On s'est posé mille fois la question! Est-il raisonnable, en période de pandémie, d'organiser le championnat d'Europe dans onze pays? N'est-ce pas un risque sanitaire majeur de disputer les matches dans des stades en partie remplis? Les réponses ne tomberont qu'à retardement. Mais l'UEFA, qui a déjà dû faire une croix sur un bénéfice d'un milliard l'année passée à cause du report, n'a rien voulu entendre. Et elle a promis que tout allait bien se passer.
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On s'est posé mille fois la question! Est-il raisonnable, en période de pandémie, d'organiser le championnat d'Europe dans onze pays? N'est-ce pas un risque sanitaire majeur de disputer les matches dans des stades en partie remplis? Les réponses ne tomberont qu'à retardement. Mais l'UEFA, qui a déjà dû faire une croix sur un bénéfice d'un milliard l'année passée à cause du report, n'a rien voulu entendre. Et elle a promis que tout allait bien se passer. Mais on ne maîtrise jamais tous les paramètres. On l'a vu dès samedi, pendant le match entre le Danemark et la Finlande. L'image hallucinante de Christian Eriksen qui titube avant de s'effondrer, à cinq minutes du repos, restera une image associée à jamais à cet EURO. Encore une fois, on a compris en un instant toute la relativité du football, et de la vie en général. On gardera toujours à l'esprit les tentatives de réanimation du joueur danois sur la pelouse, ainsi que la barrière humaine formée par ses coéquipiers pour le protéger des regards et des caméras. Ça pleurait dans le stade, on y aurait entendu une mouche voler, les joueurs étaient tétanisés. Ce qui devait être une fête a failli se muer en un cauchemar sans nom. Après avoir été sauvé à même la pelouse, Eriksen a quitté le terrain sur une civière, applaudi par tout le stade, pour être emmené à l'hôpital. Ce joueur, qui expliquait dans notre magazine de la semaine passée qu'il n'avait jamais joué avec une équipe nationale aussi performante, a repris ses esprits un peu plus tard. Un soulagement énorme parce que tout le monde a craint le pire, une issue qui aurait définitivement terni le souvenir de ce tournoi tout juste commencé. Il est incompréhensible que le match ait repris, même si c'était à la demande des deux équipes. Il est tout aussi incompréhensible que l'UEFA, clairement pas capable de gérer de telles situations, ait donné son feu vert. Des joueurs dépassés par leurs émotions, qui ont besoin d'une assistance psychologique, ne doivent plus jouer temporairement. Ils doivent être protégés. Un règlement strict, humain, s'impose dans des situations pareilles. C'est bien plus important qu'un calendrier de tournoi qu'il serait impossible à modifier en pleine compétition. Le résultat de ce match ne pouvait pas être un reflet fidèle de la valeur des deux adversaires. Le penalty mou et raté de Pierre-Emile Højbjerg est aussi révélateur que le remplacement du capitaine danois Simon Kjaer, ce héros qui a su garder le contrôle de ses émotions et prodigué les premiers soins à Eriksen, l'empêchant d'avaler sa langue. Kjaer a dû être remplacé après une bonne heure de jeu. Émotionnellement, il ne pouvait pas continuer. En tout cas, il peut d'ores et déjà être considéré comme le joueur de l'EURO. Reste à voir comment les Danois auront digéré ce traumatisme au moment d'affronter les Diables rouges ce jeudi dans le même stade. Des Diables qui ont fait, contre les Russes, ce qu'on attendait d'eux. Ce match n'a pas été d'un niveau exceptionnel, avec des Belges qui ont surtout contrôlé les opérations après avoir marqué leurs deux premiers buts. Ce sont des choses qu'il faut être capable de faire dans un tournoi, même si ça ne donne pas une indication de la valeur réelle de l'équipe. On peut juste dire que Romelu Lukaku continue sur son fantastique élan des derniers mois. Il a été l'homme du match. Pas seulement pour ses deux buts, mais aussi pour la façon dont il a rendu hommage à Christian Eriksen, son coéquipier à l'Inter. Lukaku n'est pas simplement un attaquant extrêmement efficace, c'est aussi un footballeur avec des valeurs sociales prononcées. Ce côté humain après l'accident du Danois, dans un monde du football d'ordinaire si froid, a été une éclaircie dans la grisaille de cette soirée.