Pagar? Nooo, señor!

Frenkie de Jong reste là, sa carte bancaire en mains. Il ne doit pas payer l'addition au restaurant Buenos Aires à Barcelone. La cuenta, c'est pour le patron. De Jong regarde sa famille. Ils sont six et ils ont bien mangé après une longue journée, qui a commencé par un voyage en avion privé d'Amsterdam à Barcelone, et qui s'est terminée par une longue séance photo au fanshop du club, où Frenkie a posé dans la nouvelle tenue de Barcelone. Cette journée l'avait affamé, et le chef du Buenos Aires a activé le grill pour lui préparer les spécialités de la maison : Combinado de Tierra y Mar et Brocheta Royal de Solomillo. Frenkie a demandé s'il avait bien compris et s'il ne devait vraiment rien payer, mais le signe de la main est très clair : " Les joueurs du FC Barcelone, señor, ne paient rien. C'est un honneur de vous compter parmi nos invités. "

C'était du 50/50 entre Manchester City et le PSG. Mais ma tête était déjà à Barcelone. " - Frenkie de Jong

Bienvenue à Barcelone.

Frenkie de Jong raconte l'anecdote le lendemain, alors qu'il s'installe confortablement dans un fauteuil du lobby de l'Hotel Princesa Sofia, le sourire aux lèvres. Il vient de passer une batterie de tests médicaux et physiques. Ça continuera de la sorte, affirme-t-il : un petit trajet en bus pour aller d'un endroit à l'autre, un rendez-vous çà et là, mais partout où il va, il est accueilli avec tous les égards, tout comme sa famille. Hier soir, ils en ont encore parlé : ils se sont bourrés la panse avec tout le groupe et le propriétaire du restaurant a régalé. " Vous savez, toute cette attention que l'on me porte, je commence à m'y faire, mais pour autant, je ne m'y habitue pas. Et tout ça, avec toute ma famille. Je veux que tout le monde soit présent à mes côtés. Ma famille est importante pour moi. Elle a toujours été là, depuis le premier jour. Elle m'a soutenu à Arkel, à Willem II, à l'Ajax... Pour eux, c'est spécial aussi, bien sûr. Leur fils, leur frère, leur petit-fils part à l'étranger et signe à Barcelone... C'est même peut-être encore plus spécial pour eux que pour moi. Comme ils ont toujours été là, ils ont déjà vécu pas mal de choses, mais quand même pas un tel cirque comme celui-ci. Parfois, je vois les membres de ma famille me regarder, en se disant : hé, comment c'est possible ? "

" J'ai l'impression de tourner dans un film "

L'Hotel Princesa Sofia à Barcelone est un endroit symbolique pour discuter. Depuis des années, c'est le rendez-vous incontournable des gens du FC Barcelone. Les jours de match, Frank Rijkaard y grillait deux paquets de Barclay à l'étage supérieur, Ronaldinho arrivait toujours en retard pour les exposés tactiques, des deals y ont été conclus, toutes les vedettes y ont dormi. Une partie de l'histoire du Barça a été écrite ici, l'endroit témoigne de la grandeur du club. Cette nuit, Frenkie de Jong a à peine fermé l'oeil. Barcelona. Rien que le nom lui donne des frissons. " C'est le plus grand club du monde ", dit De Jong. " Lorsqu'on voit l'attention des médias, des supporters... C'est presque impossible à imaginer ailleurs. "

Frenkie de Jong : " Le Barça est le club dont je rêvais. ", belgaimage
Frenkie de Jong : " Le Barça est le club dont je rêvais. " © belgaimage

Il explique ce qu'il est en train de vivre. " J'ai l'impression de tourner dans un film. Un autre monde, par rapport à celui auquel j'étais habitué. Mais, je le reconnais honnêtement : c'est fantastique, et ce sera tout aussi fantastique lorsque tout cela sera terminé. J'aurai alors le temps de prendre un peu de repos aux Pays-Bas. De recharger les batteries et de me préparer pour les entraînements. Je découvre aujourd'hui la grandeur de Barcelone, je prends le pouls du club et je me rends compte de ce qu'il représente pour les gens. Je devrai trouver ma voie, mais cela ne me fait pas peur. "

Ce sont des soucis pour demain. D'abord, il a le droit de goûter à l'ambiance et de réfléchir. Frenkie raconte comment il s'est pris de passion pour le Barça et pourquoi cette passion pour le club est étroitement liée à sa passion pour le football. " Le football que ce club développe depuis des années, les joueurs qui ont défendu ses couleurs et ceux qui les défendent toujours aujourd'hui... Xavi, Iniesta, Busquets, c'est un entrejeu qui me faisait rêver. Et ne parlons pas de Lionel Messi, le meilleur joueur du monde, mon idole. Le Camp Nou, le stade. Mettez tout ça ensemble et il ne faut pas s'étonner si tellement de jeunes s'identifient à Barcelone ou au Real Madrid comme étant leur club préféré. C'était mon cas aussi, même si j'ai toujours bien aimé Arsenal également. Dans ma tête, j'avais imaginé le parcours : Ajax-Arsenal-Barcelone, soit la route suivie par MarcOvermars. Mais bon, si l'on peut directement atterrir à Barcelone, on ne s'en prive pas... C'est arrivé plus vite que je ne l'avais imaginé dans mes rêves les plus fous. "

Coup de bluff

Le fait qu'il séjourne actuellement à l'Hotel Princesa Sofia n'était pourtant pas cousu de fil blanc. De Jong a toujours rêvé de jouer pour Barcelone, mais n'avait pas l'impression que Barcelone le voulait absolument. " Finalement, je devais me décider entre Manchester City et le Paris Saint-Germain ", se souvient-t-il. " J'ai discuté avec Pep Guardiola et il m'a laissé une impression fantastique. J'ai aussi eu un bon entretien avec Thomas Tuchel, et Maxwell, le directeur technique, a tout fait pour m'avoir. Je sentais que ces clubs me voulaient vraiment, et dans ma tête, c'était du 50/50. Mais je gardais toujours le Barça dans un coin de ma tête. Ils devaient cependant me faire comprendre qu'ils me voulaient et je n'avais pas ce sentiment-là. Pendant un temps, je me suis dit que ce n'était pas encore le moment d'aller à Barcelone. "

Ce qui a suivi, c'est un petit jeu entre le joueur et son agent, une ultime tentative d'obtenir un rendez-vous avec Barcelone en tentant un coup de poker. " Ali ( l'agent de De Jong, ndlr) a téléphoné au Barça pour leur dire que je renonçais. En raccrochant, il m'a dit : Attends un peu et ne décroche pas si tu vois apparaître un numéro espagnol sur l'écran de ton téléphone. Le mercredi, Ali m'a rappelé. Pep Segura ( à l'époque encore directeur sportif, ndlr) avait téléphoné. Il voulait venir le plus rapidement possible aux Pays-Bas, avec le président Josep Bartomeu en personne et de préférence directement. J'étais heureux. Ali a téléphoné à Barcelone et a simplement dit : OK, j'ai discuté avec Frenkie et nous pouvons nous libérer, mais pas plus de 45 minutes. Je pense qu'Ali a bien vu mon regard. Cette conversation m'avait rendu très confiant... Barcelone donnait l'impression de me vouloir vraiment, ils ont expliqué comment ils me voyaient comme joueur, quel avenir ils envisageaient pour moi. Lorsque le club dont on rêve vous propose un projet égal à celui d'autres clubs, on n'hésite pas longtemps. "

Avec sa petite amie Mikky., belgaimage
Avec sa petite amie Mikky. © belgaimage

Un rêve devenu réalité

Il se lève, l'heure de l'apothéose a sonné : la présentation au stade et la conférence de presse officielle. Combien de personnes seront-elles présentes, tout à l'heure ? Autour de lui, c'est le chaos. Les officiels, les membres de la famille, les supporters, les médias : tout le monde attend quelque chose de lui, mais De Jong reste tel qu'il a toujours été, Mr. Cool. Il a déjà réfléchi à la manière dont il va se présenter. Il restera simplement lui-même. Pas de folie. " Faire quelques signes de la main, le ballon en mains. J'ai vu trop de petits films de joueurs qui ont raté leur présentation et je ne veux pas que ça m'arrive, surtout pas dans un tel stade. "

Lorsque je me trouvais dans ce tunnel, avec le maillot de Barcelone, et que j'entendais déjà les gens scander mon nom... C'était le plus beau moment de ma vie. " - Frenkie de Jong

Le Camp Nou... Vite, encore une anecdote pour expliquer comment le stade de Barcelone le hante depuis des années. " J'avais six ans et j'étais en vacances dans les environs. On a visité le stade. Je m'en souviens encore, c'est dire l'effet que le Camp Nou a produit sur moi. Plus tard, lors des vacances de Nouvel An 2015, j'étais ici avec ma petite amie Mikky. J'ai assisté au match entre Barcelone et le Betis. Le Barça a gagné 4-0, je m'en souviens comme si c'était hier. On avait de très bonnes places, près du terrain. Encore une fois, j'ai eu la chair de poule. C'est fou que, des années plus tard, j'y reviens comme joueur de Barcelone. "

Fou, ce l'est certainement, et émouvant également. Pour la première fois en deux jours, Frenkie de Jong n'en croit pas ses yeux, lorsqu'il pénètre dans le stade vêtu du maillot de Barcelone, et qu'il regarde vers le haut, vers les tribunes où près de 20.000 supporters ont pris place en agitant des drapeaux du Barça. Benvingut De Jong, bienvenue en catalan. Le club a organisé un véritable show, avec un DJ qui chauffe le public, et sur la pelouse un animateur qui en rajoute une couche en hurlant dans le micro. Depuis les loges, résonne le Cant del Barça, le célèbre hymne du club, et chaque touche de balle de Frenkie est saluée par des applaudissements. Il envoie quelques ballons dédicacés dans les tribunes, prend la pose aux côtés de handicapés et s'adresse à la foule avec quelques mots d'espagnol. À l'issue de la présentation, il a des tremolos dans la voix. " Lorsque je me trouvais dans le tunnel, avec le maillot de Barcelone, et que j'entendais déjà les gens scander mon nom... Pour la première fois, j'ai senti que le rêve devenait réalité. C'était vraiment le plus beau moment de ma vie. "

Frenkie de Jong : " Je ne veux me comparer à personne. Je suis Frenkie de Jong. ", belgaimage
Frenkie de Jong : " Je ne veux me comparer à personne. Je suis Frenkie de Jong. " © belgaimage

La sonrisa permanente

Il n'a cependant pas beaucoup de temps pour savourer, car les officiels du club l'emmènent à l' Auditori 1899 pour la conférence de presse officielle. Il a enfilé un costume pour l'occasion. " Je l'ai rapidement acheté aux Pays-Bas avant de partir, avant-hier ", rigole-t-il. Car, même s'il aurait préféré s'habiller dans ses vêtements Nike habituels, Barcelone lui a fait comprendre que le premier contact avec les médias espagnols devait être parfait. Les premiers rangs sont réservés au Conseil d'administration du club, et une place est également réservée pour sa petite amie Mikky. Le directeur technique Eric Abidal lance les débats et le président Bartomeu explique à quel point il est fier que Frenkie ait opté pour Barcelone. Sur l'écran vidéo, les images de De Jong en Ligue des Champions défilent, avec en sous-titre : Un nou talent per al Barça. Tout le démontre : Barcelone considère De Jong comme un grand joueur. Puis, c'est à lui de s'exprimer sur le podium, et il répond habilement à toutes les questions auxquelles il pouvait s'attendre.

Pourquoi le Barca ?

FRENKIE DE JONG : C'est le club dont je rêvais, le choix n'a pas été difficile.

Quelle position souhaitez-vous occuper sur le terrain ?

DE JONG : Peu importe, je suis à l'aise à toutes les positions, pour autant que je joue.

À quel joueur pouvez-vous vous comparer ?

DE JONG : Je ne veux me comparer à personne, je suis simplement Frenkie de Jong.

Qu'avez-vous ressenti, lorsque vous avez éliminé le Real Madrid avec l'Ajax ?

DE JONG : C'était fantastique, et encore plus lorsque j'ai reçu les félicitations du président de Barcelone juste après le match.

Les journalistes sont contents et écrivent rapidement leur article. La sonrisa permanente leur a laissé bonne impression. Après un jour et demi, c'est déjà devenu son nouveau surnom : le sourire permanent, car même à neuf heures du soir, après avoir à peine dormi depuis 27 heures, on voit toujours la banane sur son visage. " Tous les petits garçons ont des rêves et c'était le mien. Lorsqu'on le réalise et qu'on voit à quel point le club est heureux de votre présence, on est fier. "

réflexion

Maintenant que tout cela est derrière lui, il se sent pleinement un joueur de Barcelone. Il est impatient que les choses sérieuses commencent. " Je pourrais comparer ça à un premier jour d'école ", dit De Jong. " On a des crampes d'estomac. Tout le monde parle de pression, mais c'est quoi la pression ? Je n'ai pas l'impression de devoir absolument réaliser un objectif. Je ne dois pas inscrire 15 buts, par exemple. Tout ce que je dois faire, c'est faire de mon mieux. Et je sais qu'alors, tout se passera bien. "

Il réfléchit. " Après Barcelone, il n'y a pas d'étape suivante pour un footballeur. Je devrai donc me fixer d'autres objectifs, plus individuels. Commençons par conquérir une place de titulaire. Ensuite, essayons de bien jouer, d'avoir de l'influence sur le jeu. Enfin, essayons de gagner des trophées avec le club. Je sais déjà l'émotion que ça procure. Quand j'aurai réalisé tout ça, on verra bien ce qui suivra. "

Malgré tout, ces deux jours à Barcelone, il n'est pas près de les oublier. Ils représentent à la fois une consécration et un nouveau commencement. " Lorsque j'ai débarqué ici un beau jeudi et que j'ai enfilé le maillot de Barcelone, beaucoup de choses me sont passées par la tête. Il n'y a pas si longtemps, je jouais encore avec les jeunes de Willem II. J'ai l'impression que c'était hier, mais j'ai vécu tellement de choses depuis lors. Pas que je sois tellement émotif, mais à ce moment-là, j'ai quand même pensé à ma famille et j'étais heureux qu'elle soit présente. Je n'oublierai jamais ce que j'ai vécu ici, mais eux non plus. Ce moment, je le dédie à tous les miens. "

" Nous sommes les héritiers de Cruijff "

Bien sûr, on a parlé de Johan Cruijff pendant la présentation de Frenkie de Jong à Barcelone. Quoi que fasse le club, on y associe le Maestro, et à plus forte raison lorsqu'un joueur néerlandais bourré de talent signe un contrat. De Jong n'a donc pas échappé à la comparaison. " Cruijff est le plus grand, il a changé le football, donc la comparaison n'a pas de raison. Mais si les gens ont envie de comparer, rien ne les en empêche. "

Pourtant, pour le président Josep Bartomeu, engager un joueur néerlandais reste spécial. De Jong est le 23e dans l'histoire du club et le 6e qui provient directement de l'Ajax. " Nous, à Barcelone, nous sommes les héritiers du football total de l'Ajax et de Johan Cruijff ", dit Bartomeu. " C'est bien qu'un nouveau joueur de l'Ajax nous rejoigne. Je crois qu'à l'Ajax, on est également heureux que Frenkie joue désormais chez nous. Le lien avec les Pays-Bas, et surtout avec l'Ajax, est très fort. Au fil des ans, de nombreux joueurs et entraîneurs néerlandais ont imprimé leur griffe sur Barcelone, et nous sommes convaincus que Frenkie sera le suivant. "

Pagar? Nooo, señor! Frenkie de Jong reste là, sa carte bancaire en mains. Il ne doit pas payer l'addition au restaurant Buenos Aires à Barcelone. La cuenta, c'est pour le patron. De Jong regarde sa famille. Ils sont six et ils ont bien mangé après une longue journée, qui a commencé par un voyage en avion privé d'Amsterdam à Barcelone, et qui s'est terminée par une longue séance photo au fanshop du club, où Frenkie a posé dans la nouvelle tenue de Barcelone. Cette journée l'avait affamé, et le chef du Buenos Aires a activé le grill pour lui préparer les spécialités de la maison : Combinado de Tierra y Mar et Brocheta Royal de Solomillo. Frenkie a demandé s'il avait bien compris et s'il ne devait vraiment rien payer, mais le signe de la main est très clair : " Les joueurs du FC Barcelone, señor, ne paient rien. C'est un honneur de vous compter parmi nos invités. " Bienvenue à Barcelone. Frenkie de Jong raconte l'anecdote le lendemain, alors qu'il s'installe confortablement dans un fauteuil du lobby de l'Hotel Princesa Sofia, le sourire aux lèvres. Il vient de passer une batterie de tests médicaux et physiques. Ça continuera de la sorte, affirme-t-il : un petit trajet en bus pour aller d'un endroit à l'autre, un rendez-vous çà et là, mais partout où il va, il est accueilli avec tous les égards, tout comme sa famille. Hier soir, ils en ont encore parlé : ils se sont bourrés la panse avec tout le groupe et le propriétaire du restaurant a régalé. " Vous savez, toute cette attention que l'on me porte, je commence à m'y faire, mais pour autant, je ne m'y habitue pas. Et tout ça, avec toute ma famille. Je veux que tout le monde soit présent à mes côtés. Ma famille est importante pour moi. Elle a toujours été là, depuis le premier jour. Elle m'a soutenu à Arkel, à Willem II, à l'Ajax... Pour eux, c'est spécial aussi, bien sûr. Leur fils, leur frère, leur petit-fils part à l'étranger et signe à Barcelone... C'est même peut-être encore plus spécial pour eux que pour moi. Comme ils ont toujours été là, ils ont déjà vécu pas mal de choses, mais quand même pas un tel cirque comme celui-ci. Parfois, je vois les membres de ma famille me regarder, en se disant : hé, comment c'est possible ? " L'Hotel Princesa Sofia à Barcelone est un endroit symbolique pour discuter. Depuis des années, c'est le rendez-vous incontournable des gens du FC Barcelone. Les jours de match, Frank Rijkaard y grillait deux paquets de Barclay à l'étage supérieur, Ronaldinho arrivait toujours en retard pour les exposés tactiques, des deals y ont été conclus, toutes les vedettes y ont dormi. Une partie de l'histoire du Barça a été écrite ici, l'endroit témoigne de la grandeur du club. Cette nuit, Frenkie de Jong a à peine fermé l'oeil. Barcelona. Rien que le nom lui donne des frissons. " C'est le plus grand club du monde ", dit De Jong. " Lorsqu'on voit l'attention des médias, des supporters... C'est presque impossible à imaginer ailleurs. " Il explique ce qu'il est en train de vivre. " J'ai l'impression de tourner dans un film. Un autre monde, par rapport à celui auquel j'étais habitué. Mais, je le reconnais honnêtement : c'est fantastique, et ce sera tout aussi fantastique lorsque tout cela sera terminé. J'aurai alors le temps de prendre un peu de repos aux Pays-Bas. De recharger les batteries et de me préparer pour les entraînements. Je découvre aujourd'hui la grandeur de Barcelone, je prends le pouls du club et je me rends compte de ce qu'il représente pour les gens. Je devrai trouver ma voie, mais cela ne me fait pas peur. " Ce sont des soucis pour demain. D'abord, il a le droit de goûter à l'ambiance et de réfléchir. Frenkie raconte comment il s'est pris de passion pour le Barça et pourquoi cette passion pour le club est étroitement liée à sa passion pour le football. " Le football que ce club développe depuis des années, les joueurs qui ont défendu ses couleurs et ceux qui les défendent toujours aujourd'hui... Xavi, Iniesta, Busquets, c'est un entrejeu qui me faisait rêver. Et ne parlons pas de Lionel Messi, le meilleur joueur du monde, mon idole. Le Camp Nou, le stade. Mettez tout ça ensemble et il ne faut pas s'étonner si tellement de jeunes s'identifient à Barcelone ou au Real Madrid comme étant leur club préféré. C'était mon cas aussi, même si j'ai toujours bien aimé Arsenal également. Dans ma tête, j'avais imaginé le parcours : Ajax-Arsenal-Barcelone, soit la route suivie par MarcOvermars. Mais bon, si l'on peut directement atterrir à Barcelone, on ne s'en prive pas... C'est arrivé plus vite que je ne l'avais imaginé dans mes rêves les plus fous. " Le fait qu'il séjourne actuellement à l'Hotel Princesa Sofia n'était pourtant pas cousu de fil blanc. De Jong a toujours rêvé de jouer pour Barcelone, mais n'avait pas l'impression que Barcelone le voulait absolument. " Finalement, je devais me décider entre Manchester City et le Paris Saint-Germain ", se souvient-t-il. " J'ai discuté avec Pep Guardiola et il m'a laissé une impression fantastique. J'ai aussi eu un bon entretien avec Thomas Tuchel, et Maxwell, le directeur technique, a tout fait pour m'avoir. Je sentais que ces clubs me voulaient vraiment, et dans ma tête, c'était du 50/50. Mais je gardais toujours le Barça dans un coin de ma tête. Ils devaient cependant me faire comprendre qu'ils me voulaient et je n'avais pas ce sentiment-là. Pendant un temps, je me suis dit que ce n'était pas encore le moment d'aller à Barcelone. " Ce qui a suivi, c'est un petit jeu entre le joueur et son agent, une ultime tentative d'obtenir un rendez-vous avec Barcelone en tentant un coup de poker. " Ali ( l'agent de De Jong, ndlr) a téléphoné au Barça pour leur dire que je renonçais. En raccrochant, il m'a dit : Attends un peu et ne décroche pas si tu vois apparaître un numéro espagnol sur l'écran de ton téléphone. Le mercredi, Ali m'a rappelé. Pep Segura ( à l'époque encore directeur sportif, ndlr) avait téléphoné. Il voulait venir le plus rapidement possible aux Pays-Bas, avec le président Josep Bartomeu en personne et de préférence directement. J'étais heureux. Ali a téléphoné à Barcelone et a simplement dit : OK, j'ai discuté avec Frenkie et nous pouvons nous libérer, mais pas plus de 45 minutes. Je pense qu'Ali a bien vu mon regard. Cette conversation m'avait rendu très confiant... Barcelone donnait l'impression de me vouloir vraiment, ils ont expliqué comment ils me voyaient comme joueur, quel avenir ils envisageaient pour moi. Lorsque le club dont on rêve vous propose un projet égal à celui d'autres clubs, on n'hésite pas longtemps. " Il se lève, l'heure de l'apothéose a sonné : la présentation au stade et la conférence de presse officielle. Combien de personnes seront-elles présentes, tout à l'heure ? Autour de lui, c'est le chaos. Les officiels, les membres de la famille, les supporters, les médias : tout le monde attend quelque chose de lui, mais De Jong reste tel qu'il a toujours été, Mr. Cool. Il a déjà réfléchi à la manière dont il va se présenter. Il restera simplement lui-même. Pas de folie. " Faire quelques signes de la main, le ballon en mains. J'ai vu trop de petits films de joueurs qui ont raté leur présentation et je ne veux pas que ça m'arrive, surtout pas dans un tel stade. " Le Camp Nou... Vite, encore une anecdote pour expliquer comment le stade de Barcelone le hante depuis des années. " J'avais six ans et j'étais en vacances dans les environs. On a visité le stade. Je m'en souviens encore, c'est dire l'effet que le Camp Nou a produit sur moi. Plus tard, lors des vacances de Nouvel An 2015, j'étais ici avec ma petite amie Mikky. J'ai assisté au match entre Barcelone et le Betis. Le Barça a gagné 4-0, je m'en souviens comme si c'était hier. On avait de très bonnes places, près du terrain. Encore une fois, j'ai eu la chair de poule. C'est fou que, des années plus tard, j'y reviens comme joueur de Barcelone. " Fou, ce l'est certainement, et émouvant également. Pour la première fois en deux jours, Frenkie de Jong n'en croit pas ses yeux, lorsqu'il pénètre dans le stade vêtu du maillot de Barcelone, et qu'il regarde vers le haut, vers les tribunes où près de 20.000 supporters ont pris place en agitant des drapeaux du Barça. Benvingut De Jong, bienvenue en catalan. Le club a organisé un véritable show, avec un DJ qui chauffe le public, et sur la pelouse un animateur qui en rajoute une couche en hurlant dans le micro. Depuis les loges, résonne le Cant del Barça, le célèbre hymne du club, et chaque touche de balle de Frenkie est saluée par des applaudissements. Il envoie quelques ballons dédicacés dans les tribunes, prend la pose aux côtés de handicapés et s'adresse à la foule avec quelques mots d'espagnol. À l'issue de la présentation, il a des tremolos dans la voix. " Lorsque je me trouvais dans le tunnel, avec le maillot de Barcelone, et que j'entendais déjà les gens scander mon nom... Pour la première fois, j'ai senti que le rêve devenait réalité. C'était vraiment le plus beau moment de ma vie. " Il n'a cependant pas beaucoup de temps pour savourer, car les officiels du club l'emmènent à l' Auditori 1899 pour la conférence de presse officielle. Il a enfilé un costume pour l'occasion. " Je l'ai rapidement acheté aux Pays-Bas avant de partir, avant-hier ", rigole-t-il. Car, même s'il aurait préféré s'habiller dans ses vêtements Nike habituels, Barcelone lui a fait comprendre que le premier contact avec les médias espagnols devait être parfait. Les premiers rangs sont réservés au Conseil d'administration du club, et une place est également réservée pour sa petite amie Mikky. Le directeur technique Eric Abidal lance les débats et le président Bartomeu explique à quel point il est fier que Frenkie ait opté pour Barcelone. Sur l'écran vidéo, les images de De Jong en Ligue des Champions défilent, avec en sous-titre : Un nou talent per al Barça. Tout le démontre : Barcelone considère De Jong comme un grand joueur. Puis, c'est à lui de s'exprimer sur le podium, et il répond habilement à toutes les questions auxquelles il pouvait s'attendre. Pourquoi le Barca ? FRENKIE DE JONG : C'est le club dont je rêvais, le choix n'a pas été difficile. Quelle position souhaitez-vous occuper sur le terrain ? DE JONG : Peu importe, je suis à l'aise à toutes les positions, pour autant que je joue. À quel joueur pouvez-vous vous comparer ? DE JONG : Je ne veux me comparer à personne, je suis simplement Frenkie de Jong. Qu'avez-vous ressenti, lorsque vous avez éliminé le Real Madrid avec l'Ajax ? DE JONG : C'était fantastique, et encore plus lorsque j'ai reçu les félicitations du président de Barcelone juste après le match. Les journalistes sont contents et écrivent rapidement leur article. La sonrisa permanente leur a laissé bonne impression. Après un jour et demi, c'est déjà devenu son nouveau surnom : le sourire permanent, car même à neuf heures du soir, après avoir à peine dormi depuis 27 heures, on voit toujours la banane sur son visage. " Tous les petits garçons ont des rêves et c'était le mien. Lorsqu'on le réalise et qu'on voit à quel point le club est heureux de votre présence, on est fier. " Maintenant que tout cela est derrière lui, il se sent pleinement un joueur de Barcelone. Il est impatient que les choses sérieuses commencent. " Je pourrais comparer ça à un premier jour d'école ", dit De Jong. " On a des crampes d'estomac. Tout le monde parle de pression, mais c'est quoi la pression ? Je n'ai pas l'impression de devoir absolument réaliser un objectif. Je ne dois pas inscrire 15 buts, par exemple. Tout ce que je dois faire, c'est faire de mon mieux. Et je sais qu'alors, tout se passera bien. " Il réfléchit. " Après Barcelone, il n'y a pas d'étape suivante pour un footballeur. Je devrai donc me fixer d'autres objectifs, plus individuels. Commençons par conquérir une place de titulaire. Ensuite, essayons de bien jouer, d'avoir de l'influence sur le jeu. Enfin, essayons de gagner des trophées avec le club. Je sais déjà l'émotion que ça procure. Quand j'aurai réalisé tout ça, on verra bien ce qui suivra. " Malgré tout, ces deux jours à Barcelone, il n'est pas près de les oublier. Ils représentent à la fois une consécration et un nouveau commencement. " Lorsque j'ai débarqué ici un beau jeudi et que j'ai enfilé le maillot de Barcelone, beaucoup de choses me sont passées par la tête. Il n'y a pas si longtemps, je jouais encore avec les jeunes de Willem II. J'ai l'impression que c'était hier, mais j'ai vécu tellement de choses depuis lors. Pas que je sois tellement émotif, mais à ce moment-là, j'ai quand même pensé à ma famille et j'étais heureux qu'elle soit présente. Je n'oublierai jamais ce que j'ai vécu ici, mais eux non plus. Ce moment, je le dédie à tous les miens. "