dost, le Belge a pourtant des réflexes qui le rapprochent des buteurs. Un sens du déplacement forcément développé pour compenser son manque d'agilité dans le duel balle au pied. Parce qu'il sait qu'il a besoin de quelques secondes pour être meilleur que les autres, De Bruyne a appris à se les offrir. Du darwinisme adapté au ballon rond.

L'HÉRITIER DE BECKHAM

" Kevin possède un sens inouï des brèches ", disait déjà de lui Dieter Hecking, son coach à Wolfsburg. " Il a l'air d'être partout en même temps et de se faire oublier pour jaillir au bon moment. " Un atout que Pep Guardiola a exploité en installant généralement De Bruyne dans une position de milieu intérieur droit, avec la liberté de quitter l'axe du terrain pour se démarquer vers l'extérieur, et profiter de la position des ailiers collés à la ligne de touche pour trouver de l'espace entre les lignes verticales du bloc adverse.

Kevin De Bruyne sait qu'il n'a pas besoin de dribbler, parce qu'il trouvera toujours de l'espace pour créer des occasions. " Jamie Redknapp

Toujours profilé de manière idéale pour transformer chaque ballon reçu en occasion potentielle, grâce notamment aux conseils d'un coach très pointilleux dans le domaine de la position du corps à la réception de la balle, De Bruyne perd un minimum de temps entre l'arrivée du ballon dans ses pieds et le départ d'une passe. De quoi rentabiliser au mieux l'espace qu'il parvient à se créer dans un secteur de jeu pourtant engorgé comme un centre urbain à l'heure de pointe.

" Il sait qu'il n'a pas besoin de dribbler, parce qu'il trouvera toujours de l'espace pour créer des occasions ", explique Jamie Redknapp dans les colonnes du Daily Mail. L'ancien international anglais ose une comparaison déjà établie par Gary Neville : " Il me fait penser à David Beckham. "

Le pied droit chirurgical, capable de déposer en une seule touche des centres insaisissables pour le gardien adverse qui retombent dans la course de Raheem Sterling ou de Sergio Agüero, rappelle inévitablement les grands centreurs d'outre-Manche qu'étaient Becks ou Steven Gerrard, lui aussi adepte des appels entre les lignes côté droit pour s'offrir le temps et l'espace nécessaires à l'élaboration d'un centre millimétré.

Un geste à mi-chemin entre l'instinct de l'attaquant et le coup d'oeil du meneur de jeu, résumé par De Bruyne à Het Laatste Nieuws après ses deux passes décisives d'exception contre Tottenham : " Parfois je le vois, parfois je le sais. "

ARCHITECTE ET PRÉDATEUR

Arme fatale des Diables de Marc Wilmots, qui avait dressé le chemin national vers le Brésil grâce à ses appels sur le flanc droit, en profondeur ou en largeur, De Bruyne a obtenu des responsabilités différentes sous les ordres de Roberto Martinez. Quand le sélectionneur a constaté que la Belgique manquait d'un métronome de la possession au milieu de terrain, il a utilisé la version plus rationnelle de son Citizen, celle que Pep Guardiola avait développée lors de sa rencontre avec KDB à Manchester. Là, à la relance, De Bruyne venait chercher le ballon dans les pieds de ses défenseurs centraux, et l'offrait à ses éléments offensifs dans des conditions idéales après avoir franchi le milieu de terrain.

Par la suite, afin de récupérer la machine à créer des occasions que représente le Belge, Guardiola a adapté la construction du jeu skyblue, amenant l'un de ses arrières latéraux devant la défense lors de la phase d'élaboration pour permettre à De Bruyne de rester un cran plus haut, là où sa faculté à voir les brèches plus vite que les autres s'exprime le mieux au marquoir.

Suffisamment alimenté par les dribbles d'Hazard et les appels tranchants de Dries Mertens face à des adversaires modestes, Martinez préfère lui installer De Bruyne dans un rôle d'architecte des combinaisons, libre de multiplier les passes avec son capitaine ou de lancer en profondeur l'hyperactif napolitain. Mais le jour où le grand Brésil s'est présenté en face des Diables, KDB a cessé d'être un milieu de terrain méticuleux pour devenir un prédateur des grands espaces, associé à Hazard et Romelu Lukaku pour mettre le feu dans le dos des défenseurs brésiliens. Mais quel que soit le costume, le sens de l'espace ne disparaît jamais. Ce jour-là, De Bruyne l'a évidemment trouvé dans sa zone de prédilection. Sur la droite de la surface. Et il n'a même pas eu besoin d'effacer Marcelo sur la route des filets d' Alisson. Pourquoi tenter un dribble quand on a déjà inventé l'espace ?

Dans un football qui a appris à fermer les espaces autour de la surface, les dribbleurs sont devenus les rois de la jungle. Quoi de mieux qu'un slalom pour effacer un, voire deux adversaires, et ainsi déplacer les pions adverses ? Le mouvement crée des décalages, de l'espace et des occasions. Tout ce qu'il faut pour faire la différence. Pour survivre dans la zone la plus chaude du terrain, le coup de reins est presque indispensable. C'est là que les schémas disparaissent, dans ce lieu où la réflexion de l'entraîneur laisse une place majeure au talent des joueurs. Kevin De Bruyne n'est pas un dribbleur. Lors de la dernière Coupe du monde, qui avait fait briller Eden Hazard, son slalomeur de compatriote (6,7 dribbles par match), le prodige de Drongen avait à peine évité ses adversaires tout au long du tournoi (0,8 dribble), ne finissant même pas parmi les cent meilleurs dribbleurs de l'été russe. Sur les pelouses anglaises, les chiffres sont à peine plus flatteurs, s'élevant à 1,3 dribble par rencontre depuis le coup d'envoi de la saison. Des stats que seuls les finisseurs peuvent normalement se permettre dans les derniers mètres du terrain. Pour ces prédateurs instinctifs, un démarquage et une touche de balle suffisent souvent pour soulever les tribunes. Mais De Bruyne n'est pas non plus un numéro 9. Dans son attirance magnétique vers le but adverse, exacerbée lors de ses prouesses à Wolfsburg où il évoluait dans un registre de deuxième attaquant avec la liberté de graviter autour de Bas Dost, le Belge a pourtant des réflexes qui le rapprochent des buteurs. Un sens du déplacement forcément développé pour compenser son manque d'agilité dans le duel balle au pied. Parce qu'il sait qu'il a besoin de quelques secondes pour être meilleur que les autres, De Bruyne a appris à se les offrir. Du darwinisme adapté au ballon rond. " Kevin possède un sens inouï des brèches ", disait déjà de lui Dieter Hecking, son coach à Wolfsburg. " Il a l'air d'être partout en même temps et de se faire oublier pour jaillir au bon moment. " Un atout que Pep Guardiola a exploité en installant généralement De Bruyne dans une position de milieu intérieur droit, avec la liberté de quitter l'axe du terrain pour se démarquer vers l'extérieur, et profiter de la position des ailiers collés à la ligne de touche pour trouver de l'espace entre les lignes verticales du bloc adverse. Toujours profilé de manière idéale pour transformer chaque ballon reçu en occasion potentielle, grâce notamment aux conseils d'un coach très pointilleux dans le domaine de la position du corps à la réception de la balle, De Bruyne perd un minimum de temps entre l'arrivée du ballon dans ses pieds et le départ d'une passe. De quoi rentabiliser au mieux l'espace qu'il parvient à se créer dans un secteur de jeu pourtant engorgé comme un centre urbain à l'heure de pointe. " Il sait qu'il n'a pas besoin de dribbler, parce qu'il trouvera toujours de l'espace pour créer des occasions ", explique Jamie Redknapp dans les colonnes du Daily Mail. L'ancien international anglais ose une comparaison déjà établie par Gary Neville : " Il me fait penser à David Beckham. " Le pied droit chirurgical, capable de déposer en une seule touche des centres insaisissables pour le gardien adverse qui retombent dans la course de Raheem Sterling ou de Sergio Agüero, rappelle inévitablement les grands centreurs d'outre-Manche qu'étaient Becks ou Steven Gerrard, lui aussi adepte des appels entre les lignes côté droit pour s'offrir le temps et l'espace nécessaires à l'élaboration d'un centre millimétré. Un geste à mi-chemin entre l'instinct de l'attaquant et le coup d'oeil du meneur de jeu, résumé par De Bruyne à Het Laatste Nieuws après ses deux passes décisives d'exception contre Tottenham : " Parfois je le vois, parfois je le sais. " Arme fatale des Diables de Marc Wilmots, qui avait dressé le chemin national vers le Brésil grâce à ses appels sur le flanc droit, en profondeur ou en largeur, De Bruyne a obtenu des responsabilités différentes sous les ordres de Roberto Martinez. Quand le sélectionneur a constaté que la Belgique manquait d'un métronome de la possession au milieu de terrain, il a utilisé la version plus rationnelle de son Citizen, celle que Pep Guardiola avait développée lors de sa rencontre avec KDB à Manchester. Là, à la relance, De Bruyne venait chercher le ballon dans les pieds de ses défenseurs centraux, et l'offrait à ses éléments offensifs dans des conditions idéales après avoir franchi le milieu de terrain. Par la suite, afin de récupérer la machine à créer des occasions que représente le Belge, Guardiola a adapté la construction du jeu skyblue, amenant l'un de ses arrières latéraux devant la défense lors de la phase d'élaboration pour permettre à De Bruyne de rester un cran plus haut, là où sa faculté à voir les brèches plus vite que les autres s'exprime le mieux au marquoir. Suffisamment alimenté par les dribbles d'Hazard et les appels tranchants de Dries Mertens face à des adversaires modestes, Martinez préfère lui installer De Bruyne dans un rôle d'architecte des combinaisons, libre de multiplier les passes avec son capitaine ou de lancer en profondeur l'hyperactif napolitain. Mais le jour où le grand Brésil s'est présenté en face des Diables, KDB a cessé d'être un milieu de terrain méticuleux pour devenir un prédateur des grands espaces, associé à Hazard et Romelu Lukaku pour mettre le feu dans le dos des défenseurs brésiliens. Mais quel que soit le costume, le sens de l'espace ne disparaît jamais. Ce jour-là, De Bruyne l'a évidemment trouvé dans sa zone de prédilection. Sur la droite de la surface. Et il n'a même pas eu besoin d'effacer Marcelo sur la route des filets d' Alisson. Pourquoi tenter un dribble quand on a déjà inventé l'espace ?