Si Chelsea domine la Premier League, il le doit à son nouvel attaquant, Diego Costa, son métronome, Cesc Fabregas, mais également à la forme éblouissante d'Eden Hazard qui, année après année, se rapproche tout doucement de ce qui se fait de mieux dans le monde du football. Rencontre avec un jeune joueur de 23 ans déjà fort mature, dont le recul sur son métier et ses prestations est étonnant et qui a évoqué pour Sport/Foot Magazine, durant plus d'une heure, sa passion pour le football.

Tu nous a habitués à des bons débuts de saison et celui-ci ne déroge pas à la règle...

Eden Hazard : C'est vrai qu'il est très bon. Tant collectivement qu'individuellement. C'est peut-être le meilleur de ma carrière... même si les stats (NDLR : 2 buts, 1 assist) ne le démontrent pas vraiment.

Ça t'inquiète que cela ne se traduise pas en davantage de buts et assists ?

Non, pas du tout, surtout quand on voit le contenu des matches. Depuis le début de saison, je n'ai fait qu'un match moyen, contre Aston Villa. Sinon, j'ai bien joué lors de toutes les rencontres. Je me suis bien reposé pendant les vacances, j'ai effectué une bonne préparation et je me sens vraiment bien pour le moment.

Pourtant, José Mourinho ne manque jamais une occasion de t'allumer...

(Il sourit) On s'aime bien. Ça reste le Special One (Plus sérieux). Il y a beaucoup de respect. C'est le meilleur entraîneur du monde, il n'y a rien d'autre à dire. Il me donne beaucoup de confiance. Même après un mauvais match, il m'aligne encore. Il lance une petite pique en disant - aujourd'hui, on a joué à dix mais ça s'arrête là. Dans ces moments-là, il me laisse tranquille et ne me casse pas la tête.

As-tu dû t'habituer à sa façon de titiller ses joueurs dans la presse ?

C'est vrai que c'était la première fois que je connaissais cela avec un entraîneur. Les autres avaient tendance à me protéger. Lui, il a vraiment envie que mon potentiel explose et il fait tout pour que cela arrive.

"Diego Costa est le type d'attaquant qui peut débloquer un match pourri"

Quand on a annoncé que Mourinho devenait l'entraîneur de Chelsea, as-tu eu peur pour ta place ?

Je n'ai pas craint. Je me demandais juste si j'allais stresser quand il s'en prendrait à moi. Je me rappelle de mes premiers matches de préparation en Asie avec lui ; il m'avait tué une ou deux fois et là, je me suis dit - Ah, ok, c'est cela le style Mourinho. Quand il te fixe dans les yeux, que tu te sens visé, sur le moment, tu n'es pas bien (Il sourit). Si tu ne te donnes pas à 100 %, tu sais qu'il ne va pas te lâcher et ça risque de faire mal. Il y a déjà eu de belles engueulades dans le vestiaire mais ça reste de la cuisine interne. C'est marrant de voir ça... du moins tant que ça ne nous concerne pas ! Il correspond en tout cas à l'image que j'avais de lui : un grand entraîneur, qui a tout gagné, qui partage son expérience et qui est très proche de ses joueurs. Il les défend tout le temps.

Est-ce que le style de jeu actuel de Chelsea te plaît et te convient mieux ?

Mais contrairement à ce qu'on a pu penser l'année passée, le style de jeu de Chelsea m'a toujours plu. Parce que j'ai beaucoup de liberté offensive. On est libre d'aller où on veut, de tenter ce qu'on veut, du moment que l'on se montre efficace.

Est-ce que le début de saison quasiment parfait de Chelsea te surprend ?

Non car déjà la saison dernière, il ne nous a pas manqué grand-chose pour être champion. On ne termine qu'à quatre points de City. Si on gère un peu mieux la fin de saison, on est champion ! On est donc dans la continuité de la saison passée, avec des éléments qui sont venus s'ajouter et qui font la différence.

Comme Costa et Fabregas ?

Oui, voilà. En ce moment, il n'y a pas meilleur numéro neuf que Costa ! C'est le type d'attaquant qui peut débloquer un match pourri. En plus, il a une super mentalité. Il se donne à fond pour l'équipe, même peut-être parfois trop !

Sa présence te soulage un peu ?

Comme il s'agit d'un numéro neuf dangereux, inévitablement il attire des défenseurs. Donc, inconsciemment, il y a sans doute moins d'attention sur moi. D'autant plus que l'adversaire doit également surveiller Fabregas qui, par sa qualité de passes, peut créer des décalages décisifs. J'ai donc un peu plus d'espace.

"Il ne faut pas me juger sur les statistiques"

Est-ce que ce début de saison te permet d'intégrer le top-5 des meilleurs joueurs du monde ?

(ferme) Non, les cinq meilleurs, pas encore. Je n'en suis peut-être pas très loin mais je dois encore travailler pour en faire partie. Je pense qu'on n'en fait partie que quand on est décisif dans les grands matches, ce que tout doucement je parviens à être comme on l'a vu contre Arsenal ou à Manchester City.

Qui vois-tu meilleur que toi ?

Les deux extra-terrestres (NDLR : Lionel Messi et Cristiano Ronaldo), Ibrahimovic, Ribéry, Robben. Notamment. Ce sont des joueurs qui sont décisifs tous les matches. Ce que je ne suis pas encore.

Ces joueurs ne sont jugés que sur leurs statistiques (nombre de buts, d'assists, de penalties provoqués, etc). C'est cela que tu dois améliorer pour intégrer ce top-5 ?

Non, pas spécialement. Je n'ai jamais été un joueur de stats.

Mais tu restes quand même sur une saison intéressante avec 14 buts et 7 assists en Premier League...

Au niveau statistique, intéressante, oui, mais pas exceptionnelle. Il ne faut pas me juger sur les statistiques. Moi, à la fin d'un match, je sais quand il est bon ou pas. Et parfois je n'ai pas marqué. Cette saison, j'ai peut-être réussi mon meilleur match contre Swansea (4-2) et je n'ai ni marqué, ni donné un assist ! J'étais présent du début à la fin ; j'ai provoqué, dribblé. J'étais vraiment excellent ce jour-là.

Tu n'es donc pas dans le même état d'esprit que Samuel Eto'o qui te disait qu'il fallait marquer à chaque match pour que celui-ci soit réussi ?

Non, pas du tout. Et je ne le serai jamais.

Il n'y a pas un mois sans que la rumeur PSG ne revienne sur le tapis...

J'ai toujours été clair. Je suis très bien à Chelsea. Chaque semaine, je répète la même chose : le PSG est un grand club mais c'est un championnat beaucoup moins bon que la Premier League. Je n'ai pas envie de revenir en France car j'ai déjà tout vécu là-bas : j'ai été champion de France, j'ai gagné la Coupe, j'ai été meilleur jeune, meilleur joueur. On ne peut pas qualifier cela de pas en arrière mais ce serait revenir dans un schéma que j'ai déjà connu. Or, à la base, j'ai toujours envie de découvrir de nouvelles expériences. Si un jour, je dois partir de Chelsea, ce serait pour encore découvrir d'autres choses.

Tu imagines faire une longue carrière ?

Je ne pense pas que je jouerai jusqu'à 36 ans parce que j'ai commencé tôt et que je risque de prendre beaucoup de coups. Déjà à 23 ans, j'ai mal partout, comme un vieux papy. On fera le point à 31-32 ans.

"Le Hazard de Chelsea, on ne l'a pas encore vu chez les Diables et ça m'énerve"

Es-tu arrivé sur les genoux à la Coupe du Monde ?

Non car j'avais été blessé en fin de saison, ce qui m'avait permis de prendre du repos forcé. Je ne me sentais pas tellement fatigué.

Comment juges-tu ta Coupe du Monde ?

Pas bonne, pas mauvaise. On attendait trop que je fasse la différence à tous les matches comme Lionel Messi l'a fait avec l'Argentine. Mais c'était ma première Coupe du Monde et j'ai quand même réussi à être décisif, il ne faut pas l'oublier. On a beaucoup dit que j'avais effectué une mauvaise Coupe du Monde mais si je ne suis pas là, on n'a que deux points après nos deux premiers matches. Je suis objectif : je n'ai pas fait une bonne Coupe du Monde mais pas une mauvaise non plus. Elle n'était pas catastrophique.

Mais on a toujours cette impression de ne pas avoir vu en équipe nationale le Hazard de Chelsea...

... même moi, je ne l'ai pas encore vu ! Sur quelques matches si mais pas dans la continuité. Moi, ça m'énerve. Pourquoi je fais des super matches à Chelsea et pas en sélection ? Mes matches sont honnêtes mais ce n'est pas l'Eden qui porte l'équipe. Je n'ai pas envie que les gens commencent à penser que je viens en sélection en dilettante.

Le soir de l'élimination, tu as critiqué le manque de jeu et de mouvement dans l'équipe...

J'en ai reparlé avec le coach mais mes propos traduisaient surtout une certaine déception quant à ma prestation face à l'Argentine. Parfois, après une élimination, tu dis des choses à chaud que tu regrettes par après.

Le constat n'était pas faux...

Non mais je ne dois pas dire cela en zone mixte, juste après l'élimination. Tu en parles avec le groupe et l'entraîneur dans le secret du vestiaire. J'ai fait une erreur : j'ai peut-être critiqué l'entraîneur mais je n'oublie pas que ce qu'on a fait pendant trois ans, c'est grâce à la mise en place du coach. Les matches gagnés à la Coupe du Monde l'ont été grâce aux changements gagnants du coach. Il ne faut rien voir de plus dans mes propos que la déception d'avoir raté mon match.

"Après 10 minutes, je sais si je vais faire un grand match ou pas"

Malgré tout, cela signifie quand même que tu aimerais voir plus de jeu et de mouvement en équipe nationale...

On y travaille. Un nouveau système est mis en place. Contre l'Australie, on a déjà vu beaucoup plus de mouvement. Il ne faut pas croire qu'on a les qualités pour avoir 80 % de possession de balle comme l'Espagne mais on sait que les adversaires vont nous attendre et on va devoir trouver d'autres solutions. Je sais aussi que ça arrivera encore qu'on gagne 1-0 en faisant un mauvais match.

Comprends-tu les critiques d'après-Coupe du Monde ?

Les gens attendaient beaucoup de la Belgique mais au final, ils peuvent dire ce qu'ils veulent, on a fait une belle Coupe du Monde. Nous, en interne, on est content ! On a un super groupe. On entend souvent qu'il y a des tensions dans un groupe qui vit un mois ensemble ; nous, on n'a pas vécu cela.

N'as-tu pas l'impression que la belle image que vous aviez a été quelque peu ébréchée avec votre manque d'implication lors du retour en Belgique ?

On en a reparlé ensemble depuis lors. Je pense que le groupe est conscient d'avoir fait une erreur. (Il marque une pause). On était fatigués, on avait vécu un gros mois, on avait tous envie de retrouver nos familles ; les gens peuvent peut-être comprendre cela, non ? Le Fan Day à Ostende a déjà réparé une partie de nos erreurs.

Quand te rends-tu compte que tu es dans un grand jour ?

Après dix minutes, je sais si je vais faire un grand match ou pas. Si j'ai beaucoup touché le ballon, si j'ai déjà provoqué, je sais alors que j'ai de bonnes sensations. Et ça, ce n'est pas nouveau. Depuis tout petit, les dix premières minutes sont souvent cruciales.

Est-ce facile pour un défenseur adverse de te sortir de ton match ?

Non car je suis concentré sur mon match, je ne réponds pas aux provocations. Physiquement, depuis que j'ai débuté à Lille, j'ai toujours pris beaucoup de coups et j'ai appris à vivre avec. Et puis, avec l'adrénaline du match, la douleur passe... Finalement, je suis un petit gabarit qui tient bien sur ses jambes. Les coups, je les encaisse bien. Pendant deux, trois jours, j'ai mal partout mais les kinés sont là pour me réparer.

"Je fais de mon mieux mais je ne saurai jamais défendre"

Tu as tendance à ressasser les mauvais matches ?

Non. Je sais que j'ai fait un mauvais match. Je tourne la page. On oublie. Le lendemain, il y a entraînement et je pense déjà à la prochaine rencontre.

Sens-tu, d'année en année, le regard des gens sur toi changer ?

Surtout depuis l'année dernière, oui. Après ma bonne période de la saison passée, j'ai vu que les défenseurs me craignaient un peu plus.

Longtemps, on t'a reproché ton manque d'implication défensive. As-tu l'impression que Mourinho t'a changé sur ce plan-là ?

Je ne peux pas dire qu'il m'a appris à travailler défensivement. Pour la simple et bonne raison que je ne serai jamais un défenseur. Je ne saurai jamais défendre. Mais pour l'équipe, j'essaye de bien me placer, et ça vient avec l'expérience.

As-tu l'impression d'avoir trouvé le bon équilibre entre tâches défensives et présence offensive ?

Oui car j'arrive à faire les efforts défensifs et à être bon offensivement. Par le passé, je manquais de volume de jeu et de courses. Je n'arrivais pas à répéter les efforts. Ce n'est plus le cas aujourd'hui.

Tu avais toujours rêvé d'évoluer en Angleterre. Qu'est-ce qui te plaît dans ce football ?

Des stades pleins, des terrains nickels, des ambiances particulières et surtout le meilleur championnat du monde. Même contre une D4 en Coupe, Stamford Bridge est plein. Chez les promus, c'est toujours chaud ! En Angleterre, on responsabilise beaucoup les joueurs. Tu manges ce que tu veux, tu fais ce que tu veux ; du moment que sur le terrain, tu es là, c'est bon. Pour un jeune comme moi, affronter chaque semaine des grands joueurs, c'est enrichissant. Dans les matches anglais, ça va à 2000 à l'heure, défense-attaque, attaque-défense, ça ne calcule pas. D'où certains scores comme le 6-3 face à Everton. On menait 2-0 mais on a continué à attaquer. Et Everton n'a jamais baissé les bras.

"Je n'ai jamais été du genre à flamber"

Et après un score pareil, il est comment Mourinho ?

Il n'a pas dû aimer qu'on prenne trois buts mais il était malgré tout content parce qu'on avait fait un match solide...et qu'on avait gagné. On lui colle souvent l'étiquette d'un entraîneur défensif mais il aime bien aussi voir du spectacle.

Malgré ton statut de vedette, tu restes éloigné du star-system. Tu as une vie de famille, tu ne sors jamais, tu n'es pas bling-bling...

... (Il coupe en rigolant). Si je le suis mais vous ne le savez pas ! Plus sérieusement, ça vient simplement de l'éducation que j'ai reçue. Je n'ai jamais été du genre à flamber. Je me dis que dans le football, ça peut aller super vite. Il y a tellement d'exemples de joueurs au top qui ont mal géré leur argent ! Quand tu n'as pas de femme, ni d'enfants, tu peux flamber pour te montrer mais moi, j'ai une famille. Ça me servirait à quoi ?

Est-ce que le monde du foot correspond à tes rêves d'enfant ?

Oui. J'ai toujours rêvé de pouvoir donner du bonheur aux gens et c'est ce que j'arrive à faire tous les week-ends.

Pour certains, tu es même devenu leur Dieu...

Leur Dieu, c'est un grand mot. Comme Zinédine Zidane a été mon idole, je pense que je le suis pour pas mal de petits Belges. C'est aussi pour cela que je me dis que je n'ai pas le droit de me laisser aller et de baisser les bras.

Si Chelsea domine la Premier League, il le doit à son nouvel attaquant, Diego Costa, son métronome, Cesc Fabregas, mais également à la forme éblouissante d'Eden Hazard qui, année après année, se rapproche tout doucement de ce qui se fait de mieux dans le monde du football. Rencontre avec un jeune joueur de 23 ans déjà fort mature, dont le recul sur son métier et ses prestations est étonnant et qui a évoqué pour Sport/Foot Magazine, durant plus d'une heure, sa passion pour le football.Tu nous a habitués à des bons débuts de saison et celui-ci ne déroge pas à la règle... Eden Hazard : C'est vrai qu'il est très bon. Tant collectivement qu'individuellement. C'est peut-être le meilleur de ma carrière... même si les stats (NDLR : 2 buts, 1 assist) ne le démontrent pas vraiment. Ça t'inquiète que cela ne se traduise pas en davantage de buts et assists ? Non, pas du tout, surtout quand on voit le contenu des matches. Depuis le début de saison, je n'ai fait qu'un match moyen, contre Aston Villa. Sinon, j'ai bien joué lors de toutes les rencontres. Je me suis bien reposé pendant les vacances, j'ai effectué une bonne préparation et je me sens vraiment bien pour le moment. Pourtant, José Mourinho ne manque jamais une occasion de t'allumer... (Il sourit) On s'aime bien. Ça reste le Special One (Plus sérieux). Il y a beaucoup de respect. C'est le meilleur entraîneur du monde, il n'y a rien d'autre à dire. Il me donne beaucoup de confiance. Même après un mauvais match, il m'aligne encore. Il lance une petite pique en disant - aujourd'hui, on a joué à dix mais ça s'arrête là. Dans ces moments-là, il me laisse tranquille et ne me casse pas la tête. As-tu dû t'habituer à sa façon de titiller ses joueurs dans la presse ? C'est vrai que c'était la première fois que je connaissais cela avec un entraîneur. Les autres avaient tendance à me protéger. Lui, il a vraiment envie que mon potentiel explose et il fait tout pour que cela arrive. Quand on a annoncé que Mourinho devenait l'entraîneur de Chelsea, as-tu eu peur pour ta place ? Je n'ai pas craint. Je me demandais juste si j'allais stresser quand il s'en prendrait à moi. Je me rappelle de mes premiers matches de préparation en Asie avec lui ; il m'avait tué une ou deux fois et là, je me suis dit - Ah, ok, c'est cela le style Mourinho. Quand il te fixe dans les yeux, que tu te sens visé, sur le moment, tu n'es pas bien (Il sourit). Si tu ne te donnes pas à 100 %, tu sais qu'il ne va pas te lâcher et ça risque de faire mal. Il y a déjà eu de belles engueulades dans le vestiaire mais ça reste de la cuisine interne. C'est marrant de voir ça... du moins tant que ça ne nous concerne pas ! Il correspond en tout cas à l'image que j'avais de lui : un grand entraîneur, qui a tout gagné, qui partage son expérience et qui est très proche de ses joueurs. Il les défend tout le temps. Est-ce que le style de jeu actuel de Chelsea te plaît et te convient mieux ? Mais contrairement à ce qu'on a pu penser l'année passée, le style de jeu de Chelsea m'a toujours plu. Parce que j'ai beaucoup de liberté offensive. On est libre d'aller où on veut, de tenter ce qu'on veut, du moment que l'on se montre efficace. Est-ce que le début de saison quasiment parfait de Chelsea te surprend ? Non car déjà la saison dernière, il ne nous a pas manqué grand-chose pour être champion. On ne termine qu'à quatre points de City. Si on gère un peu mieux la fin de saison, on est champion ! On est donc dans la continuité de la saison passée, avec des éléments qui sont venus s'ajouter et qui font la différence. Comme Costa et Fabregas ?Oui, voilà. En ce moment, il n'y a pas meilleur numéro neuf que Costa ! C'est le type d'attaquant qui peut débloquer un match pourri. En plus, il a une super mentalité. Il se donne à fond pour l'équipe, même peut-être parfois trop ! Sa présence te soulage un peu ? Comme il s'agit d'un numéro neuf dangereux, inévitablement il attire des défenseurs. Donc, inconsciemment, il y a sans doute moins d'attention sur moi. D'autant plus que l'adversaire doit également surveiller Fabregas qui, par sa qualité de passes, peut créer des décalages décisifs. J'ai donc un peu plus d'espace. Est-ce que ce début de saison te permet d'intégrer le top-5 des meilleurs joueurs du monde ? (ferme) Non, les cinq meilleurs, pas encore. Je n'en suis peut-être pas très loin mais je dois encore travailler pour en faire partie. Je pense qu'on n'en fait partie que quand on est décisif dans les grands matches, ce que tout doucement je parviens à être comme on l'a vu contre Arsenal ou à Manchester City. Qui vois-tu meilleur que toi ? Les deux extra-terrestres (NDLR : Lionel Messi et Cristiano Ronaldo), Ibrahimovic, Ribéry, Robben. Notamment. Ce sont des joueurs qui sont décisifs tous les matches. Ce que je ne suis pas encore. Ces joueurs ne sont jugés que sur leurs statistiques (nombre de buts, d'assists, de penalties provoqués, etc). C'est cela que tu dois améliorer pour intégrer ce top-5 ? Non, pas spécialement. Je n'ai jamais été un joueur de stats. Mais tu restes quand même sur une saison intéressante avec 14 buts et 7 assists en Premier League...Au niveau statistique, intéressante, oui, mais pas exceptionnelle. Il ne faut pas me juger sur les statistiques. Moi, à la fin d'un match, je sais quand il est bon ou pas. Et parfois je n'ai pas marqué. Cette saison, j'ai peut-être réussi mon meilleur match contre Swansea (4-2) et je n'ai ni marqué, ni donné un assist ! J'étais présent du début à la fin ; j'ai provoqué, dribblé. J'étais vraiment excellent ce jour-là. Tu n'es donc pas dans le même état d'esprit que Samuel Eto'o qui te disait qu'il fallait marquer à chaque match pour que celui-ci soit réussi ? Non, pas du tout. Et je ne le serai jamais. Il n'y a pas un mois sans que la rumeur PSG ne revienne sur le tapis... J'ai toujours été clair. Je suis très bien à Chelsea. Chaque semaine, je répète la même chose : le PSG est un grand club mais c'est un championnat beaucoup moins bon que la Premier League. Je n'ai pas envie de revenir en France car j'ai déjà tout vécu là-bas : j'ai été champion de France, j'ai gagné la Coupe, j'ai été meilleur jeune, meilleur joueur. On ne peut pas qualifier cela de pas en arrière mais ce serait revenir dans un schéma que j'ai déjà connu. Or, à la base, j'ai toujours envie de découvrir de nouvelles expériences. Si un jour, je dois partir de Chelsea, ce serait pour encore découvrir d'autres choses. Tu imagines faire une longue carrière ? Je ne pense pas que je jouerai jusqu'à 36 ans parce que j'ai commencé tôt et que je risque de prendre beaucoup de coups. Déjà à 23 ans, j'ai mal partout, comme un vieux papy. On fera le point à 31-32 ans. Es-tu arrivé sur les genoux à la Coupe du Monde ? Non car j'avais été blessé en fin de saison, ce qui m'avait permis de prendre du repos forcé. Je ne me sentais pas tellement fatigué. Comment juges-tu ta Coupe du Monde ? Pas bonne, pas mauvaise. On attendait trop que je fasse la différence à tous les matches comme Lionel Messi l'a fait avec l'Argentine. Mais c'était ma première Coupe du Monde et j'ai quand même réussi à être décisif, il ne faut pas l'oublier. On a beaucoup dit que j'avais effectué une mauvaise Coupe du Monde mais si je ne suis pas là, on n'a que deux points après nos deux premiers matches. Je suis objectif : je n'ai pas fait une bonne Coupe du Monde mais pas une mauvaise non plus. Elle n'était pas catastrophique. Mais on a toujours cette impression de ne pas avoir vu en équipe nationale le Hazard de Chelsea... ... même moi, je ne l'ai pas encore vu ! Sur quelques matches si mais pas dans la continuité. Moi, ça m'énerve. Pourquoi je fais des super matches à Chelsea et pas en sélection ? Mes matches sont honnêtes mais ce n'est pas l'Eden qui porte l'équipe. Je n'ai pas envie que les gens commencent à penser que je viens en sélection en dilettante. Le soir de l'élimination, tu as critiqué le manque de jeu et de mouvement dans l'équipe...J'en ai reparlé avec le coach mais mes propos traduisaient surtout une certaine déception quant à ma prestation face à l'Argentine. Parfois, après une élimination, tu dis des choses à chaud que tu regrettes par après. Le constat n'était pas faux... Non mais je ne dois pas dire cela en zone mixte, juste après l'élimination. Tu en parles avec le groupe et l'entraîneur dans le secret du vestiaire. J'ai fait une erreur : j'ai peut-être critiqué l'entraîneur mais je n'oublie pas que ce qu'on a fait pendant trois ans, c'est grâce à la mise en place du coach. Les matches gagnés à la Coupe du Monde l'ont été grâce aux changements gagnants du coach. Il ne faut rien voir de plus dans mes propos que la déception d'avoir raté mon match. Malgré tout, cela signifie quand même que tu aimerais voir plus de jeu et de mouvement en équipe nationale... On y travaille. Un nouveau système est mis en place. Contre l'Australie, on a déjà vu beaucoup plus de mouvement. Il ne faut pas croire qu'on a les qualités pour avoir 80 % de possession de balle comme l'Espagne mais on sait que les adversaires vont nous attendre et on va devoir trouver d'autres solutions. Je sais aussi que ça arrivera encore qu'on gagne 1-0 en faisant un mauvais match. Comprends-tu les critiques d'après-Coupe du Monde ? Les gens attendaient beaucoup de la Belgique mais au final, ils peuvent dire ce qu'ils veulent, on a fait une belle Coupe du Monde. Nous, en interne, on est content ! On a un super groupe. On entend souvent qu'il y a des tensions dans un groupe qui vit un mois ensemble ; nous, on n'a pas vécu cela. N'as-tu pas l'impression que la belle image que vous aviez a été quelque peu ébréchée avec votre manque d'implication lors du retour en Belgique ?On en a reparlé ensemble depuis lors. Je pense que le groupe est conscient d'avoir fait une erreur. (Il marque une pause). On était fatigués, on avait vécu un gros mois, on avait tous envie de retrouver nos familles ; les gens peuvent peut-être comprendre cela, non ? Le Fan Day à Ostende a déjà réparé une partie de nos erreurs. Quand te rends-tu compte que tu es dans un grand jour ? Après dix minutes, je sais si je vais faire un grand match ou pas. Si j'ai beaucoup touché le ballon, si j'ai déjà provoqué, je sais alors que j'ai de bonnes sensations. Et ça, ce n'est pas nouveau. Depuis tout petit, les dix premières minutes sont souvent cruciales. Est-ce facile pour un défenseur adverse de te sortir de ton match ? Non car je suis concentré sur mon match, je ne réponds pas aux provocations. Physiquement, depuis que j'ai débuté à Lille, j'ai toujours pris beaucoup de coups et j'ai appris à vivre avec. Et puis, avec l'adrénaline du match, la douleur passe... Finalement, je suis un petit gabarit qui tient bien sur ses jambes. Les coups, je les encaisse bien. Pendant deux, trois jours, j'ai mal partout mais les kinés sont là pour me réparer. Tu as tendance à ressasser les mauvais matches ? Non. Je sais que j'ai fait un mauvais match. Je tourne la page. On oublie. Le lendemain, il y a entraînement et je pense déjà à la prochaine rencontre. Sens-tu, d'année en année, le regard des gens sur toi changer ? Surtout depuis l'année dernière, oui. Après ma bonne période de la saison passée, j'ai vu que les défenseurs me craignaient un peu plus. Longtemps, on t'a reproché ton manque d'implication défensive. As-tu l'impression que Mourinho t'a changé sur ce plan-là ?Je ne peux pas dire qu'il m'a appris à travailler défensivement. Pour la simple et bonne raison que je ne serai jamais un défenseur. Je ne saurai jamais défendre. Mais pour l'équipe, j'essaye de bien me placer, et ça vient avec l'expérience. As-tu l'impression d'avoir trouvé le bon équilibre entre tâches défensives et présence offensive ? Oui car j'arrive à faire les efforts défensifs et à être bon offensivement. Par le passé, je manquais de volume de jeu et de courses. Je n'arrivais pas à répéter les efforts. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Tu avais toujours rêvé d'évoluer en Angleterre. Qu'est-ce qui te plaît dans ce football ?Des stades pleins, des terrains nickels, des ambiances particulières et surtout le meilleur championnat du monde. Même contre une D4 en Coupe, Stamford Bridge est plein. Chez les promus, c'est toujours chaud ! En Angleterre, on responsabilise beaucoup les joueurs. Tu manges ce que tu veux, tu fais ce que tu veux ; du moment que sur le terrain, tu es là, c'est bon. Pour un jeune comme moi, affronter chaque semaine des grands joueurs, c'est enrichissant. Dans les matches anglais, ça va à 2000 à l'heure, défense-attaque, attaque-défense, ça ne calcule pas. D'où certains scores comme le 6-3 face à Everton. On menait 2-0 mais on a continué à attaquer. Et Everton n'a jamais baissé les bras. Et après un score pareil, il est comment Mourinho ? Il n'a pas dû aimer qu'on prenne trois buts mais il était malgré tout content parce qu'on avait fait un match solide...et qu'on avait gagné. On lui colle souvent l'étiquette d'un entraîneur défensif mais il aime bien aussi voir du spectacle. Malgré ton statut de vedette, tu restes éloigné du star-system. Tu as une vie de famille, tu ne sors jamais, tu n'es pas bling-bling...... (Il coupe en rigolant). Si je le suis mais vous ne le savez pas ! Plus sérieusement, ça vient simplement de l'éducation que j'ai reçue. Je n'ai jamais été du genre à flamber. Je me dis que dans le football, ça peut aller super vite. Il y a tellement d'exemples de joueurs au top qui ont mal géré leur argent ! Quand tu n'as pas de femme, ni d'enfants, tu peux flamber pour te montrer mais moi, j'ai une famille. Ça me servirait à quoi ? Est-ce que le monde du foot correspond à tes rêves d'enfant ? Oui. J'ai toujours rêvé de pouvoir donner du bonheur aux gens et c'est ce que j'arrive à faire tous les week-ends. Pour certains, tu es même devenu leur Dieu... Leur Dieu, c'est un grand mot. Comme Zinédine Zidane a été mon idole, je pense que je le suis pour pas mal de petits Belges. C'est aussi pour cela que je me dis que je n'ai pas le droit de me laisser aller et de baisser les bras.