En novembre dernier, l'Allemagne est écrasée 6-0 par l'Espagne en Nations League. Dans son analyse d'après-match, le sélectionneur Jochim Löw relève le manque de communication sur le terrain. Il ajoute que des tâches n'ont pas été correctement exécutées. Ces déclarations constituent un tournant dans la carrière de Löw. De nombreux internationaux n'admettent pas que l'entraîneur se planque et nie avoir commis la moindre erreur. En interne, l'évaluation est rapidement pliée: Löw ne donne plus le moindre peps à la Mannschaft. Quatre mois plus tard, il annonce qu'il abandonnera son poste au terme de l'EURO, comme si l'initiative venait de lui, alors qu'en fait, il est poussé vers la sortie.
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En novembre dernier, l'Allemagne est écrasée 6-0 par l'Espagne en Nations League. Dans son analyse d'après-match, le sélectionneur Jochim Löw relève le manque de communication sur le terrain. Il ajoute que des tâches n'ont pas été correctement exécutées. Ces déclarations constituent un tournant dans la carrière de Löw. De nombreux internationaux n'admettent pas que l'entraîneur se planque et nie avoir commis la moindre erreur. En interne, l'évaluation est rapidement pliée: Löw ne donne plus le moindre peps à la Mannschaft. Quatre mois plus tard, il annonce qu'il abandonnera son poste au terme de l'EURO, comme si l'initiative venait de lui, alors qu'en fait, il est poussé vers la sortie. Pendant l'EURO, les internationaux allemands vont livrer le meilleur d'eux-mêmes. Ce sont des pros, qui pensent aussi à leur portefeuille. La prime de victoire, négociée par Manuel Neuer himself, s'élève à 40.000 euros par joueur, et une élimination au premier tour ne rapporte rien. La présence de Löw continue à en exaspérer plus d'un, même si cette aversion ne filtre jamais à l'extérieur. On lui reproche notamment d'avoir mis un terme à la cure de rajeunissement entamé après le décevant Mondial 2018, processus dont il n'a dit que du bien, avant de finalement rappeler Thomas Müller et Matt Hummels. Ça lui vaut bien des compliments ici et là, mais le coeur de l'équipe grogne: une nouvelle hiérarchie s'était mise en place, mais Löw attend de Müller et de Hummels qu'ils prennent l'équipe en mains. Les jeunes ne sont pas ravis que les anciens redeviennent les patrons. Le sélectionneur donne l'impression de ne pas faire confiance à la nouvelle génération. L'attitude de Hummels, qui n'hésite pas à remettre les autres à leur place, est une source d'énervement. Thomas Müller est complètement différent. Son insouciance et sa bonne humeur sont positives pour l'ambiance et, comme il l'a dit lui-même, il veut être un catalyseur sur le terrain, qui permette à l'équipe de remettre le turbo. Le joueur du Bayern n'a jamais eu des allures de star. Comme Hummels, Müller a fêté son retour en équipe nationale mercredi dernier, contre le Danemark, après 927 jours d'absence. La Mannschaft s'est préparée à l'EURO loin des regards, d'abord dans un hôtel discret à Seefeld, en Autriche. Même les séances d'entraînement se sont déroulées à huis clos, le terrain étant bordé de hauts panneaux au-dessus desquels flottaient d'immenses drapeaux de la Fédération allemande. Löw voulait mettre au point sa tactique et les phases arrêtées en toute tranquillité. Il sait qu'il entame non seulement son ultime tournoi, mais aussi le plus compliqué. Car les chantiers ne manquent pas. Qui va céder sa place à Hummels et Müller? Quels choix Löw va-t-il opérer dans l'entrejeu, où Joshua Kimmich, initialement arrière droit, revendique une place depuis qu'il s'y est épanoui au Bayern? Le sélectionneur allemand cherche la formule magique. Car quand on parcourt la liste des 26, on se rend compte que l'Allemagne a toujours énormément de qualités: Manuel Neuer dans le but, deux défenseurs centraux du niveau de Mats Hummels et Antonio Rüdiger, le Rambo de Chelsea, que Kevin De Bruyne ne connaît que trop bien. Ils apportent de la robustesse à une défense qui n'a pas toujours été sûre. Une autre tâche essentielle pour Löw: comment associer Toni Kroos, Joshua Kimmich, Leon Goretzka et Ilkay Gündogan dans l'entrejeu? Quel sera le rôle spécifique de Müller? Un de ses coéquipiers, Leroy Sané et/ou Serge Gnabry, devra-t-il lui céder sa place, voire Kai Havertz, la nouvelle star du foot allemand, qui a inscrit le but de la victoire en finale de la Ligue des Champions entre Chelsea et Manchester City? Löw a déjà glissé qu'à l'avenir, Havertz devrait obtenir un rôle-clé au sein de l'équipe. Le placer maintenant sur le banc lui vaudrait une volée de bois vert. À Chelsea, l'ancien du Bayer Leverkusen a souvent fonctionné au poste de second attaquant, aux côtés de son compatriote Timo Werner, un autre candidat-titulaire. Joachim Löw doit donc trancher beaucoup de noeuds. On peut se demander de quel respect il jouit encore de la part de l'équipe, quelle est encore la force de son message après tant de détours, même si certaines décisions lui ont été soufflées d'en haut. De ce point de vue, le tournoi sera spécial pour l'Allemagne et en particulier pour un sélectionneur qui doit parfois se sentir bien seul. L'équipe nationale passe les jours précédant le tournoi à Herzogenaurach, le siège d'Adidas. On y a établi une sorte de camp d'entraînement. Joueurs, entraîneurs et accompagnateurs vivent dans quinze bungalows en bois, entourés d'arbres. C'est là qu'ils mettent la dernière main à leur préparation et soudent l'esprit d'équipe. Le terrain d'Adidas ressemble un peu à un camp de vacances, avec beaucoup d'installations. C'est qu'il ne faudrait pas que les joueurs broient du noir. L'ambiance dépendra surtout des résultats obtenus dans ce qui est considéré comme "le groupe de la mort", avec des matches contre la France, championne du monde (15 juin), le Portugal, champion d'Europe (19 juin) et la Hongrie (23 juin). Le futur sélectionneur, Hansi Flick, va suivre attentivement tous les matches. Les succès qu'il a obtenus au Bayern ont donné plus d'assurance à l'ancien directeur sportif de la Fédé. Là où il pouvait s'irriter en vain dans le passé, il va désormais pourvoir agir avec force, même si ce n'est pas dans sa nature. Flick est un homme qui apprécie l'harmonie. Il va donc devoir apprendre à être désagréable. Il a déjà donné son avis sur la sélection pour l'EURO, précisant qu'en plus de Thomas Müller et de Mats Hummels, il aurait également emmené Jérôme Boateng, que Löw a également écarté fin 2019. "Alors qu'il est le meilleur défenseur central d'Allemagne", selon Flick. C'est un indicateur du cours qu'il compte bientôt suivre, en se focalisant sur l'EURO 2024, organisé en Allemagne, bien plus que sur le Mondial 2022. Car il s'agira d'écrire un nouveau chapitre de l'histoire de la sélection.