Les cartables sont déjà rangés. Les écoliers sont retournés sur le banc après une rentrée bien trop scolaire contre Saint-Marin. Dans la cour des grands, en l'absence de Vincent Kompany, Axel Witsel et Eden Hazard, les Diables s'en remettent aux méninges de Kevin De Bruyne et aux buts de Romelu Lukaku pour faire la loi. La cloche a tout juste le temps de sonner. Les Écossais se ruent à la poursuite du ballon comme s'ils vivaient leur première récré.

Les hommes de Steve Clarke mettent les Belges dans les cordes. Le Diable encaisse les coups, les mains devant le visage. Si la possession est fébrile, et peine à respirer en l'absence d'Hazard pour confisquer le ballon et l'emmener de l'autre côté de la ligne médiane, la hauteur du bloc écossais ressemble à un pile ou face permanent. Il ne faut même pas dix minutes pour que la pièce finisse par tomber du mauvais côté.

L'uppercut belge part d'un coup franc écossais, brossé par Robert Snodgrass dans la surface diabolique. Un coup de tête de Nacer Chadli plus tard, les hommes de Roberto Martinez montent sur l'autoroute : Dries Mertens envoie De Bruyne dans la profondeur, et le capitaine du soir attend le moment parfait pour déposer le ballon au bout de la course de Lukaku, sorti des starting-blocks dans sa surface pour finir le travail de l'autre côté du terrain.

Les Diables n'ont pas encore commencé à jouer, et ils ont déjà marqué. Parce que le plan des Écossais offre beaucoup plus d'espace que prévu, la principale difficulté découlant de l'absence d'Eden Hazard a disparu. Pas besoin d'exister dans des espaces minuscules, comme il fallait le faire à Saint-Marin. L'Écosse étouffe Leander Dendoncker et Youri Tielemans, mais dépose une cible dans son dos où les Belges peuvent planter leurs poignards.

SOIRÉE CAVIAR

La suite s'écrit avec les pieds de Kevin De Bruyne. Sur la pelouse d'Hampden Park, foulée par les Russes trois jours plus tôt, KDB ramasse des restes de caviar et les partage entre tous ses coéquipiers. Après un ballon caressé au-dessus de la défense en direction d'un Lukaku qui manque l'opportunité de planter sa cinquantième rose nationale, le Citizen dépose un centre parabolique dans la course de Thomas Vermaelen.

Impérial défensivement, Verminator joue les robots venus du futur pour anticiper la trajectoire du centre de son capitaine. Visiblement, l'ancien de l'Ajax oublie le décalage horaire pour étudier les offrandes de KDB depuis le Japon. Si ses blessures sont devenues plus récurrentes que ses exploits, le gaucher rappelle en nonante minutes écossaises qu'il reste un sérieux candidat à une place de choix dans la liste de l'été prochain.

Avec un corner offert à Toby Alderweireld, De Bruyne place une troisième passe dé' sur la feuille de match alors que la demi-heure est à peine franchie. Deux nouvelles occasions créées et quinze minutes plus tard, King Kev' renvoie l'Écosse au vestiaire avec une leçon d'efficacité dans les gencives. La possession belge a été chahutée comme rarement, mais chaque passe qui franchissait les lignes britanniques se transformait en occasion de but. Steve Clarke a quinze minutes pour se demander si priver les Belges d'espace dans leur moitié de terrain et leur en offrir dans la sienne était vraiment le meilleur des plans.

ROMELU, SUPÉRIEUR HIÉRARCHIQUE

L'arrêt de Thibaut Courtois devant Andy Robertson, les chevauchées balle au pied dans un match de plus en plus anglais et l'attente du premier changement de Roberto Martinez restent longtemps les attractions majeures d'une seconde mi-temps anecdotique. Il faut attendre la fin de soirée pour voir Lukaku orienter le jeu à la perfection et offrir le dernier but au héros de la rencontre. De Bruyne claque dans le petit filet un ballon qui assied un peu plus la supériorité de Romelu sur la concurrence.

Réputé meilleur dans les combinaisons, en raison d'une conduite de balle plus télégénique, Michy Batshuayi est probablement le plus "pur buteur" des deux attaquants-phares de la sélection. Ses deux petites passes décisives en plus de mille minutes diaboliques sont les témoins d'un attaquant de coups solitaires, plus proche de l'enthousiasme d'un Gabriele Batistuta que de la finesse de Karim Benzema. À l'inverse, si le caviar de Lukaku ressemble à des oeufs de lompe à prix discount, il régale le pied droit de KDB, qui avale enfin sa part après avoir servi toute l'assemblée.

Les débuts de Benito Raman et surtout de Yari Verschaeren, presque buteur le jour de son baptême, animent les derniers souffles d'une soirée que désertent déjà les supporters locaux. Toujours à une moyenne légèrement supérieure aux trois buts par match depuis le début de la campagne, les Diables conservent la meilleure défense du continent. Ont-ils retenu la leçon de Lucerne ? Depuis le cauchemar défensif en terres suisses, Thibaut Courtois ne s'est retourné qu'une seule fois vers le fond de ses filets en 540 minutes.

Par Guillaume Gautier