There's something in the air, chante feu David Bowie à l'aéroport John Lennon de Liverpool. De fait, il plane quelque chose dans l'air, à notre arrivée à Finch Farm, le complexe d'entraînement d'Everton. " Tu arrives juste à temps ", remarque Patrick Lodewijks, l'entraîneur des gardiens, en riant jaune. Dans la pièce à côté, Erwin Koeman est en train d'analyser l'Oympique Lyon.
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There's something in the air, chante feu David Bowie à l'aéroport John Lennon de Liverpool. De fait, il plane quelque chose dans l'air, à notre arrivée à Finch Farm, le complexe d'entraînement d'Everton. " Tu arrives juste à temps ", remarque Patrick Lodewijks, l'entraîneur des gardiens, en riant jaune. Dans la pièce à côté, Erwin Koeman est en train d'analyser l'Oympique Lyon. Nouveau sourire crispé. " Tu trouves que c'est beau, ici ? Nous aussi, donc nous en profitons encore un peu. " Quand tout va mal, rien de tel qu'un peu de cynisme. " C'est typiquement néerlandais ", remarque Ronald Koeman. " Les Anglais n'y comprennent rien : comment plaisanter sur sa propre situation quand elle est aussi difficile ? " La scène remonte aux prémices du match d'Europa League entre les Blues et l'OL, à Goodison Park. Une semaine que les Toffees doivent clôturer par un nouveau match à domicile, contre Arsenal cette fois. Pour rester en selle, le coach néerlandais, mal embarqué depuis le début de la saison, a intérêt à voir ses joueurs s'imposer deux fois. Mais à autant de reprises, c'est la défaite qui est au bout du chemin. Le couperet tombe finalement le lendemain de ce revers contre Arsenal (2-5). L'escalade était telle que les tabloïds campaient devant la porte du San Carlo, un restaurant de Manchester où Koeman était allé manger un bout avec des amis après le match. Comment un entraîneur placé sous une telle pression peut-il rester aussi décontracté ? Koeman avait eu un pressentiment en été. " Je me trouvais au Portugal quand on m'a envoyé le programme de Premier League. Cinq de nos neuf premiers matches nous opposaient au top six de la saison précédente : Chelsea, Tottenham, Manchester City, Manchester United et Arsenal. En le découvrant, j'ai compris que ce ne serait pas facile, d'autant que nous devions reprendre le collier très tôt à cause de l'Europa League et que mon meilleur attaquant, Romelu Lukaku, avait été vendu. " Bizarrement, Everton a dépensé quelque 150 millions de livres en transferts mais n'a pas acquis de forward censé le remplacer ? RONALD KOEMAN : J'avais Olivier Giroud en tête. Il nous aurait parfaitement convenu mais en dernière minute, il a préféré rester à Londres. Ça a été dur à avaler. Où allais-je en trouver un aussi bon dans les plus brefs délais ? Lukaku était important pour nous, par ses buts, mais aussi par son style de jeu : sa puissance, sa rapidité, son sens du but, son aptitude à garder le ballon. Quand ça n'allait pas, nous pouvions lui envoyer des longs ballons. Nous n'avons plus de joueur similaire. Nikola Vlasic et Wayne Rooney veulent le ballon dans les pieds. Si la construction n'est pas bonne à partir de l'arrière et qu'on ne peut plus procéder par de longues balles à suivre, on a un problème. N'as-tu jamais pensé que 150 millions, ça faisait un paquet d'argent ?KOEMAN : Lukaku nous a rapporté 90 millions. Gylfi Sigurdsson, le transfert le plus cher, n'a coûté que la moitié. C'est évidemment beaucoup d'argent mais en Angleterre, on travaille dans une autre dimension. Ici, les joueurs sont tous beaucoup plus chers que leur valeur réelle. C'est le marché qui le veut. Il n'empêche : ces gros investissements ont entraîné davantage d'attentes.KOEMAN : Je ne vais pas me cacher : j'ai pu opérer des transferts et j'ai annoncé que nous visions le top six. Après une entame mitigée, nous avons alors reçu Burnley. Tout le monde s'attendait à une victoire mais je savais que ce team avait battu Chelsea, fait match nul contre Tottenham et à Liverpool. Nous avons été surpris 0-1. C'est ça aussi, la Premier League. Ce n'est pas comme aux Pays-Bas, où Roda JC est à peu près sûr de s'imposer sur ses terres, quel que soit l'adversaire. Cet élément a compliqué notre situation. Sortir de la crise était très difficile. Tu as toujours trouvé le moyen de sortir des crises : une idée tactique, une remarque, voire un conflit créé de toutes pièces. Pourquoi cela n'a-t-il pas fonctionné cette fois ? KOEMAN : Je me suis cassé la tête. Les choses sont parfois incompréhensibles. J'ai procédé comme les années précédentes mais sans succès, ce coup-ci. J'avais connu une période difficile pendant ma dernière année à Feyenoord, quand nous avions échoué dans la course au titre. Mais la deuxième place, qui restait accessible, nous permettait de disputer les tours préliminaires de la Ligue des Champions. J'ai réussi à sortir de cette mauvaise passe en changeant ma tactique pour procéder en 5-3-2. Ça a réveillé les joueurs puisque nous avons gagné sept des huit derniers matches. L'essentiel, dans ces moments-là, est de ne pas perdre le soutien des joueurs. En voyant l'intensité de nos séances et de nos matches, je ne craignais pas d'en arriver là avec les Blues. Mais à un moment donné, il faut forger un résultat. Sans quoi, on est livré au verdict des décideurs. Les décideurs étaient à Finch Farm cette fameuse semaine fatidique : Bill Kenwright, le président d' Everton Football Club, Farhad Moshiri, le principal actionnaire, et Steve Walsh, le directeur technique. " Ils n'avaient pas encore vu la nouvelle aile de Finch Farm" , explique Koeman. " Je leur ai dit qu'on était vendredi, qu'il y avait une conférence de presse et donc des journalistes qui allaient s'en donner à coeur joie s'ils les voyaient. Mais ils s'en fichaient. Ils n'ont pas souvent l'occasion de venir. Farhad réside à Monaco, a un bureau à Londres et assiste aux matches à domicile. Nous avons malgré tout pu déjeuner tranquillement et il a pu voir ce que nous avons fait avec son argent puisqu'il a financé cette nouvelle aile. J'ai également eu un bon contact avec Bill Krenwright. Son bureau est rempli d'awards, gagnés grâce à ses films et à ses productions théâtrales. Ça ne me dit pas grand-chose et il trouve ça fantastique : Le football est toute ta vie, dit-il. J'ai vraiment ressenti leur soutien. Mais, dans le monde qui me préoccupe, certaines choses sont inévitables, même si les décideurs te soutiennent. " There is something in the air, ce sentiment persiste quand Koeman évoque son avenir. Il souligne que cette pression constante, ce stress commencent à lui peser. Farhad Moshiri et Bill Kenwright ont récemment envisagé de prolonger son contrat mais Koeman avait déjà pris une décision, en son for intérieur : Everton serait son dernier club au plus haut niveau. Koeman : " Même si j'ai l'air fort, cette crise m'affecte. C'est tout sauf marrant. Surtout à la maison, pour ta femme et tes enfants. Une fois guérie de son cancer, ma femme Bartina m'a dit : - Occupe-toi de ton football, ça va aller mieux, maintenant. Mais quand ça ne va pas et que la pression augmente, elle se tracasse. Mes enfants sont adultes et ont leur propre vie. On pourrait penser que les problèmes de leur père les touchent moins mais ils m'ont avoué avoir du mal à assister encore aux matches d'Everton. Parce qu'ils n'aiment pas voir que ça ne va pas. " Koeman est franc. " Ça me ronge depuis longtemps, depuis l'année dernière, alors que tout allait bien. Être manager au plus haut niveau requiert son tribut. Physique et mental. Comprends-moi bien : ce travail est toujours fantastique, on apprend à vivre avec ses inconvénients, comme le fait d'être toujours absent quand sa famille a un problème. Joie ou chagrin, j'apprenais tout par téléphone, en Angleterre. Avec l'âge, je ne veux plus de ça car je trouve la vie de famille plus importante. Je n'ai déjà pas été là pendant l'enfance de mes gosses et ça ne change pas maintenant qu'ils sont adultes. Je passe à côté de tout. Ma situation recèle évidemment de gros avantages mais je rate quand même quelque chose sur le plan privé. La saison passée, mon fils a disputé la coupe avec le FC Oss contre Feyenoord, au Kuip. Un père veut être là mais moi, j'ai dû suivre le match à la télévision. Tout ça commence à me peser. On dirait que tu es prêt pour le poste de sélectionneur. Ainsi, tu ne serais plus confronté aux situations que tu dépeins. KOEMAN : Je n'en ai jamais fait mystère : j'ai envie d'être sélectionneur mais Everton était prioritaire et j'y avais assez de soucis comme ça. Ton ambition n'a pas changé ? KOEMAN : Je pense que je m'en tirerais bien et, en fait, c'est peut-être nécessaire par les temps qui courent. En fait, l'équipe nationale constituerait la suite logique de ma carrière. Tu t'es toujours senti concerné par le football néerlandais. Il y a trois ans, tu voulais déjà devenir sélectionneur mais la KNVB t'a préféré Guus Hiddink et tu as rejoint Southampton. KOEMAN : Le football néerlandais me tient à coeur et rater deux tournois... C'est dur. En même temps, je suis sûr qu'il peut en sortir quelque chose de bien. Je suis d'accord avec Dick Advocaat, le sélectionneur actuel, quand il déclare que ce n'est pas si dramatique. Il faut simplement s'adapter à son matériel. Regarder ce qu'on a : des backs offensifs, de bons défenseurs centraux, de formdiables médians et aussi de bons attaquants car Quincy Promes a quand même marqué quelques buts pour le Spartak Moscou contre Séville, alors qu'il évoluait dans un rôle libre. Il y a Memphis Depay, qui doit toujours confirmer les espoirs placés en lui, Georginio Wijnaldum à Liverpool, Daley Blind à United, sans oublier la levée de l'Ajax, avec Donny van de Beek et Frenkie de Jong. On peut s'appuyer sur tout ça... Je peux suivre Advocaat quand il dit que l'équipe nationale doit prester, qu'il n'est pas là pour former. Donc, si on veut changer les choses, il faut s'y prendre au niveau des formations. Je ne suis absolument pas opposé aux influences étrangères, que du contraire, mais en équipe nationale, on sélectionne les meilleurs car elle doit se qualifier pour le tour final. C'est aussi valable pour les espoirs. J'ai perçu une certaine autosatisfaction après un match nul contre l'Angleterre, suivi par une défaite contre l'Écosse. Je m'exprime de la touche, parce que ça m'a frappé et que je suis chagriné qu'après l'EURO, nous rations aussi le Mondial. Moi aussi, je veux que mon pays se qualifie, j'aime l'unité que suscite l'équipe nationale. Nous devons donc faire en sorte qu'elle renoue vite avec le succès. C'est possible et ça doit arriver.Dick Advocaat plaide déjà en faveur de Koeman, qu'il considère comme son successeur naturel mais il n'y a pas le feu. Les Pays-Bas disputent deux matches amicaux en novembre, contre l'Écosse et la Roumanie. Advocaat dirige encore ces joutes. L'équipe jouera encore deux matches amicaux en mars prochain, avant d'entamer la Nations League en septembre 2018, dans le premier groupe. Koeman offre la chance à la fédération d'engager quelqu'un qui est acceptable aux yeux de tous. There's something in the air, même si Ronald Koeman ne se met pas la pression. " La vie est trop belle pour se tracasser ", conclut-il. " Depuis trois ans, à la Noël, Erwin me dit : - Bon, nous avons encore eu de bons moments. De toute façon, mon souhait premier est d'être en bonne santé à la Noël. " Par Martijn Krabbendam