Depuis une dizaine d'années, ce petit pays du Caucase de 10 millions d'habitants, au sol gorgé de pétrole, profite de cette manne pour se faire un nom sur la planète sport. Une nouvelle étape va être franchie avec l'accueil de la finale de la Ligue Europa, mercredi (19H00 GMT), entre Arsenal et Chelsea.

"Chacun de ces évènements renforce la place de l'Azerbaïdjan sur la carte du monde et crée les conditions pour faire augmenter le tourisme", reconnaît sans ambages à l'AFP le ministre des Sports du pays, Azad Rahimov, qui vante les "83 millions de téléspectateurs" ayant regardé le GP de Bakou de Formule 1 en 2018.

Un moyen aussi pour le pays, gouverné depuis la chute de l'URSS par la famille Aliev (Heydar puis son fils Ilham depuis 2003), de faire oublier les violations des droits de l'Homme dont il est constamment accusé.

"Nous devons nous assurer que l'Azerbaïdjan n'est pas autorisé à +laver+ son bilan effroyable sur les droits de l'Homme au prétexte de la grande fête du football", a d'ailleurs rappelé la semaine dernière Kate Allen, directrice d'Amnesty International au Royaume-Uni, assurant qu'une "vague de répression sinistre" s'était abattue récemment sur le pays.

Le pouvoir azerbaïdjanais a aussi été pointé du doigt en 2017 par le consortium de journalistes Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) qui a dénoncé un gigantesque système de blanchiment d'argent impliquant l'élite.

Pour l'Azerbaïdjan, le premier accomplissement de cette "diplomatie par le sport" remonte à 2015, avec la fastueuse organisation des Jeux européens. Malgré leur intérêt sportif très relatif et l'absence de stars, plus d'un milliard d'euros avaient été dépensés pour l'évènement.

La finale de la Ligue Europa se jouera dans le stade de 70.000 places construit pour les Jeux. C'est aussi lui qui accueillera, en juin et juillet 2020, trois matches du premier tour et un quart de finale du prochain Euro de football.

"Caprice"

Le pari de l'Azerbaïdjan sur le sport ne se résume pas qu'à l'organisation d'événements. Socar, la compagnie pétrolière nationale, est un sponsor majeur de l'UEFA depuis 2013 et le slogan du pays ("Land of Fire") s'est affiché sur le maillot de l'Atletico Madrid de 2013 à 2015.

Ces investissements n'ont pas suffi à éviter les polémiques avant la finale 100% anglaise de Bakou. Ce sont d'abord les supporters de Chelsea et d'Arsenal qui se sont alarmés des coûts du déplacement et de l'envol des prix des places.

Compte tenu de l'éloignement, l'UEFA n'avait alloué à l'avance que 12.000 billets aux supporters des deux équipes finalistes sans prévoir que deux clubs anglais, dont les supporters sont connus pour leur amour des déplacements à travers l'Europe, seraient qualifiés.

Le milieu de terrain arménien d'Arsenal, Henrikh Mkhitaryan, a ensuite renoncé à faire le déplacement à Bakou, disant craindre pour sa sécurité en raison des relations difficiles entre son pays et l'Azerbaïdjan.

Bakou et Erevan se déchirent depuis trois décennies pour le contrôle du Nagorny-Karabakh, une région montagneuse qu'ils revendiquent tous les deux. Une guerre a fait 30.000 morts au début des années 1990 et aucun traité de paix n'a jamais été signé, des éruptions de violence se produisant encore fréquemment.

Malgré les polémiques, l'Azerbaïdjan n'arrêtera pas de sitôt d'investir dans le sport. "Les dirigeants des pays autoritaires aiment organiser des évènements grandioses dans leur pays. C'est leur caprice", note la journaliste d'opposition Khadija Ismaïlova, plusieurs fois condamnée à cause de ses enquêtes sur la corruption.

Le ministre des Sports, Azad Rahimov, préfère évoquer "un héritage laissé au peuple" mais l'Azerbaïdjan a toutefois dû mettre entre parenthèses son rêve ultime, celui d'organiser les Jeux olympiques.

Recalé à deux reprises, pour les JO-2016 (Rio) et 2020 (Tokyo), Bakou n'a pas postulé pour les JO-2024 et 2028, qui sont revenus à Paris et Los Angeles. Et ne semble pas sur les rangs pour retenter sa chance aux deux olympiades suivantes, dont le processus de désignation commence à peine.