La surprise ne tient que quelques minutes. Tout juste le temps de passer de la liste des gardiens à celle des questions. Incompréhensible jusqu'alors, l'absence de Koen Casteels devient logique quand Roberto Martínez évoque une opération planifiée au bout de la saison de Bundesliga. Choix sensé d'un gardien qui privilégie la préparation du prochain exercice à un été passé dans le costume toujours ingrat de troisième gardien.
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La surprise ne tient que quelques minutes. Tout juste le temps de passer de la liste des gardiens à celle des questions. Incompréhensible jusqu'alors, l'absence de Koen Casteels devient logique quand Roberto Martínez évoque une opération planifiée au bout de la saison de Bundesliga. Choix sensé d'un gardien qui privilégie la préparation du prochain exercice à un été passé dans le costume toujours ingrat de troisième gardien. Une fois la "raison purement médicale" expliquée, c'en est déjà fini des surprises de la liste des 26 énumérée par le sélectionneur. Le semblant de polémique lancée par l'identité du troisième gardien dit d'ailleurs beaucoup de choses sur la logique du Catalan. Un homme si avare en coups de théâtre qu'un bouleversement sur l'identité du joueur qui a le moins de chances de fouler les prés européens cet été aurait fait office d'événement. De surprise, il n'est donc pas question. Le temps d'un Marc Wilmots qui annonçait à une assemblée médusée la présence de Divock Origi dans ses valises brésiliennes semble bel et bien appartenir au passé. Le temps de l'avenir aussi, dans une sélection résolument orientée vers la performance au présent, laissant chez les réservistes les jeunes Alexis Saelemaekers, Yari Verschaeren ou Charles De Ketelaere pour privilégier des routiniers. Les choix de Martínez sont une histoire de certitudes. Celles qui disent que les réactions émotionnelles de Saelemaekers face à la grandeur d'un tel évènement international sont encore inconnues, alors que l'épisode russe de 2018 a prouvé que Nacer Chadli pouvait être un bon remplaçant pendant la phase de poules, puis un excellent titulaire dans le sprint final. Ni les années qui passent, ni les blessures à répétition ne semblent altérer le raisonnement du sélectionneur, confiant en la capacité d'un Chadli à retrouver son état de forme optimal dans les quelques semaines qui séparent encore les Diables de leurs échéances. Finalement, la surprise principale aurait sans doute été la présence dans la liste des 26 d' Axel Witsel, si elle n'avait pas été éventée quelques jours plus tôt. Le régulateur du jeu belge, victime d'une rupture du tendon d'Achille le 9 janvier dernier lors d'un match contre Leipzig, n'a plus foulé les terrains depuis et reprend la course depuis quelques jours. À un poste où les changements de rythme et de direction ne sont pas les plus fréquents, la mission ne semble pas perdue d'avance, mais le pari reste malgré tout audacieux. Pas sûr que Roberto Martínez se serait permis cette audace si la liste n'avait pas excédé les 23 noms, lui qui voit dans l'élargissement octroyé aux sélectionneurs une aubaine après avoir travaillé depuis longtemps avec des listes tutoyant les trente éléments. Les doutes autour de sa présence, visiblement plus importants que ceux sur la solidité physique d'une ligne arrière limitée à cinq éléments (même si Leander Dendoncker et Timothy Castagne sont capables d'occuper un poste dans la défense à trois) amènent Martínez à consolider le coeur de son noyau, emmenant à la fois Dennis Praet et Hans Vanaken dans ses bagages. Le double Soulier d'Or est d'ailleurs, avec Simon Mignolet, l'un des deux seuls représentants de la Pro League au sein de la liste, comme Dendoncker l'avait été deux ans plus tôt lors du Mondial russe. Si les rassemblements qualificatifs sont de plus en plus ouverts aux joueurs de la compétition nationale, les grands tournois restent la chasse gardée de ceux qui ont cumulé de l'expérience à l'étranger. D'expérience, la sélection n'en manquera pas, avec une moyenne d'âge qui excède les 28 ans. Le trentenaire Dedryck Boyata ferait d'ailleurs presque office de solution d'avenir, au milieu d'anciens ajacides vieillissants et d'un Jason Denayer qui se profile de plus en plus comme le futur patron de la défense des Diables. L'occasion de rappeler que le compteur tourne pour cette génération qui vivra cet été l'une de ses deux (voire trois, si on considère la Ligue des Nations comme telle) dernières opportunités de couronner son histoire dorée par un trophée d'ampleur. Dans ce groupe qui ressemble à un all-in vers la victoire, comme une confirmation tacite du départ attendu de Roberto Martínez après le grand rendez-vous européen, la surprise majeure serait donc peut-être l'absence de Marouane Fellaini. Malgré les appels du pied de son clan et une forme plutôt bien entretenue du côté de la Chine, Big Mo ne servira pas de joker de luxe pour semer le chaos dans les airs en cas de situation bouchée au sol, comme la Belgique l'avait connue contre le Japon. Peut-être l'ancien Rouche paie-t-il à ce titre le retour en forme de Christian Benteke, six buts en 2021 dont trois depuis le début du mois de mai? Big Ben semble en tout cas en jambes comme jamais, et pourra vivre son deuxième grand tournoi en compagnie de la sélection, trois ans après une absence des 23 mondialistes de Martínez qui semblait sceller la fin de son histoire internationale. Bénéficiaire de l'élargissement, le géant de Selhurst Park intègre un groupe qui n'a que très peu changé en l'espace de trois ans, puisque dix-huit des participants au Mondial russe seront à nouveau de la partie cet été. En comptant les retraites internationales de Fellaini, Vincent Kompany et Mousa Dembélé, et en y ajoutant la blessure de Casteels, seul Adnan Januzaj aura quitté le train international. Plutôt en forme du côté de la Real Sociedad, mais longtemps écarté du groupe après une titularisation gâchée à Saint-Marin, le gaucher reste à quai en compagnie de dix autres réservistes, parmi lesquels on trouve de nombreux jeunes espoirs du championnat, ainsi qu'un étonnant Jordan Lukaku, sans doute considéré comme le back-up le plus fiable à gauche malgré l'impressionnant sprint final du polyvalent Alessio Castro Montes. Preuve que s'il y a une chose que Roberto Martínez déteste encore plus que les surprises, c'est sans doute le sentiment d'inconnu qui les accompagne.