Le set de tennis concédé par Genoa sur la pelouse du Stadio Artemio Franchi de Florence aura été fatal à Andriy Shevchenko, contraint de céder sa place sur le banc du club de Ligurie à Alexander Blessin, l'entraîneur allemand qui a charmé la Pro League à Ostende. Un joueur de la Viola a réalisé un doublé ce soir là: Cristiano Biraghi. L'arrière gauche italien a donc fait mieux qu'un autre partenaire de son équipe, pourtant co-leader du classement des buteurs: Dusan Vlahovic. Le Serbe a néanmoins marqué le quatrième but des siens, ce qui lui permet de rester au contact d'un Ciro Immobile, toujours plus à l'aise dans son costume de terreur des surfaces de Serie A que dans celui de numéro 9 de la Squadra Azzurra où il ressemble à l'enfant qui se fait secouer à la récré par de vilains petits camarades de classe.
...

Le set de tennis concédé par Genoa sur la pelouse du Stadio Artemio Franchi de Florence aura été fatal à Andriy Shevchenko, contraint de céder sa place sur le banc du club de Ligurie à Alexander Blessin, l'entraîneur allemand qui a charmé la Pro League à Ostende. Un joueur de la Viola a réalisé un doublé ce soir là: Cristiano Biraghi. L'arrière gauche italien a donc fait mieux qu'un autre partenaire de son équipe, pourtant co-leader du classement des buteurs: Dusan Vlahovic. Le Serbe a néanmoins marqué le quatrième but des siens, ce qui lui permet de rester au contact d'un Ciro Immobile, toujours plus à l'aise dans son costume de terreur des surfaces de Serie A que dans celui de numéro 9 de la Squadra Azzurra où il ressemble à l'enfant qui se fait secouer à la récré par de vilains petits camarades de classe.Les six buts des violets contre Genoa permettent à la Fio' de remonter à la sixième place du classement, à hauteur de l'AS Roma de José Mourinho battue par une Juventus qui a retrouvé de l'efficacité offensive dans la Ville Eternelle (4 buts) et occupe la cinquième place avec 5 unités d'avance sur le duo romano-florentin.Malgré son dernier succès, la Vieille Dame n'est pas insensible au charme serbe de celui qui porte le mythique numéro 9 à la Fiorentina. Il faut dire que depuis le départ de Cristiano Ronaldo à Manchester United, la Juventus peine à secouer les filets. Embrigader l'autre terreur offensive de la nouvelle génération aux côtés d'un Erling Haaland, inabordable pour sa bourse, serait assurément un beau coup sur le marché des transferts en vue de sa reconstruction. Selon la Gazzetta dello Sport, les Turinois seraient passés à l'offensive pas plus tard que cette semaine en proposant 35 millions d'euros et leur ailier suédois Dejan Kulusevski. Arsenal, autre club qui souhaite se reconstruire en engageant un joueur d'avenir, a aussi fait les yeux doux ces derniers jours à Vlahovic. Mais ce dernier ne semble pas intéressé par un séjour dans le nord-est de Londres. Ca tombe bien pour la Juventus, le crack de Belgrade verrait bien son avenir dans le maillot zébré.La Fiorentina possède une longue tradition de buteurs. S'il était plus qu'un numéro 9 comme en atteste le numéro 10 qu'il a souvent porté, Roberto Baggio fut un autre attaquant de renom à quitter la Toscane pour le Piémont. Avant le coup d'envoi du Mondial 90 qui se disputait dans son pays, Robbie avait signé un accord avec la Juventus et cette dernière donnait environ 13 millions d'euros à la Fiorentina. A l'Artemio Franchi, Il Divino Codino avait secoué les filets à 55 reprises en 135 duels. A Turin, pendant 5 ans, il le fera 115 fois en 200 rencontres. Autant dire que la Vecchia Signora rêve du même scénario si d'aventure Dusan Vlahovic venait poser ses bagages à Turin.Cependant les stats du jeune avant-centre sont logiquement déjà supérieures à celles de Baggio. Elles peuvent même déjà être déjà comparées à celles des meilleurs renards des surfaces passés par Florence. Gabriel Batistuta tournait à du 0,61 buts par rencontre, Luca Toni à 0,58, Kurt Hamrin à 0,57, Enrico Chiesa (le père de Federico) à 0,53 et Adrian Mutu à 0,48. Dusan Vlahovic qui se mettra en quête dans les prochaines semaines de son 50e but sous les couleurs violettes (il en est à 49) tourne à une moyenne légèrement inférieure de 0,45 buts par match, même s'il est évidemment beaucoup plus jeune que les joueurs mentionnés. Mais à la différence de certains d'entre eux, il pourrait aussi écrire une très belle page de l'histoire du club en devant éventuellement Capocannoniere à la fin de la saison. Malgré sa grande liste de buteurs de qualité, le dernier titre de la Fiorentina en la matière remonte à la saison pré-mondial de la quatrième étoile italienne avec Luca Toni (31 buts). Celui qui signait ses buts de la même manière que François Sterchele avait mis fin à 11 d'attente après le sacre de Gabriel Batistuta. Dans sa longue histoire, la Fiorentina n'a connu que cinq meilleurs buteurs du championnat italien. Si Dusan Vlahovic terminait Capocannoniere à la fin de la saison, il laisserait forcément une sacrée empreinte dans l'histoire de la Viola.Mais pour cela, faut-il encore rester dans celle qu'on appelle Firenze en italien. Une ville qu'il a rejoint le 1er juillet 2018 en provenance de son Belgrade natal. Avant de rejoindre les U17 du Partizan en 2015, Vlahovic avait touché ses premiers ballonsà l'école de football Altina Zemun dans le quartier urbain de Belgrade avant de rejoindre celle d'un autre club de la capitale serbe l'OFK. L'abréviation d'Omladinski fudbalski klub, qui signifie "club de la jeunesse" dans la langue locale, a été championne de Serbie à cinq reprises, la dernière fois en 1939. L'entité footballistique a connu des joueurs comme Josip Skoblar ou Nenad Jestrovic, un autre compatriote à avoir le chemin des filets qui coule dans ses veines.Clin d'oeil au destin, c'est d'ailleurs son ancien club qu'il affronte pour ses 20 premières minutes professionnelles sous les couleurs du Partizan. Le Parni Valjak s'inclinera 2-1, mais le jeune Vlahovic devient le plus jeune joueur à évoluer en championnat de Serbie. Il battra ce même type de record en disputant le Veciti derbi contre l'Etoile rouge à seulement 16 ans et 30 jours, devançant désormais un certain Luka Jovic (joueur de l'Etoile Rouge aujourd'hui au Real Madrid). Un mois et demi plus tard, il signe son premier goal contre Radnik lors d'une remontada pour le club de Belgrade. Alors que son équipe est menée 0-2 à la pause, l'entraîneur Ivan Tomic décide de remplacer un milieu par un attaquant et Vlahovic prend le relais deSasa Lukic avec une récompense seulement 9 minutes plus tard puisque son coup de tête victorieux permet aux siens de réduire l'écart. Le Partizan remportera ce duel sur le score de 3-2. S'il joue plus régulièrement, mais toujours dans un rôle de réserviste, le gamin ne secoue plus les filets. Son terrain à lui, c'est la Coupe dont il sera l'un des héros du sacre de 2016. Buteur en demi-finale, il remet le couvert en finale contre le FK Javor-Matis en marquant le deuxième but des siens à la 7e minute du temps additionnel. Malgré cette performance, le jeune attaquant n'est que trop peu employé la saison suivante. Il ne dispute que sept rencontres, ne trouve pas la faille et n'est plus appelé à partir du mois de janvier, peut-être en prévision d'un futur transfert pour l'Italie. A son propos, son entraîneur de l'époque, Marko Nikolic dira: "Dusan a cette mentalité que l'on retrouve beaucoup chez les joueursdes Balkans. Il a cette obsession de gagner à tout prix, de se sacrifier pour l'équipe et possède une certaine confiance en lui."Il signe lors de l'été 2017 en faveur de la Fiorentina. Le Partizan reçoit 2 millions d'euros pour un joueur qui n'a pas non plus totalement explosé en équipe première, mais son contrat ne sera officiel que le jour de ses 18 ans, le 28 janvier 2018. En Toscane, la pépite serbe doit d'abord se frotter à la Primavera (l'équipe des moins de 20 ans) où son sens de la finition fait des ravages avec 19 buts en 21 matches lors de la saison 2018-2019. Il disputera aussi ses premières minutes avec l'équipe première à l'occasion d'une défaite 2-1 à l'Inter où Stefano Pioli, désormais entraîneur du voisin de l'AC, fait monter le jeune serbe à six minutes du terme. Tout en poursuivant son écolage avec les jeunes de son âge, Vlahovic gratte 152 minutes de jeu et une première titularisation contre Sassuolo lors de la 15e journée de Serie A.C'est Vincenzo Montella, désormais maître à bord au stade Artemio Franchi qui va tout doucement faire endosser le costume de titulaire au jeune Vlahovic. Titulaire dès le premier match de la saison contre Naples, il retrouve ensuite le banc avant de saisir pleinement sa chance contre Cagliari le 10 novembre 2019. Si la Fiorentina boit la tasse 5-2, elle doit ses deux réalisations au natif de Belgrade aligné en pointe aux côtés d'un tout jeune capitaine, un certain Federico Chiesa. Il enchaîne ensuite les titularisations, marque quelques pions, mais subit un coup d'arrêt à la Lazio en juin 2020 où il est exclu pour une conduite anti-sportive, ce qui lui vaut deux journées de suspension. La suite de cette saison un peu spéciale entrecoupée par le lockdown covid est aussi terne que les résultats d'une Fiorentina, finalement 10e, qui a vu Beppe Iachini finir la saison sur le banc.Cet entraîneur ne semble pas trop convenir à Vlahovic qui ne commence pas la saison écoulée de la meilleure des manières. Il ne marque que contre la Sampdoria lors de la 3e journée et alterne les prestations mièvres aussi bien comme titulaire que réserviste. La libération viendra avec le retour de Cesare Prandelli à la Fio. Si l'ancien coach à succès foirera sa deuxième histoire d'amour toscane, il aura eu pour énorme mérite de définitivement lancer la carrière de Dusan Vlahovic et de faire grimper sa valeur marchande. Et pour les caisses du club, c'est certainement une petite compensation pour indemnités de départ qu'a demandé celui qui a mené l'Italie en finale de la Coupe du monde 2014. "Je lui dois tout. Il m'a sorti de la m...., je ne dis pas le mot. Personne n'a fait ce qu'il a fait pour moi. Il est arrivé alors que j'étais dans une mauvaise période, m'a redonné confiance et a cru en moi.", déclare d'ailleurs Vlahovic, reconnaissant au sujet de Prandelli.Le 16 décembre 2020, le géant serbe envoie un message aux recruteurs du monde entier quand il transforme le penalty obtenu par Franck Ribéry contre Sassuolo. Ce but, qui permet à son équipe d'égaliser, marque la fin d'une disette de deux mois. Don Cesare a lancé la marche en avant de cette machine serbe qui marche à l'affect.Seul en pointe et épaulé par Giacomo Bonaventura et l'éternel Ribéry ou accompagné de l'Ivoirien d'Anderlecht, Christian Kouamé, Vlahovic fait trembler les filets à 8 reprises en douze matches avant de connaître un petit coup de mou en février 2021. Mais ne dit-on pas qu'un buteur assoiffé finit toujours par rattraper son retard. Contre Benevento, il claque son premier triplé pour mettre fin à une série de 3 matches où il était resté muet. Sa patte gauche fait des ravages, notamment sur le troisième but après une frappe lointaine. Après ce fait d'armes, il s'offre encore 9 buts dont 3 doublés et le retour de Iacchini au milieu de tout ça n'aura finalement pas trop d'impact sur son rendement malgré trois dernières rencontres où il restera éteint à l'image d'une Fiorentina à nouveau décevante avec une treizième place au classement générale.Cette saison, le gaucher serbe a encore pris une autre dimension avec l'arrivée de Vincenzo Italiano, le nouveau Mister du banc violet. Buteur lors de 13 des 22 matches qu'il a disputés, il occupe le costume de meilleur buteur provisoire en compagnie d'Immobile. Auteur d'un doublé contre l'AC Milan, il n'a cependant pas, à l'image d'autres grands buteurs prometteurs du même âge, encore réussi à déposer sa griffe contre les autres grands en restant muet contre Naples, l'Inter, la Juventus ou la Roma. Il ne faut cependant pas trop jeter la pierre à un garçon qui ne fêtera que ses 22 ans à la fin du mois. Cinquante matches, trente-sept buts et six passes décisives, voilà la feuille plutôt hallucinante de statistiques que présente Vlahovic en 2021. Ces chiffres ne montrent cependant pas la large palette du gaucher de Belgrade : des buts de renard de surface, des penalties, des goals plus acrobatiques que ne renierait pas Zlatan Ibrahimovic ainsi qu'une efficacité chirurgicale et froide digne de l'autre grand crack offensif du football mondial: Erling Haaland.Le grand Dusan est plus bien qu'un simple finisseur. Il s'agit d'un attaquant moderne complet, alliant puissance physique et finesse technique, capable d'évoluer en pivot, de peser sur une défense et de s'insérer dans les circuits de passes de son équipe. Ce n'est pas le genre à calculer. Comme dirait Marko Nikolic, "il est plus du genre à agir avec le coeur qu'avec la tête". Travailleur acharné et perfectionniste, il écoute, apprend et n'oublie jamais de remercier ceux qui l'ont aidé à progresser comme c'est le cas pour Prandelli et Italiano. En raison de sa taille, de son caractère hargneux et d'une certaine facilité, il est souvent comparé à Ibrahimovic, sauf qu'il est beaucoup plus humble et éduqué que le Suédois. Mais pas quelqu'un qui se laisse faire pour autant. "Quand je joue, je ne connais ni mon père ni ma mère. Pour moi, le terrain est une question de vie ou de mort, il faut avoir beaucoup d'estime de soi et croire en ses capacités pour y parvenir", a-t-il un jour confié dans un média serbe. Toujours dans celui-ci, il a aussi évoqué son idole Ibracadabra. "C'était le joueur qui me plaisait le plus pour son caractère et sa volonté de ne jamais rien lâcher. Il ne laissait personne lui direce qu'il devait faire. Et puis, il y a tous ses gestes monstrueux... Après le match contre Milan en mars 2021 à Florence, j'ai demandé son maillot. Il me l'a dédicacé et on a fait un selfie. Il m'a ensuite conseillé de continuer à aller de l'avant et de ne jamais rien lâcher."Il a d'ailleurs montré sa force de caractère et son self control lors d'un match sur le terrain de l'Atalanta. Alors que le public bergamasque l'insultait avec des "Sei un Zingaro" (tu es un tsigane), Dusan Vlahovic se contentait de convertir ses deux penalties pour offrir la victoire à ses couleurs. Malgré son jeune âge, le numéro 9 florentin n'hésite pas à réclamer et surtout à assumer des responsabilités, dans une équipe désormais construite autour de ses qualités. "J'aimerais devenir une star de la Fiorentina, je suis dans un club important, où les joueurs grandissent et réussissent, où il est agréable de jouer. Les tifosi et la ville sont fantastiques : je veux rester ici le plus longtemps possible. Mes pensées sont uniquement pour la Fiorentina, je dois donner le meilleur de moi-même pour eux", déclarait-il à Sky Sport Italia en avril 2020. Impossible évidemment de tenir le même discours presque deux ans plus tard. Si la Fiorentina aimerait grandir pour se mêler plus souvent à la lutte pour les places européennes, la réalité économique se rappelle à ses rêves de grandeur, surtout que le bail de la pépite serbe arrivera à son terme en juin 2023. Son refus de prolonger a d'ailleurs créé la polémique, et son président a essayé de lui mettre la pression en révélant l'affaire dans la presse. Encore une fois, tout a semblé glisser sur Vlahovic qui s'est contenté de répondre sur le terrain."Dusan s'entend parfaitement avec le coach. Il est impliqué dans le jeu et s'amuse. Il ne doit penser qu'à jouer. S'il veut devenir un champion, il doit démontrer ses qualités chaque dimanche. Qu'il continue de rester concentré sur le terrain, il est jeune et le futur sera doré pour lui.", estime d'ailleurs son coéquipier Giacomo Bonaventura qui est impressionné par son calme naturel.Que ce soit à Arsenal, à la Juventus où ailleurs, l'avenir radieux de Vlahovic devrait s'écrire en dehors de Florence. Et s'il venait à passer à côté du titre de Capocanoniere à la fin de saison, il pourrait en revanche battre un autre record, celui du transfert sortant le plus cher de l'histoire de la Fiorentina. Un record qui n'appartient ni à Batistuta (36 millions) ni à une autre de ses idoles passée elle aussi par le Partizan, Stevan Jovetic (26 millions), mais à Manuel Rui Costa depuis désormais 20 ans. Le meneur de jeu aux chaussettes baissées avait rejoint l'AC Milan contre 41 millions d'euros. La Juventus a donc bien compris ce qu'il lui restait à faire pour ne pas passer à côté du troisième futur crack offensif du football européen derrière Kylian Mbappé et Erling Haaland.