Cristiano Ronaldo poursuit sur sa lancée à la Coupe des Confédérations. Ses prestations ne laissent rien transparaître de son irritation ni de son agitation. Au contraire, puisqu'il a été élu homme du match contre le Mexique et la Russie, comme il l'avait été à l'issue de la finale de Ligue des Champions contre la Juventus. Mais entre cette soirée à Cardiff et le début du tournoi russe, il s'est produit un court-circuit en Espagne. Quand on a annoncé qu'il faisait l'objet de poursuites judiciaires pour évasion fiscale, CR7 a annoncé qu'il voulait quitter le pays pour lequel il se produit depuis 2009. Comment cela s'est-il passé et quelles en sont les conséquences possibles ? Cinq questions, cinq réponses.
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Cristiano Ronaldo poursuit sur sa lancée à la Coupe des Confédérations. Ses prestations ne laissent rien transparaître de son irritation ni de son agitation. Au contraire, puisqu'il a été élu homme du match contre le Mexique et la Russie, comme il l'avait été à l'issue de la finale de Ligue des Champions contre la Juventus. Mais entre cette soirée à Cardiff et le début du tournoi russe, il s'est produit un court-circuit en Espagne. Quand on a annoncé qu'il faisait l'objet de poursuites judiciaires pour évasion fiscale, CR7 a annoncé qu'il voulait quitter le pays pour lequel il se produit depuis 2009. Comment cela s'est-il passé et quelles en sont les conséquences possibles ? Cinq questions, cinq réponses. Le 31 juillet, CR7 doit répondre devant la justice d'une fraude fiscale de 14,7 millions d'euros. La star portugaise est accusée de quatre méfaits fiscaux, commis entre 2011 et 2014. Un an après avoir signé au Real Madrid, en 2010, Cristiano Ronaldo aurait fondé une société sur les Îles Vierges britanniques dans l'intention de dissimuler au fisc espagnol les revenus issus de ses droits de portrait. Ce serait une "infraction délibérée et volontaire" à ses devoirs fiscaux en Espagne. Une des quatre infractions implique une peine de prison d'au moins un an, les trois autres peuvent donner lieu à des sanctions de deux à six ans. Selon le quotidien espagnol Marca, des sources de Gestifute, le bureau de management de Jorge Mendes, affirment que CR7 n'a pas l'intention de restituer ces 14,7 millions. Il a demandé au cabinet américain Baker & McKenzie d'assurer sa défense. Détail piquant : le deuxième clasico organisé en sol étranger se déroule le 29 juillet au Hard Rock Stadium de Miami. Si CR7 participe à la tournée américaine de l'équipe, il n'y aura qu'une trentaine d'heures entre la fin du match et le début du procès à Madrid. Comment réagiriez-vous si vous étiez président de club et que le meilleur buteur de tous les temps de votre formation fasse savoir à la presse qu'il souhaite s'en aller ? Probablement pas en déclarant : "Je ne lui en ai pas encore parlé. J'attends la fin de la Coupe des Confédérations." Pourtant, c'est exactement ce qu'a dit Florentino Perez. Le président n'a pas davantage eu de contact avec Mendes, l'agent du joueur. Cette réaction est pour le moins étrange. Certes, Perez a ajouté qu'il était sûr que Cristiano resterait au Real. Il y est contraint pour apaiser la majorité de ses supporters mais on peut se demander si le Real souhaite vraiment conserver Ronaldo à tout prix. Jusqu'à ce qu'il explose dans les dernières semaines de la saison et empile les buts décisifs, le Portugais de 32 ans disputait une saison médiocre. Le 23 avril, alors qu'il était titulaire du clasico perdu 2-3 contre le FC Barcelone, il n'avait encore inscrit que 19 buts en 33 rencontres. Ce n'est évidemment pas mauvais mais c'est peu par rapport à sa moyenne d'un but par match les saisons précédentes. Alors que toute l'équipe était formée autour de lui, comme toujours. D'ailleurs, ce point est un casse-tête pour tous les entraîneurs du Real : comment former l'équipe pour que Cristiano Ronaldo marque le plus possible ? Il y a quelques années, un échange assez vif entre José Mourinho et sa vedette avait fait les choux gras de la presse. L'avant s'était plaint du style défensif du Special One, qui l'avait pris à partie dans le vestiaire : "Sais-tu pourquoi nous jouons comme ça ? Pour toi ! Parce que tu ne veux pas défendre et couvrir les ailes." Règle numéro un du manuel de tout entraîneur du Real depuis 2009 : dire à une conférence de presse que Cristiano est le meilleur joueur du monde. Comme Rafael Benitez s'obstinait à ne pas le dire, il y a eu de la friture. Carlo Ancelotti et Zinédine Zidane se sont révélés des maîtres dans la manipulation de l'ego de CR7 mais le Français sait évidemment que celui-ci commence à sentir le poids des années et qu'il ne pourra plus livrer des prestations extraterrestres éternellement. C'est un secret de Polichinelle : ces derniers mois, le Real a approché Kylian Mbappé et Eden Hazard. Le Real pense à un changement de pouvoir. La blessure du Belge a compliqué son transfert. Le jeune attaquant de l'AS Monaco rêve de rejoindre la capitale ibérique mais il se tâte, à cause du prochain Mondial. À Monaco, il est sûr de sa place, ce qui est nettement moins le cas au Real. Bien qu'en fin d'année, CR7 ait obtenu un nouveau contrat jusqu'en 2021, assorti d'une augmentation et d'une clause de départ d'un milliard, il a donc le sentiment désagréable que le Real s'occupe déjà de sa succession. En outre, la saison prochaine, il risque d'être le seul poulain de Jorge Mendes dans le noyau des Merengue, car le royaume du manager s'effrite au Real. Alors que sous l'ère Mourinho, il était un habitué du complexe d'entraînement Valdebebas, il va perdre de son influence suite au départ de Fabio Coentrão, déjà loué à Monaco la saison passée, Pepe et James Rodriguez. C'était bien différent jadis, avec en plus Ricardo Carvalho et Angel Di Maria. Enfin, une partie du public de Bernabeu siffle Ronaldo avec acharnement. L'avant a déjà signifié à plusieurs reprises que ça le dérangeait. Ça peut jouer un rôle dans sa décision de quitter l'Espagne. À l'issue de la Coupe des Confédérations, Florentino Perez invitera Cristiano Ronaldo à prendre un café avec lui. D'après plusieurs journaux, le Portugais fera alors état de l'offre du PSG, qui vaut environ 200 millions. Le club français semble actuellement le seul à être disposé à investir autant d'argent en CR7. Le Bayern a déjà déclaré n'être pas intéressé et Manchester United se concentre sur Alvaro Morata. En plus, les rapports entre Mourinho et Cristiano sont pour le moins difficiles depuis leur collaboration madrilène de 2010 à 2013. Pourtant, CR7 ne serait pas opposé à un retour à Old Trafford, ne serait-ce que parce que le public, qui chante toujours "Viva Ronaldo" , le porte aux nues. Plusieurs clubs chinois sont intéressés mais il y a peu de chances que Cristiano cherche son bonheur en Extrême-Orient. Il a toujours soif de victoires dans les grandes compétitions européennes et il pense aussi à un cinquième Ballon d'Or ainsi qu'au Mondial 2018. Le départ de CR7 aurait deux conséquences pour le Real : (1) il gonflerait la caisse du club et (2) il créerait un hiatus dans la ligne d'attaque. Avec l'argent fourni par le transfert de Ronaldo, le Real pourrait faire ses emplettes sur le marché et poursuivre le rajeunissement du noyau, déjà initié par le rappel de Jesus Vallejo (20 ans), de retour de l'Eintracht Francfort et remplaçant de Pepe, et le transfert de Theo Hernandez (19 ans), doublure de Marcelo. La semaine dernière, L'Équipe a annoncé que Zinédine Zidane avait eu un entretien avec Kylian Mbappé et qu'il lui avait garanti du temps de jeu s'il rejoignait le Real dès maintenant. Cela pourrait indiquer que Zidane compte poursuivre son système de rotation la saison prochaine mais cela pourrait tout aussi bien vouloir dire que l'entraîneur est certain qu'un membre du trio BBC va bientôt s'en aller. Florentino Perez a toujours maintenu hors de l'eau la tête de ses chouchous, Gareth Bale et Karim Benzema, mais le Gallois a été fréquemment blessé la saison écoulée et l'attaquant français atteindra déjà le cap de la trentaine en décembre. Les trois footballeurs sont donc des partants potentiels mais pour le moment, Ronaldo est le seul à manifester son désir de s'en aller. La Liga doit son rayonnement au Real Madrid et au FC Barcelone. Cristiano Ronaldo et Lionel Messi sont les porte-drapeaux de ces deux clubs. Le championnat espagnol se nourrit du duel entre les deux meilleurs footballeurs de la planète. La rivalité entre le Portugais et l'Argentin, longue de huit ans, est unique dans l'histoire du football. Le moindre regard qu'ils échangent, la moindre phrase prononcée au sujet de l'autre, la main qu'ils se serrent... Ce sont des nouvelles d'ordre mondial. Pour prendre la pleine mesure de la grandeur du duo, il suffit de consulter le palmarès du Ballon d'Or des neuf dernières années. Depuis 2008, Cristiano Ronaldo l'a enlevé quatre fois et Leo à cinq reprises. Le départ du Portugais pour une autre compétition serait une très mauvaise affaire pour la Primera Division. Javier Tebas, le président de la ligue professionnelle espagnole, l'a déclaré : "On réalise l'importance des grands clubs et des vedettes en parcourant le monde. En cette période durant laquelle nous tentons de vendre partout la marque La Liga, le départ de Cristiano constituerait une perte irréparable." Par Steve Van Herpe