C'est un vaste débat qu'est celui de l'identité. Je ne compte plus les fois où au détour d'une conversation, on me demande si je suis Belge. Sous prétexte que je passe quelques jours par mois à Bruxelles, j'imagine.
...

C'est un vaste débat qu'est celui de l'identité. Je ne compte plus les fois où au détour d'une conversation, on me demande si je suis Belge. Sous prétexte que je passe quelques jours par mois à Bruxelles, j'imagine. Fils d'une mère sicilienne et d'un père vietnamien, j'ai suffisamment à faire pour mettre de l'ordre dans mon héritage personnel. Mais force est de constater qu'au petit jeu universel du "qui suis-je?", la Belgique occupe désormais une place de choix en tant que l'une des innombrables facettes du "moi", celles qui font la complexité et la richesse d'un être humain. Je crois que mon "moi Belge" est né un soir d'été 2018, que mes parents s'appellent Marouane Fellaini et Nacer Chadli, mon tonton Philippe Albert et mon frère Romelu Lukaku. C'était un Belgique-Japon et à 0-2 dans l'ambiance mi-studieuse, mi-stressée de la RTBF, j'étais l'un des seuls à croire au retour des Diables. Puisqu'on ne décide pas de ce genre de réaction, je me suis surpris à sauter au plafond et à prendre tout le monde dans mes bras - oui, on pouvait encore faire ça à l'époque - sur le but du 3-2. J'étais content, évidemment, mais surtout concerné. Je me suis senti exactement pareil le 8 décembre dernier. C'était un mardi et j'avais soigneusement noté qu'à 18h55, je cesserais toute activité pour pouvoir regarder le Club Bruges jouer sa qualification sur la pelouse de la Lazio. Ce soir-là, comme un peu plus de deux ans auparavant, je n'ai pas choisi d'être derrière la bande de Philippe Clement. Je n'ai pas choisi, non plus, de m'en prendre à Sobol après sa deuxième carte jaune. Et j'aurais aimé pouvoir choisir de ne pas hurler lorsque, dans les ultimes instants, Charles De Ketelaere a envoyé un missile s'écraser sur le poteau. La seule différence réside dans le pourquoi du sentiment d'appartenance. Il y a, derrière mon rapport à l'équipe nationale belge, quelque chose de profondément humain. J'ai été pris dans un tourbillon d'effervescence, une aventure collective. Il y a, dans le regard que je porte sur le Club Bruges, une admiration sportive réelle, un frisson d'envie de voir cette équipe performer ailleurs que sur la scène nationale. Parce qu'une partie de moi a besoin que ceux qui ne suivent pas la Pro League soient au courant. Au courant de quoi, au juste? Des chiffres? Pourquoi pas. Mais tout le monde y a accès. Je crois que j'aimerais simplement que les observateurs étrangers se rendent compte que les Blauw en Zwart ne sont pas juste "la petite équipe sympathique capable de faire trembler le Real ou le PSG". Et si je pensais déjà ça avant de passer à 2020, je dois admettre que le Père Noël est venu consolider mon raisonnement. Bas Dost, 31 printemps, était la pièce manquante du puzzle brugeois. Une machine à marquer aguerrie aux joutes européennes, capable de rendre les autres meilleurs, de travailler pour l'équipe et de marquer sur sa seule occasion. Évidemment, à l'échelle nationale, le Club Bruges s'en procure plus. Mais force est de constater qu'en deux matches seulement, le Néerlandais a fait oublier les coups moyennement réussis de son club au poste crucial de numéro 9. À une époque où recruter "jeune" est souvent bien vu, notamment pour la potentielle plus-value qui en découle, le champion en titre a réalisé la transaction parfaite en misant sur l'expérience et l'immédiateté. De ce transfert résulte la création d'une armada offensive qui s'est distinguée ce week-end. En balade à Anvers à en rendre les touristes du monde entier jaloux, le quatuor offensif De Ketelaere- Diatta- Lang-Dost était en démonstration. Une prestation sereine sans Hans Vanaken. Suspendu, le double Soulier d'Or et maître à jouer du Club peut regarder les matches des siens tranquille. Ou pas, d'ailleurs. Le tank roule toujours sans lui. Une machine de guerre épatante à tous les postes. On a notamment une pensée amicale pour Noa Lang, ainsi que pour sa grand-mère. Tout bonnement épatant depuis son arrivée, le Batave est une addition incroyable au noyau brugeois. Et que dire des prestations de Clinton Mata, Simon Mignolet ou encore Odilon Kossounou ce dimanche? Doux mélange de jeunesse et d'expérience, Bruges court vers un nouveau titre tout en prouvant que le travail réalisé en coulisses est bien fait. De bonnes signatures, des prolongations cruciales et toujours un peu plus d'ambitions. Et pour que ceux qui ne sont pas encore au courant qu'il faut allumer le téléviseur quand les potes de Krepin Diatta foulent une pelouse, on attend la suite de la campagne de Ligue Europa. Opposés au Dynamo Kiev en seizièmes de finale, les Brugeois ont toutes les cartes en main pour aller loin, après avoir prouvé qu'ils méritaient leur place en Ligue des Champions. Après ces quelques lignes, je ne suis toujours pas Belge, encore moins Brugeois, mais vous comprendrez encore mieux à quel point le football est un vecteur de passion et d'identification. On naît certes quelque part, mais on a le droit de tomber amoureux partout.