Le jet privé se pose sur le tarmac de l'aéroport international de Dubaï. Nous sommes début décembre. Kevin De Bruyne reçoit un bon de sortie ensoleillée de quelques jours de Pep Guardiola pour recharger ses batteries. Un mois plus tôt , King Kev, brillantissime depuis le début de la saison avec les Citizens, fait une sortie médiatique qui se révélera salvatrice. Après un partage peu encourageant face au Mexique à Bruxelles (3-3), De Bruyne déclare : " On doit trouver un plan tactique pour l'équipe. On a joué contre le Mexique avec un système qui n'était pas bon. On a créé des occasions, mais je pense qu'au plan défensif, il y avait trop d'espaces, car nous étions trop derrière, nous n'avons pas eu le courage de placer l'équipe plus haut. Cela a permis au Mexique d'avoir la possession. Je ne suis pas quelqu'un qui pointe une autre personne du doigt, je suis quelqu'un qui essaye de trouver des solutions. "
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Le jet privé se pose sur le tarmac de l'aéroport international de Dubaï. Nous sommes début décembre. Kevin De Bruyne reçoit un bon de sortie ensoleillée de quelques jours de Pep Guardiola pour recharger ses batteries. Un mois plus tôt , King Kev, brillantissime depuis le début de la saison avec les Citizens, fait une sortie médiatique qui se révélera salvatrice. Après un partage peu encourageant face au Mexique à Bruxelles (3-3), De Bruyne déclare : " On doit trouver un plan tactique pour l'équipe. On a joué contre le Mexique avec un système qui n'était pas bon. On a créé des occasions, mais je pense qu'au plan défensif, il y avait trop d'espaces, car nous étions trop derrière, nous n'avons pas eu le courage de placer l'équipe plus haut. Cela a permis au Mexique d'avoir la possession. Je ne suis pas quelqu'un qui pointe une autre personne du doigt, je suis quelqu'un qui essaye de trouver des solutions. " Joint par téléphone, alors qu'il n'a pas encore posé pied sur le sol de ce recoin des émirats pour footballeurs fortunés, KDB s'explique. " Si j'ai dit ça, c'est parce qu'il faut que l'on s'améliore collectivement. C'est dans cet unique but. On ne doit plus se satisfaire d'un quart de finale. On doit aller en Russie pour gagner cette Coupe du Monde. C'est le moment pour notre génération de faire quelque chose de spécial. C'est une des dernières chances pour ce groupe qui a connu le Brésil, la France, de briller tous ensemble. Et je ne veux pas passer à côté de cette opportunité. Dans le football, je sais qu'on doit faire attention à tout ce qu'on dit. Je ne sais pas si ce que j'ai dit a été bien perçu mais je sais que j'ai pris un risque. Mais d'après moi, c'était le bon moment de m'exprimer. Car on a encore le temps de rectifier le tir. " À l'image de Thibaut Courtois, qui avait pointé les errements tactiques des Diables de Marc Wilmots quelques minutes après l'élimination de l'EURO par le Pays de Galles, De Bruyne prend ses responsabilités. Il se positionne aussi au sein du groupe. Il n'est plus le KDB effacé que l'on a connu durant le championnat d'Europe en France. KDB a intégré cette saison le conseil des joueurs de Man City, il a pris davantage d'envergure sur et en dehors des terrains. Ou du moins, il en donne l'impression. Mais surtout, il veut éviter toute nouvelle désillusion. Car au sein des Diables, tout le monde est parfaitement conscient que le mondial en Russie est la dernière véritable occasion pour ce groupe de briller. Le sélectionneur est évidemment piqué par la sortie d'un de ses joueurs-clefs. Il ne tombe pas de sa chaise non plus. Car les signes avant-coureurs étaient perceptibles. Au soir du 3 septembre, les Diables se qualifient officiellement pour la Coupe du Monde après une victoire en Grèce (1-2). Dans les catacombes du stade Karaïskaki d'Athènes, les joueurs rejoignent le bus sans fanfaronner alors que les chiffres de cette campagne qualificative sont pourtant exceptionnels (9 victoires, un partage, 43 buts pour, 6 contre). Si Eden Hazard noie quelque peu le poisson devant la faiblesse du jeu proposé, Kevin De Bruyne, lui, est plus cash. " On ne peut qu'être satisfait du résultat. Par contre, on doit oublier la manière, on doit élever le rythme des échanges et surtout régler les problèmes défensifs qui sont trop nombreux. " Thomas Meunier pointe davantage une mentalité encore défaillante : " On n'est pas encore un groupe soudé, où chacun se bat l'un pour l'autre, comme une équipe de club peut l'être. Vu les qualités dont on dispose, on finit souvent par s'en sortir, alors que c'était pas terrible. On doit avoir davantage de conscience professionnelle et patriotique, surtout lors de grands tournois. C'est ça qui va faire la différence. Et c'est sur ce point que Roberto Martinez travaille, il veut créer ce groupe soudé. " En début d'année, Roberto Martinez rencontre Kevin De Bruyne à Manchester. L'échange est constructif. Les deux hommes jouent cartes sur table. Le sélectionneur explique à son joueur comment il envisage les prochains mois. Ou comment arriver fin prêt pour le début de la Coupe du Monde. Cantonné sur le côté droit à Athènes, De Bruyne ne brille pas sous le maillot des Diables. Ou rarement. Dans sa carrière, le " divin rouquin " a quasiment toujours évolué dans l'axe. Il veut avoir le contrôle sur le jeu, être davantage au ballon, rythmer les échanges. À l'image de cette saison chez les Citizens. KDB a, aussi, parfaitement compris qu'il faut laisser un maximum de libertés offensives au joyau de la sélection, Eden Hazard. " C'est lui la star de la sélection, et personne d'autre ", confie De Bruyne. Pas question donc de se marcher dessus comme ça a été le cas dans un passé pas si lointain. À chacun son secteur. Hazard doit être le dynamiteur du jeu des Diables, De Bruyne doit en être le régulateur. Roberto Martinez quitte l'Angleterre satisfait. Dans un sens comme dans l'autre, le message semble être parfaitement passé. Si De Bruyne n'a pas encore ébloui la Coupe du Monde, l'attitude n'a pas plus rien à voir avec celle d'il y a deux ans quand des passe-droits ou privilèges accordés à certains rendaient les rapports difficiles entre le staff et plusieurs joueurs. Aujourd'hui, De Bruyne se montre très clair : " J'ai la même vision que Martinez. Je parle beaucoup avec le coach, pas seulement de tactique mais aussi de la famille. C'est notamment arrivé avant le match contre le Panama. Quand tu échanges tes idées, tu comprends mieux la façon de penser de chacun. Je pense que les critiques formulées en novembre ont permis que l'on se parle davantage. Je savais ce que je faisais et quelles seraient les conséquences. Nous avons en quelque sorte la même vision du football. J'aime avoir le ballon et j'aime les équipes qui ont la possession. " Ce 3-4-3 tant montré du doigt ne tombe pas de nulle part. Il n'est pas lié uniquement à la sortie sur blessure de Jordan Lukaku face à la Bosnie en octobre 2016 qui obligea Martinez à tenter un trois arrière. Dans l'esprit du sélectionneur, il est essentiel que ses joueurs les plus décisifs soient mis dans les meilleures dispositions. Les autres éléments doivent être au service des game-changers. Et, apparemment, cette option très offensive, qui oblige pourtant les ailes à s'époumoner durant 90 minutes, récolte les faveurs du groupe. " C'est le système que tous les joueurs préfèrent ", assure Nacer Chadli quelques minutes après la belle victoire face à la Tunisie. " C'est un système que l'on a travaillé pendant deux ans. C'est un travail de longue haleine. On a toujours travaillé la possession de balle ou le pressing depuis les premiers entraînements. Mais, cette fois, lors de la préparation à la Coupe du Monde, on a pu travailler plus en profondeur, bosser sur des détails. Ceux qui te permettent de gagner des matches. On a aussi énormément bossé physiquement en préparation. " " Dès le premier jour ensemble, à Tubize, ça a été très intense, " prolonge Thomas Meunier. " On a débuté par des tests de VMA, puis des tests physiques avec ballon. J'étais mort. Ça ressemblait à une préparation de début de saison. On a aussi beaucoup travaillé le pressing, chaque jour ça bossait tactiquement. " Aujourd'hui, il est très difficile de trouver quiconque qui remettra en question le travail de Roberto Martinez. Et pourtant, l'Espagnol a traîné derrière lui son lot de sceptiques. Chez les supporters et les médias, mais aussi chez les joueurs. " Vous vous faites facilement avoir par son discours. Il s'exprime bien, c'est propre. Mais il faut regarder le niveau de jeu ", nous glisse il y a un peu plus d'un an l'un des joueurs cadres du groupe. 27 mars dernier : le match amical face à l'Arabie saoudite (victoire 4-0), sur papier anecdotique car programmé en plein money-time du calendrier des clubs, va s'avérer riche en enseignements. À une demi-heure du terme, Radja Nainggolan monte au jeu en lieu et place de Dries Mertens sous les acclamations du stade Roi Baudouin. Positionné à une place qui n'est pas la sienne, le milieu de terrain de la Roma salope sa partition. Martinez lui démontre par l'absurde qu'il ne correspond pas à son système. Que ce soit devant la défense, ou un peu plus haut, il n'y a pas de place pour lui. Dans le vestiaire, après la rencontre, Nainggolan fait la tronche. Il a parfaitement compris le message. Lors de l'annonce des 28 sélectionnés, le 21 mai dernier, rares sont les Diables Rouges surpris par la non-sélection du joueur romain. " Raisons tactiques ", tentera de justifier le sélectionneur. Six mois plus tôt, dans les bureaux de Sport/Foot Magazine, Roberto Martinez s'était pourtant montré assez clair : " Je me rends bien compte que Radja est quelqu'un de très populaire. Mais je dois prendre des décisions en fonction de l'équilibre de l'équipe. Je crois pouvoir dire qu'aux deux postes de numéro 10, Dries Mertens et Eden Hazard ont été les meilleurs jusqu'à présent. Quant à Radja, il est à son meilleur niveau à la Roma quand il évolue comme numéro 10 avec de la liberté derrière Dzeko. Et on n'a pas vraiment de poste similaire en sélection. Et quand on l'a essayé là, ça n'a pas vraiment fonctionné. Et puis, ce n'est pas un joueur que l'on met 15 ou 16e homme. Il doit avoir un rôle important dans une équipe ". Il ne pourrait pas être un bon remplaçant ? " Je pense que ce ne convient pas à son statut ", précise Martinez. La question " Nainggolan " semblait entérinée depuis bien longtemps. Malgré un résultat qui ne se discute pas, le match face à l'Arabie saoudite ne rassure personne. Ni les observateurs, ni les joueurs. Deux mois avant le début de la Coupe du Monde, Eden Hazard n'est pas satisfait du niveau de jeu. Et il n'est pas le seul. Si le capitaine des Diables donne parfois l'impression d'être peu impliqué par les à-côtés du foot, Hazard veut marquer le coup lors du plus grand événement foot de la planète. Cet objectif a façonné toute sa saison. Roberto Martinez, lui, ne panique pas. En tout cas, il ne montre aucun signal d'inquiétude. Régulièrement, il prend la température auprès des joueurs. Il se rend à Londres pour suivre l'évolution de la blessure de Michy Batshuayi, rencontre Kompany ou Lukaku. " Martinez est un excellent people manager ", nous dit-on dans le giron des Diables. À la fédération, on est clairement sous le charme du bonhomme. " Le sélectionneur se rend régulièrement à Tubize, il parle aux autres entraîneurs, il s'implique dans le développement du football belge. Martinez travaille au quotidien, il est full time, plus que full time même, ce qui est quand même une grosse différence avec avant ", assène Mehdi Bayat.Le 18 mai dernier, à moins d'un mois du début de la Coupe du Monde, Roberto Martinez est, à la surprise générale ou presque, prolongé de deux ans à la tête des Diables. Même si un éventuel échec en huitièmes de finale de la Coupe du Monde pourrait venir tout chambouler et mettre précipitamment un terme à l'aventure. Longtemps, on a vu en Michel Preud'homme le successeur naturel pour reprendre les Diables. Il y a six mois, il est toujours le choix numéro un pour l'après-Coupe du Monde. Mais la donne change. D'un côté, le président du Standard, Bruno Venanzi se montre de plus en plus séducteur alors qu'au sein de la commission technique, les doutes grandissent concernant MPH. " Au Standard, il est aujourd'hui l'inspecteur des travaux finis. " Aux yeux des décideurs de la Fédération, il n'est plus question de retomber sur un sélectionneur tout puissant qui vogue entre Bordeaux et Tubize. Chez les joueurs aussi, on croit connaître le nom du successeur de Martinez. " On m'a confirmé que ce serait Preud'homme ", nous raconte l'un d'entre eux, sans toutefois sauter au plafond. Loin s'en faut. " Vous les journalistes, vous en faites une icône, mais où a-t-il coaché à part en Belgique, aux Pays-Bas ou en Arabie saoudite ? " Si Roberto Martinez n'a pas les références des plus grands coaches européens, il est préféré début août 2016 à Ralf Rangnick, Dick Advocaat, Louis van Gaal et Rudi Garcia. Romelu Lukaku connaît parfaitement le nouveau sélectionneur. Quand Martinez dirige Wigan, le plus grand buteur de l'histoire des Diables est sous le charme du jeu pratiqué par cette petite formation de Premier League. Et quand ' Rom' rejoint Everton, c'est en grande partie à cause de la présence du coach espagnol à la tête des Toffees. Quant aux autres Diables, hormis Mirallas ou Fellaini, ils découvrent Martinez. En terme organisationnels, de datas, ou de moyens techniques, la fracture est grande avec l'époque Wilmots. Tout semble beaucoup plus pro. L'arrivée surprise de Thierry Henry fait forte impression quand il débarque pour la première fois à l'hôtel des Diables, alors basé à Zaventem. " J'ai vu sur le visage des joueurs quelque chose qui ne s'explique pas, qui n'a pas de prix ", se rappelle un membre de la Fédé. La présence du meilleur buteur de l'histoire des Bleus, en tant que deuxième, donne encore plus d'éclat à cette génération dorée. Mais quel est son rôle exact ? La légende des Gunners est évidemment proche des attaquants, qu'il conseille au niveau du positionnement, des mouvements. Il prend en charge les phases arrêtées également. Ses points de vue, eux, peuvent parfois s'avérer très critiques. Ne comptez pas sur lui pour caresser les joueurs dans le sens du poil. Quelques secondes après le coup de sifflet final face à la Tunisie, tout le monde se congratule. Tandis qu'Henry n'esquisse aucun sourire, il a toujours en tête les nombreux ratés en attaque et ce but encaissé dans les dernières secondes. Perfectionniste jusqu'au bout...