À en croire Leo Beenhakker, il arrive toujours un matin où un joueur se lève, et est d'un coup certain que l'heure est venue de raccrocher les crampons. " Pour beaucoup de joueurs, c'est comme ça que ça se passe, mais chez moi le processus a été plus long ", détaille Robin van Persie.
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À en croire Leo Beenhakker, il arrive toujours un matin où un joueur se lève, et est d'un coup certain que l'heure est venue de raccrocher les crampons. " Pour beaucoup de joueurs, c'est comme ça que ça se passe, mais chez moi le processus a été plus long ", détaille Robin van Persie. " C'était un sentiment qui a petit à petit pris l'ascendant. Ce n'est pas une décision à prendre à la légère. Un bon ami m'a dit qu'arrêter le football était le coup d'envoi d'une petite crise. J'ai joué avec Nemanja Vidic à Manchester United, et il m'a dit que je devais devenir le coach de ma propre vie. Tout ça m'a ouvert les yeux. La vie de footballeur est un grand luxe. Par exemple, après un entraînement, tu mets tes vêtements sales devant la porte de ta chambre d'hôtel, quelqu'un vient les chercher et tu as immédiatement une autre tenue qui t'attend. Le team manager te dit à quelle heure tu dois manger, où le bus t'attend, quand les choses doivent avoir lieu... D'un coup, ce genre de choses disparaît. Je ne veux pas dire que chez moi, je ne pourrai pas aller mettre mes vêtements sales dans la machine à laver, mais plutôt que du jour au lendemain, ta routine quotidienne est complètement bouleversée. Prenez les vacances : pendant dix-sept ans, j'ai su que j'avais droit à quatre semaines, tout en sachant précisément à quelle date je devais être rentré. Maintenant, plus personne ne va me dire quel jour je dois revenir. Je n'aurai plus de premier entraînement qui m'attend. "Vous avez hâte d'y être ? ROBIN VAN PERSIE : Je ne dirais pas que j'ai hâte, mais je n'ai pas non plus peur d'y arriver. Je vis au jour le jour, mais au fond de moi je sens bien que j'ai pris ma décision. Vous arrêtez alors que vous êtes encore en forme. VAN PERSIE : Ça fait des années que je ne m'étais plus senti aussi bien. Je dois remercier le staff de Feyenoord pour ça, parce que pour la première fois depuis des années, j'ai pu faire une vraie bonne préparation. Le résultat, c'est que j'ai pu jouer les douze premiers matches sans le moindre problème physique. Prendre soin de son corps, se battre éternellement pour pouvoir jouer le dimanche, c'est bientôt terminé. VAN PERSIE : C'est vrai, mais est-ce que je vais vivre ça comme une délivrance ? Je n'en sais rien. J'adore beaucoup de sports, que j'ai envie d'essayer après ma carrière : le foot-volley, le tennis de table... Je suis aussi un dingue de bowling, du sentiment de liberté que procure le golf. J'ai toujours pratiqué ces sports avec le frein à main. Au tennis de table, je laissais la balle quand elle partait dans les coins, pour éviter les risques. Maintenant, je veux tester ces sports-là sans retenue. Il n'y aura pas de trou noir pour vous ? VAN PERSIE : Non, je crains que je n'aurai pas le temps pour ça. Dès que je me lève, j'ai deux enfants qui doivent être amenés à l'école. Ma vie va maintenant être réglée sur la leur en priorité. Mais j'aurai aussi le temps de faire des choses pour moi.17 ans de football au haut niveau, ça use ? VAN PERSIE : Si on fait les comptes, ça fait déjà trente ans que ma vie est obnubilée par le football. Et surtout quand tu es au plus haut niveau, tu le ressens. Si je pense à mon époque en Angleterre... Heavy. Jouer, voyager, revenir à la maison tard dans la nuit, en voiture ou en avion, s'entraîner et recommencer pour le prochain match. Être chaque jour à la limite. J'ai regardé Liverpool-Arsenal il y a quelques semaines, l'intensité de ce match, ce n'était pas normal. Mais quelques jours plus tard, Liverpool jouait à nouveau, contre Manchester City, à un tempo encore plus élevé. Parfois, je me demande comment j'ai tenu le coup, toutes ces années de montagnes russes. Est-ce qu'on est plus serein au moment de s'arrêter quand on a atteint tous les objectifs qu'on s'était fixés en tant que footballeur ? VAN PERSIE : Je vais être honnête, remporter des trophées n'a jamais été mon objectif, parce que le jeune Robin van Persie n'aurait jamais osé rêver atteindre ce que j'ai atteint. Mon ambition en tant que jeune joueur était de pouvoir porter un jour les couleurs de l'Excelsior. Peut-être celles de Feyenoord, mais ça c'était un rêve ultime. En replongeant dans les archives, on repense forcément à ses débuts. VAN PERSIE : Je venais tout juste de commencer ma carrière, et j'ai été titularisé pour un match de Coupe de l'UEFA contre les Glasgow Rangers. John Dahl Tomasson était suspendu, Ebi Smolarek hors de forme, Leonardo blessé. L'entraîneur Bert van Marwijk m'a dit : Robin, tu vas jouer. Je n'avais même pas encore de costume du club ! Je suis venu au club en training. Le match s'est très bien passé et j'étais lancé. Mais maintenant, quand j'y repense, je réalise que j'ai été sacrément chanceux. Ensuite, tout s'est accéléré. VAN PERSIE : Je me souviens encore très bien de cette période. Et quand tu vois tout ce qui s'est passé depuis, et ce que j'ai atteint... Oui, quand je regarde en arrière, ça me rend très fier. Meilleur buteur de la sélection, je trouve que c'est un grand honneur. Surtout que j'ai commencé sur les flancs chez les Oranje, et qu'après quarante matches j'avais seulement marqué sept fois. Vous avez déclaré que vous n'aviez pas envie d'un match d'adieux, que ce soit avec Feyenoord ou la sélection. Pourquoi ? VAN PERSIE : Pour être honnête, ces tours d'honneur et matches d'adieux, je trouve que c'est un peu forcé. J'ai déjà reçu tellement d'attention pendant ma carrière... Du coup, votre dernière sélection est une défaite 4-0 contre la France. VAN PERSIE : C'est comme ça. Je n'avais pas besoin de finir sur un conte de fées. On a perdu 4-0, c'est vrai, mais c'est une petite partie d'une histoire beaucoup plus grande. Peut-être que je suis trop réservé. Finalement, je n'ai jamais cherché l'attention, c'est quelque chose qui est dans ton caractère. Certains apprécient les projecteurs, je me sens plus low profile. Finalement, est-ce que tu arrives à regarder des images de la finale du Mondial 2010 ? VAN PERSIE : Honnêtement, je ne les ai jamais revues. À chaque fois que j'étais sur le point d'en voir des extraits, j'ai zappé. C'était une opportunité unique, et nous sommes passés si près... Tout s'est joué à la 116e minute. Parfois, j'en rêve encore. On aurait dû avoir un corner, ils ont récupéré le ballon et le but est tombé de là. C'est nous qui aurions pu marquer. Tout le monde parle de ce face-à-face de Robben avec Casillas, mais sur un corner, le ballon aurait très bien pu retomber dans les pieds de Joris Mathijsen... Une telle chance en Coupe du monde, tu ne la reçois qu'une fois. Au Brésil, on a été éliminé aux tirs au but en demi-finale contre l'Argentine. C'était proche, mais quand même pas autant qu'en Afrique du Sud. Maintenant qu'on en reparle, je me rends compte que j'ai encore un goût amer en bouche. Qu'est-ce qu'il reste d'autre ? VAN PERSIE : Profiter du football. Et aider les jeunes. J'ai envie de partager, parce que je trouve que c'est comme ça que ça doit marcher. Quand j'étais plus jeune, les anciens ont fait la même chose avec moi. Que ce soit Dennis Bergkamp, Thierry Henry, Robert Pirès, j'ai appris d'eux en leur posant des questions, mais aussi en les regardant. Mes premiers pas à Arsenal, c'était seulement de l'analyse : comment Pirès fait ses choix ? Que fait Ljungberg ? Comment Henry choisit sa position ? Je regardais Bergkamp bouger sans arrêt entre les lignes, et je pensais : wow, quel niveau ! C'est ce que je voulais atteindre. Je me souviens d'un match avec la réserve d'Arsenal. Pirès revenait de blessure et jouait avec nous. Il est redescendu en position d'arrière gauche, j'ai décroché jusqu'au milieu et on a enchaîné quatre une-deux jusqu'au but adverse. On n'a pas marqué, mais ça, c'était du football. J'étais alors sur le point de devenir un tout autre joueur. En tant qu'ailier, j'étais uniquement concentré sur moi-même, sur mes actions individuelles. Mais après ces combinaisons avec Pirès, j'ai compris qu'il ne fallait pas toujours faire un dribble pour avoir une occasion. J'ai tellement appris pendant ces premières années à Arsenal, que j'ai envie de transmettre tout ça à une nouvelle génération de joueurs. Pour ça, il faut devenir entraîneur. VAN PERSIE : Pour le moment, ce n'est pas l'objectif. Je vais d'abord prendre du recul, je veux profiter de ne plus devoir faire des choses. Cela me semble passionnant, de voir comment je vais gérer ça. Ensuite, je veux faire quelque chose dans le football, dans un rôle que je ne connais pas encore. Devenir entraîneur... C'est un job qui déborde de stress. Si tu veux faire comme Pep Guardiola, tu dois t'y consacrer jour et nuit. Est-ce que je veux ça, avoir la tête coupée après trois défaites de rang ? Cela fait déjà des années que je vis et que je joue sous une pression constante. Je ne sais pas si c'est quelque chose pour moi, mais je ne peux pas non plus l'exclure. La pression, n'est-ce pas non plus la drogue de tous les grands footballeurs ? VAN PERSIE : C'est vrai. Mais en tant que joueur, tu as encore une influence directe sur le résultat. Celle du coach est seulement indirecte. Au moment suprême, tu es à la merci de tes joueurs. Certaines légendes vivantes sont tombées de leur piédestal en devenant coach, comme c'est arrivé pour Marco van Basten. VAN PERSIE : C'est vrai que tu peux rapidement perdre cette aura quand tu perds quelques matches en tant qu'entraîneur. Parce que là, tu deviens soudainement saisissable, hein. C'est un milieu terriblement dur. Avec votre fils qui joue chez les jeunes de Feyenoord, la succession est déjà assurée ? VAN PERSIE : On ne sait jamais le dire à l'avance. Il aime le jeu, et c'est tout ce qui compte pour moi. Ce que je trouve drôle, c'est que je reconnais chez lui des traits du joueur que j'ai été voici quelques années. Vous n'avez pas peur que son nom soit trop lourd à porter ? VAN PERSIE : Cela ne le dérange pas du tout. À ce niveau-là, c'est un glaçon. Je lui ai souvent posé une question, parce qu'il voudrait devenir joueur professionnel : Shaqueel, imagine que tu deviennes vraiment pro, avec quel nom joueras-tu sur ton maillot ? Shaqueel, Shaq ou Van Persie ? Il m'a demandé ce que je voulais. J'ai insisté sur le fait que c'était à lui de choisir, que c'était sa vie. Et il m'a dit : Je dois avoir Van Persie dans le dos. Parce que je suis Van Persie. Ma fille monte à cheval et joue au hockey. Cela amène encore un peu de pression dans notre famille, mais je n'ai jamais amené mes enfants au sport avec les pieds de plomb. La seule chose qui m'ennuyait, c'est que je ne pouvais pas toujours venir les voir, mais ce problème-là sera bientôt résolu.