"Nous voulons faire une énorme fête avec toute l'Europe": Ce sont les premiers mots de Philipp Lahm, capitaine de l'équipe d'Allemagne championne du monde 2014 et désormais directeur du comité d'organisation de l'Euro. La presse allemande évoque déjà "Un conte de fées 2.0": autrement dit une réédition du formidable été 2006, lorsque le pays avait accueilli avec ferveur la Coupe du monde.

"Les émotions et les images de 2006 sont encore dans toutes nos mémoires et nous nous réjouissons de recevoir de nouveau un grand événement dans notre pays", renchérit le patron de la Ligue professionnelle allemande Reinhard Rauball. Les Allemands ont également marqué des points en présentant dans leur dossier de candidature une stratégie de défense des droits humains, notamment pour lutter contre les comportements racistes, homophobes ou sexistes pendant le tournoi. Sans nommer directement la Turquie, malheureux perdant du vote d'attribution, des responsables allemands ont clairement sous-entendu que leur pays offrait plus de garantie en matière de libertés publiques.

"Ouverture, tolérance, liberté"

"Ce sera une occasion de montrer nos valeurs, en Allemagne: l'ouverture au monde et la tolérance, la liberté et le respect", s'est réjoui le ministre des Affaires étrangères Heiko Maas social-démocrate. "Je suis particulièrement heureux que la DFB (fédé allemande) ait saisi l'occasion de cet Euro pour inclure dans sa candidature une stratégie de défense des droits humains. Par les temps qui courent, c'est un bon signal." La branche allemande de l'ONG anti-corruption Transparence International a immédiatement placé le pays devant sa responsabilité: "La DFB et le monde politique allemand doivent maintenant montrer comment un tournoi comme celui-ci peut être organisé en respectant de façon exemplaire les différents thèmes de l'anti-corruption, de la transparence, des droits humains, de la diversité, de l'anti-dopage et de lutte contre la manipulation des résultats".

"L'Euro offre une chance (...) de jouer un rôle de modèle au niveau international", indique encore l'ONG par la voix d'une porte-parole. Les autres atouts de la candidature allemande étaient plus matériels: une économie solide évitant tout risque pour les organisateurs, des infrastructures de transport et d'hébergement impeccables, des stades modernes où peu de travaux seront nécessaires, et une culture du football que démontrent les chiffres de fréquentation de la Bundesliga, avec plus de 40.000 spectateurs par match en moyenne.

2,78 millions de spectateurs

"Toutes les structures politiques et du football sont en place en Allemagne, avec une histoire longue et stable d'organisations réussies", avait relevé le rapport d'évaluation de l'UEFA publié la semaine dernière. Les matches auront lieu dans des villes de grande tradition de football: Berlin, Munich, Düsseldorf, Stuttgart, Cologne, Hambourg, Leipzig, Dortmund, Gelsenkirchen et Francfort. S'ils sont pleins, ces dix stades pourront accueillir sur l'ensemble du tournoi 2,78 millions de spectateurs.

En fin de compte, "l'affaire Mesut Özil", qui a claqué la porte de la sélection nationale après le Mondial en accusant la DFB de racisme, n'aura pas pesé bien lourd au moment d'attribuer un tournoi qui aura lieu dans plusieurs années. Mais cette victoire allemande va tout de même donner de l'air à la Fédération et surtout à son président Reinhard Grindel, plombé par cette polémique et par la faillite de la Mannschaft au Mondial en Russie. Il aurait eu du mal à rester en poste en cas de décision défavorable. 7 Le ministre turc des Sports Muharrem Kasapoglu a jugé jeudi "désolant" pour l'UEFA le fait que la Turquie n'ait pas été désignée pour accueillir l'Euro-2024 de football, attribué à l'Allemagne.

La Turquie déçue

"C'est désolant pour l'UEFA et pour l'Euro-2024 que notre pays ne l'ait pas obtenu en dépit de toutes ses forces", a déclaré M. Kasapoglu à la presse. "Nous n'avons rien perdu en tant que pays. C'est l'Euro-2024 qui perd notre expertise et notre hospitalité", a-t-il ajouté.

L'Allemagne, qui était en concurrence avec la Turquie, a été désignée jeudi par l'UEFA pour organiser l'Euro-2024. Dans son rapport d'évaluation publié la semaine dernière, l'UEFA avait pointé avec "préoccupation" l'absence, dans le projet de la Fédération turque de football (TFF), d'un "plan d'action dans le domaine des droits humains".

Il n'était pas possible de savoir dans l'immédiat si le critère des droits de l'Homme, introduit pour la première fois pour l'édition 2024 dans le cahier des charges de l'organisation de l'Euro, a pesé dans le choix du pays-hôte, le pouvoir turc étant accusé depuis plusieurs années de dérive autoritaire. Il s'agit de la 4e candidature infructueuse de la Turquie, battue d'une seule voix en 2010 par la France pour l'organisation de l'Euro-2016.