The Pearl. C'est l'endroit le plus branché de Doha, ville déjà hyper branchée par excellence. The Pearl est un ensemble d'immeubles de grand luxe construits sur une île artificielle, en arc de cercle. Paradisiaque. Et c'est là que Junior Edmilson vit sa nouvelle vie qatarie. Son club, Al-Duhail, le plus important et le plus riche du pays, lui a donné le choix quand il a débarqué cet été : une grande maison avec piscine, comme la plupart de ses coéquipiers, ou un appartement sur l'île artificielle. Il a choisi The Pearl et ses plages privées.

Quelques scènes de la vie d'Edmilson Junior au Qatar : la skyline de Doha., ISTOCK
Quelques scènes de la vie d'Edmilson Junior au Qatar : la skyline de Doha. © ISTOCK

Son appartement est un palace réparti sur trois étages. Une immense véranda au niveau le plus élevé, un salon XXL à l'étage intermédiaire, cinq grandes suites en bas... La table de ping-pong est déjà en place, la salle de sport dans l'une des suites est en gestation. C'est Junior au pays de la démesure.

Le destin du meilleur joueur des play-offs a basculé fin mai. Le moment où Roberto Martinez donne sa liste élargie pour la Coupe du monde est un tournant de sa vie. Ce jour-là, toute la famille est réunie chez ses parents.

" On était une vingtaine pour écouter la conférence de presse de Martinez ", raconte son père Edi qui, après sa carrière belge à Seraing, au Standard et à Ostende, avait lui aussi tenté une incursion aux émirats. " J'avais fait un test à Dubaï, puis un autre au Qatar, mais ça n'avait rien donné. "

Et donc, le jour de l'annonce de Martinez, dans la maison de Seraing, il y a Junior, ses parents, son frère Ediberg (prénom choisi en référence au tennisman Stefan Edberg), son agent, des amis, des cousins, etc.

Le surdoué de la famille a un déclic quand il voit que son nom n'est pas sur la liste. Pourquoi pas filer bien loin ? Après tout, puisqu'il n'est pas Diable Rouge, plus rien ne le retient près de chez nous. " Il serait probablement resté en Europe si Martinez l'avait pris à la Coupe du monde ", dit aujourd'hui son père.

Avec Rambo

Anderlecht est sur le coup. Marc Coucke, Luc Devroe et Hein Vanhaezebrouck, qui l'avait déjà invité à discuter à Gand, sont chauds. Mais le gamin n'a pas envie de recevoir à Liège le traitement que les supporters du Standard ont réservé à Steven Defour et Adrien Trebel, ça joue dans sa réflexion. La Fiorentina est intéressée.

La skyline de Doha., PG-INSTAGRAM
La skyline de Doha. © PG-INSTAGRAM

Mais l'approche la plus concrète, durant l'été, vient de Porto. En secret, une réunion est organisée chez Lucien D'Onofrio. Sergio Conceiçao, le coach de Porto, a fait le déplacement et tente de séduire Junior. Il faut seulement que le club vende d'abord Yacine Brahami. Patienter, donc.

Et puis, fin juillet, tout bascule. Des gens d'Al-Duhail, qui se sont déplacés en Belgique pour voir un autre Standardman en fin de saison, ont craqué pour Junior. Ils lui font subitement une offre mirobolante. Tout est très vite réglé.

Retour à The Pearl. Junior Edmilson est un coq en pâte au pays confetti. Il n'y avait pas non plus une belle histoire amoureuse pour le retenir en Belgique. Il a été en couple pendant quelques mois avec une jolie Flamande, mannequin, qui ne rate pas un match de l'Antwerp et officie comme hôtesse pour la Pro League.

Ils se sont quittés bons amis et la fille s'est retrouvée dans les bras de Mickaël Tirpan. Ils se sont entre-temps mariés. Donc, Junior est célibataire. Ou presque. Il a emmené à Doha son meilleur pote, Rambo, rencontré sur les bancs de l'école à Jemeppe.

" Rambo n'avait pas non plus grand-chose qui le retenait en Belgique ", explique Edi. " Pas de copine attitrée, un bête boulot... " Et donc, Rambo est à temps plein au Qatar pour combattre le spleen toujours possible de Junior.

Dans la galaxie PSG

À part ça, au Qatar, Junior Edmilson joue au foot. Et il joue pour le club qui écrase tout au pays. Al-Duhail est l'épouvantail. Six fois champion national depuis 2011, des coupes et des supercoupes. C'est dans ce club, qui portait alors un autre nom, qu'Eric Gerets a travaillé.

D'ailleurs, la direction l'a sondé quand elle a commencé à s'intéresser à Junior, et Gerets a répondu qu'il n'en pensait que du bien. Al-Duhail fait partie de la même galaxie que le PSG, le patron du club qatari est le bras droit du boss des Parisiens.

Il y a quelques semaines, les parents sont allés rendre visite au fiston. Edi a cru qu'il allait y laisser sa vie. " Junior m'avait dit de ne pas y aller à ce moment-là, parce qu'il faisait trop chaud. On est quand même partis. C'était un four. Certains jours, il faisait jusqu'à 54 degrés.

Déjà, je n'ai absolument pas reconnu le Qatar où j'étais passé pour un test il y a près de vingt ans. À l'époque, il n'y avait pas toute cette richesse. Mais bon, on doit aussi savoir que c'est un pays à deux visages.

Chaque fois qu'on voit des images du Qatar, il y a surtout des plages, des buildings démesurés et des grosses voitures. C'est comme ça à Doha. Mais dès qu'on s'écarte un peu, il y a la pauvreté, ou en tout cas ce n'est plus le grand luxe. Des petites maisons en briques qui n'ont rien à voir avec les bâtiments futuristes qu'on nous montre en continu.

Il y a des choses qui m'ont choqué quand on y est allés. D'abord le calme plat dans les rues. Il faisait tellement chaud que personne ne mettait le nez dehors avant le début de la soirée. Et puis, il y avait des gars qui jouaient des coudes pour pouvoir laver des voitures de riches pour l'équivalent de trois euros. Non, tout le monde ne roule pas sur l'or au Qatar. "

Médecins, ambulanciers et pompiers à l'entraînement

Le jour où Edi assiste à un entraînement de son fils, il aperçoit le fameux bras droit du président du PSG, calé seul dans un recoin du complexe d'entraînement. " Il est terriblement respecté là-bas. Quand il approche, tout le monde s'écarte. " Et il y a un dispositif de guerre.

" Le long du terrain, il y avait deux médecins, des ambulanciers, des pompiers. Ils sont restés jusqu'à la dernière minute, l'ambulance a démarré dès la fin de l'entraînement. Tellement il y a la crainte qu'un joueur fasse un malaise, à cause de la chaleur.

Au moment où les joueurs et les entraîneurs sont rentrés au vestiaire, près de dix gars sont montés sur le terrain pour réparer tout ce qui avait été abîmé, puis l'arrosage automatique s'est mis en route. Là-bas, ils arrosent à toute heure. Ce sont des terrains en herbe, des billards, pas des synthétiques. "

Al-Duhail ne joue pas dans un stade de la prochaine Coupe du monde, mais il y en a deux qui sont déjà prêts, où Junior a déjà joué. " Avant de passer les portes, il fait torride, insupportable ", raconte Edi. " Mais dès que tu es dedans, il ne fait plus qu'une vingtaine de degrés grâce à la climatisation. Ce sont des tuyaux énormes, tout autour de la pelouse, sur trois niveaux, qui crachent de l'air frais. Sur le terrain aussi, ça fait de l'effet. Junior dit que la température est tout à fait normale, comme chez nous. "

Sans surprise, Al-Duhail survole le championnat. L'équipe est coachée par le Tunisien Nabil Maâloul, qui dirigeait sa sélection au dernier Mondial. Le fait qu'il parle français a aidé à l'intégration de Junior Edmilson. Il y a aussi un joueur marocain dans le noyau. Et une colonie brésilienne avec un joueur, Lucas Mendes, qu'on a connu en Europe, à Marseille, ainsi que deux kinés, un médecin et un traducteur venant du même pays.

Pour le moment, l'ex-Standardman jongle donc entre le français et le portugais, et il commence à suivre des cours d'anglais pour pouvoir communiquer avec ses coéquipiers qataris.

Pas de fan-shop

" Vu que personne ne le connaissait quand il est arrivé, ça a été un peu difficile au début, sur le terrain ", continue son père. " On jouait très peu avec lui. Il a fallu du temps pour que les autres joueurs découvrent ses qualités. Et puis, l'entraîneur demandait un pressing haut pendant tout le match. À cause de la chaleur, c'était terrible. Le jour où Junior a joué son premier match, il ne savait plus où il était au moment où il a quitté le terrain. C'était dans un stade non climatisé. "

Sinon, il joue dans des stades de Coupe du monde qui comptent près de 50.000 sièges et il y a tout au plus 500 personnes. Rien que des hommes, portant tous la longue tenue blanche traditionnelle - aucun supporter ne porte le maillot de l'équipe, et donc il n'y a pas de fan-shop au Qatar.

" L'ambiance, il avoue que ça lui manque, surtout quand tu viens du Standard. " Junior a gardé une habitude adoptée dès ses premiers matches comme pro : dès qu'il est douché, il appelle son père pour faire un rapide debriefing.

Il lui restera toujours quelque chose du Standard, qu'il considère comme son club de coeur. Il est revenu récemment pour quelques jours en Belgique et son premier réflexe a été de partir faire un coucou à l'Académie. Oublié, donc, son coup de sang à la reprise des entraînements cet été, quand il avait brossé une semaine complète pour prolonger ses vacances ?

" C'était un malentendu ", dit Edi. " On était en vacances en famille au Brésil et Junior avait contacté Bruno Venanzi pour lui demander une semaine de plus. Venanzi ne répondait pas, donc Junior en a conclu que c'était ok, et depuis le Brésil, il a réservé une semaine en Bulgarie. Quand ça lui a été refusé, il a décidé de partir quand même. Oui, il s'est pris une grosse amende. "

Aux côtés de stars

Et puis, il y a eu son retour à l'entraînement, ensuite le match de Supercoupe contre Bruges. " Tout s'est réglé avec les Qataris avant ce match. Les gens du Standard voulaient qu'il le joue, les Qataris ne voulaient pas en entendre parler, de peur qu'il se blesse. Les directions des deux clubs ont discuté, et les Qataris ont finalement accepté qu'il dispute la Supercoupe. Il avait les idées ailleurs mais il a tout donné, et dès la fin du match, il a annoncé publiquement qu'il s'en allait. "

Il s'en allait pour côtoyer quelques légendes mondiales sur le retour. La Stars League version 2018-2019, c'est avec Xavi, Nigel de Jong et Samuel Eto'o, par exemple. Son équipe s'est hissée en quarts de finale de la Ligue des Champions d'Asie et a été éliminée par les Iraniens de Persepolis, devant près de 100.000 furieux au match retour.

© PG-INSTAGRAM

3,5 millions par an et c'est du net

Impossible, pour un footballeur du championnat de Belgique, d'approcher le salaire que touche Junior Edmilson. Près de 3,5 millions par saison. Sans taxation. Et un contrat de quatre ans. Faites le compte. Le gamin peut donc se lâcher. Et il se lâche.

Al-Duhail a mis à sa disposition la traditionnelle " voiture du club " : un gros 4 x 4 Mercedes ML. La marque à l'étoile est son dada depuis longtemps, donc il s'est acheté, aussi, une AMG, " avec le plus gros moteur Mercedes ", dixit Edi.

" C'est un vrai avion de chasse. " Et une Range Rover Velar, identique à celle qu'il avait en Belgique. Bon prince, il a laissé à son frère et à ses parents les caisses qu'il avait quand il jouait au Standard : la Classe S pour Ediberg, la Range pour Edi et sa femme.

" Il a toujours été fou de voitures et de chaussures ", continue le père. " Rien que pendant sa période au Standard, il a eu cinq ou six voitures, dont une Porsche Panamera. "

À propos, la Range dont il a hérité de Junior a une histoire très particulière. Le Standard était en stage en Espagne. En passant devant une concession, Junior a flashé sur cette Velar exposée avec un kit introuvable en Belgique. Il l'a achetée et a demandé à son agent de descendre sur place pour la ramener chez nous. Un monstre avec un moteur 3 litres. Elle était bordeaux au départ, elle est devenue jaune ensuite, elle est aujourd'hui kaki. Une passion, qu'on vous dit !

La visite du clan., PG-INSTAGRAM
La visite du clan. © PG-INSTAGRAM
Les plaisirs du quad dans le désert., PG-INSTAGRAM
Les plaisirs du quad dans le désert. © PG-INSTAGRAM
La baignade avec poto Rambo., PG-INSTAGRAM
La baignade avec poto Rambo. © PG-INSTAGRAM
Une assistance clairsemée dans les tribunes mais une vie de rêve sur le terrain comme en dehors : c'est l'expérience vécue par Edmilson Junior au Qatar., PG-INSTAGRAM
Une assistance clairsemée dans les tribunes mais une vie de rêve sur le terrain comme en dehors : c'est l'expérience vécue par Edmilson Junior au Qatar. © PG-INSTAGRAM
The Pearl. C'est l'endroit le plus branché de Doha, ville déjà hyper branchée par excellence. The Pearl est un ensemble d'immeubles de grand luxe construits sur une île artificielle, en arc de cercle. Paradisiaque. Et c'est là que Junior Edmilson vit sa nouvelle vie qatarie. Son club, Al-Duhail, le plus important et le plus riche du pays, lui a donné le choix quand il a débarqué cet été : une grande maison avec piscine, comme la plupart de ses coéquipiers, ou un appartement sur l'île artificielle. Il a choisi The Pearl et ses plages privées. Son appartement est un palace réparti sur trois étages. Une immense véranda au niveau le plus élevé, un salon XXL à l'étage intermédiaire, cinq grandes suites en bas... La table de ping-pong est déjà en place, la salle de sport dans l'une des suites est en gestation. C'est Junior au pays de la démesure. Le destin du meilleur joueur des play-offs a basculé fin mai. Le moment où Roberto Martinez donne sa liste élargie pour la Coupe du monde est un tournant de sa vie. Ce jour-là, toute la famille est réunie chez ses parents. " On était une vingtaine pour écouter la conférence de presse de Martinez ", raconte son père Edi qui, après sa carrière belge à Seraing, au Standard et à Ostende, avait lui aussi tenté une incursion aux émirats. " J'avais fait un test à Dubaï, puis un autre au Qatar, mais ça n'avait rien donné. " Et donc, le jour de l'annonce de Martinez, dans la maison de Seraing, il y a Junior, ses parents, son frère Ediberg (prénom choisi en référence au tennisman Stefan Edberg), son agent, des amis, des cousins, etc. Le surdoué de la famille a un déclic quand il voit que son nom n'est pas sur la liste. Pourquoi pas filer bien loin ? Après tout, puisqu'il n'est pas Diable Rouge, plus rien ne le retient près de chez nous. " Il serait probablement resté en Europe si Martinez l'avait pris à la Coupe du monde ", dit aujourd'hui son père. Anderlecht est sur le coup. Marc Coucke, Luc Devroe et Hein Vanhaezebrouck, qui l'avait déjà invité à discuter à Gand, sont chauds. Mais le gamin n'a pas envie de recevoir à Liège le traitement que les supporters du Standard ont réservé à Steven Defour et Adrien Trebel, ça joue dans sa réflexion. La Fiorentina est intéressée. Mais l'approche la plus concrète, durant l'été, vient de Porto. En secret, une réunion est organisée chez Lucien D'Onofrio. Sergio Conceiçao, le coach de Porto, a fait le déplacement et tente de séduire Junior. Il faut seulement que le club vende d'abord Yacine Brahami. Patienter, donc. Et puis, fin juillet, tout bascule. Des gens d'Al-Duhail, qui se sont déplacés en Belgique pour voir un autre Standardman en fin de saison, ont craqué pour Junior. Ils lui font subitement une offre mirobolante. Tout est très vite réglé. Retour à The Pearl. Junior Edmilson est un coq en pâte au pays confetti. Il n'y avait pas non plus une belle histoire amoureuse pour le retenir en Belgique. Il a été en couple pendant quelques mois avec une jolie Flamande, mannequin, qui ne rate pas un match de l'Antwerp et officie comme hôtesse pour la Pro League. Ils se sont quittés bons amis et la fille s'est retrouvée dans les bras de Mickaël Tirpan. Ils se sont entre-temps mariés. Donc, Junior est célibataire. Ou presque. Il a emmené à Doha son meilleur pote, Rambo, rencontré sur les bancs de l'école à Jemeppe. " Rambo n'avait pas non plus grand-chose qui le retenait en Belgique ", explique Edi. " Pas de copine attitrée, un bête boulot... " Et donc, Rambo est à temps plein au Qatar pour combattre le spleen toujours possible de Junior. À part ça, au Qatar, Junior Edmilson joue au foot. Et il joue pour le club qui écrase tout au pays. Al-Duhail est l'épouvantail. Six fois champion national depuis 2011, des coupes et des supercoupes. C'est dans ce club, qui portait alors un autre nom, qu'Eric Gerets a travaillé. D'ailleurs, la direction l'a sondé quand elle a commencé à s'intéresser à Junior, et Gerets a répondu qu'il n'en pensait que du bien. Al-Duhail fait partie de la même galaxie que le PSG, le patron du club qatari est le bras droit du boss des Parisiens. Il y a quelques semaines, les parents sont allés rendre visite au fiston. Edi a cru qu'il allait y laisser sa vie. " Junior m'avait dit de ne pas y aller à ce moment-là, parce qu'il faisait trop chaud. On est quand même partis. C'était un four. Certains jours, il faisait jusqu'à 54 degrés. Déjà, je n'ai absolument pas reconnu le Qatar où j'étais passé pour un test il y a près de vingt ans. À l'époque, il n'y avait pas toute cette richesse. Mais bon, on doit aussi savoir que c'est un pays à deux visages. Chaque fois qu'on voit des images du Qatar, il y a surtout des plages, des buildings démesurés et des grosses voitures. C'est comme ça à Doha. Mais dès qu'on s'écarte un peu, il y a la pauvreté, ou en tout cas ce n'est plus le grand luxe. Des petites maisons en briques qui n'ont rien à voir avec les bâtiments futuristes qu'on nous montre en continu. Il y a des choses qui m'ont choqué quand on y est allés. D'abord le calme plat dans les rues. Il faisait tellement chaud que personne ne mettait le nez dehors avant le début de la soirée. Et puis, il y avait des gars qui jouaient des coudes pour pouvoir laver des voitures de riches pour l'équivalent de trois euros. Non, tout le monde ne roule pas sur l'or au Qatar. " Le jour où Edi assiste à un entraînement de son fils, il aperçoit le fameux bras droit du président du PSG, calé seul dans un recoin du complexe d'entraînement. " Il est terriblement respecté là-bas. Quand il approche, tout le monde s'écarte. " Et il y a un dispositif de guerre. " Le long du terrain, il y avait deux médecins, des ambulanciers, des pompiers. Ils sont restés jusqu'à la dernière minute, l'ambulance a démarré dès la fin de l'entraînement. Tellement il y a la crainte qu'un joueur fasse un malaise, à cause de la chaleur. Au moment où les joueurs et les entraîneurs sont rentrés au vestiaire, près de dix gars sont montés sur le terrain pour réparer tout ce qui avait été abîmé, puis l'arrosage automatique s'est mis en route. Là-bas, ils arrosent à toute heure. Ce sont des terrains en herbe, des billards, pas des synthétiques. " Al-Duhail ne joue pas dans un stade de la prochaine Coupe du monde, mais il y en a deux qui sont déjà prêts, où Junior a déjà joué. " Avant de passer les portes, il fait torride, insupportable ", raconte Edi. " Mais dès que tu es dedans, il ne fait plus qu'une vingtaine de degrés grâce à la climatisation. Ce sont des tuyaux énormes, tout autour de la pelouse, sur trois niveaux, qui crachent de l'air frais. Sur le terrain aussi, ça fait de l'effet. Junior dit que la température est tout à fait normale, comme chez nous. " Sans surprise, Al-Duhail survole le championnat. L'équipe est coachée par le Tunisien Nabil Maâloul, qui dirigeait sa sélection au dernier Mondial. Le fait qu'il parle français a aidé à l'intégration de Junior Edmilson. Il y a aussi un joueur marocain dans le noyau. Et une colonie brésilienne avec un joueur, Lucas Mendes, qu'on a connu en Europe, à Marseille, ainsi que deux kinés, un médecin et un traducteur venant du même pays. Pour le moment, l'ex-Standardman jongle donc entre le français et le portugais, et il commence à suivre des cours d'anglais pour pouvoir communiquer avec ses coéquipiers qataris. " Vu que personne ne le connaissait quand il est arrivé, ça a été un peu difficile au début, sur le terrain ", continue son père. " On jouait très peu avec lui. Il a fallu du temps pour que les autres joueurs découvrent ses qualités. Et puis, l'entraîneur demandait un pressing haut pendant tout le match. À cause de la chaleur, c'était terrible. Le jour où Junior a joué son premier match, il ne savait plus où il était au moment où il a quitté le terrain. C'était dans un stade non climatisé. " Sinon, il joue dans des stades de Coupe du monde qui comptent près de 50.000 sièges et il y a tout au plus 500 personnes. Rien que des hommes, portant tous la longue tenue blanche traditionnelle - aucun supporter ne porte le maillot de l'équipe, et donc il n'y a pas de fan-shop au Qatar. " L'ambiance, il avoue que ça lui manque, surtout quand tu viens du Standard. " Junior a gardé une habitude adoptée dès ses premiers matches comme pro : dès qu'il est douché, il appelle son père pour faire un rapide debriefing. Il lui restera toujours quelque chose du Standard, qu'il considère comme son club de coeur. Il est revenu récemment pour quelques jours en Belgique et son premier réflexe a été de partir faire un coucou à l'Académie. Oublié, donc, son coup de sang à la reprise des entraînements cet été, quand il avait brossé une semaine complète pour prolonger ses vacances ? " C'était un malentendu ", dit Edi. " On était en vacances en famille au Brésil et Junior avait contacté Bruno Venanzi pour lui demander une semaine de plus. Venanzi ne répondait pas, donc Junior en a conclu que c'était ok, et depuis le Brésil, il a réservé une semaine en Bulgarie. Quand ça lui a été refusé, il a décidé de partir quand même. Oui, il s'est pris une grosse amende. " Et puis, il y a eu son retour à l'entraînement, ensuite le match de Supercoupe contre Bruges. " Tout s'est réglé avec les Qataris avant ce match. Les gens du Standard voulaient qu'il le joue, les Qataris ne voulaient pas en entendre parler, de peur qu'il se blesse. Les directions des deux clubs ont discuté, et les Qataris ont finalement accepté qu'il dispute la Supercoupe. Il avait les idées ailleurs mais il a tout donné, et dès la fin du match, il a annoncé publiquement qu'il s'en allait. " Il s'en allait pour côtoyer quelques légendes mondiales sur le retour. La Stars League version 2018-2019, c'est avec Xavi, Nigel de Jong et Samuel Eto'o, par exemple. Son équipe s'est hissée en quarts de finale de la Ligue des Champions d'Asie et a été éliminée par les Iraniens de Persepolis, devant près de 100.000 furieux au match retour.