Jugé insuffisant en équipes d'âge de Gelsenkirchen, Ilkay Gündogan est désormais un pilier des Citizens. Le tirage au sort l'oppose à son ancien club. Malgré sa victoire 2-3 à l'aller, il se méfie de Schalke 04. "Il n'a rien à perdre alors que nous sommes obligés de nous qualifier."

Grandir dans la Ruhr a-t-il eu un impact sur ton caractère ?

ILKAY GÜNDOGAN : Oui. Je m'estime privilégié d'y avoir grandi. Mon grand-père est venu de Turquie pour y travailler. Je suis un des premiers de la famille à être né en Allemagne. Le football est très important pour la Ruhr. On y est confronté très jeune. J'ai commencé à jouer à trois ans. Le football m'a ouvert beaucoup de portes.

Schalke 04 t'a jugé insuffisant au bout d'une saison, à huit ans. Tu as pardonné ?

GÜNDOGAN : Oui, même si ça n'a pas été évident. Ma croissance m'a posé des problèmes et j'ai dû arrêter de jouer pendant six mois. C'est pour ça que Schalke m'a renvoyé. Je suis retourné à mon premier club, Hessler 06. Trois ou quatre ans plus tard, Schalke s'est remanifesté mais je lui en voulais encore. Je préférais jouer avec mes copains que fréquenter une académie.

Maurizio Sarri, l'entraîneur de Chelsea, dit que City est la meilleure équipe. Vous rivalisez avec Liverpool...

GÜNDOGAN : Nous avons été très forts contre Chelsea mais encore faut-il être régulier. Nous avons loupé quelques matches et pris du retard sur Liverpool. Depuis un mois, nous sommes meilleurs. Revenir aussi fort en peu de temps sur notre rival nous a fait un bien fou. Si nous continuons ainsi, nous pouvons viser le titre.

Pep Guardiola a souvent déploré l'inexpérience internationale de l'équipe. City est-il mûr pour la Ligue des Champions ?

GÜNDOGAN : Je ne sais pas. La maturité ne se mesure pas par des chiffres mais l'expérience s'acquiert. Par exemple, notre élimination en quarts de finale contre Liverpool, la saison passée, a été une leçon très douloureuse. Elle nous a montré à quel point la Champions League est impitoyable, dès que la phase par élimination directe débute. Nous avons disputé vingt mauvaises minutes à Liverpool, durant lesquelles nous avons encaissé trois buts, juste assez pour être éliminés.

"Une passe ratée me reste plus longtemps en tête qu'une réussie"

Depuis le succès de Chelsea en 2012, plus aucun club anglais n'a gagné la Champions League. Est-ce vraiment à cause de la lourdeur du programme ?

GÜNDOGAN : C'est un fait, on joue plus qu'en Allemagne ou en Espagne mais ce n'est pas la cause première de ces échecs. L'Espagne a souvent connu le succès ces dernières années et c'est sans doute davantage grâce à des noms comme Lionel Messi et Cristiano Ronaldo qu'à cause de notre calendrier.

Il y a deux ans et demi, lors de ton transfert à City, tu as déclaré que ton principal objectif était de hausser ton jeu et celui de l'équipe au plus haut niveau. Dans quelle mesure y es-tu parvenu ?

GÜNDOGAN : On n'a jamais le sentiment d'être au plus haut niveau. En tout cas, j'ai toujours l'impression de pouvoir faire mieux. Même quand nous avons battu Chelsea 6-0, j'ai relevé les aspects négatifs de notre football. Une passe ratée me reste plus longtemps en tête qu'une réussie. C'est positif : ça m'empêche de me relâcher.

Tu te considères comme un pilier de l'équipe ?

GÜNDOGAN : Je n'imaginais pas être titularisé aussi systématiquement, surtout dans toutes les affiches. C'est la preuve que je n'ai pas travaillé en vain mais ça ne veut pas dire que je vais continuer à tout jouer. Notre noyau est trop étoffé et compte trop de footballeurs de grand talent.

C'est pour Guardiola que tu as quitté le Borussia Dortmund à destination de City. Qu'est-ce qui le rend si spécial ?

GÜNDOGAN : J'ai toujours admiré le style de jeu de ses équipes, qu'il s'agisse de Barcelone ou du Bayern. Il développe un football dominateur et je partage sa vision. J'aime exécuter des passes simples, ce qui requiert une grande attention pour les détails, la technique. Il faut être bien placé au bon moment, contrôler le ballon du bon pied... Les spectateurs ne mesurent pas l'importance de ces détails au premier coup d'oeil mais ils sont décisifs dans mon jeu et l'entraîneur y attache beaucoup d'importance.

"Jouer à Anfield Road est terrible"

À t'entendre, on t'imagine devenir entraîneur, plus tard. Tu y penses ?

GÜNDOGAN : C'est une possibilité. J'ai eu la chance de travailler avec les meilleurs entraîneurs. En plus, le football occupe depuis toujours la première place dans ma vie et il n'en ira pas autrement à la fin de ma carrière.

Tu seras un maniaque du détail, comme Guardiola, un motivateur comme Klopp ou un modérateur comme Löw ?

GÜNDOGAN : De préférence un mélange des trois, ce qui ferait de moi l'entraîneur parfait ! On verra bien.

Guardiola veut que tu prolonges. Toi aussi ?

GÜNDOGAN : Je suis encore sous contrat un an et demi. Je suis donc à l'aise mais je peux comprendre que le club veuille savoir si je prolonge ou s'il vaut mieux me vendre cet été. Nous avons eu un premier entretien mais le club ne me place pas sous pression. Même si je ne prolonge pas, ça ne veut pas dire que je veux partir. Je suis très satisfait de ma situation sportive et de ce que je vis avec le club.

Tu as envie de découvrir un autre championnat ?

GÜNDOGAN : Il faut parfois sortir de sa zone de confort et prendre des risques mais je n'ai pas encore le sentiment que tout va trop bien à Manchester. Je suis sûr que beaucoup de footballeurs m'envient pour les expériences que je réalise avec ce club et la chance que j'ai d'avoir pareil entraîneur.

Qui va s'imposer, le Bayern ou Liverpool ?

GÜNDOGAN : J'en ai fait l'expérience l'année passée : jouer à Anfield Road est terrible. Ce stade est un volcan. Le Bayern a fait face à un fameux test, qui s'est ponctué par un bon nul. Est-ce que je préfère que Liverpool se qualifie pour qu'il ait un agenda plus chargé ? Ça ne change rien. Il est sans doute plus intéressant de jouer tous les trois ou quatre jours et d'être dans un bon flow.

"L'échec du Mondial a pesé sur mon moral"

Leroy Sané éclate. Le fait de n'avoir pas été sélectionné pour le Mondial l'a-t-il surmotivé ?

GÜNDOGAN : Il a été très déçu, d'autant que personne ne s'attendait à sa mise à l'écart, pas plus nous que lui, mais il a réussi à se vider la tête et à entamer la saison à fond. À voir sa forme, il est incontournable. À Manchester comme en équipe nationale.

Fin août, avant le premier match suivant la Coupe du monde, décevante pour l'Allemagne et toi-même, tu as déclaré : "Je ne suis pas sûr que tout redevienne comme avant." Cinq mois plus tard, tu es toujours en proie au doute ?

GÜNDOGAN : J'ai disputé les deux matches de l'équipe nationale en septembre et j'ai eu l'impression que la situation s'améliorait mais l'échec du Mondial a pesé sur mon moral. À cause de ça, rien n'était plus comme avant mais maintenant, j'ai vraiment envie d'y aller à fond et de montrer que je mérite ma place dans cette équipe. Je voudrais fournir les mêmes prestations pour l'Allemagne que pour Manchester City et retrouver une Mannschaft aussi performante qu'avant cette fatale année 2018.

Par Oliver Hartmann, Kicker