La dernière fois que des supporters sont présents à Old Trafford, on est le 8 mars 2020. Ce jour-là, 73.288 spectateurs assistent à la victoire de Manchester United sur le voisin de City, grâce à des buts d' Anthony Martial et de Scott McTominay. Un an et demi plus tard, le 2 mai 2021, les fans mancuniens ont repris possession du stade situé à l'ouest de la ville. Pour crier leur colère. Les joueurs, eux, sont retenus au Lowry Hotel, où ils se sont mis au vert pour préparer un match très important contre Liverpool. Là aussi, quelques centaines de supporters sont rassemblés. Pour adresser des reproches aux propriétaires de leur club préféré. Les Glazer sont au pouvoir depuis 2005, mais ces dernières semaines, les Ricains ont les oreilles qui sifflent. Ces protestations populaires portent les couleurs vert et or, celles de Newton Heat, le club fondé en 1878, devenu par la suite Manchester United en 1902. Elles symbolisent le retour aux sources que souhaitent les fans. A leurs yeux, la tour d'ivoire dans laquelle se réfugie la famille Glazer doit être abattue.
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La dernière fois que des supporters sont présents à Old Trafford, on est le 8 mars 2020. Ce jour-là, 73.288 spectateurs assistent à la victoire de Manchester United sur le voisin de City, grâce à des buts d' Anthony Martial et de Scott McTominay. Un an et demi plus tard, le 2 mai 2021, les fans mancuniens ont repris possession du stade situé à l'ouest de la ville. Pour crier leur colère. Les joueurs, eux, sont retenus au Lowry Hotel, où ils se sont mis au vert pour préparer un match très important contre Liverpool. Là aussi, quelques centaines de supporters sont rassemblés. Pour adresser des reproches aux propriétaires de leur club préféré. Les Glazer sont au pouvoir depuis 2005, mais ces dernières semaines, les Ricains ont les oreilles qui sifflent. Ces protestations populaires portent les couleurs vert et or, celles de Newton Heat, le club fondé en 1878, devenu par la suite Manchester United en 1902. Elles symbolisent le retour aux sources que souhaitent les fans. A leurs yeux, la tour d'ivoire dans laquelle se réfugie la famille Glazer doit être abattue. Malgré toutes les critiques, le clan Glazer peut se targuer d'avoir réussi un beau parcours. Elle le doit surtout au père, Malcolm Glazer, né à New York de parents lituaniens. Il est le cinquième d'une famille de sept enfants. Malcolm perd son père lorsqu'il était adolescent, et aide financièrement sa famille en vendant des montres en porte-à-porte. De fil en aiguille, Glazer monte une société de réparation de montres qui cartonne, et se lance en parallèle dans l'immobilier, le secteur bancaire, les soins de santé et les chaînes de télévision. Le regard de l'homme d'affaires se tourne ensuite vers le monde du sport: en 1995, il offre l'équipe de football américain des Tampa Bay Buccaneers à trois de ses fils: Joel, Bryan et Edward Glazer. Ce sont également eux qui demandent à leur père d'acheter des actions de Manchester United. À la fin de l'année 2003, il en possède déjà près de 30%. Un des protagonistes de la reprise complète en 2005 n'est autre qu'un... cheval. Flash-back. Sir Alex Ferguson, le coach légendaire de United, est un grand amateur de chevaux et est souvent présent sur les champs de course. Il y rencontre souvent John Magnier et J.P. McManus, qui disposent d'actions dans le club. Un jour, la discussion se porte sur le cheval The Rock of Gibraltar, qui participe aux courses sous les couleurs de ManU. L'Écossais prétend que l'animal lui appartient en partie, mais Magnier et McManus ne sont pas d'accord. L'affaire est même portée devant les tribunaux et elle aura des conséquences pour le club. Via leur société Cubic Expression, Magnier et McManus disposent de 30% du club. Malcolm Glazer, qui suit le conflit à distance depuis un certain temps, fait une offre en mars 2005: il propose d'acheter les actions de Cubic Expression. Magnier et McManus acceptent. Et un mois plus tard, le club est entièrement aux mains de Glazer. Selon certains, on n'en serait jamais arrivé là si Ferguson ne s'était pas montré aussi têtu à propos du cheval. Mais la reprise ne se déroule pas comme prévu. Malcolm Glazer n'a pas payé de sa propre poche, mais a emprunté pour faire fructifier l'achat. Ces prêts doivent être remboursés à raison de 69 millions d'euros par an. Le problème, c'est que n'est pas Glazer lui-même, mais le club de Manchester United qui doit rembourser. Ce n'est donc pas un propriétaire qui achète un club, mais un club qui achète un propriétaire. À partir de 2005, Manchester United se retrouve endetté. Des hommes d'affaires américains qui investissent dans le football anglais, c'est relativement nouveau à l'époque. Et cela suscite certaines craintes auprès des fans. Rapidement, certains fondent le FC United of Manchester, une nouvelle équipe qui, selon les supporters, représente le vrai Manchester, et évolue au septième niveau du football anglais. Lors de la première visite des Glazer à Old Trafford, des centaines de supporters en colère les attendent. Au point que la famille doit être escortée par la police. Dans un premier temps, le club parvient à éteindre le brasier en remportant des succès sportifs. Depuis la reprise, Manchester United a été cinq fois champion et a disputé trois finales de Ligue des Champions, dont une gagnée. Mais lorsque les résultats deviennent moins bons, la colère gronde à nouveau. Les Glazer, qui n'ont plus assisté au moindre match de ManU depuis deux ans, ne se préoccupent guère de l'image du club et considèrent surtout celui-ci comme une manière de faire de l'argent. Lorsque Malcolm Glazer décède en 2014 et que ses fils reprennent United, ceux-ci revendent des actions et récupèrent 200 millions de dollars. Mais ils en veulent plus. En 2015, les Glazer font savoir que des dividendes seront redistribués chaque année aux actionnaires du club. De cette manière, de nombreuses personnes récoltent un peu de sous, mais la part du lion - quinze millions de dollars annuels - file encore dans la poche des Glazer eux-mêmes. En 2018, un calcul indique que la reprise du club a déjà coûté 1,3 milliard de dollars. Ce n'est pourtant que récemment que Joel Glazer commet l'irréparable, en devenant co-président de la Super League, et en se montrant l'un des principaux promoteurs de cette compétition fermée. Pour les supporters de Manchester United, c'en est trop. Après l'action de protestation menée avant le match contre Liverpool, le Manchester United Supporters' Trust (MUST) écrit une lettre ouverte à Joel Glazer. Ce groupement de supporters souhaite que la structure de propriété soit mieux équilibrée, "en faveur des supporters". Il exige aussi que des directeurs indépendants siègent au conseil d'administration et que ceux-ci agissent exclusivement dans l'intérêt du club. Le MUST veut également qu'un plan d'action soit établi avec les Glazer afin que les décisions soient prises de façon démocratique. Enfin, il réclame que les abonnés aient leur mot à dire sur les compétitions auxquelles le club participera, afin d'éviter à l'avenir des fiascos comme celui de la Super League. Joel Glazer répond en s'excusant pour le projet de Super League et promet d'être davantage à l'écoute des fans. Le MUST réplique en affirmant qu'il veut désormais des actes, et ne se contentera plus de paroles. Ambiance diabolique, donc...Par Robben Scheire