L'été dernier, l'Italie avait brisé les rêves des 67.000 spectateurs présents à Wembley de voir l'Angleterre (enfin) remporter son premier titre international depuis la fameuse Coupe du monde 1966. Hommes et femmes confondus se cassaient les dents depuis des décennies à atteindre cet objectif. Depuis ce dimanche, ces dernières ont enfin brisé la malédiction en venant à bout des Allemandes en finale d'un Euro, qui lui aussi trouvait son épilogue à Wembley. En raison de mesures sanitaires moins fortes qu'il y a douze mois, vingt mille supportrices et supporters de plus étaient présent(e)s dans les travées de la mythique enceinte d'outre-Manche.
...

L'été dernier, l'Italie avait brisé les rêves des 67.000 spectateurs présents à Wembley de voir l'Angleterre (enfin) remporter son premier titre international depuis la fameuse Coupe du monde 1966. Hommes et femmes confondus se cassaient les dents depuis des décennies à atteindre cet objectif. Depuis ce dimanche, ces dernières ont enfin brisé la malédiction en venant à bout des Allemandes en finale d'un Euro, qui lui aussi trouvait son épilogue à Wembley. En raison de mesures sanitaires moins fortes qu'il y a douze mois, vingt mille supportrices et supporters de plus étaient présent(e)s dans les travées de la mythique enceinte d'outre-Manche. Si elle n'a ni marqué ni délivré d'assist, laissant les rôles d'héroïnes aux buteuses Ella Toone et Chloé Kelly ainsi qu'à la passeuse Keira Walsh, Beth Mead reste cependant la grande artisane de cette arrivée des Lionnes sur le toît de l'Europe du football féminin. Avec six buts au compteur (comme Alexandra Popp, mais qui n'a pu lui disputer ce titre en raison d'une blessure qui l'a privée de finale) et cinq passes décisives, elle s'est offert un titre de co-meilleure réalisatrice du tournoi, mais surtout celui de meilleure joueuse. Véritable machine à marquer, l'attaquante d'Arsenal avait pourtant été écartée de la sélection pour les Jeux olympiques l'an dernier. Un an après, elle a pris une revanche éclatante en tirant les leçons qui s'imposaient après son absence au Japon."Quelle nuit et quelle atmosphère incroyable venant des fans. Je suis très fière d'être Anglaise et de faire partie de cette équipe", souriait la numéro 7 anglaise après la raclée que les "Lionesses" avaient infligé en demi-finale à une Suède, tombeuse des Red Flames et surtout vice-championne olympique un an plus tôt. Contre les Scandinaves, elle avait lancé ses partenaires sur la voie du succès en ouvrant le score à la 34e minute. Grâce à une demi-volée consécutive à un centre idéalement donné par Lucy Bronze, Beth Mead secouait une première fois les filets scandinaves. Avec ce sixième but de la compétition, elle égalait le record de buts inscrits par une joueuse lors d'un Euro. C'était l'Allemande Inka Grings en 2009. Le lendemain, elle était rejointe par une autre teutonne Alexandra Popp. Finalement aucune des deux finalistes ne parviendra à faire mieux que Grings.La joueuse d'Arsenal n'est pas du genre à s'accaparer les lauriers et malgré un statut légitime de star de ce championnat d'Europe, elle préférait louer les mérites du collectif orchestré par Sarina Wiegman. "On a toujours su qu'on avait les capacités, mais la foi qu'on a en nous, individuellement et collectivement, est à son maximum. Je pense que cela se voit sur et en dehors du terrain," expliquait-elle.La Covid-19 a fait le bonheur des uns et le malheur des autres. On se souvient que sans le report de l'Euro masculin, le vétéran italien Giorgio Chiellini , gravement blessé lors de l'été 2020, n'aurait pas été en mesure de pouvoir aujouter un nouveau trophée à son impressionnante collection. Cela aurait été aussi le cas pour Beth Mead, mais pour d'autres raisons plus sportives. Elle n'avait pas été reprise dans la sélection britannique pour les Jeux olympiques de Tokyo. Une décision de la sélectionneuse Hege Riise que l'attaquante anglaise n'avait pas spécialement bien vécu comme elle l'avait confié voici peu dans un entretien accordé au Telegraph."Je me déteste d'avoir ressenti cela, mais je me suis retrouvée assise chez moi à avoir des pensées négatives au sujet de certaines joueuses, à leur souhaiter de mal jouer pour que les gens réalisent que c'était une erreur de ne pas m'avoir sélectionné", avait-elle expliqué en toute franchise."Personne ne me disait ce que je devais améliorer dans mon jeu ou les raisons pour lesquelles d'autres m'avaient été préférées", raconte-t-elle. "Le seul retour que j'ai reçu, c'est que j'étais 'trop agressive dans ma façon de jouer', et je n'arrivais pas à le comprendre. J'ai pourtant toujours joué de cette manière", poursuit-elle dans cette interview."Plus dure que la plupart des garçons"Native de Whitby dans la campagne du Yorkshire, c'est sa mère qui la pousse à jouer au football. Beth est déjà une véritable boule de nerfs et c'est d'ailleurs pour cela qu'elle surnommée "Meado l'enragée" en sélection. Dans le club où elle a tapé ses premiers ballons, son entraîneur l'avait averti dès le premier jour. "Tu seras la seule fille ici et les garçons sont plutôt durs dans les duels. Ca ira ?" , raconte l'attaquante anglaise sur le site de la fédération. Pas de quoi effrayer la jeune blonde puisque l'homme avouera à la mère de Beth Mead, revenue la reprendre une heure plus tard, "qu'elle était encore plus dure que la plupart des garçons."A 16 ans, elle est repérére par le club de Sunderland où elle ne tarde pas à se mettre en évidence. Pour son premier match, elle marque un but contre Liverpool, l'équipe tenante du titre. Elle poursuit sur sa lancée en s'imposant comme l'une des joueuses les plus en vue de la compétition anglaise. Arsenal se dit qu'il faut absolument la recruter et lui propose un contrat professionnel en 2017. C'est grâce à ce transfert qu'elle parvient à être reprise en équipe nationale en 2018.Cependant, ses rapports avec Phil Neville, l'ancien joueur de Manchester United qui occupe le poste de sélectionneur, sont (très) loin d'être au beau fixe. Il reproche à l'attaquante sa trop grande décontraction et de n'être heureuse que quand elle mange un fish and chips à la station balnéaire de Whitley Bay. Cela n'ira pas mieux avec Riise, qui prendra ensuite les rênes des Lionnes.La confiance de WiegmanC'est finalement la Néerlandaise Sarina Wiegman qui parviendra à comprendre le potentiel de Mead et qui saura en tirer le meilleur en équipe nationale. Après une saison exceptionnelle sous les couleurs des Gunners, riche de 26 passes décisives et de 12 roses plantées, celle qui a mené les Pays-Bas sur le toît de l'Europe cinq ans auparavant décide de faire de Mead l'une des pièces maîtresse de son onze de base. "Sarina Wiegman est très directe. On pourrait même dire abrupte pour l'Angleterre, mais c'est aussi un trait de caractère très néerlandais. Elle va toujours droit au but. On avait besoin de cette franchise (...). J'adore jouer pour elle", confiait la meilleure joueuse de cet Euro, qui a marqué... 20 fois en 19 rencontres sous la direction de Wiegman.En plus de l'arrivée d'une technicienne qui croyait vraiment dans ses possibilités, la non-sélection de Beth Mead pour Tokyo fut aussi un déclic. "Cela a allumé un feu en moi. Je ne voulais pas le ressentir de nouveau. Au contraire, cela m'a donné encore plus de détermination et de concentration. Je joue mon meilleur football quand je suis en colère." , avoue-t-elle. Sa rage sur le terrain est toujours présente, mais différemment. Elle confère un élan positif à son équipe, ce qui n'était pas toujours le cas avant. Les partisans de l'Angleterre parlaient déjà de cet Euro comme le "Beth Mead Revenge Tour".En aidant les Lionnes à soulever un titre international en football attendu par tout un pays depuis 56 ans, Beth Mead aura ponctué sa tournée par une standing ovation bien méritée.