Il faut l'avoir vécu pour pouvoir en parler. À la Volkswagen-Arena, avant les matches du Vfl Wolfsburg, on passe une bande audio d'une meute de loups hurlant tout en éteignant et en allumant sans cesse l'éclairage. Une scène à laquelle nous avons assisté le 7 novembre 2019, lors de la quatrième journée de la phase de poules de l'Europa League, face à La Gantoise (1-3). Cette saison, l'impression doit être différente dans le stade vide où l'équipe entraînée par Oliver Glasner (46 ans) a pris 28 points sur 36 (24 buts inscrits et huit encaissés).
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Il faut l'avoir vécu pour pouvoir en parler. À la Volkswagen-Arena, avant les matches du Vfl Wolfsburg, on passe une bande audio d'une meute de loups hurlant tout en éteignant et en allumant sans cesse l'éclairage. Une scène à laquelle nous avons assisté le 7 novembre 2019, lors de la quatrième journée de la phase de poules de l'Europa League, face à La Gantoise (1-3). Cette saison, l'impression doit être différente dans le stade vide où l'équipe entraînée par Oliver Glasner (46 ans) a pris 28 points sur 36 (24 buts inscrits et huit encaissés). À la grande satisfaction de Koen Casteels (28 ans), transféré d'Hoffenheim en janvier 2015 et devenu un des piliers du club. La preuve qu'on a confiance en lui: en décembre 2019, son contrat a été prolongé jusqu'en 2024. Aujourd'hui, la valeur marchande du Brabançon est de onze millions d'euros. "Je sens qu'on m'apprécie énormément", dit-il. "Lorsque nous montons sur le terrain, on diffuse ma chanson favorite ( Remember My Name, de Fort Minor, ndlr). Si un jour je quitte ce club, il faudra vraiment que ce soit pour une très bonne raison." Êtes-vous surpris par votre bon classement actuel? KOEN CASTEELS:Non, pas vraiment. Parce que je savais qu'on avait un bon groupe, qu'il y avait du potentiel. Il fallait juste espérer que toutes les pièces du puzzle s'imbriquent. Et pour le moment, ça se passe particulièrement bien, ce dont on est très fiers. Ce qui est encourageant, c'est qu'on est forts collectivement, ce qui nous rend difficiles à battre. Ce bon classement, on le doit au groupe. C'est grâce à ça qu'on devance le Borussia Dortmund, une équipe qui va sans doute finir très fort, et le Borussia Mönchengladbach. On mérite cette place et on pense que tout va continuer à bien se passer jusqu'en fin de saison. On dit que vous jouez toujours pied au plancher. Vous êtes non seulement forts offensivement, mais vous faites également preuve de stabilité derrière. Vous avez déjà signé douze clean sheets en 25 matches. CASTEELS:En effet. Il y a un peu de tout dans cette équipe. Ce que l'entraîneur nous demande, c'est de mettre énormément d'intensité. Ça exige de grosses capacités athlétiques de tous les joueurs. Car tant l'attaquant de pointe que les défenseurs centraux doivent fournir de gros efforts, offensivement et défensivement. Ça nous permet de laisser très peu de temps et d'espaces à l'adversaire. On joue très vite, souvent au sprint. Les statistiques et les données le prouvent. Ce sont des choses sur lesquelles l'accent avait été mis dès la préparation? CASTEELS:Tout à fait. C'est surtout lors de l'été 2019, lorsque l'entraîneur est arrivé, qu'il a fallu s'adapter. Ici, on avait pris l'habitude de commencer tranquillement et de faire beaucoup d'endurance pour augmenter les performances. Oliver Glasner a directement commencé par nous faire faire des sprints. Maintenant, on y est habitués et ça se reflète dans nos prestations ainsi que dans nos résultats. Ce changement de mentalité a porté ses fruits. Les chiffres ne mentent pas: au classement du nombre de sprints par matches, Wolfsburg est largement en tête de la Bundesliga, devant Stuttgart et le Bayern Munich. CASTEELS:En effet, c'est quelque chose que nos adversaires disent souvent après les matches. En fait, on ne les laisse jamais souffler, ils n'ont pas le temps de contrôler le ballon et sont toujours sous pression. Ça les oblige à décider plus vite, ce qui provoque davantage d'erreurs et d'imprécisions dans les passes. On récupère donc davantage de ballons dans leur moitié de terrain et on se crée plus d'occasions. En fait, vous les encerclez. CASTEELS:Oui, mais on ne presse pas toujours très haut. Ça arrive souvent et c'est l'objectif, mais si l'adversaire parvient tout de même à s'en sortir, on peut aussi récupérer le ballon à trente ou quarante mètres de notre but, dans notre moitié de terrain. On ferme les espaces et on récupère le ballon avec autant d'intensité. Évidemment, il faut que tous les maillons de la chaîne fassent leur boulot. CASTEELS:Oui et pour que ce soit efficace, tout doit se faire au sprint. Personne ne peut donc passer son tour. C'est quelque chose qu'on se répète souvent: "Si tout le monde n'est pas à 100%, le système s'effondre". Dès que quelques joueurs sont dans un mauvais jour, on est très fragiles. Si on ne joue pas à fond, n'importe quelle équipe peut se créer des occasions et nous battre. On n'a pas autant de talent que le Bayern Munich ou Dortmund, qui peuvent faire basculer un match sur deux ou trois actions. Chez nous, les onze joueurs doivent tous faire la même chose en même temps. En tant que gardien, avez-vous également dû vous adapter à ce nouveau style de jeu? CASTEELS:Oui, car comme on défend très haut, on a moins de joueurs derrière le ballon. Je dois donc faire très attention à la relance. Et aussi lorsque l'adversaire balance un long ballon dans le dos de la défense. Devez-vous jouer comme un dernier homme? CASTEELS:C'est surtout une question d'anticipation. Je dois gagner du terrain par rapport aux attaquants adverses. Dans quel domaine avez-vous évolué depuis l'arrivée de Glasner? CASTEELS:Ma progression, je la dois surtout à notre entraîneur des gardiens, Pascal Formann, avec qui je travaille depuis l'été 2017. Il fait attention à tout et il est très exigeant. À ce niveau, ce sont les détails qui font la différence. Pour lui, un pas en avant ou un pas en arrière, ça compte, tout comme le placement sur un tir ou sur un centre. Il y accorde beaucoup d'importance. Il veille aussi à la coordination des pieds, après un coup-franc ou un corner, à la recherche de l'équilibre, aussi. Il y a peu, Formann a déclaré dans Kicker que vous étiez un gardien très talentueux et qu'en plus, vous étiez en grande forme. Il a même dit que, si Manuel Neuer était un des meilleurs gardiens de Bundesliga, vous faisiez aussi partie du lot, tout comme Péter Gulácsi, de Leizpig. C'est flatteur... CASTEELS:Hmmm, je n'aime pas me comparer aux collègues. Je préfère laisser ça aux autres. Mais il est vrai que ça fait des années que je suis très constant. Je suis très content de la façon dont les choses se passent actuellement et j'espère que ça va durer. Vous êtes resté 673 minutes sans encaisser. En Bundesliga, seul l'ex-international Timo Hildebrand a fait mieux (885 minutes avec Stuttgart en 2003). Quelle satisfaction en retirez-vous? CASTEELS:Pour moi, plus que ces records, c'est ce que les connaisseurs disent qui compte. Des gens qui vous côtoient au quotidien et savent de quoi ils parlent. Les statistiques, c'est chouette pour le public, c'est spectaculaire. Mais aucun gardien ne peut établir une telle performance seul. Il a besoin de l'équipe. Bien entendu, j'ai une part de mérite dans cette série de clean sheets, car j'ai effectué quelques très beaux arrêts. Mais sans l'aide de mes équipiers, je n'y serais pas arrivé. Si nos attaquants n'avaient pas pressé autant, l'adversaire aurait eu plus d'occasions. Vous comprenez? J'apprécie surtout les réactions d'anciens gardiens et d'entraîneurs de gardiens. Ils parlent en connaissance de cause, ils ne se basent pas seulement sur des statistiques. Vous êtes désormais capitaine, ce qui signifie que vous êtes un joueur important de l'équipe et du club. CASTEELS:En effet. J'en suis déjà à ma sixième saison au club, je connais bien son fonctionnement et je sais où on veut aller. C'est un signe de grande confiance. Pas seulement des dirigeants, mais aussi de mes équipiers, car ce sont eux qui m'ont choisi. C'est excellent pour mon évolution personnelle. Quel genre de leader êtes-vous? CASTEELS:Dans le vestiaire, je ne suis pas du genre à parler beaucoup, mais quand il y a quelque chose à dire, que ce soit sur le terrain ou en dehors, je donne clairement mon avis. Et tout le monde a vite compris. Pour le reste, je suis très calme. Mais vous êtes un modèle de professionnalisme. CASTEELS:C'est vrai, mais n'est-ce pas le cas de tout le monde? Il faut se soigner et accorder de l'importance aux choses qui en valent la peine. Dans le football moderne, avec l'accumulation des matches, on n'a pas le choix. Il est pratiquement obligatoire de faire attention et d'adopter une attitude d'athlète de haut niveau. Si vous conservez votre troisième place au classement, vous serez qualifié pour la Ligue des Champions, ce qui ne vous est plus arrivé depuis 2015. En 2017 et en 2018, vous avez même joué des barrages contre l'Eintracht Braunschweig et Holstein Kiel pour éviter la relégation. CASTEELS:On ne doit jamais oublier cette période difficile, car on revient de loin. On doit rester réalistes et éviter l'euphorie. Les dirigeants et les fans n'ont pas oublié. On s'est repris juste à temps. On a retrouvé notre stabilité. Peut-être qu'actuellement, tout va plus vite que prévu, mais après une septième et une sixième place, on doit toujours viser l'Europe. Et on ne crachera pas sur un ticket pour la Ligue des Champions. Pour un joueur, ça reste le sommet. Ce serait vraiment fantastique. Que vous apporte le géant néerlandais Wout Weghorst, un des meilleurs attaquants de Bundesliga dans l'ombre de Robert Lewandowski et Erling Haaland? CASTEELS:Je pense que c'est un des joueurs qui courent le plus. Il travaille dur et il est déterminant. Pas seulement parce qu'il marque: dans notre style de jeu, c'est une arme importante. Il est le premier à presser, il n'arrête pas d'embêter les défenseurs adverses. Évidemment, on est très heureux de pouvoir compter sur lui. Retrouver la Ligue des Champions, ça vous motive? CASTEELS:Évidemment. Jusqu'ici, j'ai joué deux matches (Il grimace). J'en veux plus, ce serait formidable. Surtout quand on sait qu'au départ, notre objectif, c'était l'Europa League. Le reste, c'est du bonus. Mais je ne veux pas me projeter trop loin dans l'avenir. Le 25 juin, vous aurez 29 ans. Le lendemain, ce sont les premiers huitièmes de finale de l'EURO, à Amsterdam et à Londres. CASTEELS:Je me réjouis d'y être, comme avant chaque grand tournoi. J'ai participé à la Coupe du monde en Russie, c'était très chouette et j'espère que ce sera pareil à l'EURO. Bien sûr, quand on ne joue pas, on ne vit pas ça de la même façon, mais faire partie de ce groupe, c'est chouette." Dans quel état d'esprit entame-t-on une phase finale quand on est troisième gardien? CASTEELS:On se dit qu'on peut jouer chaque match. Donc, on se prépare, comme tout sportif professionnel se doit de le faire. Vous avez effectué vos débuts le 8 septembre 2020, contre l'Islande, en Ligue des Nations. Blessé, vous avez été remplacé par Simon Mignolet après 55 minutes. Qu'est-ce que vous vous êtes dit à ce moment-là? CASTEELS:J'étais comme soulagé. Après 35 sélections et beaucoup de matches amicaux, j'avais enfin ma chance. J'espère que j'en aurai encore beaucoup d'autres. Avez-vous l'impression d'être plus apprécié en Allemagne qu'en Belgique? CASTEELS:Ça me semble clair. En général, les Belges accordent moins d'attention à la Bundesliga. Quelque part, ça se comprend, car il y a davantage de Belges en Premier League. Et ça ne me dérange pas. L'important, c'est que la presse et ceux qui suivent le championnat d'Allemagne reconnaissent mes mérites. Celui qui veut me suivre peut le faire, il prendra vite conscience du boulot que j'ai effectué au cours des dernières années. Vous n'avez jamais joué en D1A belge. Est-ce que ça arrivera un jour? CASTEELS:C'est toujours possible, il ne faut jamais dire jamais. Mais ce n'est pas une obligation, un rêve ou un souhait. Je veux jouer le plus longtemps possible au plus haut niveau à l'étranger. Si je franchis le cap des 200 matches de Bundesliga, ce sera déjà très spécial. Je suis très heureux à Wolfsburg. Je suis très apprécié en Allemagne, je n'ai vraiment pas à me plaindre, au contraire.