En septembre 2018, les supporters du club de D2 mexicaine de Dorados doivent se pincer. Diego Armando Maradona, le Dieu vivant du football, est nommé entraîneur de leur club favori ! Mais ce petit homme barbichu aux jambes arquées est-il vraiment celui qui a permis à l'Argentine de devenir championne du monde en 1986 ? Celui qui, au cours du même match contre l'Angleterre, a sans doute inscrit à la fois le but le plus beau et le plus controversé de l'histoire de la Coupe du monde ?
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En septembre 2018, les supporters du club de D2 mexicaine de Dorados doivent se pincer. Diego Armando Maradona, le Dieu vivant du football, est nommé entraîneur de leur club favori ! Mais ce petit homme barbichu aux jambes arquées est-il vraiment celui qui a permis à l'Argentine de devenir championne du monde en 1986 ? Celui qui, au cours du même match contre l'Angleterre, a sans doute inscrit à la fois le but le plus beau et le plus controversé de l'histoire de la Coupe du monde ? Celui qui a offert à Naples les deux seuls titres de son histoire (1987 et 1990) ? Oui, c'est bien lui. Et ce mythe est à l'époque prêt à sortir le petit club de Dorados du marasme. "On n'est pas en vacances, on est ici pour bosser", annonce Maradona au cours de sa première conférence de presse sur le sol mexicain. "Celle-ci ne s'est pas tenue dans la petite salle de presse du club, c'eût été un manque d'élégance envers El Diez", se souvient un collaborateur de Dorados. Le club a en effet loué une salle dans un hôtel de luxe de la ville. Plus de cent journalistes sont présents, comme si le meilleur entraîneur du monde venait d'arriver au Mexique. Mais en interrogeant les gens, le journal espagnol El País avait pu constater qu'à Culiacán, tout le monde n'était pas favorable à l'arrivée de Maradona. "C'est juste une opération marketing. C'est même ridicule", disait Abraham Ruiz, un boucher. "On en rigole : ce n'est plus Dorados de Sinaloa, c'est Drogados." Une référence au passé nébuleux de Maradona et à la réputation de la ville, connue pour ses cartels de la drogue. Juan Pablo, un policier, résumait : "J'ai vu Diego en action à la télévision lors de la Coupe du monde 1986. Je le suivais depuis 1984, lorsqu'il est arrivé à Naples. Je regardais ses matches qui, chez nous, étaient diffusés le dimanche matin. J'avais des posters de lui dans ma chambre et des photos partout sur mes cahiers. Puis la drogue a entaché sa carrière." Interrogé à ce sujet lors de sa première conférence de presse, Maradona avait déclaré qu'il y avait longtemps qu'il ne se droguait plus. "La drogue m'a cassé mais cela fait quinze ans que je suis guéri. Je veux offrir à Dorados ce que j'ai perdu lorsque j'étais malade. Je veux voir le soleil pendant la journée et dormir pendant la nuit. Avant, je ne savais même pas ce qu'était un oreiller. Combien de gens ont fait des choses plus graves que moi ici ? Pourtant, leur nom n'est pas chaque jour dans le journal." Le légendaire footballeur avait la mémoire courte, car la façon dont il faisait parler de lui après sa carrière - et même pendant - n'avait pas grand-chose à voir avec le rôle d'exemple qu'on attendait d'un personnage public comme lui : drogue, alcool, enfants non reconnus, disputes avec ses filles, séparation douloureuse, violence conjugale, problèmes avec le fisc... La liste de ses misères était longue. Mais il semble que ces scandales n'ont fait que renforcer la légende de Maradona. Même lorsque, en 2009, il avait été admis à l'hôpital de Punta del Este (Uruguay) suite à une overdose de cocaïne. Pendant quarante minutes, il était resté entre la vie et la mort mais la main de Dieu l'avait sauvé. Depuis, sa popularité n'avait fait que croître. "Pelé a inscrit plus de buts, Lionel Messi a remporté plus de trophées. Et tous deux ont une vie plus stable que ce drogué dont la relation avec le football n'a fait qu'empirer au fil des années", a un jour écrit Andrew Murray, journaliste à FourFourTwo. "Mais quand on a vu jouer Diego Maradona, on comprend." C'est parce qu'il a élevé le football au rang d'art que les médias l'ont souvent suivi en coulisses lorsqu'il franchissait la ligne. Mais ces mêmes médias ne pouvaient pas passer à côté du spectacle lamentable qu'il avait offert lors de la Coupe du monde en Russie. Devant les yeux du monde entier, l'Argentin s'était comporté comme un spectateur hystérique, rugissant, dansant, riant, pleurant, jurant et faisant des doigts d'honneur. Dans sa tête, Diego Maradona se prenait pour Dieu. Faut-il vraiment s'en étonner puisque, partout où il passait, on lui déroulait le tapis rouge ? Il y a quelques mois, dans un journal argentin, Matías Morla avait raconté quelques anecdotes à son sujet. Morla était un avocat devenu le bras droit d' El Diez et qui, à en juger par le nombre d'interviews qu'il accordait aux médias, aimait les feux de la rampe. "Lors de la Coupe du monde en Russie, mon téléphone a sonné", expliquait-il. "Vladimir Poutine attendait Maradona le lendemain à 9 heures au Kremlin. Diego m'a dit : Je ne vais pas porter de costume. J'ai répondu : Diego, on n'entre pas au Kremlin sans costume. Et il a répliqué : Alors, je n'y vais pas. Il a tenu parole et la rencontre n'a pas eu lieu."Pire : un jour, il était invité par le Roi Abdullah II de Jordanie. Celui-ci voulait le recevoir avec beaucoup d'égards dans son pays et avait organisé un repas spécial pour l'Argentin, avec de nombreux invités et des centaines de plats. Il y avait même un hélicoptère pour l'emmener à Petra. "À sept heures du soir, Diego a dit : Je suis fatigué, je n'y vais pas." Et il n'y est jamais allé. Il y eut également la rencontre avec le Pape François, argentin lui aussi. En 2015, Diego devait être reçu en audience avec le prince jordanien Ali Bin Al-Hussein, candidat à la présidence de la FIFA. "Mais lorsque nous sommes arrivés au Vatican, Ali était déjà chez le Pape", dit Morla. "Un garde nous a retenus et a dit : Vous ne pouvez pas entrer, le Pape est occupé. Maradona a répondu : Il est occupé ? Alors je m'en vais. Mais quelqu'un l'a ramené et le Pape a accueilli Maradona par ces mots : Voici l'Argentin le plus important du Vatican. " Si Diego Maradona s'est un jour retrouvé à Dorados, au Mexique, il aurait tout aussi pu être au Dinamo Brest. En mai 2018, le club biélorusse l'avait nommé à la fois président, directeur technique et entraîneur. Le contrat qu'il avait signé prévoyait une rémunération supérieure à 18 millions d'euros. Selon certains, il devait ce job à l'amitié qui le liait à Poutine. Selon d'autres, les nouveaux propriétaires, des investisseurs des Émirats Arabes Unis, avaient engagé Maradona afin de faire parler du club. À la mi-juillet de la même année, tel un chef d'État (mais sans costume), l'Argentin avait fait le tour du stade dans un véhicule militaire. La foule l'avait applaudi. Maradona avait apprécié et posé, fier comme un paon, aux côtés du drapeau du Bélarus, comme s'il s'agissait de sa deuxième patrie. Le club avait cédé à tous ses caprices, engageant même un chauffeur et une femme d'ouvrage qui parlaient espagnol. Quelle n'avait donc pas été la surprise des Biélorusses lorsque, quelques semaines plus tard, El Diez était arrivé au Mexique et été présenté comme entraîneur de Dorados. Étrangement, dans un communiqué officiel, le Dinamo Brest avait fait comme si de rien n'était. Maradona y était alors présenté comme "président d'honneur du club", fonction qu'il pouvait "parfaitement combiner avec celle de coach de Dorados." Pourquoi Maradona a-t-il laissé tomber "le plus gros contrat de sa vie" pour rejoindre le Mexique, où il gagnait beaucoup moins ? Personne ne l'a jamais su... Encore un coup de Dieu, sans doute...