Il n'a pas su dribbler la grande faucheuse comme il avait réussi à ridiculiser tellement d'adversaires. Maradona était un artiste des pelouses, un esthète bourré de flair et de passion, qui trouvait une solution à tous les problèmes dans le jeu et boostait la confiance de ses coéquipiers. Mais dans la vie, c'était un gars incontrôlable qui se nourrissait des extrêmes, côtoyait le ciel et l'enfer, mélangeait génie et folie.
...

Il n'a pas su dribbler la grande faucheuse comme il avait réussi à ridiculiser tellement d'adversaires. Maradona était un artiste des pelouses, un esthète bourré de flair et de passion, qui trouvait une solution à tous les problèmes dans le jeu et boostait la confiance de ses coéquipiers. Mais dans la vie, c'était un gars incontrôlable qui se nourrissait des extrêmes, côtoyait le ciel et l'enfer, mélangeait génie et folie. Qui est le meilleur footballeur de tous les temps? Pelé? Maradona? Lionel Messi? La discussion est sans fin. Et comme ils n'ont pas joué aux mêmes moments, on ne pourra jamais y apporter une réponse tout à fait objective. Mais Maradona évoque à lui seul un tournoi, la Coupe du monde 1986, quand il a traversé un demi-terrain pour marquer un but extraordinaire au milieu des défenseurs anglais. Depuis ce jour-là, surtout, il est devenu un mythe. Ces dribbles resteront dans la mémoire collective, pour la postérité. Son statut d'icône, Maradona le doit en partie à cette chevauchée. Diego Maradona était l'incarnation de l'âme argentine. Il avait grandi dans un quartier pauvre de la banlieue de Buenos Aires et était devenu un symbole de la lutte contre la vie en marge de la société. C'est le ballon qui lui a permis de s'en sortir. Il a acquis un statut d'idole absolue après avoir mené l'Argentine au titre mondial en 1986, puis il est devenu un demi-dieu quand il a offert à Naples les deux seuls titres nationaux de son histoire, en 1987 et 1990. Mais à l'époque où il a acquis ce statut de demi-dieu, il était déjà aussi imprévisible dans la vie que sur les prés. On ne pouvait déjà plus faire de Maradona un exemple à suivre pour les jeunes. Mais il était tellement génial en tant que joueur que tout le monde acceptait de lui pardonner ses multiples excès. Sa célébrité était sa meilleure protection. On avait l'impression que chacun de ses pas de travers accentuait encore le mythe. C'est toujours le cas aujourd'hui, une semaine après son décès. Ce n'est pas courant qu'un pays décrète un deuil national de trois jours après la disparition d'un footballeur. Comme si Maradona servait de ciment pour l'unité du peuple argentin. Il est tragique qu'après sa carrière, il n'y ait eu personne pour accompagner Diego Maradona, pour le maintenir sur le droit chemin. D'un autre côté, dans tout ce qu'il faisait, il se pensait intouchable. Il a touché à la cocaïne, il a eu des liens avec la mafia, il a été suspendu pour dopage, et à une certaine période, il était tellement gros qu'il arrivait encore à peine à parler. Un contraste total avec le jeune joueur frais et spontané qui se faisait les dents avec Boca Juniors et posait les premiers jalons de sa carrière phénoménale. À douze ans, alors qu'il était ramasseur de balles, il s'amusait à jongler sur le terrain à la mi-temps, faisant s'écarquiller les yeux de la foule. Quelque part, Maradona était déjà mort quand il vivait encore. Sa chute est triste à pleurer, même chose pour l'évolution de son corps et son incapacité à vivre sans ballon. Maradona était devenu une caricature de lui-même, menant une vie chaotique et d'une tristesse sans nom. Pour fêter son soixantième anniversaire, il aurait voulu réunir tous ses enfants. Huit au total, de six femmes différentes. Mais ça n'a rien donné parce que personne n'a visiblement voulu faire le déplacement. Cela peut expliquer le stress émotionnel dont il a souffert durant ses derniers mois, à côté de ses autres problèmes de santé. Il doit souvent s'être senti seul. À nouveau un contraste saisissant avec la foule immense qui s'est déplacée pour son enterrement. Il laisse un pays profondément meurtri.