Au lendemain de la défaite à domicile 1-0 contre Tottenham (après le 3-0 à l'aller), les dirigeants restent calmes: cette très jeune équipe va mûrir et l'avenir lui appartient.

La preuve? La première période contre Tottenham, que le Borussia a totalement maîtrisée, ne butant que sur Hugo Lloris intraitable dans les buts anglais. "Nous avons vu beaucoup de choses positives, ça doit nous donner de la force et de l'élan", s'est félicité le manager du groupe professionnel Sebastian Kehl.

Même le capitaine Reus, déçu, veut croire aux signes positifs: "Nous avons montré dans le passé récent que nous avons la qualité, et notre performance en première période est quelque chose sur quoi nous pouvons bâtir".

Actuellement, personne ne parierait pourtant sa fortune sur un titre de champion en fin de saison. Certes les Borussen sont toujours premiers du classement, à égalité de points avec le Bayern Munich, mais depuis février, ils ont joué huit fois, toutes compétitions confondues, pour quatre défaites (dont l'élimination en coupe d'Allemagne), trois nuls et une seule victoire!

En face, le Bayern a remporté 11 de ses 12 derniers matches de Bundesliga.

- "Pas d'objectifs démesurés" -

La réussite qui a porté Dortmund en début de saison semble évanouie. Les bourdes défensives des jeunes joueurs ont coûté très cher en février, et l'attaque ne marque plus: quatre buts sur les cinq derniers matches.

Mais les dirigeants du club regardent au-delà de ce passage à vide. L'été dernier, ils ont entièrement reconstruit leur équipe après une saison ratée. Et confié à l'entraîneur Lucien Favre deux défis: réussir l'amalgame d'un effectif hétérogène, et faire grandir les jeunes pousses telles Jadon Sancho, la petite perle anglaise de 18 ans, Dan-Axel Zagadou, l'international français U20, Achraf Hakimi, le Marocain de 20 ans formé au Real, et d'autres encore qui ont juste dépassé la vingtaine.

Dès septembre, le technicien suisse mettait en garde contre l'euphorie qui s'emparait des commentateurs, trop heureux de voir le Bayern enfin menacé après six ans de règne absolu.

"Cette équipe est jeune, elle a besoin de temps pour mûrir, ça ne prend pas deux ou trois mois. Nous nous avons encore beaucoup de choses à corriger, notamment en défense", martelait ce perfectionniste, qui ne s'est jamais laissé éblouir par les bons résultats du début de saison.

Matthias Sammer, ancien joueur et entraîneur de Dortmund, aujourd'hui conseiller indépendant de la direction, note aussi que l'équipe est composée en partie de "joueurs très jeunes, avec une grosse marge de progression (...) La stabilité d'une équipe de haut niveau tient aussi à sa structure d'âge, dit-il, et le Borussia est en train de construire cela".

Michael Zorc, le directeur sportif responsable du recrutement, pense lui aussi que ce groupe donnera le meilleur de lui-même la saison prochaine, voire dans deux ans.

Et lorsqu'on lui demande pourquoi il s'obstine à ne pas avouer que Dortmund vise désormais le titre, il renvoie de nouveau à la jeunesse de ses hommes: "C'est une question d'approche. Pour notre équipe, qui manque encore d'expérience, il est important de ne pas afficher d'objectifs démesurés".