[...]

Ce triplé a-t-il changé votre vie ?

Les marques de sympathie et d'admiration qui ont afflué m'ont touché. Toute l'Allemagne a reconnu mon travail et ma méthode. Je suis authentique et les gens l'ont compris. Où que j'aille, on m'adresse la parole. Tout cela me conforte dans mon idée : j'ai arrêté au bon moment, en plein succès. Les gens ne l'oublient pas car 2013 a été une année historique pour le Bayern. Je suis aussi le premier entraîneur à avoir gagné le triplé, en 50 ans de Bundesliga, tout en développant un beau football.

Que pensez-vous du fait qu'apparemment, tout soit encore mieux sous la férule de votre successeur, Pep Guardiola ?

Les superlatifs sont dans l'air du temps. On se demande qui a été le meilleur footballeur de tous les temps, de Pelé, de Maradona ou de Messi. Ces discussions animent les après-matches et ne me posent pas de problème.

Vous attendiez-vous à cette évolution du Bayern ?
Mon équipe était la meilleure d'Europe et du monde. Une équipe aussi structurée a encore une décennie devant elle car elle déborde de talent tout en étant jeune et en possédant une mentalité exemplaire.

Le Bayern va-t-il dominer le football européen dans les prochaines années ?

Le niveau du noyau est tel qu'on peut remplacer même les joueurs les plus importants sans s'en ressentir. C'est unique en Europe. Cette formation est exceptionnelle. Esprit d'équipe, discipline, caractère... Des joueurs moyens sont parfois source de problèmes dans certains clubs. Nous n'avons jamais connu ça. Franchement, je ne vois pas de meilleure équipe maintenant ni dans un avenir proche.

La Bundesliga va-t-elle devenir ennuyeuse ?

Pour le moment, ça en prend le chemin. Le Bayern a tout simplement une autre dimension. Son personnel est fantastique.

Un coach qui a gagné la Ligue des Champions à deux reprises, comme vous, est-il un grand entraîneur ?
Ce n'est pas le seul étalon. Beaucoup de critères entrent en ligne de compte. Par exemple, Mircea Lucescu, le coach du Shakhtar Donetsk, est un grand entraîneur. Il allie succès et qualité de jeu. Un bon entraîneur dirige, unit et structure une équipe, le style de jeu. Il possède une certaine compétence sociale.

Quel est le plus grand ?
Il y en a beaucoup mais je citerai mon ancien mentor, Hennes Weisweiler.

Vous avez travaillé pour l'élite absolue mais aussi des clubs plus moyens. Êtes-vous heureux de vos choix, a posteriori ?

Après mon premier passage au Bayern, il y a eu l'Athletic Bilbao, un grand club, très spécial. Mon passage là a enrichi ma vie. J'ai rencontré des gens formidables à Ténériffe aussi. Quand je retourne à Bilbao, je retrouve des joueurs que j'ai connus il y a vingt ans. Ces contacts sont bien plus importants qu'un énième titre. Je me suis bien amusé à Ténériffe aussi. Les contacts que j'entretenais avec les joueurs et le personnel de ces deux clubs étaient vraiment chaleureux, fantastiques. Weisweiler était ami avec le sélectionneur du Japon, Hiroshi Ninomiya. Cinq joueurs sont venus passer une semaine à Mönchengladbach. Je les ai invités à boire une bière chez moi. En 1990-1991, je me suis rendu au Japon avec le Bayern. Je les ai revus. L'un d'eux avait fait 300 kilomètres pour me rencontrer, tant il avait été impressionné par notre convivialité. Donc, je ne regrette pas de ne pas m'être cantonné aux tout grands clubs car je me suis développé partout, humainement et sportivement, tout en faisant la connaissance de gens formidables.

Était-il plus facile pour un jeune entraîneur de travailler à 'Gladbach ou était-ce mieux, plus tard, au Bayern ou au Real ?

Jeune entraîneur, je m'y serais brûlé. Les jeunes commettent des erreurs. Il valait donc mieux entamer ma carrière à 'Gladbach.

Quelles erreurs avez-vous commises à vos débuts ?

J'ai exigé de mes joueurs ce que j'avais moi-même personnifié durant ma carrière active : la même ambition, le même engagement, extrême. Or, chaque être est différent.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune entraîneur ?
De nos jours, les coaches doivent être complets mais une chose est cruciale : l'authenticité. Il faut se montrer tel qu'on est et ne jamais tenir deux langages. Il faut être ouvert, honnête et direct vis-à-vis des joueurs et ne jamais s'exprimer en termes négatifs sur un footballeur en leur présence. Il faut être convaincant. Un entraîneur doit personnifier la force. Je n'ai jamais été en proie au doute, jamais. Les joueurs préfèrent un style direct, même s'il est dur. Par la suite, beaucoup d'entre eux m'ont avoué qu'ils avaient parfois été furieux d'avoir été traités sans ménagement.

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SA FICHE

Né le 9 mai 1945 à Mönchengladbach.

SA CARRIÈRE DE JOUEUR

1956-1962 : Grün-Weiss Holt

1962-1967 : Borussia Mönchengladbach

1967-1970 : Hanovre 96

1970-1978 : Borussia Mönchengladbach

- 369 matches de Bundesliga, 220 buts

- 64 matches de Coupe d'Europe, 51 buts

- 39 sélections nationales, 14 buts.

- Champion du Monde 1974, Champion d'Europe 1972

- Vainqueur de la Coupe UEFA 1975

- Champion d'Allemagne 1971, 1975, 1976, 1977

- Vainqueur de la Coupe d'Allemagne 1973

- Meilleur buteur de Bundesliga 1974 et 1975

SA CARRIÈRE D'ENTRAÎNEUR

1978-1979 : Borussia Mönchengladbach (adjoint)

1979-1987 : 'Gladbach (entraîneur principal)

1987-octobre 1991 : Bayern Munich

1992-1994 : Athletic Bilbao

1994-avril 1995 : Eintracht Francfort

1995-1997 : Ténériffe

1997-1998 : Real Madrid

1999-septembre 2000 : Benfica Lisbonne

2001-2003 : Athletic Bilbao

2003-septembre 2004 : Schalke 04

2006-janvier 2007 : Borussia Mönchengladbach

Avril 2007-2009 : Bayern Munich

2009-2011 : Bayer Leverkusen

2011-2013 : Bayern Munich

- Vainqueur de la Ligue des Champions 1998 et 2013

- Champion d'Allemagne 1989, 1990, 2013

- Vainqueur de la Coupe d'Allemagne 2013

- Vainqueur de la Supercoupe d'Allemagne 1987, 1990 et 2012

- Vainqueur de la Supercoupe d'Espagne 1997

[...]Ce triplé a-t-il changé votre vie ? Les marques de sympathie et d'admiration qui ont afflué m'ont touché. Toute l'Allemagne a reconnu mon travail et ma méthode. Je suis authentique et les gens l'ont compris. Où que j'aille, on m'adresse la parole. Tout cela me conforte dans mon idée : j'ai arrêté au bon moment, en plein succès. Les gens ne l'oublient pas car 2013 a été une année historique pour le Bayern. Je suis aussi le premier entraîneur à avoir gagné le triplé, en 50 ans de Bundesliga, tout en développant un beau football. Que pensez-vous du fait qu'apparemment, tout soit encore mieux sous la férule de votre successeur, Pep Guardiola ? Les superlatifs sont dans l'air du temps. On se demande qui a été le meilleur footballeur de tous les temps, de Pelé, de Maradona ou de Messi. Ces discussions animent les après-matches et ne me posent pas de problème. Vous attendiez-vous à cette évolution du Bayern ? Mon équipe était la meilleure d'Europe et du monde. Une équipe aussi structurée a encore une décennie devant elle car elle déborde de talent tout en étant jeune et en possédant une mentalité exemplaire. Le Bayern va-t-il dominer le football européen dans les prochaines années ? Le niveau du noyau est tel qu'on peut remplacer même les joueurs les plus importants sans s'en ressentir. C'est unique en Europe. Cette formation est exceptionnelle. Esprit d'équipe, discipline, caractère... Des joueurs moyens sont parfois source de problèmes dans certains clubs. Nous n'avons jamais connu ça. Franchement, je ne vois pas de meilleure équipe maintenant ni dans un avenir proche. La Bundesliga va-t-elle devenir ennuyeuse ? Pour le moment, ça en prend le chemin. Le Bayern a tout simplement une autre dimension. Son personnel est fantastique. Un coach qui a gagné la Ligue des Champions à deux reprises, comme vous, est-il un grand entraîneur ? Ce n'est pas le seul étalon. Beaucoup de critères entrent en ligne de compte. Par exemple, Mircea Lucescu, le coach du Shakhtar Donetsk, est un grand entraîneur. Il allie succès et qualité de jeu. Un bon entraîneur dirige, unit et structure une équipe, le style de jeu. Il possède une certaine compétence sociale. Quel est le plus grand ? Il y en a beaucoup mais je citerai mon ancien mentor, Hennes Weisweiler. Vous avez travaillé pour l'élite absolue mais aussi des clubs plus moyens. Êtes-vous heureux de vos choix, a posteriori ? Après mon premier passage au Bayern, il y a eu l'Athletic Bilbao, un grand club, très spécial. Mon passage là a enrichi ma vie. J'ai rencontré des gens formidables à Ténériffe aussi. Quand je retourne à Bilbao, je retrouve des joueurs que j'ai connus il y a vingt ans. Ces contacts sont bien plus importants qu'un énième titre. Je me suis bien amusé à Ténériffe aussi. Les contacts que j'entretenais avec les joueurs et le personnel de ces deux clubs étaient vraiment chaleureux, fantastiques. Weisweiler était ami avec le sélectionneur du Japon, Hiroshi Ninomiya. Cinq joueurs sont venus passer une semaine à Mönchengladbach. Je les ai invités à boire une bière chez moi. En 1990-1991, je me suis rendu au Japon avec le Bayern. Je les ai revus. L'un d'eux avait fait 300 kilomètres pour me rencontrer, tant il avait été impressionné par notre convivialité. Donc, je ne regrette pas de ne pas m'être cantonné aux tout grands clubs car je me suis développé partout, humainement et sportivement, tout en faisant la connaissance de gens formidables. Était-il plus facile pour un jeune entraîneur de travailler à 'Gladbach ou était-ce mieux, plus tard, au Bayern ou au Real ? Jeune entraîneur, je m'y serais brûlé. Les jeunes commettent des erreurs. Il valait donc mieux entamer ma carrière à 'Gladbach. Quelles erreurs avez-vous commises à vos débuts ? J'ai exigé de mes joueurs ce que j'avais moi-même personnifié durant ma carrière active : la même ambition, le même engagement, extrême. Or, chaque être est différent. Quel conseil donneriez-vous à un jeune entraîneur ? De nos jours, les coaches doivent être complets mais une chose est cruciale : l'authenticité. Il faut se montrer tel qu'on est et ne jamais tenir deux langages. Il faut être ouvert, honnête et direct vis-à-vis des joueurs et ne jamais s'exprimer en termes négatifs sur un footballeur en leur présence. Il faut être convaincant. Un entraîneur doit personnifier la force. Je n'ai jamais été en proie au doute, jamais. Les joueurs préfèrent un style direct, même s'il est dur. Par la suite, beaucoup d'entre eux m'ont avoué qu'ils avaient parfois été furieux d'avoir été traités sans ménagement. [...]Retrouvez l'intégralité de cette interview dans votre Sport/Foot Magazine