Là où ils ont rejoint l'Allemagne, les Pays-Bas, la France, l'Argentine, l'Italie, la Hongrie et l'Uruguay dans le cercle très restreint de ceux qui ont fait tomber le géant brésilien lors d'une Coupe du Monde. Et, pour se distinguer de tous ceux-là, les Belges sont les seuls à avoir accompli l'exploit et à ne jamais avoir joué une finale mondiale. Une exception qui laisse à la campagne russe un goût d'inachevé. Celui d'une opportunité qui pourrait ne jamais se représenter.
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Là où ils ont rejoint l'Allemagne, les Pays-Bas, la France, l'Argentine, l'Italie, la Hongrie et l'Uruguay dans le cercle très restreint de ceux qui ont fait tomber le géant brésilien lors d'une Coupe du Monde. Et, pour se distinguer de tous ceux-là, les Belges sont les seuls à avoir accompli l'exploit et à ne jamais avoir joué une finale mondiale. Une exception qui laisse à la campagne russe un goût d'inachevé. Celui d'une opportunité qui pourrait ne jamais se représenter. Le Belge aime être pessimiste. Il évite ainsi d'opter pour l'arrogance dont il affuble volontiers ses voisins, du nord comme du sud. S'il entend volontiers du bien de lui dans des bouches étrangères, il préfère la mesure à l'heure d'évaluer ses propres capacités. Qu'importe si ses trois véritables cracks internationaux que sont Thibaut Courtois, Kevin De Bruyne et Eden Hazard n'auront que 30 ou 31 ans au moment de fouler les pelouses qataries en 2022. Nombreux sont ceux qui considèrent qu'il sera déjà trop tard. Que c'était la Russie ou jamais. Le Belge regarde sa montre, et trouve que le temps avance bien trop vite. Il savoure à peine le fait d'être, pour la deuxième campagne de suite, le premier pays européen à avoir validé son ticket pour un grand tournoi. Qu'elle raccroche les crampons en 2022 ou plus tard, avec une médaille d'or autour du cou ou avec l'éternel regret de la tête décroisée de Samuel Umtiti, la génération dorée aura marqué le football de son pays. Et si certains tenteront inévitablement de s'en octroyer les mérites, la réussite nationale aura surtout été le fruit d'un formidable concours de circonstances. D'une constellation née entre le Domaine de Luchin, dans le nord de la France, les pelouses du Toekomst d'Amsterdam ou le terrain boisé d'une Sportschool du Limbourg. Si la Fédération avait relancé la formation au sein du Plat Pays après la déconvenue de l'EURO 2000, rares sont les Diables actuels qui peuvent être considérés comme les fruits de cette politique nationale d'alors. Les premiers enfants de la nouvelle Belgique auraient dû être Charly Musonda Junior ou Zakaria Bakkali, mais la relève a finalement dû attendre l'éclosion de Youri Tielemans à Neerpede. Pleinement consciente du brin de chance qui l'a amenée jusqu'au sommet de la hiérarchie mondiale, la Fédération se prépare à amortir la chute. Les prestations délicates de l'EURO espoirs ont-elles déjà montré les premiers signes d'un futur moins flatteur ? Ce serait négliger le fait que, pour être du voyage italien, les Belges avaient tout de même dû se faire une place parmi les douze meilleures nations d'Europe. Le tout avec une génération loin d'être considérée comme prometteuse par les formateurs des quatre coins du pays. À long terme, la Belgique ne sera jamais un challenger durable de la France, l'Espagne, l'Allemagne ou l'Italie. La démographie ne ment pas et six fois moins d'habitants, c'est aussi six fois moins de talents potentiels. Si le souhait de la new look RBFA est de s'installer dans le wagon de deuxième classe en compagnie des Pays-Bas, du Portugal, de la Suisse ou de la Suède, il y aura des périodes où les qualifications ne seront plus une succession de goleadas sans histoires. Potentiellement privée de talents hors-normes, la Belgique devra alors miser sur les nouvelles vertus de ses centres de formation, équipés pour former des joueurs dont les cerveaux fonctionnent au moins aussi vite que les pieds. La Fédération, portée par les idées de Roberto Martinez, met tout en oeuvre pour que l'ascension vers les sommets ne soit pas suivie d'un saut dans le vide. La fin de semaine sera certainement bien moins ensoleillée. Mais avant de sortir son parapluie pour s'apprêter à traverser des qualifications tempétueuses, la Belgique peut encore s'installer sur son transat et profiter de sa place privilégiée au soleil. Il y a encore quelques cocktails de football savoureux à siroter.