Dans les tribunes de l'Estadio de la Luz, il n'y a presque que des larmes. De la tristesse, mais surtout la rage d'avoir manqué une occasion qui pourrait être unique. Ce 4 juillet 2004, le Portugal est abattu peu avant 22 heures, d'une balle de la tête d' Angelos Charisteas. La désillusion est à la hauteur des espoirs engendrés par cet EURO disputé à domicile. Parce qu'en plus de l'ancien Ballon d'Or Luís Figo et du flair éternel de Rui Costa, la Seleção se présente sur ses pelouses avec la colonne vertébrale du FC Porto champion d'Europe de José Mourinho, et le talent encore brut d'un Cristiano Ronaldo appelé à dominer le jeu.
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Dans les tribunes de l'Estadio de la Luz, il n'y a presque que des larmes. De la tristesse, mais surtout la rage d'avoir manqué une occasion qui pourrait être unique. Ce 4 juillet 2004, le Portugal est abattu peu avant 22 heures, d'une balle de la tête d' Angelos Charisteas. La désillusion est à la hauteur des espoirs engendrés par cet EURO disputé à domicile. Parce qu'en plus de l'ancien Ballon d'Or Luís Figo et du flair éternel de Rui Costa, la Seleção se présente sur ses pelouses avec la colonne vertébrale du FC Porto champion d'Europe de José Mourinho, et le talent encore brut d'un Cristiano Ronaldo appelé à dominer le jeu. On se dit alors que le Portugal ne sera plus jamais aussi fort. Il ne le sera effectivement pas, malgré la croissance exponentielle d'un CR7 qui devient le meilleur joueur du continent, mais ça ne l'empêchera pas de soulever son premier trophée en 2016. Douze ans après celui d'hôte cocufié dans sa propre maison, la Seleção enfile le costume de l'invité qui gâche la fête. Tout aussi improbable que celui de 2004, le héros de la finale s'appelle Eder, et réduit à néant le rêve bleu en prolongations. Cinq ans après avoir éteint Paris, l'attaquant qui évolue désormais au Lokomotiv Moscou n'occupe plus du tout l'esprit du sélectionneur Fernando Santos à l'heure de coucher sur papier les noms qui seront du grand voyage européen de l'été. Parce qu'en 2021, le Portugal semble avoir atteint le sommet de son histoire, avec une génération décomplexée par son titre de 2016, titrée lors de la première Ligue des Nations, et une nouvelle vague où les talents ne s'arrêtent plus d'émerger. Sur les huit Portugais qui figurent dans la liste des cent transferts les plus chers de l'histoire, ils sont ainsi sept à faire partie des 24 noms convoqués par Santos en vue de l'EURO 2021. Seul Figo, depuis sa retraite bien méritée, manque à l'appel. Dans le sillage encombrant de Ronaldo, on trouve João Félix, Bruno Fernandes, Bernardo Silva, João Cancelo, Rúben Dias et Diogo Jota. Les noms les plus clinquants d'une génération qui squatte aujourd'hui les pelouses les plus prestigieuses d'Europe, de l'Etihad Stadium au Wanda Metropolitano en passant par Anfield, le Signal Iduna Park ou Old Trafford. Rarement un tenant du titre aura à ce point semblé plus fort au moment de remettre son trophée en jeu. Passage en revue des nouveaux visages les plus bankables de la Seleção des cinq dernières années, dont la tête est mise à prix au-delà des quarante millions d'euros, et qui font que la bande à Cristiano semble plus forte que jamais. La trajectoire de Bruno Fernandes emprunte des méandres qui s'éloignent de celles des talents lusitaniens classiques. Plutôt qu'un essor rapide via l'un des trois géants de la Liga locale, le meneur de jeu s'exile très vite vers l'Italie, où il gratte déjà une saison au-delà des 2.000 minutes à l'Udinese en 2016, insuffisante pour déjà taper dans l'oeil de Fernando Santos. Un peu moins utilisé, mais encore décisif à sept reprises l'année suivante à la Sampdoria, Bruno explose à l'aube du Mondial russe, quand il boucle une saison folle à seize buts et vingt passes décisives pour son retour au pays sous le maillot des Lions du Sporting. Le décollage statistique est indécent: décisif 79 fois en 81 sorties pour ses dix-huit derniers mois passés au pays, le meneur de jeu portugais convainc Manchester United d'en faire son nouveau playmaker au début de l'année 2020. La résurrection des Red Devils dans la foulée de son arrivée à Old Trafford n'a rien d'une coïncidence. Ses quarante buts et 25 assists en 80 apparitions suffisent à le démontrer. Membre de l'usine à millions du super-agent Jorge Mendes, le gaucher au football liquide, qui promène son jeu entre les lignes comme une version portugaise de David Silva, atterrit forcément sur le Rocher de Monaco. C'est de là, après une première saison alléchante sur le terrain mais timide dans les chiffres, qu'il verra ses compatriotes conquérir l'Europe. Deux ans plus tard, sa présence au sein du groupe de Fernando Santos ne se discute plus. Parce que dans l'intervalle, Bernardo Silva a conquis la France et disputé une demi-finale de Ligue des Champions au sein du Monaco de Kylian Mbappé, traversé la Manche et soulevé la Premier League sous le maillot de Manchester City. Désormais accoutumé à conclure ses saisons en "double double" (soit au-delà des dix buts et des dix passes décisives), le format de poche des Citizens a déjà atteint la barre des deux cents matches sous les ordres de Pep Guardiola en même temps que celle des cinquante sélections avec la Seleção. Tout près de l'âge de la maturité, et avec le CV d'un taulier. L'envol est si brutal qu'en 2016, personne ne connaît encore le nom de João Félix, pensionnaire de l'Académie de Benfica. Même en 2018, le jeune neuf et demi traîne encore dans le noyau B, avant de déployer ses ailes la saison suivante. Vingt buts et onze passes décisives, le tout avec une élégance hors normes et une aisance naturelle entre les lignes qui convainc l'Atlético de Diego Simeone de miser sur son talent pour assumer la lourde succession d' Antoine Griezmann. Acquis par les Colchoneros pour un montant à neuf chiffres, le talentueux attaquant semble frappé par la malédiction du club des cent millions. Parmi les dix joueurs acquis pour une somme supérieure à cette barre, seuls Cristiano Ronaldo à la Juventus et Kylian Mbappé au PSG semblent répondre aux énormes attentes. Souvent en désaccord footballistique avec El Cholo, Félix appartient plutôt à la catégorie des dépenses plus lourdes que judicieuses. Tout en ayant assez de football dans les pieds pour finir par dribbler la malédiction. L'apparition de l'année, c'est probablement lui. Encore inconnu de ceux qui ne suivent pas attentivement le football portugais, malgré un titre de meilleur joueur de la finale de la Ligue des Nations 2019, le défenseur soulève plus de questions que d'applaudissements quand Pep Guardiola décide de lui consacrer un peu plus de septante millions d'euros l'été dernier. Quelques mois, un titre acquis avec la meilleure défense de l'élite et un trophée incontesté de meilleur joueur du championnat anglais plus tard, Rúben Dias a mis tout le monde d'accord. Au sein de la charnière centrale de la Seleção, il est aujourd'hui le premier choix de Fernando Santos devant les tauliers que sont Pepe et José Fonte, alignés de concert au coeur de la défense championne d'Europe en 2016. Le sélectionneur n'a d'ailleurs pas attendu l'éclosion britannique du puissant et charismatique défenseur central pour lui accorder sa confiance: Rúben Dias était le membre le plus jeune de sa liste des 23 lors du Mondial russe. Un apprentissage de l'ombre qui pourrait s'avérer plus précieux que prévu. Sur le terrain comme dans la succession des clubs sur son CV, difficile de suivre João Cancelo. À seulement 27 ans, l'arrière latéral affiche déjà cinq clubs prestigieux sur sa fiche d'identité. Si le passage de Benfica à Valence n'a rien de surprenant pour un membre de l'écurie de Jorge Mendes, la suite s'emballe, un an après l'EURO 2016. Direction l'Inter, à une période où l'histoire des Nerazzurri s'écrit plus en noir qu'en bleu. Dans la foulée d'un prêt réussi, c'est la Juve qui se jette sur l'opportunité et l'attire chez les Bianconeri. Souvent snobé par Max Allegri pour son jeu trop aventureux pour le football cynique de l'Italien, le Portugais tape dans l'oeil de Pep Guardiola, amoureux convaincu des latéraux capables de dépasser leurs fonctions. À l'Etihad Stadium, João devient l'homme à tout faire. Latéral en perte de balle, milieu de terrain en possession grâce à un football à 360 degrés et une technique de meneur de jeu, il est aujourd'hui l'une des références mondiales à un poste qu'il n'occupe pourtant qu'épisodiquement. Les premiers buts tombent un peu trop tard pour offrir à André Silva une place dans l'avion vers la France affrété par Fernando Santos à l'été 2016. Tout juste éclos à la pointe de l'attaque du FC Porto, le buteur ne plante "que" 17 fois, pas assez pour se faire une place dans la liste des 23. Les 21 buts de la saison suivante servent d'avertissement au Portugal, pour montrer que le sacre européen n'est pas une victoire sans lendemain, mais aussi de tremplin pour un joueur qui incite le Milan AC à claquer un peu moins de quarante millions pour ses services. C'est quand il semble déjà, malgré son jeune âge, dépassé par la nouvelle vague à cause de saisons anonymes à Milan puis Séville, que le buteur trouve un nouveau souffle à Francfort. Une première saison pour s'adapter en faisant trembler les filets à seize reprises, avant de grimper jusqu'à 28 réalisations cette saison, dans l'ombre de Lewandowski et Haaland, avec la spécificité d'être le meilleur buteur de la tête d'Europe. La preuve que dans les airs, Ronaldo a peut-être trouvé son héritier. Si personne n'a jamais douté du talent de Rúben Neves, le FC Porto a longtemps hésité face à l'opportunité de lui confier un temps de jeu conséquent. Son toucher de balle et sa frappe à distance lui ouvrent forcément les portes de l'Angleterre, via un détour en Championship. Une carrière pilotée par l'agence Gestifute, qui place le talentueux milieu au sein de son écurie de Wolverhampton. S'il finit sa saison dans l'antichambre de l'élite avec plus de cartons jaunes que de buts, et poursuit sur cette voie lors de ses trois années suivantes sur les pelouses de Premier League, Neves fait rapidement figure de valeur sûre au coeur du jeu installé par Nuno Espírito Santo à Molineux, aux côtés d'un João Moutinho dont il pourrait se profiler comme l'héritier aux abords du rond central. Déjà sélectionné avec la Seleção en 2015, mais jamais aligné en match officiel avant 2018, le maestro attend toujours de faire trembler les filets à l'international. Quel que soit le moment où il tombe, ce sera probablement depuis l'extérieur de la surface. L'histoire de Diogo Jota ressemble à celles de nombreux talents rapidement embarqués dans le giron de Gestifute, l'agence du tout-puissant Jorge Mendes. Des débuts professionnels dans un club moyen du Portugal, Paços de Ferreira dans son cas, puis un transfert juste après l'EURO français vers l'Atlético, l'un des refuges préférés du patron des agents, au bout d'une saison à douze buts et huit passes décisives. L'attaquant ne portera jamais le maillot des Colchoneros, entre un prêt immédiat à Porto puis un autre, suivi d'un transfert à quatorze millions d'euros, vers Wolverhampton. Devenu l'une des sensations du championnat anglais à Molineux, où son association avec le Mexicain Raúl Jiménez fait des ravages, Jota convainc Jürgen Klopp de claquer près de 45 millions pour en faire le premier remplaçant de son secteur offensif dominé par Sadio Mané, Roberto Firmino et Mohamed Salah. Avec treize buts, dont quatre pour ses débuts en Ligue des Champions, Jota semble déjà avoir appris à dire merci.