Ce soir, on joue à domicile. Pas chez nous. Notre stade n'a pas fait partie de la sélection d'enceintes désinfectées minutieusement pour accueillir la fin de saison. Je porte mon masque pour monter dans le bus. Je suis avec les attaquants. Les autres nous suivent, dans les deux cars suivants, histoire d'être à distance suffisante de nos coéquipiers pour limiter les risques d'infection. Chacun à notre tour, on entre dans les deux vestiaires affectés à l'équipe. Les titulaires dans le premier, les remplaçants et l'intendance dans l'autre. Dans les travées du stade, je me lave trois fois les mains. C'est devenu la routine, tout comme les tests réguliers et les prises de température quotidienne. L'autre jour, l'un de mes coéquipiers a fait décoller le thermomètre. Il a immédiatement été écarté, et nos tests sont devenus plus fréquents.

Je m'apprête à aller fouler la pelouse pour l'échauffement, mais je marque un temps d'arrêt. L'équipe adverse est dans le tunnel. Une fois qu'ils seront sur leur partie de terrain, on pourra enfin tâter le terrain. L'herbe vient tout juste d'être désinfectée, mais la surface résiste mal aux matches qui se disputent ici tous les deux jours, pour tenir le rythme jusqu'à la fin de saison.

Pas de clameur quand on rejoint la pelouse. Le stade sonne creux. Au total, il ne doit pas y avoir plus de 200 personnes. Pendant qu'on désinfecte nos ballons, je cherche la bouteille étiquetée à mon nom. Le retour au vestiaire se fait dans le silence d'un stade sans public.

Nos remplaçants sont les premiers à rejoindre le terrain. On s'encourage à distance, sans accolade ou high five. Ils s'asseyent sur le banc, allongé par plusieurs chaises histoire de laisser une place libre entre chaque personne. L'équipe adverse entre dans le tunnel pour monter sur la pelouse, puis c'est au tour de la nôtre. Le capitaine ne serre pas la main de son homologue, ni de l'arbitre. Pas non plus de photo d'équipe. On monte sur le terrain, et on joue dans un calme seulement brisé par les cris des joueurs et les bruits du ballon.

Juste avant la mi-temps, je profite de l'impossibilité des ceinturages ou des tirages de maillot pour faire trembler les filets sur corner. Le but nous envoie en tête du championnat, mais je le célèbre seul. Mes équipiers exultent chacun dans leur coin. Dépité, un défenseur adverse retient son envie de cracher, histoire d'éviter un carton jaune inutile. On rentre aux vestiaires, pendant que des hommes masqués et enfermés dans des combinaisons blanches aspergent le terrain de désinfectant.

La deuxième mi-temps ne change rien. La victoire est dans la poche. On ne la fête pas tellement sur le terrain, encore moins dans les vestiaires. Comme le stade ne dispose pas de douches individuelles, chacun remonte habillé dans son bus attribué, et prend la route de l'hôtel. Une fois dans ma chambre, je peux enfin me doucher, et déguster ce repas emballé dans des sacs hermétiques par nos spécialistes en nutrition. J'appelle ma famille en FaceTime. Histoire d'enfin partager la joie de la victoire avec quelqu'un.

Article rédigé à partir de recommandations de la FIFA, des pistes pour la reprise de la Bundesliga publiées par Der Spiegel, de celles pour la Premier League divulguées par le Times et de l'interview du président des médecins des clubs de foot espagnols dans El País.

Ce soir, on joue à domicile. Pas chez nous. Notre stade n'a pas fait partie de la sélection d'enceintes désinfectées minutieusement pour accueillir la fin de saison. Je porte mon masque pour monter dans le bus. Je suis avec les attaquants. Les autres nous suivent, dans les deux cars suivants, histoire d'être à distance suffisante de nos coéquipiers pour limiter les risques d'infection. Chacun à notre tour, on entre dans les deux vestiaires affectés à l'équipe. Les titulaires dans le premier, les remplaçants et l'intendance dans l'autre. Dans les travées du stade, je me lave trois fois les mains. C'est devenu la routine, tout comme les tests réguliers et les prises de température quotidienne. L'autre jour, l'un de mes coéquipiers a fait décoller le thermomètre. Il a immédiatement été écarté, et nos tests sont devenus plus fréquents.Je m'apprête à aller fouler la pelouse pour l'échauffement, mais je marque un temps d'arrêt. L'équipe adverse est dans le tunnel. Une fois qu'ils seront sur leur partie de terrain, on pourra enfin tâter le terrain. L'herbe vient tout juste d'être désinfectée, mais la surface résiste mal aux matches qui se disputent ici tous les deux jours, pour tenir le rythme jusqu'à la fin de saison.Pas de clameur quand on rejoint la pelouse. Le stade sonne creux. Au total, il ne doit pas y avoir plus de 200 personnes. Pendant qu'on désinfecte nos ballons, je cherche la bouteille étiquetée à mon nom. Le retour au vestiaire se fait dans le silence d'un stade sans public. Nos remplaçants sont les premiers à rejoindre le terrain. On s'encourage à distance, sans accolade ou high five. Ils s'asseyent sur le banc, allongé par plusieurs chaises histoire de laisser une place libre entre chaque personne. L'équipe adverse entre dans le tunnel pour monter sur la pelouse, puis c'est au tour de la nôtre. Le capitaine ne serre pas la main de son homologue, ni de l'arbitre. Pas non plus de photo d'équipe. On monte sur le terrain, et on joue dans un calme seulement brisé par les cris des joueurs et les bruits du ballon.Juste avant la mi-temps, je profite de l'impossibilité des ceinturages ou des tirages de maillot pour faire trembler les filets sur corner. Le but nous envoie en tête du championnat, mais je le célèbre seul. Mes équipiers exultent chacun dans leur coin. Dépité, un défenseur adverse retient son envie de cracher, histoire d'éviter un carton jaune inutile. On rentre aux vestiaires, pendant que des hommes masqués et enfermés dans des combinaisons blanches aspergent le terrain de désinfectant.La deuxième mi-temps ne change rien. La victoire est dans la poche. On ne la fête pas tellement sur le terrain, encore moins dans les vestiaires. Comme le stade ne dispose pas de douches individuelles, chacun remonte habillé dans son bus attribué, et prend la route de l'hôtel. Une fois dans ma chambre, je peux enfin me doucher, et déguster ce repas emballé dans des sacs hermétiques par nos spécialistes en nutrition. J'appelle ma famille en FaceTime. Histoire d'enfin partager la joie de la victoire avec quelqu'un.