Si l'acte de naissance officiel pointe l'année 1902, le Real Madrid est venu au monde une nouvelle fois à l'âge de 54 ans. Précisément le 13 juin 1956, sur la pelouse du Parc des Princes. Sous les projecteurs de la Ville Lumière, Alfredo Di Stéfano et Paco Gento emmènent la Casa Blanca vers son premier sacre dans la toute nouvelle " Coupe des Clubs Champions. " Le début d'une habitude renouvelée lors des quatre saisons suivantes, qui associe pour toujours le club de la capitale espagnole au trophée le plus prestigieux du football de clubs.

Eden Hazard a contraint le Real à poser cent millions d'euros sur la table pour faire de lui la tête de gondole de son nouveau projet.

Interrompu par le Benfica d' Eusebio, le quinquennat madrilène installe tranquillement le Real comme le plus grand club du continent. Les stars se succèdent aux côtés de Di Stéfano, la Flèche blonde qui asservit même le talent de Ferenc Puskas et les buts de RaymondKopa. Celui que Madrid finira par surnommer Don Alfredo empile les roses et les trophées continentaux, pour s'installer confortablement sur le siège de plus grand joueur de l'Histoire du club.

Ni Emilio Butragueño et sa fameuse Quinta del Buitre, restée orpheline de coupe aux grandes oreilles, ni Raúl Gonzalez ne pourront s'installer à la hauteur de la légende locale. Pourtant, sous la conduite du mythique numéro 7 espagnol, épaulé par un nombre croissant de " Galactiques " recrutés par le président Florentino Pérez, le Real entame sa deuxième série victorieuse sur la scène européenne.

Sacré en 1998 face à la Juventus, puis deux ans plus tard face à Valence, le club conquiert un troisième trophée en six ans en venant à bout de Leverkusen en 2002. La volée exceptionnelle de Zinédine Zidane offre un neuvième sacre continental aux Blancos, et le transfert de Ronaldo quelques semaines plus tard, dans la foulée d'un Mondial asiatique survolé par le Fenomeno, augure des lendemains encore plus enchanteurs.

EN ROUTE POUR LA DÉCIMA

Pourtant, la magie s'évapore au moment où on s'y attend le moins. Le Real sombre progressivement, et ne parvient même plus à franchir l'écueil des huitièmes de finale à partir de 2005. La courte période de Ramon Calderon à la tête du club n'y change rien. À l'été 2009, au bout d'une nouvelle saison frappée par les désillusions nationales et continentales, Florentino Pérez fait son retour, promettant aux socios de l'ivresse européenne à foison.

Quelques semaines après sa reprise de pouvoir, il emmène les Ballons d'or de Kaka et Cristiano Ronaldo dans la capitale, épaulés par Karim Benzema ou Xabi Alonso. Sous les ordres de Manuel Pellegrini, engagé pour ses succès et son football spectaculaire à la tête du Villarreal de Juan Roman Riquelme, le Real se voit déjà en finale d'une Ligue des Champions dont les nonante dernières minutes se disputeront dans son stade.

En amical : retrouvailles avec les joueurs d'Arsenal pour le néo-Madridista., getty
En amical : retrouvailles avec les joueurs d'Arsenal pour le néo-Madridista. © getty

Mais dès les huitièmes de finale, Lyon renvoie les rêves de Décima au congélateur. Sur la pelouse du Bernabéu, c'est l'entraîneur de l'Inter, José Mourinho, qui braque le trophée tant convoité, après avoir sorti le Barça de Pep Guardiola en demi-finales. Séduit par le seul homme capable de venir à bout de la machine catalane, Pérez lui offre les clés de la Maison Blanche et les pleins pouvoirs qui vont avec.

Malgré les 300 millions d'euros dépensés lors de ce mercato, seul Eden Hazard semble être un titulaire en puissance parmi les recrues de l'été.

Au bout de son premier hiver madrilène, le Special One emmène ses troupes jusqu'au dernier carré de la Ligue des Champions, effaçant sur sa route Lyon et Tottenham avant de buter sur le Barça, futur vainqueur de l'épreuve. S'il ne parvient pas à soulever sa troisième Coupe aux grandes oreilles, encore barré un an plus tard par le Bayern, Mourinho installe les fondations d'un nouveau cycle de victoires, articulé autour des talents de buteur de Cristiano Ronaldo.

Carlo Ancelotti puis Zidane en récolteront les fruits, l'Italien décrochant la fameuse Décima avant que le divin chauve français réussisse l'exploit d'accumuler trois trophées européens de rang, là où personne n'était parvenu à régner sur le continent deux fois d'affilée depuis le début des années nonante, quand la Ligue des Champions s'était élargie pour devenir la compétition la plus exigeante de la saison.

Neuf ans après la reprise de sa route vers les sommets, Florentino Pérez avait incontestablement réussi son pari. Triple champion d'Europe en titre, il avait réussi à refaire du Real Madrid le plus grand club de la planète, alors que le meilleur joueur du monde portait le maillot blaugrana du rival catalan.

Le noyau construit, gargantuesque, avait permis à Zidane d'emmener ses troupes vers un doublé Liga-C1, l'Europe étant conquise par Ronaldo et consorts pendant que les supersubs Alvaro Morata et James Rodriguez survolaient les week-ends sur la scène nationale. Au cours de cet exercice historique, le Real enchaîne même une série de quarante rencontres sans connaître la défaite, toutes compétitions confondues.

DE CRISTIANO À EDEN

Parce qu'une telle domination est forcément éphémère, le conte de fées ne pouvait pas s'éterniser. Encore sacré face à Liverpool en 2018, grâce à la domination de Sergio Ramos dans la surface défensive et aux buts de Ronaldo à l'autre bout du terrain, le Real s'éteint quand son buteur portugais quitte Madrid, avec ses 450 buts en neuf ans dans les valises.

S'il facture une Coupe d'Europe de moins que Di Stéfano, le quintuple Ballon d'or a rejoint la Saeta Rubia au sommet de l'histoire du football madrilène. Avec son départ, c'est inévitablement un nouveau cycle qui démarre au sein de la Casa Blanca. Et pour le remplacer, le Real ne choisit personne.

La promesse Marco Asensio et le lieutenant Gareth Bale doivent prendre la relève du général, mais le plan tourne au fiasco. Largué en championnat, le club est effacé de la course aux trophées dès la fin de l'hiver, éliminé en huitièmes de finale de la Ligue des Champions par l'audacieux Ajax de Frenkie de Jong et Matthijs de Ligt.

Florentino Pérez doit agir. Après les échecs successifs de Julen Lopetegui et de SantiagoSolari sur le banc de touche, il rappelle Zidane, qui avait pourtant semé le chaos quelques mois plus tôt en annonçant son départ à la fin du mois de mai, quand tous les grands noms de la profession avaient déjà trouvé preneur.

Le président tente de s'en sortir par le jeu, débauchant le sélectionneur de la Roja en pleine Coupe du monde, avant de se résigner à revenir à son fil rouge de toujours : le recrutement d'un Galactique pour provoquer la naissance d'un nouveau cycle de succès.

Face à l'impossibilité de recruter Neymar ou Kylian Mbappé, avant les démêlés du Brésilien avec la direction parisienne, Pérez décide de jeter son dévolu sur ce Belge qui fait la cour à la Casa Blanca depuis de longues années, au point de refuser de discuter avec la direction du Barça quand elle veut sonder la possibilité de l'emmener en Catalogne.

Eden Hazard, à un an de la fin de son contrat, contraint le Real à poser cent millions d'euros sur la table pour faire de lui la tête de gondole de son nouveau projet. Après une année de transition, sans personne pour enfiler le masque de Cristiano Ronaldo, le Diable rouge devient le nouveau visage du Real Madrid, celui qui se retrouvera sur les affiches en vis-à-vis de Lionel Messi à l'heure de vendre le Clasico sur les chaînes du monde entier.

AU COEUR DE LA CIBLE

Au bout du mois de juillet, alors que la préparation madrilène est entachée par une lourde défaite face à l'Atlético (3-7), la théorie d'un retour aux sommets européens dès cette saison prend déjà du plomb dans l'aile. Malgré les 300 millions d'euros dépensés lors de ce mercato, seul Hazard semble être un titulaire en puissance parmi les recrues de l'été. Les buts de Luka Jovic, les courses de Ferland Mendy ou les slaloms de Rodrygo ne seront que des plans B, pour étoffer la concurrence et réveiller certains talents endormis.

Dans la presse espagnole, la quête de coupables a donc déjà commencé. En coulisses, on parle d'une guerre froide entre le président Pérez et son coach, notamment autour du cas de la signature de Paul Pogba, désiré par l'entraîneur français malgré les réticences de Florentino. L'immobilisme de Zidane, réticent à briser la confiance qu'il accorde à ceux qui l'ont emmené vers le triplé européen historique, est également pointé du doigt.

Par rapport au onze de base de son dernier sacre continental, ZZ n'a modifié que deux joueurs dans son équipe : les Belges Hazard et Thibaut Courtois, arrivés à la place de Ronaldo et de Keylor Navas. Ni la méforme de Toni Kroos et Luka Modric, ni les errements défensifs répétés de Marcelo, ni la saison dramatique de Raphaël Varane n'ont remis la hiérarchie en question.

Et puis, évidemment, il y a Eden. Nouvelle tête d'affiche, et cible de choix pour les critiques. Dans un club où tout est passé au peigne fin, du moindre entraînement ouvert à l'échantillon de performance en match amical, certains n'ont pas manqué de pointer son surpoids au retour de vacances, chiffré à sept kilos par des sources proches de la direction madrilène.

En attendant de répondre avec ses pieds, dès les premiers matches officiels, Hazard fait profil bas. La pression sur ses épaules n'aura jamais été aussi élevée. Les sceptiques ne se plaisent-ils pas déjà à rappeler ses chiffres faméliques en phase finale de Ligue des Champions ? Sous le maillot de Chelsea, le Diable rouge n'a marqué que deux fois en C1 après la trêve hivernale, quand les prestations comptent double. Et c'était à chaque fois sur penalty.

Les mois à venir devront confirmer le choix de Zidane, qui a convaincu le club d'opter pour Eden Hazard en tant que nouvelle figure de proue du football de la Casa Blanca. Il faudra frapper fort, car la patience ne fait pas partie des vertus des tribunes du Bernabéu. Une marée humaine qui semble oublier qu'entre sa neuvième Ligue des Champions et la Décima, le club a dû patienter douze ans. Et que quelques décennies plus tôt, il avait fallu compter 32 longues saisons entre le sixième et le septième sacre continental.

Les cycles du Real sont ravageurs, mais l'ivresse des enchaînements historiques accouche généralement d'une gueule de bois prolongée. Certains craignent déjà de revenir au Real d'avant 2010, plus souvent vaincu que vainqueur à l'heure d'affronter les premiers matches à élimination directe de la Ligue des Champions.

L'après Cristiano Ronaldo a rapidement pris des airs de fin de règne. Mais les deux Diables du noyau sont prêts à tout pour éviter que leurs arrivées successives coïncident avec le déclin d'une dynastie historique.

© getty

Le cas Courtois

Jamais vraiment souverain depuis son retour dans la capitale espagnole, Thibaut Courtois est méconnaissable pour les supporters du Real, qui se souvenaient de la pieuvre capable de multiplier les miracles en protégeant les cages des Colchoneros de Diego Simeone. Un an après son arrivée, le meilleur gardien du dernier Mondial ne fait toujours pas l'unanimité.

Vu comme une opportunité du marché, vu la proximité de la fin de son contrat, le transfert du Diable rouge avait fait grincer quelques dents en Espagne l'été dernier. Pourquoi chercher à mettre un titulaire dans les pattes de Keylor Navas, l'un des héros de la treizième Ligue des Champions devenu à coups de parades inattendues l'un des favoris des tribunes ?

Acclamé en solitaire au bout d'une défaite face au Betis qui scellait le championnat en mai dernier, le Costaricien était également présenté comme l'un des favoris de Zinédine Zidane. Pourtant, en début de saison, il a été affirmé clairement que Courtois serait le nouveau numéro un incontestable dans la hiérarchie des gardiens madrilènes.

Et puisque certains ont sous-entendu que la décision était venue d'en haut, elle n'a pas rendu le Belge plus populaire auprès de fans qui lui reprochent encore certains chants railleurs remontant à son époque de l'Atlético.

Douze mois n'ont pas suffi pour réussir l'opération séduction espérée. Seuls des arrêts décisifs et une lutte pour les titres semblent désormais pouvoir permettre au géant diabolique d'inverser la tendance.

Si l'acte de naissance officiel pointe l'année 1902, le Real Madrid est venu au monde une nouvelle fois à l'âge de 54 ans. Précisément le 13 juin 1956, sur la pelouse du Parc des Princes. Sous les projecteurs de la Ville Lumière, Alfredo Di Stéfano et Paco Gento emmènent la Casa Blanca vers son premier sacre dans la toute nouvelle " Coupe des Clubs Champions. " Le début d'une habitude renouvelée lors des quatre saisons suivantes, qui associe pour toujours le club de la capitale espagnole au trophée le plus prestigieux du football de clubs. Interrompu par le Benfica d' Eusebio, le quinquennat madrilène installe tranquillement le Real comme le plus grand club du continent. Les stars se succèdent aux côtés de Di Stéfano, la Flèche blonde qui asservit même le talent de Ferenc Puskas et les buts de RaymondKopa. Celui que Madrid finira par surnommer Don Alfredo empile les roses et les trophées continentaux, pour s'installer confortablement sur le siège de plus grand joueur de l'Histoire du club. Ni Emilio Butragueño et sa fameuse Quinta del Buitre, restée orpheline de coupe aux grandes oreilles, ni Raúl Gonzalez ne pourront s'installer à la hauteur de la légende locale. Pourtant, sous la conduite du mythique numéro 7 espagnol, épaulé par un nombre croissant de " Galactiques " recrutés par le président Florentino Pérez, le Real entame sa deuxième série victorieuse sur la scène européenne. Sacré en 1998 face à la Juventus, puis deux ans plus tard face à Valence, le club conquiert un troisième trophée en six ans en venant à bout de Leverkusen en 2002. La volée exceptionnelle de Zinédine Zidane offre un neuvième sacre continental aux Blancos, et le transfert de Ronaldo quelques semaines plus tard, dans la foulée d'un Mondial asiatique survolé par le Fenomeno, augure des lendemains encore plus enchanteurs. Pourtant, la magie s'évapore au moment où on s'y attend le moins. Le Real sombre progressivement, et ne parvient même plus à franchir l'écueil des huitièmes de finale à partir de 2005. La courte période de Ramon Calderon à la tête du club n'y change rien. À l'été 2009, au bout d'une nouvelle saison frappée par les désillusions nationales et continentales, Florentino Pérez fait son retour, promettant aux socios de l'ivresse européenne à foison. Quelques semaines après sa reprise de pouvoir, il emmène les Ballons d'or de Kaka et Cristiano Ronaldo dans la capitale, épaulés par Karim Benzema ou Xabi Alonso. Sous les ordres de Manuel Pellegrini, engagé pour ses succès et son football spectaculaire à la tête du Villarreal de Juan Roman Riquelme, le Real se voit déjà en finale d'une Ligue des Champions dont les nonante dernières minutes se disputeront dans son stade. Mais dès les huitièmes de finale, Lyon renvoie les rêves de Décima au congélateur. Sur la pelouse du Bernabéu, c'est l'entraîneur de l'Inter, José Mourinho, qui braque le trophée tant convoité, après avoir sorti le Barça de Pep Guardiola en demi-finales. Séduit par le seul homme capable de venir à bout de la machine catalane, Pérez lui offre les clés de la Maison Blanche et les pleins pouvoirs qui vont avec. Au bout de son premier hiver madrilène, le Special One emmène ses troupes jusqu'au dernier carré de la Ligue des Champions, effaçant sur sa route Lyon et Tottenham avant de buter sur le Barça, futur vainqueur de l'épreuve. S'il ne parvient pas à soulever sa troisième Coupe aux grandes oreilles, encore barré un an plus tard par le Bayern, Mourinho installe les fondations d'un nouveau cycle de victoires, articulé autour des talents de buteur de Cristiano Ronaldo. Carlo Ancelotti puis Zidane en récolteront les fruits, l'Italien décrochant la fameuse Décima avant que le divin chauve français réussisse l'exploit d'accumuler trois trophées européens de rang, là où personne n'était parvenu à régner sur le continent deux fois d'affilée depuis le début des années nonante, quand la Ligue des Champions s'était élargie pour devenir la compétition la plus exigeante de la saison. Neuf ans après la reprise de sa route vers les sommets, Florentino Pérez avait incontestablement réussi son pari. Triple champion d'Europe en titre, il avait réussi à refaire du Real Madrid le plus grand club de la planète, alors que le meilleur joueur du monde portait le maillot blaugrana du rival catalan. Le noyau construit, gargantuesque, avait permis à Zidane d'emmener ses troupes vers un doublé Liga-C1, l'Europe étant conquise par Ronaldo et consorts pendant que les supersubs Alvaro Morata et James Rodriguez survolaient les week-ends sur la scène nationale. Au cours de cet exercice historique, le Real enchaîne même une série de quarante rencontres sans connaître la défaite, toutes compétitions confondues. Parce qu'une telle domination est forcément éphémère, le conte de fées ne pouvait pas s'éterniser. Encore sacré face à Liverpool en 2018, grâce à la domination de Sergio Ramos dans la surface défensive et aux buts de Ronaldo à l'autre bout du terrain, le Real s'éteint quand son buteur portugais quitte Madrid, avec ses 450 buts en neuf ans dans les valises. S'il facture une Coupe d'Europe de moins que Di Stéfano, le quintuple Ballon d'or a rejoint la Saeta Rubia au sommet de l'histoire du football madrilène. Avec son départ, c'est inévitablement un nouveau cycle qui démarre au sein de la Casa Blanca. Et pour le remplacer, le Real ne choisit personne. La promesse Marco Asensio et le lieutenant Gareth Bale doivent prendre la relève du général, mais le plan tourne au fiasco. Largué en championnat, le club est effacé de la course aux trophées dès la fin de l'hiver, éliminé en huitièmes de finale de la Ligue des Champions par l'audacieux Ajax de Frenkie de Jong et Matthijs de Ligt. Florentino Pérez doit agir. Après les échecs successifs de Julen Lopetegui et de SantiagoSolari sur le banc de touche, il rappelle Zidane, qui avait pourtant semé le chaos quelques mois plus tôt en annonçant son départ à la fin du mois de mai, quand tous les grands noms de la profession avaient déjà trouvé preneur. Le président tente de s'en sortir par le jeu, débauchant le sélectionneur de la Roja en pleine Coupe du monde, avant de se résigner à revenir à son fil rouge de toujours : le recrutement d'un Galactique pour provoquer la naissance d'un nouveau cycle de succès. Face à l'impossibilité de recruter Neymar ou Kylian Mbappé, avant les démêlés du Brésilien avec la direction parisienne, Pérez décide de jeter son dévolu sur ce Belge qui fait la cour à la Casa Blanca depuis de longues années, au point de refuser de discuter avec la direction du Barça quand elle veut sonder la possibilité de l'emmener en Catalogne. Eden Hazard, à un an de la fin de son contrat, contraint le Real à poser cent millions d'euros sur la table pour faire de lui la tête de gondole de son nouveau projet. Après une année de transition, sans personne pour enfiler le masque de Cristiano Ronaldo, le Diable rouge devient le nouveau visage du Real Madrid, celui qui se retrouvera sur les affiches en vis-à-vis de Lionel Messi à l'heure de vendre le Clasico sur les chaînes du monde entier. Au bout du mois de juillet, alors que la préparation madrilène est entachée par une lourde défaite face à l'Atlético (3-7), la théorie d'un retour aux sommets européens dès cette saison prend déjà du plomb dans l'aile. Malgré les 300 millions d'euros dépensés lors de ce mercato, seul Hazard semble être un titulaire en puissance parmi les recrues de l'été. Les buts de Luka Jovic, les courses de Ferland Mendy ou les slaloms de Rodrygo ne seront que des plans B, pour étoffer la concurrence et réveiller certains talents endormis. Dans la presse espagnole, la quête de coupables a donc déjà commencé. En coulisses, on parle d'une guerre froide entre le président Pérez et son coach, notamment autour du cas de la signature de Paul Pogba, désiré par l'entraîneur français malgré les réticences de Florentino. L'immobilisme de Zidane, réticent à briser la confiance qu'il accorde à ceux qui l'ont emmené vers le triplé européen historique, est également pointé du doigt. Par rapport au onze de base de son dernier sacre continental, ZZ n'a modifié que deux joueurs dans son équipe : les Belges Hazard et Thibaut Courtois, arrivés à la place de Ronaldo et de Keylor Navas. Ni la méforme de Toni Kroos et Luka Modric, ni les errements défensifs répétés de Marcelo, ni la saison dramatique de Raphaël Varane n'ont remis la hiérarchie en question. Et puis, évidemment, il y a Eden. Nouvelle tête d'affiche, et cible de choix pour les critiques. Dans un club où tout est passé au peigne fin, du moindre entraînement ouvert à l'échantillon de performance en match amical, certains n'ont pas manqué de pointer son surpoids au retour de vacances, chiffré à sept kilos par des sources proches de la direction madrilène. En attendant de répondre avec ses pieds, dès les premiers matches officiels, Hazard fait profil bas. La pression sur ses épaules n'aura jamais été aussi élevée. Les sceptiques ne se plaisent-ils pas déjà à rappeler ses chiffres faméliques en phase finale de Ligue des Champions ? Sous le maillot de Chelsea, le Diable rouge n'a marqué que deux fois en C1 après la trêve hivernale, quand les prestations comptent double. Et c'était à chaque fois sur penalty. Les mois à venir devront confirmer le choix de Zidane, qui a convaincu le club d'opter pour Eden Hazard en tant que nouvelle figure de proue du football de la Casa Blanca. Il faudra frapper fort, car la patience ne fait pas partie des vertus des tribunes du Bernabéu. Une marée humaine qui semble oublier qu'entre sa neuvième Ligue des Champions et la Décima, le club a dû patienter douze ans. Et que quelques décennies plus tôt, il avait fallu compter 32 longues saisons entre le sixième et le septième sacre continental. Les cycles du Real sont ravageurs, mais l'ivresse des enchaînements historiques accouche généralement d'une gueule de bois prolongée. Certains craignent déjà de revenir au Real d'avant 2010, plus souvent vaincu que vainqueur à l'heure d'affronter les premiers matches à élimination directe de la Ligue des Champions. L'après Cristiano Ronaldo a rapidement pris des airs de fin de règne. Mais les deux Diables du noyau sont prêts à tout pour éviter que leurs arrivées successives coïncident avec le déclin d'une dynastie historique.