. Pas d'effet Ronaldo

En zone mixte, comme il l'avait déjà fait sur la pelouse, Ronaldo a montré avec les doigts l'écart qui le sépare du club madrilène. "J'ai cinq Ligues des champions, l'Atlético zéro". C'est vrai, mais cela fait une belle jambe à la Juventus qui, elle, n'en a que deux.

Après cinq défaites en finale depuis son dernier sacre en 1996, le club turinois pensait avoir trouvé l'arme fatale avec le Portugais, vrai spécialiste de l'épreuve, recruté l'été dernier pour plus de 100 millions d'euros.

Le quintuple Ballon d'Or n'a pas été le plus mauvais des Bianconeri mercredi à Madrid, loin de là, mais les 8e de finale n'ont jamais été son horizon ni celui de son club, qui attend de sa star plus qu'un beau coup franc et une poignée d'occasions.

Resté un peu trop loin du but à Madrid, Ronaldo a surtout été très mal entouré, par des joueurs apparus vraiment loin de leur niveau, comme Mandzukic, Dybala, Pjanic, Bentancur ou Alex Sandro.

Pour réussir le miracle de renverser cette situation mal engagée, la Juve aura besoin que tous ceux-là haussent le ton. Mais elle comptera surtout sur Ronaldo, comme le rappelle le quotidien turinois Tuttosport avec son titre de Une: "CR7, à toi de sauver cette Juve".

. Allegri accusé

Plus que Ronaldo, le principal accusé jeudi en Italie était l'entraîneur Massimiliano Allegri, à qui la Gazzetta dello Sport reproche "un Waterloo de jeu et d'attitude".

De fait, son équipe est apparue tactiquement entre deux chaises et physiquement entre deux eaux. Prudente en première période, elle a tenté de pousser un peu plus fort juste après la pause, offrant deux contres à l'Atletico. La Juve est alors passée d'incertaine à terrorisée, ouvrant la voie au succès des hommes de Diego Simeone.

Le technicien italien a quelques circonstances atténuantes, avec le problème cardiaque qui vient de toucher Khedira et une charnière Bonucci-Chiellini à peine revenue de blessure, qui a souffert de la comparaison avec celle d'en face, composée des deux buteurs Godin et Gimenez.

Après le match, certains observateurs ont aussi relevé que la Serie A, où la Juve est invaincue cette saison avec 21 victoires et trois matches nuls, préparait mal à des matches du niveau de celui de mercredi.

Mais les Turinois ne peuvent pas être surpris de l'intensité mise par l'Atlético, qui joue de la même manière depuis des années. Comme l'a souligné l'ancien grand défenseur italien Alessandro Costacurta, "les Bianconeri ont multiplié les passes latérales. Si ils ont manqué de quelque chose, c'est de qualité".

. Devant, le vide

Pour entretenir l'espoir, les Turinois ont activé la méthode Coué, à l'image de Matuidi en zone mixte. "On a prouvé par le passé qu'on est capables de renverser des situations. On va tout faire en tout cas pour essayer de gagner à domicile et mettre de la folie", a assuré le Français.

Les Italiens peuvent en effet s'accrocher au souvenir de deux beaux matches retour après des premières manches mal engagées, la saison dernière en quarts contre le Real Madrid et en 2016 face au Bayern Munich en 8e de finale. Mais les deux fois, ils ont été éliminés (0-3, 3-1 contre le Real; 2-2, 4-2 a.p. contre le Bayern).

Alors qu'ils sont déjà hors-course en Coupe d'Italie et que le seul suspense en championnat porte sur la date de leur sacre à venir, les Turinois se retrouvent face au risque d'une saison déjà vidée de son sens en cas d'élimination dans trois semaines contre l'Atlético.

Ronaldo n'a pas été recruté pour gagner la Serie A et la Bourse ne s'y est pas trompée, avec une action Juventus en chute de près de 10% jeudi matin.