Les sifflets fusent de partout. Les supporters turcs, massés dans le stade de Konya, ne comptent pas laisser la vie tranquille à l'équipe de France, championne du monde en titre. Les onze éléments de la Turquie, sélection pourtant en galère sur le dernier cycle, le leur rendent bien.

Le 8 juin, les hommes du croissant et de l'étoile couchent ceux du Coq et du bleu, couleur censée représenter la valeur travail, mais qui ce soir, rappelle les bobos qui collent au corps des Français. Entre nonchalance et arrogance, sans doute, ils s'inclinent 2-0 et voient leurs hôtes de la soirée revenir à égalité, après trois journées au sein des éliminatoires du prochain EURO. Ce qui a le don d'agacer le peuple d'Outre-Quiévrain, à commencer par son leader suprême.

Vexé par les sifflets, qui rappellent une situation similaire, vécue lors de la réception de l'Algérie à Saint-Denis en 2001, sous les yeux noirs de Jacques Chirac, Emmanuel Macron juge l'affront " inacceptable ". " Le Président de la République s'est ému que l'hymne français ait été sifflé en Turquie ", indique l'Élysée, dans la foulée, précisant au passage que Macron l'a " fait savoir " à Noël Le Graët, le Président de la Fédération Française de Football (FFF).

On n'a pas fait le match qu'il fallait face à une équipe turque qui a joué comme elle aime jouer. On n'était pas là. " Didier Deschamps après la défaite 2-0 à Konya

Un an plus tôt, le chef de l'État exulte avec ses Bleus, vainqueurs de la Coupe que le monde entier s'arrache, donnant un discours dans les vestiaires russes de son squad, qui n'hésite alors pas à hurler des " Vive la France ! Vive la République ! " à tout bout de champ, avant qu'Adil Rami n'ajoute sa blague et ne remercie son souverain " pour les impôts ". Doucement, la liesse de juillet 2018 cède la scène à une relative gueule de bois.

RENTRÉE ET BURN-OUT

Il y en a des plus dures que d'autres. Parce qu'elles fêtent un départ malheureux, une arrivée joyeuse ou tout simplement la fin d'une ère. Entre tous ces états, Didier Deschamps choisit simplement de reconduire " son " groupe. Il vit " bien ", alors pourquoi en changer ? Finalement, pour la première annonce de la rentrée des classes début septembre 2018, la presse locale s'excite surtout autour du néo-pensionné et du marquis de leur communication, Philippe Tournon.

L'attaché de presse rend le crachoir sur un titre de Champion du Monde et vingt-neuf printemps de loyaux services. C'est dire. Sinon, rien ne change. Ou presque. Sur les vingt-trois champions, vingt-et-un sont présents, Benoît Costil puis Benjamin Lecomte remplaçant respectivement Steve Mandanda et Hugo Lloris, blessés, parmi les portiers.

" Il y a une logique dans le sens où après notre sacre du mois de juillet, c'est la rentrée. Si Steve Mandanda n'avait pas été blessé, il aurait lui aussi été là. [...] Ce n'est pas incompatible d'intégrer de nouveaux joueurs. C'est une bonne chose d'avoir un noyau dur ", explique Deschamps, qui fait du DD dans le texte, en conférence de presse, et qui ne se dit pas effrayé par le coup de mou classique qui frappe les équipes titrées.

" Pour certains, ce sera peut-être une force. Il n'est pas impossible que d'autres aient un petit trou dans la saison. Mais les joueurs ne vont pas changer, c'est le regard des gens qui va changer. [...] Il n'y a pas à les remobiliser. Ils sont heureux de pouvoir se retrouver après avoir passé tant de temps ensemble. "

Du moins, en surface. Adil Rami, convoqué de force malgré sa récente retraite internationale et qui n'a pourtant rien d'un indiscutable, avouera plus tard avoir " eu un burn-out ". " J'étais aigri avec mon entourage, avec les gens qui étaient autour de moi. Même l'odeur de la pelouse, je ne la ressentais plus. Je n'avais même plus envie de taper les attaquants ", explique en février le défenseur de l'OM sur le plateau du Canal Football Club.

" Mon mental a lâché, je n'ai pas eu assez de vacances, pas eu le temps de me vider la tête. [...] C'est bizarre, mais je suis content d'avoir été aussi longtemps de côté, parce que j'ai enfin faim. " Plutôt guidé par la soif, le capitaine Hugo Lloris, placé en garde à vue fin août suite à une conduite en état d'ébriété, est déjà pardonné et peut enfin ramener la coupe à la maison, malgré sa blessure.

Après un nul terne en Allemagne (0-0), l'EDF reçoit les Pays-Bas pour la deuxième rencontre de la Ligue des Nations et c'est lui qui soulève le trophée mondial, fêtant la deuxième étoile de l'Hexagone, devant son public. À un quart d'heure du terme de la rencontre, Olivier Giroud, muet depuis 104 jours et incapable de cadrer une seule frappe au Mondial, retrouve le chemin des filets, à la maison.

Un petit événement dans le grand, mais qui en dit long. " Je me sens de mieux en mieux mais je savais qu'il me restait peu de minutes à rester sur le terrain ", réagit en direct, sur M6, celui qui devait être remplacé par Ousmane Dembélé et qui inscrit alors son 32e pion en bleu, grâce à un centre au cordeau de Benjamin Mendy. " J'ai plongé, tant mieux pour moi, tant mieux pour l'équipe surtout. Je suis content pour nous tous. " Tout est bien qui finit bien pour l'Isérois, soutenu plus qu'aucun autre par Didier Deschamps. Le groupe, toujours.

© BELGAIMAGE

ENDURANCE ET DÉPUCELAGE

De son côté, Mendy, rétrogradé dans la hiérarchie des arrières gauches français à cause d'une rupture des croisés en septembre 2017, revient en force, mais se fait vite rattraper par la patrouille. Averti par son club de Manchester City pour des retards aux soins et à l'entraînement, il ne figure pas parmi les vingt-trois appelés par la Dèche lors de la pause internationale d'octobre.

" À lui de prendre conscience qu'il doit prendre soin de son corps sur le terrain et en dehors. Il le sait, je lui ai dit, je lui ait redit et redit, je pense que quelqu'un lui redit aussi dans son quotidien ", martèle Deschamps. " C'est quelqu'un qui a des qualités physiques au-dessus de la moyenne, mais les exigences du très haut niveau... Ça va venir, je ne désespère pas qu'il les fasse rentrer dans son cerveau. "

Un autre se fait alors une place dans son coeur et celui des Français. En vogue avec l'Olympique Lyonnais, Tanguy Ndombele reçoit sa première cape suite à la blessure de son homologue Corentin Tolisso. Au stade du Roudourou, dans la bourgade bretonne de Guingamp, il entre pour le second acte d'un amical qui oppose sa patrie à l'Islande. Le tableau d'affichage ne fait pas de cadeaux : 0-2 pour les visiteurs, qui ont ouvert la marque par l'intermédiaire de l'ancien Rouche, Birkir Bjarnason.

Grâce au volume de jeu de Ndombele, impressionnant d'endurance pour un dépucelage, les Bleus reprennent des couleurs. Le milieu récupère le cuir et décale Kylian Mbappé, aussi entré lors de l'entracte. La frappe du Parisien est contrée, mais termine dans le but islandais, devant un public amorphe. Mbappé tente encore de le réveiller en scorant sur un penalty signifiant un honneur sauf : 2-2.

" Il peut y avoir une chute de tension, on en a eu une, qui peut s'expliquer par différentes raisons, je ne vais pas minimiser ni aggraver les choses ", se contente Deschamps, après le coup de sifflet final. Si son équipe se reprend cinq jours plus tard, en battant l'Allemagne sur un doublé d'Antoine Griezmann (2-1), rouage toujours plus essentiel, la machine française montre des signes de fatigue. En novembre, à Rotterdam, dans un pays où le football renaît de ses cendres et semble enfin de retour de longues vacances dans un camping des Landes, elle plie définitivement le genou.

Le régional de l'étape, Georginio Wijnaldum d'abord, puis le bodybuilder Memphis Depay, auteur d'une panenka musclée dans les arrêts de jeu, ruinent ses espoirs de dernier carré de la Ligue des Nations (2-0) et signent la fin d'une série de quinze matches sans la moindre défaite. En vérité, les Oranje font étalage de tout ce qui manque à la France : de l'envie, de l'ambition, du jeu.

" En jouant au minimum de notre potentiel ce soir, on l'a payé et le score aurait pu être encore plus flatteur pour les Pays-Bas ", grince Hugo Lloris en zone mixte, pointant son équipe " au bord de la rupture ", assez loin " des exigences du haut niveau ". Décidément. S'ensuit un court succès sur l'Uruguay, grâce à un tir au but d'Olivier Giroud, remplacé par le septième et dernier néophyte de l'année lancé par DD, Alassane Pléa, attaquant de Mönchengladbach.

Ferland Mendy, nouvelle recrue du Real Madrid, connaît également son baptême de l'air. Didier Deschamps, qui a décerné le totem d'immunité à Mamadou Sakho, aussi appelé surprise en novembre, le sait, il le sent. Il faut du sang neuf. " On ne va pas se voir pendant quatre mois et ça risque de nous manquer. En février, on aura envie de retourner en équipe de France. On reviendra plus soudés ", assure Griezmann, le plus impliqué de tous, à So Foot.

Pour célébrer leur entrée dans les éliminatoires de l'EURO, les Bleus mitraillent, de tous les côtés : 4-1 contre la Moldavie le 22 mars, 4-0 face à l'Islande le 25.

TAULIERS ET PLACARD

Pas manqué. Qui dit nouvelle année, dit nouveaux visages et résolutions prometteuses. Pour célébrer leur entrée dans les éliminatoires de l'EURO, une compétition où les deux premières places sont qualificatives et qu'ils semblent enfin prendre au sérieux, les Bleus mitraillent, de tous les côtés. 4-1 contre la Moldavie le 22 mars, 4-0 et une belle revanche sur l'Islande le 25, avec, à chaque fois, des banderilles d'Antoine Griezmann, chef d'orchestre face aux Islandais, Kylian Mbappé et Olivier Giroud, qui se permet le luxe d'alourdir son bilan et de dépasser la légende David Trezeguet.

Kylian Mbappé n'a pu éviter la défaite de l'EDF à Konya, face aux Turcs : 2-0., BELGAIMAGE
Kylian Mbappé n'a pu éviter la défaite de l'EDF à Konya, face aux Turcs : 2-0. © BELGAIMAGE

Les Français affichent une volonté neuve. Surtout, ils réussissent à en coller quatre à l'Islande, une sélection au profil qu'ils débectent au plus haut point : un bloc bas. " Face à une équipe aussi prudente, regroupée, dont l'objectif principal est de ne pas offrir d'espaces, ce n'est jamais simple. Mais, cette fois, il faut être fier de ce que l'on a fait. On a six points et, ce soir, on a vu de la fluidité, de la cohérence, des affinités techniques, c'est positif. On a eu le ballon comme prévu, mais on l'a plutôt bien utilisé, on a fait de bons enchaînements... Les joueurs ont mis la manière ", se félicite encore Didier Deschamps.

Ses hommes montrent aussi qu'ils n'ont pas sous-estimé une équipe un temps à la mode, notamment grâce à ses performances surprenantes au cours de l'EURO 2016, terminé en quart pour leur part, déjà sur une défaite infligée par la France (5-2). Après trente minutes de jeu, le onze bleu, pourtant drillé à la contre-attaque, affiche un taux de possession culminant à plus de 80%. Sur l'ouverture du score, le coup de casque et la danse effectués par le central Samuel Umtiti rappellent évidemment la demi du dernier Mondial. Sur la feuille, un seul nom a changé depuis l'élimination des Diables, qui trébuchent alors à un pas de la finale : Layvin Kurzawa remplace Lucas Hernandez à gauche de la défense.

Une tactique symbolisant la " logique du groupe " imprimée partout par le sélectionneur français. Début juin, il tente quand même d'insuffler une nouvelle dynamique. Deschamps veut surtout récompenser les bonnes saisons par de potentiels futurs tauliers, faire prendre la lumière à ceux qui sont restés au placard, tout en conservant son fameux noyau dur de champions du monde. Pas simple. Clément Lenglet, devenu indiscutable à Barcelone, où Umtiti peine du coup à retrouver sa place de titulaire, profite de ce vent nouveau.

" Clément, c'est la sérénité, il a une très bonne maîtrise technique. C'est un joueur de Barcelone. S'il est là-bas et qu'il joue, c'est qu'il a beaucoup de qualités et il mérite de découvrir le groupe France ", lâche DD, jamais à l'abri d'un lieu commun, qui offre également une première cape à Mike Maignan, gardien de Lille, dauphin de Ligue 1, et Léo Dubois, arrière droit de Lyon. Dans un 4-4-2 avec une doublette Griezmann-Mbappé en pointe, l'EDF l'emporte timidement en amical contre la Bolivie (2-0). C'était juste avant le drame de Konya.

Les Pays-Bas ont ruiné les espoirs de la France en Ligue des Nations (2-0), signant la fin d'une série de quinze matches sans la moindre défaite des Bleus.

" Quand il y a une prestation collective comme ça, il n'y a rien à retenir de positif. On n'a pas fait le match qu'il fallait face à une équipe qui a joué comme elle aime jouer. On n'était pas là ", regrette Deschamps, le sourire tout aussi absent, au sortir du revers reçu en Turquie. " Qu'on soit champion du monde ou pas, quand les intentions ne sont pas là, il n'y a rien à espérer. Heureusement que c'est comme ça d'ailleurs. [...] C'est une belle gifle. " Au moins, c'est déjà mieux qu'un mal de crâne et des acouphènes.

LA FRANCE QUI GAGNE

Début juin, Didier Deschamps prend la parole devant un parterre de joueurs plus que jamais à l'écoute. Une scène classique, ou presque, puisque le Bayonnais ne s'adresse pas à ses soldats, mais plutôt à ceux de l'étage inférieur, les U21. Quinze jours avant l'EURO qui vient de se terminer en Pologne, DD leur faire passer quelques messages forts. Morceaux choisis : " Si vous preniez [l'EURO] par-dessus la jambe, ce serait dommage. Dommage pour vous, par rapport à ce que ça représente et par rapport à la confiance que vous a accordée Sylvain ( Ripoll, le sélectionneur des Espoirs, ndlr). Le problème de cette génération - ce n'est pas votre problème parce que vous avez réussi à vous qualifier, ça faisait bien longtemps - ce n'est pas qu'un problème de qualité. C'est un problème d'état d'esprit, d'envie et de volonté. Si vous allez là-bas, avec tout ce que vous représentez, tout ce que vous pouvez faire dans vos clubs, avec le torse bombé et sur la pointe des pieds, vous allez vous faire défoncer. Même s'il y a peut-être moins de qualité en face, ça ne passera pas. "

Un autre revers cuisant pour Lucas Digne et les siens : aux Pays-Bas, face à la bande à Denzel Dumfries : 2-0., BELGAIMAGE
Un autre revers cuisant pour Lucas Digne et les siens : aux Pays-Bas, face à la bande à Denzel Dumfries : 2-0. © BELGAIMAGE

En clair, Deschamps a à coeur de voir la jeunesse française réussir, là où elle a l'habitude d'échouer, ajoutant au passage une petite carotte : il sera " très attentif " à ce qu'il se passera " sur le terrain, mais aussi en dehors ". En septembre dernier, il jugeait " hallucinant " le comportement de Jean-Kévin Augustin, l'ancien Parisien qui venait de refuser sa sélection avec les Bleuets. Parce que, pour lui, l'institution du coq se situe au-dessus d'à peu près tout.

C'est aussi pourquoi il s'est montré très solidaire avec son homologue chez les féminines, Corinne Diacre, partie à l'assaut d'une Coupe du monde disputée à la maison, n'hésitant pas à louer ses qualités, son expérience (elle compte 121 sélections en tant que joueuse et a été la première femme à diriger un club pro masculin à Clermont, en Ligue 2) et sa justesse. Même s'il dit ne pas avoir " de conseil à lui donner ", " tout au plus un avis sur différentes choses mais après c'est elle qui décide ", Deschamps concède lui apporter un plus " essentiellement sur tout ce qui peut se faire en dehors du terrain ", encore une fois.

La grande famille de France se doit ainsi de briller et de montrer l'exemple, tout en affichant une solidarité personnifiée par son homme fort. Et il faut avouer que le football français le vit plutôt bien. Après un titre de Champion du monde côté masculin l'été dernier, les féminines se sont inclinées vendredi dernier contre les favorites américaines en quarts, tandis que les Espoirs ont également manqué de peu de rafler le Graal européen, suite à une défaite contre l'Espagne, en demi-finale, la veille.

Les sifflets fusent de partout. Les supporters turcs, massés dans le stade de Konya, ne comptent pas laisser la vie tranquille à l'équipe de France, championne du monde en titre. Les onze éléments de la Turquie, sélection pourtant en galère sur le dernier cycle, le leur rendent bien. Le 8 juin, les hommes du croissant et de l'étoile couchent ceux du Coq et du bleu, couleur censée représenter la valeur travail, mais qui ce soir, rappelle les bobos qui collent au corps des Français. Entre nonchalance et arrogance, sans doute, ils s'inclinent 2-0 et voient leurs hôtes de la soirée revenir à égalité, après trois journées au sein des éliminatoires du prochain EURO. Ce qui a le don d'agacer le peuple d'Outre-Quiévrain, à commencer par son leader suprême. Vexé par les sifflets, qui rappellent une situation similaire, vécue lors de la réception de l'Algérie à Saint-Denis en 2001, sous les yeux noirs de Jacques Chirac, Emmanuel Macron juge l'affront " inacceptable ". " Le Président de la République s'est ému que l'hymne français ait été sifflé en Turquie ", indique l'Élysée, dans la foulée, précisant au passage que Macron l'a " fait savoir " à Noël Le Graët, le Président de la Fédération Française de Football (FFF). Un an plus tôt, le chef de l'État exulte avec ses Bleus, vainqueurs de la Coupe que le monde entier s'arrache, donnant un discours dans les vestiaires russes de son squad, qui n'hésite alors pas à hurler des " Vive la France ! Vive la République ! " à tout bout de champ, avant qu'Adil Rami n'ajoute sa blague et ne remercie son souverain " pour les impôts ". Doucement, la liesse de juillet 2018 cède la scène à une relative gueule de bois. Il y en a des plus dures que d'autres. Parce qu'elles fêtent un départ malheureux, une arrivée joyeuse ou tout simplement la fin d'une ère. Entre tous ces états, Didier Deschamps choisit simplement de reconduire " son " groupe. Il vit " bien ", alors pourquoi en changer ? Finalement, pour la première annonce de la rentrée des classes début septembre 2018, la presse locale s'excite surtout autour du néo-pensionné et du marquis de leur communication, Philippe Tournon. L'attaché de presse rend le crachoir sur un titre de Champion du Monde et vingt-neuf printemps de loyaux services. C'est dire. Sinon, rien ne change. Ou presque. Sur les vingt-trois champions, vingt-et-un sont présents, Benoît Costil puis Benjamin Lecomte remplaçant respectivement Steve Mandanda et Hugo Lloris, blessés, parmi les portiers. " Il y a une logique dans le sens où après notre sacre du mois de juillet, c'est la rentrée. Si Steve Mandanda n'avait pas été blessé, il aurait lui aussi été là. [...] Ce n'est pas incompatible d'intégrer de nouveaux joueurs. C'est une bonne chose d'avoir un noyau dur ", explique Deschamps, qui fait du DD dans le texte, en conférence de presse, et qui ne se dit pas effrayé par le coup de mou classique qui frappe les équipes titrées. " Pour certains, ce sera peut-être une force. Il n'est pas impossible que d'autres aient un petit trou dans la saison. Mais les joueurs ne vont pas changer, c'est le regard des gens qui va changer. [...] Il n'y a pas à les remobiliser. Ils sont heureux de pouvoir se retrouver après avoir passé tant de temps ensemble. " Du moins, en surface. Adil Rami, convoqué de force malgré sa récente retraite internationale et qui n'a pourtant rien d'un indiscutable, avouera plus tard avoir " eu un burn-out ". " J'étais aigri avec mon entourage, avec les gens qui étaient autour de moi. Même l'odeur de la pelouse, je ne la ressentais plus. Je n'avais même plus envie de taper les attaquants ", explique en février le défenseur de l'OM sur le plateau du Canal Football Club. " Mon mental a lâché, je n'ai pas eu assez de vacances, pas eu le temps de me vider la tête. [...] C'est bizarre, mais je suis content d'avoir été aussi longtemps de côté, parce que j'ai enfin faim. " Plutôt guidé par la soif, le capitaine Hugo Lloris, placé en garde à vue fin août suite à une conduite en état d'ébriété, est déjà pardonné et peut enfin ramener la coupe à la maison, malgré sa blessure. Après un nul terne en Allemagne (0-0), l'EDF reçoit les Pays-Bas pour la deuxième rencontre de la Ligue des Nations et c'est lui qui soulève le trophée mondial, fêtant la deuxième étoile de l'Hexagone, devant son public. À un quart d'heure du terme de la rencontre, Olivier Giroud, muet depuis 104 jours et incapable de cadrer une seule frappe au Mondial, retrouve le chemin des filets, à la maison. Un petit événement dans le grand, mais qui en dit long. " Je me sens de mieux en mieux mais je savais qu'il me restait peu de minutes à rester sur le terrain ", réagit en direct, sur M6, celui qui devait être remplacé par Ousmane Dembélé et qui inscrit alors son 32e pion en bleu, grâce à un centre au cordeau de Benjamin Mendy. " J'ai plongé, tant mieux pour moi, tant mieux pour l'équipe surtout. Je suis content pour nous tous. " Tout est bien qui finit bien pour l'Isérois, soutenu plus qu'aucun autre par Didier Deschamps. Le groupe, toujours. De son côté, Mendy, rétrogradé dans la hiérarchie des arrières gauches français à cause d'une rupture des croisés en septembre 2017, revient en force, mais se fait vite rattraper par la patrouille. Averti par son club de Manchester City pour des retards aux soins et à l'entraînement, il ne figure pas parmi les vingt-trois appelés par la Dèche lors de la pause internationale d'octobre. " À lui de prendre conscience qu'il doit prendre soin de son corps sur le terrain et en dehors. Il le sait, je lui ai dit, je lui ait redit et redit, je pense que quelqu'un lui redit aussi dans son quotidien ", martèle Deschamps. " C'est quelqu'un qui a des qualités physiques au-dessus de la moyenne, mais les exigences du très haut niveau... Ça va venir, je ne désespère pas qu'il les fasse rentrer dans son cerveau. " Un autre se fait alors une place dans son coeur et celui des Français. En vogue avec l'Olympique Lyonnais, Tanguy Ndombele reçoit sa première cape suite à la blessure de son homologue Corentin Tolisso. Au stade du Roudourou, dans la bourgade bretonne de Guingamp, il entre pour le second acte d'un amical qui oppose sa patrie à l'Islande. Le tableau d'affichage ne fait pas de cadeaux : 0-2 pour les visiteurs, qui ont ouvert la marque par l'intermédiaire de l'ancien Rouche, Birkir Bjarnason. Grâce au volume de jeu de Ndombele, impressionnant d'endurance pour un dépucelage, les Bleus reprennent des couleurs. Le milieu récupère le cuir et décale Kylian Mbappé, aussi entré lors de l'entracte. La frappe du Parisien est contrée, mais termine dans le but islandais, devant un public amorphe. Mbappé tente encore de le réveiller en scorant sur un penalty signifiant un honneur sauf : 2-2. " Il peut y avoir une chute de tension, on en a eu une, qui peut s'expliquer par différentes raisons, je ne vais pas minimiser ni aggraver les choses ", se contente Deschamps, après le coup de sifflet final. Si son équipe se reprend cinq jours plus tard, en battant l'Allemagne sur un doublé d'Antoine Griezmann (2-1), rouage toujours plus essentiel, la machine française montre des signes de fatigue. En novembre, à Rotterdam, dans un pays où le football renaît de ses cendres et semble enfin de retour de longues vacances dans un camping des Landes, elle plie définitivement le genou. Le régional de l'étape, Georginio Wijnaldum d'abord, puis le bodybuilder Memphis Depay, auteur d'une panenka musclée dans les arrêts de jeu, ruinent ses espoirs de dernier carré de la Ligue des Nations (2-0) et signent la fin d'une série de quinze matches sans la moindre défaite. En vérité, les Oranje font étalage de tout ce qui manque à la France : de l'envie, de l'ambition, du jeu. " En jouant au minimum de notre potentiel ce soir, on l'a payé et le score aurait pu être encore plus flatteur pour les Pays-Bas ", grince Hugo Lloris en zone mixte, pointant son équipe " au bord de la rupture ", assez loin " des exigences du haut niveau ". Décidément. S'ensuit un court succès sur l'Uruguay, grâce à un tir au but d'Olivier Giroud, remplacé par le septième et dernier néophyte de l'année lancé par DD, Alassane Pléa, attaquant de Mönchengladbach. Ferland Mendy, nouvelle recrue du Real Madrid, connaît également son baptême de l'air. Didier Deschamps, qui a décerné le totem d'immunité à Mamadou Sakho, aussi appelé surprise en novembre, le sait, il le sent. Il faut du sang neuf. " On ne va pas se voir pendant quatre mois et ça risque de nous manquer. En février, on aura envie de retourner en équipe de France. On reviendra plus soudés ", assure Griezmann, le plus impliqué de tous, à So Foot. Pas manqué. Qui dit nouvelle année, dit nouveaux visages et résolutions prometteuses. Pour célébrer leur entrée dans les éliminatoires de l'EURO, une compétition où les deux premières places sont qualificatives et qu'ils semblent enfin prendre au sérieux, les Bleus mitraillent, de tous les côtés. 4-1 contre la Moldavie le 22 mars, 4-0 et une belle revanche sur l'Islande le 25, avec, à chaque fois, des banderilles d'Antoine Griezmann, chef d'orchestre face aux Islandais, Kylian Mbappé et Olivier Giroud, qui se permet le luxe d'alourdir son bilan et de dépasser la légende David Trezeguet. Les Français affichent une volonté neuve. Surtout, ils réussissent à en coller quatre à l'Islande, une sélection au profil qu'ils débectent au plus haut point : un bloc bas. " Face à une équipe aussi prudente, regroupée, dont l'objectif principal est de ne pas offrir d'espaces, ce n'est jamais simple. Mais, cette fois, il faut être fier de ce que l'on a fait. On a six points et, ce soir, on a vu de la fluidité, de la cohérence, des affinités techniques, c'est positif. On a eu le ballon comme prévu, mais on l'a plutôt bien utilisé, on a fait de bons enchaînements... Les joueurs ont mis la manière ", se félicite encore Didier Deschamps. Ses hommes montrent aussi qu'ils n'ont pas sous-estimé une équipe un temps à la mode, notamment grâce à ses performances surprenantes au cours de l'EURO 2016, terminé en quart pour leur part, déjà sur une défaite infligée par la France (5-2). Après trente minutes de jeu, le onze bleu, pourtant drillé à la contre-attaque, affiche un taux de possession culminant à plus de 80%. Sur l'ouverture du score, le coup de casque et la danse effectués par le central Samuel Umtiti rappellent évidemment la demi du dernier Mondial. Sur la feuille, un seul nom a changé depuis l'élimination des Diables, qui trébuchent alors à un pas de la finale : Layvin Kurzawa remplace Lucas Hernandez à gauche de la défense. Une tactique symbolisant la " logique du groupe " imprimée partout par le sélectionneur français. Début juin, il tente quand même d'insuffler une nouvelle dynamique. Deschamps veut surtout récompenser les bonnes saisons par de potentiels futurs tauliers, faire prendre la lumière à ceux qui sont restés au placard, tout en conservant son fameux noyau dur de champions du monde. Pas simple. Clément Lenglet, devenu indiscutable à Barcelone, où Umtiti peine du coup à retrouver sa place de titulaire, profite de ce vent nouveau. " Clément, c'est la sérénité, il a une très bonne maîtrise technique. C'est un joueur de Barcelone. S'il est là-bas et qu'il joue, c'est qu'il a beaucoup de qualités et il mérite de découvrir le groupe France ", lâche DD, jamais à l'abri d'un lieu commun, qui offre également une première cape à Mike Maignan, gardien de Lille, dauphin de Ligue 1, et Léo Dubois, arrière droit de Lyon. Dans un 4-4-2 avec une doublette Griezmann-Mbappé en pointe, l'EDF l'emporte timidement en amical contre la Bolivie (2-0). C'était juste avant le drame de Konya. " Quand il y a une prestation collective comme ça, il n'y a rien à retenir de positif. On n'a pas fait le match qu'il fallait face à une équipe qui a joué comme elle aime jouer. On n'était pas là ", regrette Deschamps, le sourire tout aussi absent, au sortir du revers reçu en Turquie. " Qu'on soit champion du monde ou pas, quand les intentions ne sont pas là, il n'y a rien à espérer. Heureusement que c'est comme ça d'ailleurs. [...] C'est une belle gifle. " Au moins, c'est déjà mieux qu'un mal de crâne et des acouphènes.