Si un homme était particulièrement motivé, dimanche, à l'Estadio Ramón Sánchez Pizjuan, c'était bien Julen Lopetegui. Il n'a eu de cesse de gesticuler devant son dug-out et de replacer ses joueurs sur le terrain. Il y a un an, dans ce même stade, il s'était assis sur le banc d'en face, celui du Real Madrid. Son équipe s'était alors inclinée 3-0. C'était le début de la fin pour Lopetegui, qui allait être limogé un mois plus tard.
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Si un homme était particulièrement motivé, dimanche, à l'Estadio Ramón Sánchez Pizjuan, c'était bien Julen Lopetegui. Il n'a eu de cesse de gesticuler devant son dug-out et de replacer ses joueurs sur le terrain. Il y a un an, dans ce même stade, il s'était assis sur le banc d'en face, celui du Real Madrid. Son équipe s'était alors inclinée 3-0. C'était le début de la fin pour Lopetegui, qui allait être limogé un mois plus tard. Cet été, le Basque a retrouvé de l'embauche en Andalousie. Sous sa direction, le FC Séville a magnifiquement entamé la saison. Jeudi passé, en Europa League, il a aligné une sorte d'équipe B pour se rendre en Azerbaïdjan, afin d'y affronter le FK Qarabag. Il s'y est imposé 0-3. Son équipe-type avait été préservée afin de faire subir un sort à son ex-club et à son entraîneur Zinédine Zidane qui se trouve dans l'oeil du cyclone. Mais c'était compter sans les joueurs du Real. Après l'humiliation subie à Paris en Champions League (3-0), ils se sont créé les meilleurs occasions dans un match fermé et se sont méritoirement imposés 0-1 en formant un vrai bloc. Un soulagement pour Zidane et aussi pour Eden Hazard et Thibaut Courtois. Le gardien avait été très critiqué ces dernières semaines et a enfin eu l'occasion de clouer le bec à ses détracteurs, en signant une première clean sheet. Hazard, quant à lui, a disputé son premier match complet sous ses nouvelles couleurs, même s'il a été remplacé à la 90e minute par Lucas Vázquez. C'était son match le plus abouti cette saison, mais le public espagnol n'a pas encore eu l'occasion de découvrir le meilleur Hazard. Le point positif, c'est que l'équipe de Zizou s'est rachetée et est désormais co-leader de la Liga, Il reste du pain sur la planche, mais tout le monde respire. C'est que, ces derniers mois, la belle mécanique a connu quelques ratés... " S'il part demain, tant mieux. " Zinédine Zidane le dit sans détours. Nous sommes le 21 juillet 2019. Le Real Madrid vient de jouer son premier match amical de la saison et s'est incliné 3-1 contre le Bayern Munich. Un journaliste lui demande pourquoi Gareth Bale ne faisait pas partie de la sélection. " Parce que nous sommes en train de régler son départ ", répond mécaniquement Zizou, sans hausser la voix. Je n'ai rien contre Bale, mais je prends des décisions. À un moment donné, il faut apporter du changement. Et son départ fera le plus grand bien à tout le monde. C'est une décision de l'entraîneur, mais aussi du joueur, car il connaît la situation." Deux mois plus tard, Gareth Bale est, avec deux buts et un assist, l'un des joueurs les plus décisifs du Real Madrid cette saison. Le plus curieux, c'est que le Gallois ne semble prendre aucun plaisir lorsqu'il évolue sur le terrain. Lorsqu'il marque, il réagit comme un ouvrier qui travaille à la chaîne : le boulot est fait, passons au suivant. Dans son jeu, on distingue quand même une certaine forme d'acharnement, comme s'il voulait dire à l'entraîneur : " Tu vois bien ? " L'histoire de James Rodríguez est similaire. Il y a deux saisons, Zidane avait donné son bon de sortie au Colombien. C'était une gifle pour le numéro 10, car le Real Madrid avait toujours été son club de coeur et Zidane était en outre son joueur favori. Que son idole ne veuille plus de lui, c'était dur à encaisser. Mais tout aussi compréhensible : James brillait davantage dans la nuit madrilène que sur la pelouse. Un comportement que l'ascète Zidane, élevé à l'eau de source, ne pouvait tolérer. Pendant deux ans, James a été prêté au Bayern Munich, où il ne s'est pas totalement imposé non plus. En juin, le Colombien de 28 ans s'est représenté au centre d'entraînement de Valdebebas, mais il y a appris que Zidane ne comptait pas sur lui et qu'il pouvait aller voir ailleurs. Oui, l'été promettait d'air chaud à Madrid, mais les souhaits de Zidane n'ont pas été exaucés. Les joueurs dont il voulait se débarrasser - Bale, James et aussi Isco - sont finalement restés. Parce qu'aucune offre décente n'est arrivée pour eux, ou parce que le président Florentino Pérez s'est opposé à leur départ ? Lorsque Zizou a troqué son Speedo pour un survêtement du Real, le 11 mars 2019, le président Pérez le considérait comme le sauveur et était prêt à lui attribuer les pleins pouvoirs sportifs. N'oublions pas qu'après la saison 2017/18, lorsqu'il avait conquis une troisième Ligue des Champions consécutive de manière presque miraculeuse, il avait jeté l'éponge parce qu'il sentait que Pérez n'accéderait pas à ses souhaits sportifs. Mais, lorsque le Real Madrid a commencé le championnat le 17 août sur le terrain de l'Estadio Balaídos du Celta Vigo, aucun nouveau nom ne figurait dans le onze de base par rapport à la saison dernière (Hazard était blessé). Sur le plan tactique, Zidane n'a pas davantage surpris avec son 4-3-3. L'entrejeu était compose du même trio, Modric-Casemiro-Kroos, qui avait été surclassé, six mois plus tôt à Bernabéu, par les jeunes pousses de l'Ajax (1-4). À l'arrière gauche, on trouvait Marcelo, qui accusait un excédent de poids de 11 kilos la saison dernière et qui défendait comme un sac de patates (mais qui, offensivement, apportait encore son lot de piments). Bref, le " nouveau " Real Madrid ressemblait comme deux gouttes d'eau à l'ancien. Qu'y avait-il donc de changé ? Eden Hazard, le seul qui aurait pu apporter du changement, a loupé le début du championnat à cause d'une blessure. Étrange, car le Diable Rouge n'est presque jamais blessé. Mais il n'était pas le seul. Depuis le début de la préparation, pas moins de dix joueurs du Real se sont retrouvés sur la touche pour un petit temps, dont des cadres comme Thibaut Courtois et Luka Modric. Avec de telles statistiques, tous les regards se portent automatiquement sur le préparateur physique. Ce n'est plus l'Italien Antonio Pintus, qui avait conduit trois fois le Real Madrid vers la victoire en Champions League. Comme la condition physique était déficiente la saison dernière chez les joueurs du Real - c'était du moins l'avis de Pérez et de Zidane - Pintus a été limogé. Entre-temps, il a retrouvé de l'embauche à l'Inter de l'homme-au-fouet, Antonio Conte. Le nouveau préparateur physique du Real est le Français Grégory Dupont. Lors de la Coupe du monde en Russie, il avait réussi une performance qui n'est pas passé inaperçue : il était parvenu à ce que l'équipe de France ne doive déplorer aucune blessure durant tout le tournoi. Son travail au Real n'est pas davantage passé inaperçu, mais pour la raison inverse : dix blessés en huit semaines. Zidane tenait absolument à faire venir Dupont, parce qu'il voulait faire de son équipe, une machine. Une équipe qui attaquait avec autant d'acharnement qu'elle ne défendait. Une équipe qui impressionnait autant par sa qualité que par son physique. Mais, après les six premiers matches officiels de la nouvelle saison, le constat est inquiétant : le Real ne fait peur qu'à lui-même. Lors de son match de Ligue des Champions au PSG, selon le chiffres fournis par l'UEFA, les joueurs du Real ont parcouru une distance totale de 80.497 mètres. C'est le record négatif des Madrilènes. Durant les 117 matches européens que le Real Madrid a disputés au cours des dix dernières années, il avait toujours franchi la barre des 100.000 mètres. Seul le match de CL contre le FC Barcelone en 2011 fait exception à la règle : 99.752 mètres. Zidane a parlé après le match d'un " manque d'intensité ". Il avait déjà fait la même constatation après le match à domicile contre le Real Valladolid, qui s'était clôturé par un décevant 1-1 : " Nous avons joué une bonne première mi-temps, mais nous ne pouvons pas nous contenter de 50 ou 60 minutes. Nous devons être à fond durant 90 minutes. Car un match dure 90 minutes. " Une autre statistique inquiétante après le match contre le PSG : c'était la première fois en 578 matches (sur dix ans) que le Real n'était pas parvenu à cadrer un seul de ses tirs. Les deux buts annulés n'ont pas été comptabilisés. Sur l'ensemble des six matches officiels, les joueurs ont réalisé en moyenne beaucoup moins de passes que la saison dernière, et la possession du ballon est également inférieure (55% contre 67% en 2018/19). L'équipe inscrit moins de buts mais en encaisse plus. Or, pour ceux qui auraient la mémoire courte, rappelons que la saison dernière avait été dra-ma-tique. Si l'on met tout cela bout à bout, la moindre des choses est de constater que " Zidane a encore beaucoup de travail ". La pression s'intensifie sur le Français, même si la victoire de dimanche au FC Séville lui redonne un peu de crédit. Dans la presse espagnole, les spéculations vont déjà bon train concernant le nom de son successeur. Trois noms circulent. Le premier est celui de Raúl González Blanco, qui est en ce moment à la tête du Real Madrid Castilla. Zidane était lui-même le coach de la réserve lorsqu'il a été promu pour succéder à Rafael Benítez. Santiago Solari a également effectué la même trajectoire lorsqu'il a pris la succession de Julen Lopetegui, la saison dernière. Par ailleurs, deux entraîneurs de haut niveau sont disponibles pour reprendre le flambeau. Massimiliano Allegri est l'un d'eux. Il avait déjà été cité durant l'été 2018, mais l'Italien était alors sous contrat à la Juventus. Et puis, il y a bien sûr José Mourinho. Depuis que Manchester United lui a décerné son C4 en décembre de l'an passé, il est à la recherche d'un emploi. The Special One est devenu The Waiting One, mais il commence à s'impatienter. Fin juin, il a déjà déclaré à Sky Sports : " J'ai eu le temps de réfléchir et j'en suis arrivé à la conclusion que Ze ( son surnom, ndlr) avait encore beaucoup d'essence dans le réservoir. " Il a déjà rejeté une offre de Benfica et d'au moins un grand club chinois, car il préfère attendre un grand club qui soit " Mourinhista ". En d'autres termes : qui soit fan de lui. Florentino Pérez a toujours été son supporter n°1. Le président du Real avait déjà discuté avec lui d'un éventuel retour à la fin 2015, lorsque Rafael Benítez était sous pression. Iker Casillas, l'une des épines dans le pied de Mourinho, avait déjà déménagé au FC Porto à ce moment-là. Jusque-là, le gardien n'avait connu que trois amours : la Maison Blanche, l'équipe nationale et Sara Carbonero. Ce problème écarté, en restaient deux autres à régler : Cristiano Ronaldo et Sergio Ramos, le duo qu'il considère comme responsable de son départ du Real Madrid en 2013. " Si vous pouvez vous séparer de ces deux éléments perturbateurs, nous pourrons discuter ", avait répondu le Portugais à Pérez en 2015. Entre-temps, Ronaldo est parti à la Juventus. Ramos, qui est devenu une icône du club après 14 années passées à la Maison Blanche, a encore un contrat qui court jusqu'en juin 2021, mais le club n'a pas l'intention de le renouveler. Si le Special One devait revenir à Madrid, ce ne serait pas nécessairement une mauvaise nouvelle pour Hazard. Le Belge s'était épanoui durant la saison 2013/14 sous la direction de Mourinho à Chelsea et avait remporté le titre en Premier League avec lui. La saison suivante fut cependant d'un moindre calibre et les tabloïds britanniques avaient écrit que Hazard voulait planter un couteau dans le dos de son coach. Mais il n'y a, semble-t-il, jamais eu de vrai conflit entre les deux hommes. Lors d'une interview, en octobre de l'an passé, Hazard avait encore déclaré : " La dernière saison avec Mourinho n'avait pas été agréable, mais si vous me demandiez de citer le nom d'un entraîneur avec lequel j'aimerais retravailler, je répondrais : Mourinho. " Peu de temps après, le Portugais s'était aussi montré élogieux envers son ancien joueur : " Nous avons toujours eu une bonne relation. Nous avons été champions ensemble. Il avait, pour la première fois, été élu meilleur joueur de Premier League sous ma direction. Je pense que nous ne partageons que de bons souvenirs. Lorsqu'on s'entend bien, on s'adresse mutuellement des compliments. Lorsque l'on ne s'entend pas, ce n'est pas le cas. " En février, Mourinho y est allé d'un autre compliment en déclarant : " Eden a le talent, la personnalité et les épaules assez solides pour porter un maillot aussi lourd que celui du Real. " Des propos qui ont accéléré son transfert vers la capitale espagnole. Le maillot immaculé du Real Madrid est l'un des plus beaux à porter, mais qu'il soit lourd, Eden Hazard a déjà pu le constater depuis son arrivée. Sur le site de l'UEFA, le meilleur footballeur belge de tous les temps a encore déclaré la semaine dernière : " Nulle part ailleurs, les attentes ne sont aussi grandes qu'au Real Madrid. Ici, la victoire est la seule chose qui compte. Mais je sais que, pour être efficace, j'ai besoin de m'amuser. Dans ce cas, les résultats suivent automatiquement. " S'amuse-t-il pour l'instant ? On peut en douter. À cause de cette blessure qui a gâché son début de saison, Hazard n'a encore passé que 190 minutes sur le terrain : 30 minutes contre Levante, 70 contre le PSG et 90 contre le FC Séville. C'est trop peu pour juger ses prestations. Mais, pour l'instant, il n'a pas encore réussi à convaincre. Pourtant, tous les regards sont tournés vers lui, même si le Real a dépensé au total 307,5 millions d'euros pour ses transferts entrants. Il est le seul renfort qui soit sûr d'être titulaire sous Zidane. Qui d'autre pourrait redresser un Real chancelant ? Les autres transferts entrants sont déjà relégués au rang de remplaçants : Jovic pour Benzema, Militão pour Ramos et Mendy pour Marcelo. Pourtant, lors de l'Assemblée Générale avec les socios du Real Madrid la semaine dernière, Florentino Pérez a encore parlé de Mendy comme du " meilleur arrière gauche de la Ligue 1 et l'un des meilleurs d'Europe ", et de Militão comme de " l'un des meilleurs joueurs du championnat portugais ". Pourquoi ne jouent-ils pas, dans ce cas ? Les mauvaises langues prétendent que, si Zidane ne veut pas les aligner, c'est parce qu'il n'a pas reçu Paul Pogba, mais le fait qu'ils ne soient pas encore totalement prêts constitue une explication plus plausible. N'oublions pas, aussi, qu'ils sont tous les trois encore relativement jeunes : Mendy a 24 ans, Jovic et Militão 21. Non, le redressement du Real devra passer par notre compatriote. Tout comme le rival du Barça attend que Lionel Messi ait retrouvé toutes ses facultés, le Real est dépendant de la courbe de forme d'Eden Hazard. Le Messie a débarqué à Madrid, il ne manque plus que les résultats et la manière. Hala Hazard !