Malgré ses 26 ans, il a gardé un visage poupon. On s'en rend surtout compte lorsqu'il rit. Mais lorsqu'il commence à parler, il apparaît en revanche très mature. Sa soeur ne cesse de lui faire remarquer: "Joshua, tu mènes désormais une vie d'adulte". Joshua Kimmich, le milieu de terrain du Bayern Munich et de la Mannschaft confirme: "Elle me dit ça parce que je vais me coucher très tôt et que j'aime me reposer à la maison. Je fais également du trekking en montagne. Ça m'aide à me vider la tête. Et à avoir une vision claire." Kimmich a toujours eu besoin de beaucoup réfléchir: "Sur le terrain, je n'ai jamais été le plus rapide ni le plus costaud. Ni le plus talentueux, d'ailleurs. Pour atteindre mes objectifs, j'ai donc dû travailler plus que les autres."
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Malgré ses 26 ans, il a gardé un visage poupon. On s'en rend surtout compte lorsqu'il rit. Mais lorsqu'il commence à parler, il apparaît en revanche très mature. Sa soeur ne cesse de lui faire remarquer: "Joshua, tu mènes désormais une vie d'adulte". Joshua Kimmich, le milieu de terrain du Bayern Munich et de la Mannschaft confirme: "Elle me dit ça parce que je vais me coucher très tôt et que j'aime me reposer à la maison. Je fais également du trekking en montagne. Ça m'aide à me vider la tête. Et à avoir une vision claire." Kimmich a toujours eu besoin de beaucoup réfléchir: "Sur le terrain, je n'ai jamais été le plus rapide ni le plus costaud. Ni le plus talentueux, d'ailleurs. Pour atteindre mes objectifs, j'ai donc dû travailler plus que les autres." C'est-à-dire, que faisiez-vous en plus? JOSHUA KIMMICH: Durant ma jeunesse, j'ai passé mon temps entre l'école et le football, comme beaucoup d'ados. Je me débrouillais bien ballon aux pieds, mais je ne sais pas si j'étais le meilleur. Tout a changé lorsque j'ai intégré le centre de formation de Stuttgart. Certains enfants avaient beaucoup plus de talent que moi. J'ai donc dû travailler davantage. C'est tout? KIMMICH: J'ai aussi dû réfléchir plus vite. Lorsqu'on n'est pas rapide avec ses jambes, il faut l'être avec sa tête. C'est aussi ce qui permet d'apprécier le jeu. Ça vous rend heureux avec le ballon, et lorsque c'est le cas, on ne se rend jamais à l'entraînement avec des pieds de plomb. J'avais beaucoup de choses à améliorer, et si je n'avais pas aimé le football, je n'y serais jamais parvenu. Vous paraissez très ambitieux. KIMMICH: C'est nécessaire si on veut jouer au Bayern et en équipe nationale allemande. Les attentes de l'entourage sont toujours élevées, mais j'aime la pression. J'aime avoir cette obligation de gagner. Elle est toujours présente, tant au Bayern qu'avec la Mannschaft. Les exigences que je m'impose moi-même sont toujours plus élevées que celles que me dicte mon entourage. La pression interne est plus forte que la pression externe. Lors du dernier US Open, la joueuse de tennis Naomi Osaka a déclaré que gagner ne la rendait pas heureuse, que ce n'était qu'un soulagement. KIMMICH: Je pense que c'est très compliqué lorsqu'on est seul. Le tennis est un sport individuel, alors que je suis entouré de coéquipiers. Il est important aussi de faire la distinction entre les différentes sortes de pression auxquelles sont soumis les athlètes professionnels. Il y a, par exemple, la pression du public, mais aussi celle de votre équipe. Et votre propre attente. Comment luttez-vous contre la pression de votre entourage? KIMMICH: Elle est présente, quel que soit le sport que l'on pratique. Le problème, dans le football, c'est que lorsque vous dites que vous ressentez la pression, c'est perçu comme une faiblesse. Je ne vois pas les choses de cette manière. J'aime lorsque les gens évoquent ce sujet, car lorsqu'on n'aborde pas ce thème, ils pensent que l'on doit toujours être fort et sûr de soi. Être fort ou paraître fort? KIMMICH: Les deux. Pour moi, c'est très important. Lorsqu'on a confiance en soi, ça aide à se développer, surtout quand ça va mal. Je peux, par exemple, toujours faire appel à mes coéquipiers, à n'importe quel moment. Je téléphone alors à Leon ( Goretzka, ndlr) ou à Serge ( Gnabry, ndlr) et je leur parle de mes angoisses. Vraiment? KIMMICH: Oui, bien sûr. C'est aussi la clé d'une équipe qui fonctionne bien. Ce sont mes coéquipiers, mais également mes amis. C'est important de lutter ensemble avec ses amis, de se battre en équipe. Mais il y a des différences entre nous. Je ne suis pas un buteur, je ne suis pas obsédé du matin au soir par l'idée de marquer des buts. Pour moi, il y a d'autres choses plus importantes. Faire tourner l'équipe, par exemple. J'aime adresser de bonnes passes. Mais j'aime aussi gagner, et pour y parvenir, il faut que l'équipe tourne bien. Surtout maintenant, que le public est de retour. Le huis clos vous a-t-il apporté quelque chose? KIMMICH: Je pense que les matches étaient plus justes. Il y avait moins d'émotions. Tout était plus calme. Il n'y avait pas ces frictions que l'on peut avoir avec l'adversaire lorsqu'il y a du monde dans les tribunes. Et pour des joueurs comme Thomas ( Müller, ndlr) et moi, qui aimons parler sur le terrain, c'était plus facile de communiquer. Mais le football est plus agréable avec de l'émotion et le public y participe. Vous avez évoqué l'importance de la camaraderie. Comprenez-vous que Marc-André ter Stegen se plaigne de ne pas jouer avec l'Allemagne? KIMMICH: Bien sûr que je le comprends. Tout le monde a de l'ambition. Lui aussi, car c'est un gardien incroyable. Je ne sais plus depuis combien d'années il joue déjà au Barça et combien de fois il a gagné la Ligue des Champions. Le problème, c'est qu'avec Manu ( Neuer, ndlr), nous possédons le meilleur gardien du monde. Or, c'est un poste où on ne peut aligner qu'un seul joueur à la fois. Si dans l'équipe, il y a un milieu de terrain meilleur que moi, je peux toujours être aligné sur un flanc. Lorsque j'étais jeune, ma polyvalence a d'ailleurs constitué un grand atout. Elle m'a beaucoup aidé. Pourquoi? KIMMICH: J'ai joué comme numéro 8, sur le flanc et en position centrale. À chaque position, d'autres qualités sont nécessaires et il faut comprendre différents concepts. Aujourd'hui, lorsque je suis sur le terrain, je comprends mieux ce dont mes partenaires ont besoin. Ça m'a aidé à avoir une meilleure vision du jeu. Pep ( Guardiola, ndlr) a été très important pour moi sur ce plan-là. Il a beaucoup insisté sur le fait que je devais toujours savoir où se trouvaient mes partenaires. Xabi Alonso a aussi été un personnage central dans ce processus lorsque j'ai débarqué au Bayern. Il m'a appris à avoir un regard plus périphérique. Pour cela, on a besoin de l'aide de l'entraîneur et d'un coéquipier. Que voulez-vous dire? KIMMICH: Vous devez comprendre deux choses lorsque vous êtes un milieu de terrain. La première, c'est ce que l'entraîneur attend de l'équipe. L'autre, c'est votre orientation sur le terrain. Ça signifie que vous devez toujours tenir à l'oeil l'endroit où se trouvent vos partenaires et vos adversaires. Vous savez alors à quel moment vous devez dribbler, à quel moment vous devez adresser une passe vers l'avant et à quel moment vous devez adresser une passe vers l'arrière. Le grand défi, c'est de trouver l'espace. C'est ce qui me procure le plus de plaisir, car lorsqu'on y parvient, on se rend très utile à l'équipe. En Ligue des Champions, vous avez affronté le FC Barcelone sans Lionel Messi. Quelle impression avez-vous ressentie? KIMMICH: Lorsque j'étais petit, je regardais le Barça pour voir Lionel Messi à l'oeuvre. Mais voir l'équipe sans lui, c'est intéressant aussi. Il reste encore toujours des joueurs de qualité à Barcelone, comme Pedri et Frenkie de Jong. Et des joueurs très expérimentés comme Busquets, Depay et Ter Stegen. Chez les derniers vainqueurs de la Ligue des Champions (Liverpool, le Bayern et Chelsea), le collectif était plus important que l'individu. KIMMICH: C'est aussi la raison pour laquelle j'aime affronter ces équipes. Je veux gagner grâce au collectif. Vous avez été influencé par des entraîneurs renommés comme Guardiola, Flick, Ancelotti et désormais Nagelsmann. KIMMICH: Ce sont tous des coaches très différents. J'étais très jeune lorsque j'ai évolué sous la direction de Pep Guardiola. J'avais vingt ans et je venais de deuxième division. Il m'a montré des positions où je n'avais encore jamais joué et où j'ignorais que je pouvais jouer. Et il m'a montré des espaces, sur le terrain, dont je ne soupçonnais même pas l'existence. Sous Hansi Flick, c'était différent. J'étais un titulaire indiscutable. C'est un homme très respectueux, une bonne personne. Il parlait beaucoup avec les joueurs et exigeait que nous respections aussi les autres membres du staff. Julian Nagelsmann est encore jeune, mais il a déjà beaucoup d'expérience comme entraîneur.