Sepp Blatter, 83 ans, président de la Fifa entre 1998 et 2015, est toujours sous le coup d'une procédure pour gestion déloyale devant la justice suisse, notamment pour un versement controversé de 2 millions de francs suisses à Michel Platini.

Votre successeur Gianni Infantino a renoncé à disputer le Mondial-2022 au Qatar avec 48 équipes. L'idée était-elle bonne à l'origine ?

"La Fifa a essayé de jouer un rôle qui n'est pas la sien. Dans la géopolitique, la Fifa peut de temps en temps être un acteur, mais devenir directeur de show, ce qu'il a essayé de faire avec le Mondial à 48 (au lieu de 32 équipes, ndlr) et l'élargissement du Mondial des clubs, ça n'a rien à faire avec les principes de base de la Fifa. (...) Il ne fallait pas mettre les pieds là-dedans et dire on va jouer à cause des amis de l'Arabie saoudite qui sont de bons garants pour des milliards de dollars pour un développement nouveau, pas de la Fifa, mais du football. On n'a pas besoin de ça".

Comment jugez-vous le bilan de Gianni Infantino ? Depuis son élection en 2016, a-t-il rétabli la crédibilité de la Fifa ?

"Sur la proposition de 48 équipes pour le Mondial-2022 au Qatar, où était la transparence dès le début ? Sur cette fameuse offre de 20 milliards d'euros (ndlr: venant d'un fonds non identifié, pour la Coupe du monde des clubs) (...) il n'y a pas de transparence, et c'est pourtant ce qu'il prêchait. Gianni, que j'ai connu comme secrétaire général de l'UEFA, était l'un de ceux qui ont freiné la mise en oeuvre du paquet de réformes arrêté au congrès de 2011. On avait alors décidé aussi de contrôler l'intégrité des membres. Qui était le premier à prendre la parole ? Infantino, qui a dit Nous sommes pour le contrôle de l'intégrité mais pas chez nous, nous n'accepterons jamais qu'un comité de la Fifa contrôle l'intégrité des membres venus de chez nous".

La Fifa pousse pour une Coupe du monde des clubs à 24 équipes, dès 2021. Est-ce crédible face à l'opposition de l'UEFA ?

"Je dois admettre, mea culpa, que les compétitions de clubs ne sont pas du ressort de la Fifa, ce sont les fédérations nationales et les confédérations qui les organisent. Et la première compétition de clubs, en l'an 2000 au Brésil (avec 8 équipes, nldr), c'était un coup d'essai et on a vu que ça ne marchait pas. Ensuite on a rétréci le format. Ce n'est pas dans le cahier des charges de la Fifa. Ce projet (d'Infantino, ndlr) est une amplification d'un calendrier international déjà très chargé."

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nfantino est visé par des accusations sur ses relations avec deux procureurs suisses, lui permettant d'obtenir des informations privilégiées sur certaines affaires. Les autorités judiciaires suisses ont-elles été assez fermes selon vous ?

"Sur les relations entre Infantino et le procureur du Valais (Rinaldo Arnold), un de ses amis (le dossier a été classé par la justice, ndlr), la Commission d'éthique de la Fifa aurait dû ouvrir une enquête. Les relations sont allées si loin que Infantino voulait l'embaucher comme chef du service juridique de la Fifa (...) Ce qui s'est passé entre Infantino et le procureur du Valais, c'est une situation tellement évidente (...) C'était bien pour obtenir quelque chose politiquement, c'est donc une question avec un gros point d'interrogation. Concernant le procureur général Lauber (sous le coup d'une enquête disciplinaire, ndlr), il y a eu une réunion (avec Infantino, ndlr) où même le procureur général dit cette 3e réunion a eu lieu mais je ne m'en souviens plus. Et ce qui est curieux, c'est que les autres qui ont participé à la réunion ne s'en souviennent pas non plus. En gros, c'est amnésie générale en Suisse, c'est quand même curieux..."