Lorsqu'il sort de ce quart de finale à la 75e, il sait qu'il a failli à sa mission. Eden Hazard n'aura pas marqué ce match de son empreinte. Que ce soit à droite ou au centre, lorsque Marc Wilmots le replaça dans l'axe. Il sort pourtant la tête haute, l'homme n'étant pas habitué à fuir ses responsabilités, et salue tout le staff. "Je n'étais pas très content de sortir car je sais que je peux faire la différence dans les fins de matches mais je peux comprendre les choix du coach", nous explique-t-il dans la foulée de l'élimination. "Mon bilan de la Coupe du Monde est mitigé. J'aurais pu faire mieux. Je ne peux pas être déçu, ni content." Notre joueur le plus créatif aura donc traversé cette Coupe du Monde dans une relative discrétion, si ce n'est les deux assists dans les dernières minutes du match contre l'Algérie et la Russie. On en attendait plus. Peut-être un peu trop pour un gamin de 23 ans qui découvre sa première grande compétition internationale. "Il aura appris et emmagasiné pas mal d'expérience. Dans deux ans, il saura s'en servir", a lâché Vital Borkelmans, l'adjoint de Wilmots. Quelles sont donc les raisons qui ont fait qu'Hazard n'a pas pu briller comme d'habitude ?

Il ne fait pas bon venir d'Angleterre

Pour lui, la saison avait été très longue. Bonne mais longue. Et si Eden Hazard a l'habitude de bien les finir, il n'a par contre jamais clôturé ses saisons par un tournoi international au mois de juin. Du moins pas depuis qu'il joue en D1. "Heureusement, j'ai été blessé en fin de saison. Cela m'a permis d'accumuler un peu de repos", a-t-il lancé. Il a beau dire que son corps ne lui semble pas fatigué, la Premier League, cela use autant mentalement que physiquement. Il a disputé 49 matches cette saison, en ne comptant pas les apparitions en équipe nationale. C'est moins que les 62 de la saison précédente mais c'est beaucoup. Surtout dans un tel championnat. D'ailleurs quelle star offensive du championnat anglais pète le feu dans cette Coupe du Monde ? Robin Van Persie qui, gêné par une blessure, a beaucoup moins joué que d'habitude (seulement 21 matches en championnat !). D'ailleurs, à la fin du tournoi, il le reconnaît. "Pourquoi n'ai-je pas donné ce que j'espérais ? Parce que je sors d'une grosse saison et que je manque sans doute d'un peu de fraîcheur."

Retour fin mai. Sa préparation laisse circonspect. Hazard n'a plus beaucoup de jus. Et il y a surtout cette hantise de se blesser. Surtout qu'il est le joueur le plus ciblé, celui qui, à cause de ses percussions incessantes, est souvent arrêté fautivement. Il ne suffit que d'une mauvaise faute, de ce qu'on appelle un malheureux fait de match. Pourtant de là à être si invisible en trois matches, il y a un pas qui ne plaît pas à Marc Wilmots. Le sélectionneur confie que "s'il continue de la sorte, il n'est plus du tout assuré de commencer." Il dit cela pour montrer que chacun est sur un pied d'égalité mais jamais il n'envisage réellement de se passer du joyau de son équipe lors du match d'ouverture de la Coupe du Monde.

Arrivé au Brésil, on le protège de la presse. D'autant plus que des rumeurs de transfert au PSG refont surface. Pendant la semaine qui précède l'Algérie, Wilmots n'envoie jamais Hazard devant les médias. La presse belge risquerait de saper sa confiance, et les médias internationaux, qui ne jurent que par lui, de lui mettre la pression. Pourtant, c'est mal connaître le médian de Chelsea. Là où d'autres joueurs auraient, de fait, perdu confiance ou se seraient mis trop de pression, Hazard reste détaché des événements. "C'est la star de l'équipe, donc tout le monde l'attend", explique Kevin Mirallas, "mais il ne faut pas s'en faire pour lui. Il a appris à gérer les événements."

Il a privilégié l'équipe Dès le premier match de poule, on a vu un autre Hazard. Plus tranchant, plus entreprenant. Mais pas encore flamboyant. Durant deux rencontres, il a du mal à percer les défenses renforcées de l'Algérie et de la Russie. Il amorce mais finit par butter sur la ligne arrière. Pourtant, les deux fois, il est décisif dans le dernier quart d'heure. Les deux fois, il offre une passe décisive. Pour Dries Mertens sur le deuxième but face à l'Algérie, et à Divock Origi face à la Russie. Les deux fois pour offrir la victoire aux Diables Rouges. "Hazard a un peu cristallisé les maux de la Belgique lors des deux premiers matches", explique Bruno Constant, journaliste français de L'Equipe. "Il n'était pas très bon mais il était décisif. Un peu un résumé des Diables Rouges à lui seul. Au petit trot mais il sortait quand même renforcé de ses matches."

Hazard n'est pas flamboyant mais décisif. De quoi le faire vraiment rentrer dans le cercle fermé des "match winners" ! Pourtant, très lucide, Hazard avoue ne pas être satisfait de ses deux prestations. "Je sais que je dois être plus constant. Je ne peux pas être bon que 10 minutes", dit-il de manière très posée. Deux jours plus tard, juste avant le huitième de finale, il paraît toujours aussi détendu. C'est sa marque de fabrique : "Le coach me met trop de pression : il parle toujours de moi", rigole-t-il. "La Coupe du Monde, c'est une compétition particulière. Ce n'est pas toujours la meilleure équipe qui gagne. Il faut être plus concentré que lors de la campagne qualificative car là, tu savais que si tu te trouais, tu pouvais encore te rattraper lors du match suivant. Cette compétition demande autant de concentration que la Premier League où chaque match peut se décider sur un détail. Mais là encore, si tu perds un match, tu en as 37 pour te refaire. Ce n'est pas le cas en Coupe du Monde."

Mis au repos contre la Corée, le sujet revient sur le tapis. La presse internationale (surtout les médias anglais et français) ne voient la Belgique que par le prisme Hazard. "On en vient toujours à tourner autour d'Hazard", sourit Wilmots la veille du huitième de finale avant d'ajouter. "Eden, il n'y a que lui qui ne se met pas la pression. J'ai difficile à me fâcher sur lui : il est tellement bien et gentil. Il est là pour se faire plaisir." Contre les Etats-Unis, Hazard tente. Mais sans grande réussite. Alors, il se sacrifie. Son match face aux Etats-Unis est plein d'abnégation. Il court dans tous les sens. Et surtout il abat un boulot défensif extraordinaire face à un back américain, DeAndre Yedlin, qui monte beaucoup. Ce soir-là, il court 12,4 kilomètres, à peine un peu moins que les marathoniens de l'entrejeu. Il sort crevé. Cela se lit sur son visage. "On a vu un autre visage d'Hazard. On ne l'attendait pas dans ce registre mais il nous a impressionné par son sens du collectif", nous confie Eduardo Vilaro, un journaliste argentin de Clarin. Malheureusement, ce match n'annonçait pas une prestation cinq étoiles contre l'Argentine, où il réalisa sa prestation la plus terne de ce Mondial.

Stéphane Vande Velde

Lorsqu'il sort de ce quart de finale à la 75e, il sait qu'il a failli à sa mission. Eden Hazard n'aura pas marqué ce match de son empreinte. Que ce soit à droite ou au centre, lorsque Marc Wilmots le replaça dans l'axe. Il sort pourtant la tête haute, l'homme n'étant pas habitué à fuir ses responsabilités, et salue tout le staff. "Je n'étais pas très content de sortir car je sais que je peux faire la différence dans les fins de matches mais je peux comprendre les choix du coach", nous explique-t-il dans la foulée de l'élimination. "Mon bilan de la Coupe du Monde est mitigé. J'aurais pu faire mieux. Je ne peux pas être déçu, ni content." Notre joueur le plus créatif aura donc traversé cette Coupe du Monde dans une relative discrétion, si ce n'est les deux assists dans les dernières minutes du match contre l'Algérie et la Russie. On en attendait plus. Peut-être un peu trop pour un gamin de 23 ans qui découvre sa première grande compétition internationale. "Il aura appris et emmagasiné pas mal d'expérience. Dans deux ans, il saura s'en servir", a lâché Vital Borkelmans, l'adjoint de Wilmots. Quelles sont donc les raisons qui ont fait qu'Hazard n'a pas pu briller comme d'habitude ? Il ne fait pas bon venir d'Angleterre Pour lui, la saison avait été très longue. Bonne mais longue. Et si Eden Hazard a l'habitude de bien les finir, il n'a par contre jamais clôturé ses saisons par un tournoi international au mois de juin. Du moins pas depuis qu'il joue en D1. "Heureusement, j'ai été blessé en fin de saison. Cela m'a permis d'accumuler un peu de repos", a-t-il lancé. Il a beau dire que son corps ne lui semble pas fatigué, la Premier League, cela use autant mentalement que physiquement. Il a disputé 49 matches cette saison, en ne comptant pas les apparitions en équipe nationale. C'est moins que les 62 de la saison précédente mais c'est beaucoup. Surtout dans un tel championnat. D'ailleurs quelle star offensive du championnat anglais pète le feu dans cette Coupe du Monde ? Robin Van Persie qui, gêné par une blessure, a beaucoup moins joué que d'habitude (seulement 21 matches en championnat !). D'ailleurs, à la fin du tournoi, il le reconnaît. "Pourquoi n'ai-je pas donné ce que j'espérais ? Parce que je sors d'une grosse saison et que je manque sans doute d'un peu de fraîcheur." Retour fin mai. Sa préparation laisse circonspect. Hazard n'a plus beaucoup de jus. Et il y a surtout cette hantise de se blesser. Surtout qu'il est le joueur le plus ciblé, celui qui, à cause de ses percussions incessantes, est souvent arrêté fautivement. Il ne suffit que d'une mauvaise faute, de ce qu'on appelle un malheureux fait de match. Pourtant de là à être si invisible en trois matches, il y a un pas qui ne plaît pas à Marc Wilmots. Le sélectionneur confie que "s'il continue de la sorte, il n'est plus du tout assuré de commencer." Il dit cela pour montrer que chacun est sur un pied d'égalité mais jamais il n'envisage réellement de se passer du joyau de son équipe lors du match d'ouverture de la Coupe du Monde. Arrivé au Brésil, on le protège de la presse. D'autant plus que des rumeurs de transfert au PSG refont surface. Pendant la semaine qui précède l'Algérie, Wilmots n'envoie jamais Hazard devant les médias. La presse belge risquerait de saper sa confiance, et les médias internationaux, qui ne jurent que par lui, de lui mettre la pression. Pourtant, c'est mal connaître le médian de Chelsea. Là où d'autres joueurs auraient, de fait, perdu confiance ou se seraient mis trop de pression, Hazard reste détaché des événements. "C'est la star de l'équipe, donc tout le monde l'attend", explique Kevin Mirallas, "mais il ne faut pas s'en faire pour lui. Il a appris à gérer les événements." Il a privilégié l'équipe Dès le premier match de poule, on a vu un autre Hazard. Plus tranchant, plus entreprenant. Mais pas encore flamboyant. Durant deux rencontres, il a du mal à percer les défenses renforcées de l'Algérie et de la Russie. Il amorce mais finit par butter sur la ligne arrière. Pourtant, les deux fois, il est décisif dans le dernier quart d'heure. Les deux fois, il offre une passe décisive. Pour Dries Mertens sur le deuxième but face à l'Algérie, et à Divock Origi face à la Russie. Les deux fois pour offrir la victoire aux Diables Rouges. "Hazard a un peu cristallisé les maux de la Belgique lors des deux premiers matches", explique Bruno Constant, journaliste français de L'Equipe. "Il n'était pas très bon mais il était décisif. Un peu un résumé des Diables Rouges à lui seul. Au petit trot mais il sortait quand même renforcé de ses matches." Hazard n'est pas flamboyant mais décisif. De quoi le faire vraiment rentrer dans le cercle fermé des "match winners" ! Pourtant, très lucide, Hazard avoue ne pas être satisfait de ses deux prestations. "Je sais que je dois être plus constant. Je ne peux pas être bon que 10 minutes", dit-il de manière très posée. Deux jours plus tard, juste avant le huitième de finale, il paraît toujours aussi détendu. C'est sa marque de fabrique : "Le coach me met trop de pression : il parle toujours de moi", rigole-t-il. "La Coupe du Monde, c'est une compétition particulière. Ce n'est pas toujours la meilleure équipe qui gagne. Il faut être plus concentré que lors de la campagne qualificative car là, tu savais que si tu te trouais, tu pouvais encore te rattraper lors du match suivant. Cette compétition demande autant de concentration que la Premier League où chaque match peut se décider sur un détail. Mais là encore, si tu perds un match, tu en as 37 pour te refaire. Ce n'est pas le cas en Coupe du Monde." Mis au repos contre la Corée, le sujet revient sur le tapis. La presse internationale (surtout les médias anglais et français) ne voient la Belgique que par le prisme Hazard. "On en vient toujours à tourner autour d'Hazard", sourit Wilmots la veille du huitième de finale avant d'ajouter. "Eden, il n'y a que lui qui ne se met pas la pression. J'ai difficile à me fâcher sur lui : il est tellement bien et gentil. Il est là pour se faire plaisir." Contre les Etats-Unis, Hazard tente. Mais sans grande réussite. Alors, il se sacrifie. Son match face aux Etats-Unis est plein d'abnégation. Il court dans tous les sens. Et surtout il abat un boulot défensif extraordinaire face à un back américain, DeAndre Yedlin, qui monte beaucoup. Ce soir-là, il court 12,4 kilomètres, à peine un peu moins que les marathoniens de l'entrejeu. Il sort crevé. Cela se lit sur son visage. "On a vu un autre visage d'Hazard. On ne l'attendait pas dans ce registre mais il nous a impressionné par son sens du collectif", nous confie Eduardo Vilaro, un journaliste argentin de Clarin. Malheureusement, ce match n'annonçait pas une prestation cinq étoiles contre l'Argentine, où il réalisa sa prestation la plus terne de ce Mondial. Stéphane Vande Velde